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mardi, 15 mai 2012

IL ETAIT UNE FOIS…

UN MECHANT MECHANT ET UN GENTIL GENTIL

Il était une fois deux bons voisins, François et Jacques. Ils aimaient recevoir et avaient beaucoup d’amis, surtout Jacques. Ils mangeaient tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, surtout chez François qui avait une maison plus agréable. En somme, Jacques invitait et François recevait.

Un jour, Jacques proposa à des amis en difficulté de s’installer chez François. Il frappèrent donc à sa porte, dirent qu’ils venaient de la part de Jacques et, sans attendre de réponse, entrèrent. François releva leurs mauvaises manières, mais, serviable et aimable, leur fit bon accueil. Ils s’installèrent dans le salon et s’invitèrent à sa table. François, d’un naturel prévenant, leur cuisina un bon repas. Mais sa cuisine ne fut pas à leur goût. A la fin du deuxième repas, ils manifestèrent leur mécontentement et fixèrent le menu suivant. François releva à nouveau leur toupet mais, par égard pour leur malheur et par respect pour son ami, garda pour lui son opinion, s’excusa et promis de faire mieux à l’avenir.

A vrai dire, François, qui ne savait pas pour combien de temps ils étaient là, se demandait quand ils allaient partir. Il posa la question à Jacques qui lui répondit que « les amis des amis sont des amis » et que, par amitié pour lui, il devait tout accepter de ces malotrus, d’autant plus qu’il lui envoyait de nouveaux « potes », avec consigne de faire comme chez eux. Ce sens aigu de la solidarité et du partage fit honte à François qui avait failli sombré dans l’égoïsme.

Les nouveaux venus plantèrent une tente dans le jardin et, comme les premiers, prirent place à table. La cuisine, conforme aux exigences des premiers, était à leur goût mais la présence de François les indisposa, ce que tous les potes lui signifièrent. François, stupéfait et outré, ne dit mot, continua à leur préparer les repas mais mangea désormais seul à la cuisine. Il ne vivait d’ailleurs plus qu’entre la cuisine et sa chambre vu que ses hôtes forcés se réunissaient dans le salon pour discuter, jouer et regarder leurs émissions de télévision.

François se plaignit à Jacques de leur manque de savoir vivre et lui demanda d’inviter « ses potes », sinon à partir, du moins à le respecter. Mais Jacques peignit si bien les joies et la beauté de la convivialité et conspua si violemment l’esprit petit-bourgeois que François n’osa insister, tout en comprenant qu’il n’avait rien à attendre de lui. D’autant plus que ce dernier, pour montrer sa générosité et éprouver la sienne, lui confiait encore de nouveaux potes.

François n’avait plus le droit de s’occuper de la porte, de sorte que les nouveaux potes furent accueillis par les plus anciens, à bras ouverts. Mais comme il n’y avait plus d’espace pour eux, autre que la chambre de François, ils la réquisitionnèrent sur les conseils de l’assistance. François protesta, et tous le frappèrent. Et c’est ainsi que François fut réduit à dormir parterre dans le couloir. Il était chez lui, mais il travaillait pour nourrir des intrus dont il était devenu l’esclave. Jacques, son soi-disant ami, avait abusé de sa bonté, de sa bêtise et de sa lâcheté.

EPILOGUE 1

Un beau matin, François, mesurant sa déchéance et persuadé de son impuissance, se pendit dans les toilettes, au barreau de la fenêtre. Les intrus qui se sentaient déjà maîtres chez eux ne versèrent pas une larme et ce seraient même plutôt réjouis de la disparition de cette méprisable lopette. Mais sans lui, le frigo fut bientôt vide. Alors les potes se disputèrent, puis comptèrent sur Jacques pour le remplacer ou leur trouver une nouvelle poule aux œufs d’or, mais celui-ci fut introuvable. Tous finirent par quitter les lieux dévastés.

EPILOGUE 2

Un soir, dans un sursaut de suprême lâcheté, François fit discrètement ses valises et s’éclipsa dans la nuit, résolu à oublier ce cauchemar et à recommencer sa vie ailleurs. C’est en voyant que le petit-déjeuner n’était pas servi que les potes réalisèrent qu’il s’était enfui et qu’ils étaient enfin totalement chez eux. Mais sans François, le frigo fut bientôt vide. Alors les potes se disputèrent, puis comptèrent sur Jacques pour le remplacer ou leur trouver une nouvelle poule aux œufs d’or, mais celui-ci fut introuvable. Tous finirent par quitter les lieux dévastés.

EPILOGUE 3

La coupe était pleine. L’humiliation avait réveillé en François le sentiment de dignité. Le chantage à l’amitié ne marchait plus. Il était chez lui et rien ne justifiait qu’il soit ainsi envahi, dépossédé, outragé par ceux-là même qu’il aurait aidé de bon cœur s’ils avaient été corrects et moins nombreux. Il hésitait à savoir si Jacques, qui jouait les généreux à ses dépens et l’avait condamné à vivre un enfer, était un idiot ou un manipulateur. Cela n’avait plus importance : ce faux ami était le plus coupable de tous et subirait lui aussi sa vengeance. Poings, poison, poignard ou pistolet ? Pistolet. Seul contre tous, François ne pourrait rien aux poings. Le poison et le poignard, quant à eux, sont silencieux et François voulait du bruit, non seulement pour illustrer sa rage mais aussi pour que tous le regardent soudain avec effroi et que certains puissent fuir le carnage qu’il n’avait pas voulu. Le pistolet, donc. Cette résolution prise, François attendit encore quelques jours. L’arrogance des potes le faisait jubiler. Ayant retrouvé sa fierté, il pouvait tout encaisser de ces morts en sursis. Et, un matin, il ouvrit le feu. D’abord, sur ceux qui occupaient sa chambre, qu’il fit sortir au préalable de son lit. Puis sur un de ceux qui occupaient le salon et qui croyait encore pouvoir en imposer. Deux balles. Les autres se sauvèrent sous ses yeux sans demander leur reste (François n’entendit plus jamais parler d’eux). Il se rendit alors chez Jacques, éberlué ou feignant de l’être, et vida son chargeur. Enfin, il retrouva sa maison désertée et délabrée, mais le pire était derrière lui.

09:04 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

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