Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 16 septembre 2016

VIVE L'EUROPE - AOUT 2016 (vidéo)

Cet été 2016, par une chaleur accablante, Daniel Conversano m'a reçu dans son émission "Vive l'Europe" pour exposer les bases du Civisme. Un moment convivial. Merci à lui.

Vive.jpg

Cliquer sur l'image ou sur ce lien pour voir la vidéo

12:10 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

lundi, 05 septembre 2016

LES BASES DU CIVISME EN VIDÉO

1.jpgVidéo 1 – Qu’est-ce que la démocratie ?
Vidéo 2 – Qu’est-ce que Largent ?
Vidéo 3 – Qu’est-ce que la monnaie ?
Vidéo 4 – Anachronisme du système monétaire
Vidéo 5 – Qu’est-ce que l’Égalité ?
Vidéo 6 – Le Contrat social de la Cité
Vidéo 7 – Le moyen d’échange de la Cité : la Carte civique
Vidéo 8 – Retraite & chômage dans la Cité
Vidéo 9 – Les entreprises dans la Cité
Vidéo 10 – La Cité & les échanges internationaux
Vidéo 11 – Distinction entre Citoyenneté & Nationalité
Vidéo 12 – Le système politique de la Cité

Vidéos complémentaires :

La Révolution
L’Europe
L’immigration

Manifeste des Patriciens

Méta TV (20 mai 2014) - Un monde sans argent

Tous mes livres

 Révolution - Pourquoi-Comment 3 - bonne version.jpg

19:46 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer |

PRINCIPAUX ARTICLES du blog

Mes textes sont généralement des réflexions de fond. Mais ils tombent dans les oubliettes des archives à mesure que le temps passe alors que tous sont d’actualité. Il me paraît donc utile d’indiquer les plus importants sur un même document qui sera maintenu en première page, afin que vous puissiez les trouver facilement. Les plus récents sont néanmoins signalés en rouge.

LIVRES téléchargement gratuit

Civisme intégrale - recto présentation.jpgCouverture - recto - essai (contours).jpgRobespierre - l'Âme de la Révolution - présentation couv recto (contours).jpgCouverture recto - Vive la Nation (contours).jpg

 

 

 

 

 

 

 

 PRINCIPES

SCHEMAS

POLITIQUE

IMMIGRATION & ASSIMILATION

DIVERS

DES HOMMES

19:46 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

ROBESPIERRE & L’ÉCONOMIE

Un ami m’a demandé mon avis sur un passage surprenant de la récente biographie de Robespierre de Cécile Obligi, « Robespierre, la probité révoltante », que je n’ai personnellement pas lu. Il y est question de ses positions en matière économique, qu’il a surtout exposées dans un discours du 2 décembre 1792 à propos des subsistances.

Voici tout d’abord le passage en question :

« Sur cette question des subsistances, la position de Robespierre n’est pas limpide ; il ne semble pas avoir une théorie construite, mais un certain nombre d’idées, en partie inspirées du XVIIIème siècle libéral, en partie forgées au cours de la Révolution. Héritier des principes libéraux du XVIIIème siècle, il est, comme l’écrasante majorité des députés de la Convention, très attaché aux libertés économiques et répugne à préconiser la contrainte dans ce domaine. Les accusations portées par ses ennemis de vouloir imposer quoi que ce soit en la matière relèvent de la simple calomnie. […] On sent Robespierre tiraillé, incapable de renoncer au libéralisme économique, mais sincèrement choqué par ses conséquences. » (p. 95)  

Avant de donner mon opinion, et pour la comprendre, je dois d’abord préciser « d’où je parle ». Je suis l’auteur d’une théorie appelée « le Civisme » expliquant comment une Société peut et doit fonctionner sans monnaie, sans unité de valeur marchande. Cette théorie part du Principe que des Citoyens doivent être égaux en devoirs et en droits. Les Citoyens ont des droits, dont celui d’accéder librement au marché, parce qu’ils sont Citoyens ; et ils sont Citoyens, parce qu’ils participent à la vie de la Cité, selon ce qu’elle considère comme une participation. Dans la Cité, c’est donc la Citoyenneté (qui se mérite en permanence) qui confère aux Citoyens, à tous les Citoyens, le droit d’accéder librement au marché, droit d’accès qui passe aujourd’hui par la monnaie, porteuse de limites et vectrice d’inégalités. Pour que les Citoyens puissent faire valoir leur Citoyenneté auprès des commerçants (et retirer du marcher ce qu’ils désirent), il suffit qu’ils soient dotés par la Cité d’un moyen de l’attester, par exemple, une carte à puce. Dès lors, il n’y a plus de monnaie, les choses n’ont plus de prix, plus de valeur marchande ; ce que le Civisme appelle « Largent », c’est-à-dire, au sens strict, la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger, est anéanti, supplanté par l’Égalité. Tels sont, selon moi, les Principes de l’ordre social et la façon de les appliquer.

Cette théorie suppose deux conditions : l’industrialisation, donc la capacité de produire en masse et de répondre à une Demande importante ; et l’informatisation, soit la capacité de faire facilement ce à quoi une administration même monstrueuse ne parviendrait pas. Sans ces deux conditions, réunies aujourd’hui, cette théorie de la Cité est inapplicable et, partant, impensable. Et c’est l’impossibilité, pour Robespierre, d’aller aussi loin, qui explique, à mon sens, ses limites et ses contradictions. Il voulait de toutes ses forces l’Égalité, mais dans le cadre d’un système monétaire qui ne la permet pas (ce dont il eut l’intuition : « Quand leur intérêt [celui des riches et du gouvernement] sera-t-il confondu avec celui du peuple ? Jamais. » notes, juin 1793), un système qu’il ne pouvait ni contester ni analyser correctement, encore moins renverser, et auquel il fut donc obligé d’adapter sa pensée. Il visait un absolu, tout en validant, sans même y penser, la monnaie qui incarne l’exact opposé (matérialisme, individualisme, inégalité, oligarchie), et en faisant, sans s’en rendre compte, des concessions à Largent. Il refusait instinctivement la logique monétaire (capitaliste) sans pouvoir aller au bout de la logique sociale (d’où son adhésion à la théorie aussi fameuse que fumeuse du « droit naturel », qu’il compensait toutefois par un bon sens qui manque à beaucoup aujourd’hui). Il ne sacrifiait pas délibérément, comme beaucoup d’autres, les Principes à Largent, mais il les dénaturait inconsciemment à cause de lui. Ainsi, il parlait d’Égalité, mais cherchait surtout à limiter la casse et ne prônait, au final, que moins d’inégalités, via des impôts progressifs, des aides, un contrôle des prix, etc. Son mérite est d’avoir cédé le moins possible à Largent et soutenu les Principes au-delà du raisonnable dans le contexte qui était le sien, d’où le côté à la fois sublime et utopique de son discours. Il était au-dessus de son temps. Ceux qui tiennent encore le même discours que lui aujourd’hui sont en dessous du leur ; ceux qui l’accablent ne lui arrivent pas à la cheville.

A la lueur de ces explications, la position de Robespierre sur l’économie en général et les subsistances en particulier devient claire, et l’interprétation qu’en livre Cécile Obligi apparaît aussi creuse qu’erronée.

Tout d’abord, quelle était sa position ? Elle tient dans le paragraphe suivant (discours sur les subsistances, 2 décembre 1792) :

« Quel est le premier objet de la société ? c’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là. [...] Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. Il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle, et qui soit abandonné à l’industrie des commerçants. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide. [Le négociant peut bien garder, dans ses magasins, les marchandises que le luxe et la vanité convoitent jusqu’à ce qu’il trouve le moment de les vendre au plus haut prix possible ; mais nul homme n’a le droit d’entasser des monceaux de bled, à côté de son semblable qui meurt de faim.] »

Il n’est pas inutile de signaler ici sa conception de la propriété, exposée dans les articles 6 à 9 de sa Déclaration des droits :

« La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer à son gré de la portion de bien qui lui est garantie par la loi. — Le droit de propriété est borné comme tous les autres par l’obligation de respecter les droits d’autrui. — Il ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence, ni à la propriété de nos semblables. — Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral. » (21 avril 1793)

Les trois articles suivants, 10 à 12, sont également intéressants pour notre sujet :

« La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. — Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire, sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée. — Les citoyens, dont les revenus n’excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement selon l’étendue de leur fortune. »

D’après lui, les vices des théories économiques, dites « libérales », reposaient sur deux erreurs (discours sur les subsistances, 2 décembre 1792) :

« 1° Les auteurs de la théorie n’ont considéré les denrées les plus nécessaires à la vie que comme une marchandise ordinaire, et n’ont mis aucune différence entre le commerce du bled, par exemple, et celui de l’indigo ; ils ont plus disserté sur le commerce des grains que sur la subsistance du peuple ; et faute d’avoir fait entrer cette donnée dans leurs calculs, ils ont fait une fausse application des principes évidents en général ; c’est ce mélange de vrai et de faux qui a donné quelque chose de spécieux à un système erroné.

» 2° Ils l’ont bien moins encore adapté aux circonstances orageuses que les révolutions amènent ; et leur vague théorie fût-elle bonne dans les temps ordinaires, ne trouverait aucune application aux mesures instantanées que les moments de crise peuvent exiger de nous. Ils ont compté pour beaucoup les profits des négociants ou des propriétaires, et la vie des hommes à peu près pour rien. Eh pourquoi ! c’étaient des grands, les ministres, les riches qui écrivaient, qui gouvernaient ; si ç’eût été le peuple, il est probable que ce système aurait reçu quelques modifications ! » (Discours sur les subsistances)

Il reconnaissait le droit de propriété et se déclarait favorable à la liberté du commerce, plus exactement à la libre CIRCULATION des marchandises. Ce n’était pas un communiste, un collectiviste et ne le serait pas devenu (« L’égalité des biens est essentiellement impossible dans la société civile ; elle suppose nécessairement la communauté qui est encore plus visiblement chimérique parmi nous, comme s’il était un seul homme doué de quelque industrie dont l’intérêt personnel ne fût pas contrarié par ce projet extravagant. » 7 juin 1792). Mais il n’était pas non plus un « libéral », c’est-à-dire un partisan de la Propriété sacrée et de la liberté illimitée du commerce que les riches invoquaient pour ACCAPARER, pour spéculer et s’enrichir en affamant le peuple sans que l’État n’intervienne, sauf pour mâter les révoltes.

« Comment donc a-t-on pu prétendre que toute espèce de gêne, ou plutôt que toute règle sur la vente du bled était une atteinte à la propriété, et déguiser ce système barbare sous le nom spécieux de la liberté du commerce ? […] Que la circulation dans toute l’étendue de la république soit protégée ; mais que l’on prenne les précautions nécessaires pour que la circulation ait lieu. C’est précisément du défaut de circulation que je me plains. Car le fléau du peuple, la source de la disette, ce sont les obstacles mis à la circulation, sous le prétexte de la rendre illimitée. La subsistance publique circule-t-elle lorsque des spéculateurs avides la retiennent entassée dans leurs greniers ? Circule-t-elle lorsqu’elle est accumulée dans les mains d’un petit nombre de millionnaires qui l’enlèvent au commerce pour la rendre plus précieuse et plus rare ; qui calculent froidement combien de familles doivent périr avant que la denrée ait atteint le temps fixé par leur atroce avarice ? […] Je vous dénonce les assassins du peuple, et vous répondez : laissez les faire. Dans ce système, tout est contre la société ; tout est en faveur des marchands de grains. [...] Tel est le degré de perfection auquel cette théorie a été portée, qu’il est presque établi que les accapareurs sont impeccables ; que les monopoleurs sont les bienfaits de l’humanité ; que, dans les querelles qui s’élèvent entre eux et le peuple, c’est le peuple qui a toujours tort. » (Discours sur les subsistances)

Robespierre était donc pour la libre circulation des marchandises, au vrai sens du terme, et non à la façon de « libéraux » pour qui la « liberté » n’était qu’un attrape-nigaud. En conséquence, il proposait : 1) « de prendre les précautions nécessaires pour constater la quantité de grain qu’a produite chaque contrée, et celle que chaque propriétaire ou cultivateur a récoltée. » 2), de « forcer les marchands de grains à les vendre au marché, et à défendre tout transport des achats durant la nuit ».

On était en décembre 1792. Le peuple était agité par la pénurie alimentaire. Il réclamait la taxation des denrées de première nécessité et des mesures contre l’accaparement. Le 19 novembre, Roland, ministre de l’Intérieur, avait déclaré : « La seule chose peut-être que l’Assemblée puisse se permettre sur les subsistances, c’est de proclamer qu’elle ne doit rien faire ». Robespierre, lui, demandait des mesures pour obliger les producteurs à alimenter les marchés (chose pratiquée sous l’ancien régime), autrement dit des mesures contre l’accaparement. En 1793, il soutint la taxation.

 

Mon analyse est que Robespierre abordait la question des subsistances, de l’économie en général et, en fait, tous les sujets d’un point de vue politique. « Tout est politique. » Par « politique », je ne parle pas de politique politicienne, mais des Principes de l’ordre social qui doivent régir la cité (polis). Il posait le Principe, ou ce qu’il considérait comme tel, et en tirait les conséquences pratiques.   

« Qu’il [le peuple] juge entre nous et nos ennemis, qu’il juge entre l’humanité et ses oppresseurs. Tantôt ils feignent de croire que nous n’agitons que des questions abstraites, que de vains systèmes politiques ; comme si les premiers principes de la morale, et les plus chers intérêts des peuples n’étaient que des chimères absurdes et de frivoles sujets de dispute. » (Le Défenseur de la Constitution, n° 4, 7 juin 1792)

« Quel est le but de la constitution ? C’est le bonheur des hommes, et par conséquent la conservation de leurs droits, de leur sûreté, de leur liberté, de leur propriété ; il faut donc avant d’instituer un gouvernement, bien déterminer et la nature et l’étendue des droits, dont la conservation est l’objet du gouvernement ; proposer de commencer par le gouvernement, c’est ne rien proposer, ou proposer la conséquence avant le principe. [...] Remarquez bien, citoyens, que le seul moyen de faire bien et même de faire vite cette constitution, c’est d’en établir d’abord les bases ; car, s’il n’est pas de principes posés, comment voulez-vous qu’on s’accorde sur les conséquences ? » (Convention, 15 avril 1793)

Sa démarche était à l’évidence la meilleur qui soit. Tout le problème est que, pour les raisons que j’ai expliquées, les Principes de Robespierre étaient soit faux, quoique ceux d’un homme honnête et généreux, soit corrects, et dès lors contraires à la force des choses du système monétaire. Le système monétaire est un Monopoly grandeur nature. Largent y règne. Soit on l’accepte totalement, soit on en sort radicalement (Cf. le Civisme). Entre le deux, on ne peut que bricoler, c’est-à-dire recourir à des astuces pour s’opposer à Largent, jusqu’à ce qu’il reprenne le dessus. (Chassez le naturel, il revient au galop.) C’est ce que fit Robespierre qui ne pouvait pas faire autre chose en son temps. N’étant pas démagogue, il admettait que de larges pans de l’économie soient abandonnés à Largent, système monétaire oblige ! ; mais, en tant qu’humaniste, il voulait que les besoins vitaux des hommes, de ses semblables, de ses concitoyens, soient assurés, que certains produits échappent donc à son emprise. Noble pensée ! Vœu pieux ! Comme le dit Saint-Just : « Ce qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tomber ».

Robespierre a vu les erreurs des autres ; je vais indiquer les siennes. Il part du principe que la société a pour but de garantir le droit d’exister, c’est-à-dire de ne pas mourir de faim. Non ! Elle a pour but de garantir à tous ses citoyens la jouissance de tous les bienfaits dont elle est susceptible grâce à eux, grâce aux devoirs qu’ils remplissent envers elle. Le but de la société ainsi défini est bien plus large que le « droit à l’existence » ; il embrasse tout ; il est la logique sociale absolue. A côté, le « droit à l’existence » est ridicule ; il se veut social mais se place aussitôt sur le plan humain, comme pour en imposer ; il réduit le citoyen à un individu (logique monétaire), et ses droits à quelques besoins. On dirait la supplique d’un vaincu ! C’est en soi une capitulation face à Largent ! Une révolution sur de telles bases est perdue d’avance. Robespierre a d’ailleurs senti très vite que ses efforts seraient vains et qu’il laisserait sa vie dans l’aventure.

La deuxième erreur, la distinction entre les biens, découle de la première. Robespierre déclare que tout ce qui est indispensable pour conserver la vie est une propriété commune à la société entière et que seul l’excédent est une propriété individuelle abandonnée à l’industrie des commerçants. Or tous les fruits des devoirs des citoyens, donc tous les produits, font partie du produit commun et des bienfaits de la cité auxquels tous les citoyens ont droit, auxquels la citoyenneté donne à tous le droit d’accéder. Pourquoi établir une distinction entre les produits, dont les uns, généralement produits par des pauvres, ne seraient généralement accessibles qu’aux riches, sinon parce que l’on ne conçoit pas un ordre des choses autre que monétaire dans lequel il y a en effet des riches et des pauvres qui, par la monnaie, ont un inégal droit d’accès au marché ? Là encore, Robespierre se soumettait à Largent en croyant s’y opposer ; il pensait contrarier le système monétaire à la marge mais le validait globalement, inconsciemment… comme tout le monde.

Qu’en dit Cécile Obligi ? Reprenons point par point.

« Sur cette question des subsistances, la position de Robespierre n’est pas limpide ; il ne semble pas avoir une théorie construite, mais un certain nombre d’idées, en partie inspirées du XVIIIème siècle libéral, en partie forgées au cours de la Révolution. »

Si ! la position de Robespierre est limpide : il était le « cul entre deux chaises ». D’un côté Largent, auquel il ne pouvait pas échapper ; de l’autre l’Égalité, qu’il ne pouvait atteindre et réclamait néanmoins a minima. Il ne pouvait rien proposer de mieux dans le cadre du système monétaire. Moins, il se serait rallié entièrement à Largent et aurait été un capitalo-libéral ; plus, il serait tombé dans des conceptions chimériques — séduisantes de prime abord, tyranniques et désastreuses au final — et se serait éloigné encore de l’Égalité, sous prétexte de s’en rapprocher. Et il avait conscience de ces deux écueils, contrairement à beaucoup qui sautent à pieds joints dans l’un ou l’autre et donnent malgré tout des leçons. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître les idées économiques et politiques de Cécile Obligi.

« Héritier des principes libéraux du XVIIIème siècle, il est, comme l’écrasante majorité des députés de la Convention, très attaché aux libertés économiques et répugne à préconiser la contrainte dans ce domaine. »

Pas du tout ! Robespierre savait qu’une coercition générale est vaine, impossible sinon désastreuse, et que la règle du jeu normale, dans un système monétaire, est la course au profit. Il le déplorait, mais il ne cherchait pas à empêcher ce qui ne pouvait l’être. Cette résignation était loin de faire de lui un partisan du libéralisme, c’est-à-dire du capitalo-libéralisme en réalité, c’est-à-dire de Largent roi, comme l’étaient en effet la plupart de ses collègues. D’autant plus que, par une incohérence dictée par son humanisme, il voulait malgré tout forcer les choses pour assurer à ses semblables la satisfaction de leurs besoins fondamentaux, compromise par ce système. Le cœur prenait alors, chez lui, le pas sur la raison. Et une fois son parti pris, une fois le juste établi à ses yeux, il le soutenait avec passion, fut-ce seul contre tous. Aucune trace de réticence dans les combats qu’il décidait d’engager après mûre réflexion. Le drame est qu’il ait voulu le bien commun dans un monde monétaire, intrinsèquement individualiste et inégalitaire, et à une époque où Largent, ne pouvant être anéanti, accédait même au trône. La résistance, aussi légitime qu’elle ait été, ne pouvait être que morale, symbolique, désespérée, incohérente, farouche parfois, et vouée à l’échec. Quoi qu’il en soit, il y avait entre le libéralisme de Robespierre et celui des « libéraux » autant de ressemblance qu’entre la nuit et le jour.

« Les accusations portées par ses ennemis de vouloir imposer quoi que ce soit en la matière relèvent de la simple calomnie. »

Robespierre ne voulait pas tout réglementer, mais il était pour un minimum de réglementation, afin de contrer les effets les plus cruels de Largent. (Modération qui suffisait aux « libéraux » pour ne pas le reconnaître comme un des leurs, preuve supplémentaire qu’il n’en était pas un.) Certes !, aucune digue ne peut contenir Largent qui, tel un fleuve en furie, renverse tous les obstacles dressés contre lui. Mais que les hommes cherchent à s’en protéger (ou à protéger leurs semblables), par des moyens nécessairement dérisoires, est légitime à défaut d’être efficace. Et un homme qui se dresse avec passion contre le torrent des injustices est bien plus courageux, bien plus généreux, bien plus admirable que ceux qui se laissent emporter par le courant ou ceux auxquels Largent tient lieu de raison. Car, s’il est dans l’ordre des choses que le système monétaire soit régi par les lois de Largent, si le capitalo-libéralisme est le régime économique le plus naturel sous Largent, se soumettre à Largent n’est pas pour autant un signe d’intelligence ; cela relève plus de l’égoïsme, de la lâcheté, de l’inhumanité et de l’inconséquence. Car c’est oublier que Largent a sa logique propre, qu’il ne sert que lui-même et qu’il pousse le monde à la ruine, ce dont personne ne profitera au final. Viendra un moment où les hommes auront à choisir entre eux et lui, et où ils ne pourront se sauver qu’en formant Société, en retrouvant le sens de l’Égalité. Les « capitalistes » ne seront alors d’aucun secours. Un Robespierre aura bien plus de choses à nous apprendre. S’il a prit trop tôt le parti des hommes et des Principes, c’est-à-dire en un temps où il ne pouvait rien pour eux face à Largent, s’il a fait ce qu’un homme devait néanmoins faire, il encourt bien sûr des critiques mais ne mérite aucune « accusation ». Qui sont donc, pour « accuser », les hommes au cœur de pierre ? Qui est le monstre : celui qui veut empêcher Largent (les riches) de dévorer ses concitoyens ou celui qui laisse faire, parce qu’il veut lui aussi sa livre de chair, et ne rougit pas de peindre le premier comme un criminel ? Les accusations en disent souvent plus sur les accusateurs ! Robespierre peut s’honorer de celle-là. Et il est bien maladroit de la part de Cécile Obligi de présenter comme une calomnie ce qui est la pure vérité. Robespierre n’avait pas de théorie figée ; il était pragmatique et modéré (il rejetait les excès en toute chose) ; mais il désirait bien que la loi et la puissance publique interviennent. S’il s’interrogeait sur la façon, il n’était pas contre le principe. Le reconnaître n’est pas l’accabler ; le nier n’est pas le défendre.

« On sent Robespierre tiraillé, incapable de renoncer au libéralisme économique, mais sincèrement choqué par ses conséquences. »

Oui, Robespierre était tiraillé, il ne savait pas sur quel pied danser. Mais ce n’est pas au « libéralisme économique » qu’il ne voulait pas renoncer : c’est au système monétaire qu’il ne pouvait pas échapper, de sorte qu’il jonglait avec les lois de Largent, d’un côté, et les Principes de l’ordre social, de l’autre. S’il avait fait abstraction des premières, il aurait été un insensé ; s’il avait méprisé les seconds, il aurait été un sophiste.

« Toute institution qui tend à augmenter l’inégalité des fortunes est mauvaise et contraire au bonheur social. Je sais bien qu’il est impossible d’établir une égalité parfaite dans les portions et que mille causes différentes doivent nécessairement la déranger plus ou moins, mais je dis que le but des lois doit être de la maintenir autant que la nature des choses le permet, et qu’elles violent tous les principes de la raison lorsqu’elles s’efforcent elles-mêmes de la troubler. L’égalité est la source de tous les biens : l’extrême inégalité est la source de tous les maux. » (Sur l’inégalité dans les successions, 5 avril 1792)

« Nous voulons l’égalité des droits parce que sans elle, il n’est ni liberté, ni bonheur social. Quant à la fortune, dès qu’une fois la société a rempli l’obligation d’assurer à ses membres le nécessaire et la subsistance, par le travail, ce ne sont pas les citoyens que l’opulence n’a pas déjà corrompus, ce ne sont pas les amis de la liberté qui la désirent. » (Le Défenseur de la Constitution, 7 juin 1792)

Comment qualifier Robespierre ? Ce n’était assurément pas un libéral, du moins à la façon des capitalo-libéraux. Ce n’était pas non plus un communiste avant l’heure, ni un précurseur du communisme, puisqu’il sentait les dangers du collectivisme. Il aspirait simplement à la démocratie véritable (des lois faites avec le concourt du peuple et approuvées par lui) et à ce que nous appelons « l’état providence » : c’était un patriote, un « socialiste » au sens historique du terme, et non un de ces adeptes de ce que le socialisme est devenu. Robespierre se serait-il reconnu dans le socialisme actuel ? Je ne crois pas. Je pense que ses principes et l’expérience l’auraient conduit au Civisme, soit à l’imaginer, soit à le rallier ; qu’il serait pour le moins resté sur une ligne sociale et nationale. Mais ce n’est toutefois pas par hasard si le socialisme a dérivé jusqu’à n’être plus qu’une caution du capitalisme. Nous avons vu, avec l’exemple de Robespierre, que le « socialisme » des origines s’opposait au capitalisme sans remettre en cause le système monétaire, la monnaie et Largent ; qu’il était donc lui-même intrinsèquement capitaliste. Il est vrai qu’il n’y avait pas alors moyen de faire autrement puisqu’il n’y avait pas la possibilité technique de dépasser la monnaie et d’anéantir Largent. Il fallait faire avec bon gré mal gré. Mais entre le social au rabais et Largent tout puissant, c’est toujours Largent qui l’emporte. Arriva donc un moment où le « parti socialiste », représentant officiel du socialisme, fut dans l’impasse et muta pour survivre. Il se convertit alors au capitalisme mais en mettant l’accent sur l’humain pour conserver une image de « gauche », c’est-à-dire en sacrifiant le citoyen à la logique individualiste typiquement capitaliste. C’est ainsi que, d’une ligne traditionnellement patriotique et sociale, le parti socialiste, et plus largement « la gauche », a basculé dans le sociétal et l’antinational (droits-de-l’hommisme, féminisme, jeunisme, modernisme, festivisme, sans-frontiérisme, antiracisme, immigrationnisme, multiculturalisme, européisme, etc.), apportant au mondialisme de droite le renfort d’un universalisme frelaté soi-disant de « gauche ». Elle a adopté avec avidité tout ce qui fait le malheur du peuple et le bonheur du patronat.

Toute la question est de savoir si Robespierre aurait lui aussi pris ce tournant. Jamais ! Les notions de nation, peuple, patrie, démocratie, République, égalité et liberté étaient trop intimement liées dans son esprit pour qu’il renonce à une seule sans voir qu’il les trahissait toutes, sans comprendre qu’il se reniait lui-même et devenait à son tour un ennemi du peuple. « Peuple, souviens-toi que si, dans la République, la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l’amour de l’égalité et de la patrie, la liberté n’est qu’un vain nom », avait-il lancé du haut de la tribune de la Convention, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), dans son ultime discours. Renoncer à défendre le peuple et la France, rejoindre le parti de l’Étranger et du capital, Robespierre a dit et prouvé que la mort lui serait plus douce qu’une telle apostasie.

19:38 Écrit par Philippe Landeux dans - REVOLUTION 1789-1794, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

lundi, 20 juin 2016

LE CIVISME – LA RÉVOLUTION DU XXIe SIÈCLE (vidéo)

Petite présentation du Civisme en vidéo...

Le Civisme - révolution du 21e siècle.jpg

Pour voir la vidéo, cliquez sur l'image

10:19 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

dimanche, 19 juin 2016

PHILIPPE LANDEUX sur RADIO ICI & MAINTENANT - 6 déc. 2016 (vidéo)

Après 4 années, je me permets publier la vidéo, ou plus exactement la bande son, de mon passage de près de 5 heures à Radio ICI & MAINTENANT le 6 décembre 2012, au cours duquel il a été question uniquement du Civisme ou de la Cité, c'est-à-dire de mon projet de Société sans argent.

Présentation 2.jpg

Pour voir la vidéo, cliquez sur l'image.

17:21 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

MARXISME vs CIVISME / Francis Cousin vs Philippe Landeux (vidéo)

Deux pensées anticapitalistes radicales, très proches par certains côtés, opposées par d'autres. Francis Cousin, avec sa verve inimitable, expose les fondements du marxisme. Philippe Landeux critique cette conférence, du 27 février 2015, sous l'angle du Civisme, sa propre théorie, contre Largent, pour l'Egalité. Un mise en parallèle, en quelque sorte, pour faire ressortir les accords et les divergences.

Marxisme vs Civisme 3.jpg

Pour voir la vidéo, cliquez sur l'image.

16:58 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

jeudi, 09 juin 2016

GAUCHISME, NATIONALISME, PATRIOTISME - LE PIÈGE DU CAPITALISME

« L’enfer est pavé de bonnes intentions. »

 

Le capitalisme est le piège parfait. Il n’a pour opposants que des capitalistes qui s’ignorent, qui dénoncent certains aspects du capitalisme sans remettre en cause son essence même, son logiciel de base.

Ce système divise et permet de classer les gens en trois grands groupes, même si bien sûr il existe une infinité de nuances et si beaucoup d’individus naviguent de l’un à l’autre.

Le premier est évidemment celui des capitalistes assumés, des profiteurs du capitalisme, conscients et fiers de l’être. C’est eux qui ont le pouvoir et qui, par leurs excès et leurs maladresses, sont finalement les seuls à pouvoir ébranler le système, à l’épuiser, à scier ainsi la branche sur laquelle ils sont assis.

Le deuxième groupe est celui des « gauchistes » ou des « mondialistes ». Ceux-là n’ont toujours pas compris pourquoi le socialisme a rallié ouvertement le capitalisme et basculé, pour faire bonne figure auprès des gogos, dans le droit-de-l’hommisme, le sans-frontiérisme, l’humanistarisme, l’euro-mondialisme, l’immigrationnisme, l’antiracisme et le sociétalisme, et ils continuent à dénoncer le capitalisme (notamment tout ce qui a trait à la finance, aux salaires, etc.) tout en adhérant à cette flopée d’idéologies qui procèdent du capitalisme lui-même et ne servent que lui en définitive.

Le troisième groupe est celui des « patriotes » ou des « nationalistes », tous « souverainistes », qui s’opposent à la destruction, par tous les moyens, des pays et des nations, voulue et mise en œuvre par le premier groupe et soutenue par le second, ce qui fait d’eux, en apparence, les anticapitalistes les plus sérieux. Mais, s’ils sont en effet les moins dégradés par l’idéologie dominante, s’ils n’ont pas perdu tout bon sens, ceux-là n’ont pas compris la cause profonde de cette entreprise de destruction et n’aspirent qu’à revenir à une étape antérieure du processus capitaliste, ce qui est sans doute possible et serait un moindre mal à court terme mais n’empêcherait pas le capitalisme de repartir de l’avant par la force des choses, comme le naturel revient au galop.

En clair, tous ces groupes sont fondamentalement capitalistes. Aucun ne lutte contre le capitalisme : le premier, parce que ce n’est pas son intérêt ; le deuxième et le troisième, parce qu’ils ne saisissent pas sa véritable nature et que, occupés chacun à courir après des leurres différents, ils y participent tous à leur manière.

Mais qu’est-ce donc le capitalisme ? C’est le règne absolu de Largent ; c’est la victoire complète de Largent sur les Principes de l’ordre social, donc sur la Société ; c’est les propriétés de Largent qui, ne rencontrant plus aucun obstacle, sont poussées à leur paroxysme.

Largent est une croyance qui naît de la pratique du troc ; c’est la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger. L’évolution de la production combinée à cette croyance engendre la monnaie (étalon de valeur), et l’échange monétaire inculque à son tour cette croyance à ceux qui le pratiquent et qui, dès lors, ne conçoivent plus l’échange autrement. Largent, la monnaie et les hommes (leur façon de penser) entrent ainsi dans un cercle vicieux dans lequel chaque élément est à la fois la conséquence et la cause des deux autres. Largent mène néanmoins le bal. Sans lui, pas de monnaie, pas d’hommes formatés par le système monétaire. Plus exactement, un mode d’échange faisant appel à un moyen d’échange conforme aux Principes de l’ordre social, sans recours à la notion de valeur marchande, anéantirait de facto Largent et la monnaie qui n’auraient plus de raison d’être ; les hommes, pratiquant l’échange sur ce nouveau mode, en intègreraient les concepts et ne concevraient plus ceux du système monétaire.

Mais le sujet ici n’est pas tant ce qu’il faudrait faire que pourquoi cela n’est pas fait ?, pourquoi le capitalisme trouve en chaque homme un appui ? pourquoi, malgré leurs nuances, toutes les tendances politiques sont finalement de la même engeance ? La réponse est dans l’origine, la nature et les propriétés de Largent.

Largent, la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger, vient du troc qui consiste à échanger des objets contre d’autres, et ainsi à établir entre eux, même sans le vouloir, une équivalence, ce qui amène à concevoir la notion de valeur (marchande) comme une nécessité pour échanger. Cette première observation permet de comprendre : 1) pourquoi les choses et leur soi-disant valeur finissent par être au centre des considérations et, ainsi, pourquoi un tel mode d’échange induit une mentalité matérialiste ; 2) pourquoi la valeur des choses, si importante, finit par n’être l’expression que d’un rapport de force ; 3) pourquoi des biens servant de référence de la valeur finissent par être sélectionnés et standardisés, biens que l’on appelle « monnaies » ; 4) pourquoi disposer de ce qui a de la valeur confère du pouvoir et pourquoi avoir du pouvoir incite autant que cela permet de se procurer ce qui est réputé avoir de la valeur, ceci étant plus vrai encore sous la monnaie ; 5) pourquoi la monnaie, qui apparaît plus tard et représente, en terme de valeur, des objets qui, sous le troc, sont échangés, circule elle aussi, passe de main en main ; 6) pourquoi tout ce qui peut représenter de la valeur et procurer de la monnaie à quelqu’un, surtout quelqu’un de puissant, finit par devenir marchandise ; pourquoi tout devient marchandise ; pourquoi un tel système est amoral et potentiellement immoral.

Mais le troc, d’où provient Largent et sur lequel il repose, est également un échange entre individus, un échange de ce qu’ils possèdent respectivement. Cette observation explique à elle seule : 1) pourquoi les individus, pour pouvoir participer à l’échange, doivent disposer de biens, donc être propriétaires du fruit de leur travail ; 2) pourquoi ce mode d’échange, qui oblige chacun à s’activer pour lui-même, dispense les individus des devoirs individuels et collectifs dont ils s’acquittaient auparavant envers la communauté en retour de ses bienfaits ; 3) pourquoi ce mode d’échange ôte à la « société » tout droit de regard sur la production et les échanges qui sont pourtant un aspect majeur de la vie des hommes en collectivité ; 4) pourquoi ce mode d’échange dépouille la « société » du rôle de garantir les droits de ses citoyens, même ceux qui assurent les besoins les plus vitaux, puisque les individus sont désormais livrés à eux-mêmes pour s’en ménager ; 5) pourquoi ce mode d’échange, qui n’a en lui-même aucune dimension sociale (asocial), dans lequel à aucun moment l’appartenance à une communauté n’entre en ligne de compte, qui implique des individus et non des citoyens au vrai sens du terme, est intrinsèquement individualiste et antisocial ; 6) pourquoi ce mode d’échange, contraire ou plutôt étranger aux Principes de la communauté, détruit la Société de l’intérieur, ne laissant à la place que des concentrations d’individus ; 7) pourquoi les individus qui prétendent se débrouiller seuls pour avoir des droits en appellent néanmoins et paradoxalement au fantôme de la société pour reconnaître et garantir leurs propriétés, c’est-à-dire le fruit d’activités (travail ou échange) qui ne concernent plus la « société », laquelle ne devrait pas davantage se mêler de cette affaire ; 8) pourquoi tout mode d’échange recourant à la notion de valeur (marchande) est inspiré par Largent, reproduit le schéma du troc ou en a gardé sans raison les réflexes, et présente les mêmes tares.

Ce ne sont là que les conséquences directes et inéluctables des principes de base du troc. Dans les faits, elles ne sont pas séparées mais se combinent et forment l’arrière plan du système monétaire auquel la monnaie, qui décuple tous ces effets, ajoute les siens propres.

Les hommes n’ont pas conçu Largent ; c’est lui qui s’est imposé à eux par la force des choses. Ils n’ont pas non plus inventé le principe de la monnaie qui est finalement contenu dans le troc. En revanche, c’est bien eux qui ont sélectionné les monnaies pour qu’elles soient toujours plus pratiques, du point de vue de l’échange, et plus fiables, en tant que garanties de la valeur. Mais qu’est-ce que la monnaie à l’heure de Largent roi ?

Remarquons tout d’abord que Largent est roi aujourd’hui parce que les produits sont si nombreux et pour la plupart tellement élaborés que nul ne peut les produire seul et que chacun doit se les procurer sur le marché. Si l’on ajoute à cela que personne ne satisfait ses besoins par sa production personnelle, il s’ensuit que tout le monde doit accéder au marché en permanence et pour toute chose, via la monnaie, ce qui place la monnaie au cœur du système, et Largent, sur le trône.

Fut un temps où la monnaie n’occupait pas la place qu’elle tient aujourd’hui, où tout esprit communautaire n’était pas encore laminé, où les hommes subvenaient en partie à leurs besoins. Ce temps est révolu. De nos jours, la monnaie est le premier besoin, car c’est un besoin vital pour tous de pouvoir accéder au marché. Ce faisant, la monnaie incarne tous les « droits », non seulement le droit d’accéder au marché, mais encore tous les droits qui dépendent de celui-là, c’est-à-dire à peu près tous, y compris ceux qui permettent d’assurer les besoins élémentaires (manger, se loger, se vêtir). La monnaie est donc une unité de valeur (matérielle ou virtuelle), pratique (facile à transporter), anonyme ou impersonnelle (sans propriétaire déterminé et valable entre toutes les mains), vagabonde (elle circule), vitale, universellement acceptée, universellement convoitée,  qui s’obtient aux dépens d’autrui et peut s’obtenir aussi bien par des moyens légaux (pas tous moraux) qu’illégaux. Autant dire que les hommes vont se livrer une guerre perpétuelle pour en avoir, d’autant plus qu’on ne peut jouir des droits qu’elle incarne qu’en se séparant d’elle (en payant, en la dépensant), ce qui oblige donc à s’en procurer de nouveau. Il faut par ailleurs remarquer que, de par sa nature, ses propriétés et sa permissivité, la monnaie ne peut pas se répartir également, ce qui signifie que le système monétaire est par nature inégalitaire (individus inégaux en droits) et oligarchique voire ploutocratique (pouvoir des riches). Le fait que la monnaie repose sur la notion de valeur (Largent) suffit a le deviner, puisque des valeurs n’ont de sens que dans la différence de valeurs, donc dans la différence de prix entre les biens, entre les produits, donc dans l’inégalité en droits entre producteurs. Il y aura toujours des riches et des pauvres dans un système monétaire. La richesse se justifie moins par le talent que par la nature même du système, de même que l’exploitation n’a elle aussi d’autre justification que la possibilité donnée à certains par la monnaie d’exploiter les autres. Il ne faut pas perdre de vue que la monnaie incarne les « droits » et confère donc du pouvoir à ceux qui en ont le plus, quels que soient les moyens par lesquels ils se la sont procurés, et que ce sont ces derniers qui vont faire les lois en leur faveur, disposer des hommes et de la force publique pour servir leurs intérêts, déterminer, à leur avantage, la soi-disant valeur des choses (qui n’est donc bien qu’une illusion et l’expression d’un rapport de force), mettre en œuvre, grâce à leurs fonds personnels ou aux banques, des projets qui coûtent mais rapportent gros, etc. La monnaie fonctionne selon deux principes : celui des vases communicants, et celui de l’attraction (« L’argent va à l’argent. »). Ceci explique encore pourquoi le système monétaire est non seulement inégalitaire mais pourquoi les inégalités ne font que se creuser.

Beaucoup croient que la monnaie est neutre, que ce n’est qu’un instrument entre leurs mains, qu’elle n’a aucune influence par elle-même, que tout le mal vient des hommes… Ils oublient tout ce qu’ils font pour en avoir et tout ce qu’ils endurent quand ils n’en ont pas. Dans ces cas-là, c’est bien la monnaie qui les oblige à agir, qui les fait agir, et non eux qui utilisent la monnaie. Du reste, même quand ils utilisent la monnaie qu’ils ont, ils l’utilisent en suivant ses règles à elle et font avec elle ce qu’elle permet. Autrement dit, les hommes, qu’ils le veuillent ou non, sont dans un système dont ils doivent suivre les règles qu’ils n’ont pas fixées. Ils ont une certaine liberté, ils agissent suivant leur caractère, mais il est malgré tout des bornes qu’ils ne peuvent franchir, bornes qui n’ont rien de naturel. Du reste, même leur caractère, leurs désirs et leurs actions sont influencés par le monde tel qu’il est façonné par Largent et au-delà par la monnaie. Par exemple, lutter pour l’Égalité, s’investir pour les pauvres, réclamer des augmentations de salaire, faire des économies, tout cela — comme à peu près tout le reste — n’a de sens que dans un système monétaire.

Le but, dans un système monétaire, est d’avoir de la monnaie, donc d’en gagner le plus possible, par quelque moyen que ce soit, ou de ne pas en perdre. C’est la course au profit et la porte ouverte à toutes les mesquineries, à tous les vices, à tous les crimes. Mais ce but, que chacun poursuit à sa manière par nécessité, fait perdre de vue qu’il ne s’agit pas d’un jeu, qu’il s’agit des droits et de la vie des gens. Obsédés par la monnaie, prisonniers de ses règles, imprégnés de sa mythologie, c’est-à-dire de ses mensonges, les hommes sont désormais incapables d’appréhender l’Égalité et les Principes de l’ordre social, de connaître leurs véritables Droits, encore moins leurs Devoir, de se penser comme Citoyens.

Et ce n’est là que la toile de fond. Une révolution a eu lieu (l’implosion des communautés) qui va en entraîner une autre : la révolution industrielle.

La monnaie est une évolution du troc et repose comme lui sur la notion de valeur marchande. Or le troc se pratique entre petits producteurs, dans un contexte de production artisanale. Autrement dit, un mode d’échange reposant sur la notion de valeur marchande correspond au mode de production artisanale ; c’est une conception de l’échange qui porte en elle les limites de ce mode de production. Mais nous ne sommes plus au temps de la production artisanale ; nous sommes entrés, depuis le XIXe siècle, dans l’ère de la production industrielle. Y étant entrés progressivement, nous avons continué à échanger, à commercer, sur le mode d’échange qui était alors en vigueur, sans réaliser qu’il y a nécessairement un lien entre le mode d’échange, les biens échangés, les biens produits et le mode de production, que le mode d’échange doit être adapté au mode de production et que la monnaie, qui déjà ne permet pas d’assouvir les besoins qu’elle fait naître, ne satisfait plus du tout aux contraintes de la production de masse.

La fonction première de la monnaie est d’acheter, de permettre de retirer des produits du marché. Or la différence entre la production artisanale et la production industrielle concerne précisément la quantité de produits présents sur le marché, faible dans le premier cas, inépuisable dans le second. Cette observation permet de comprendre que, si la monnaie n’est pas adaptée au mode de production industrielle, c’est en raison d’une Offre désormais trop importante pour que la Demande, liée à la monnaie, puisse suivre. Ceci permet à son tour de comprendre que la Demande est intrinsèquement faible dans un système monétaire, d’où sa relative adaptation au mode de production artisanale. Mais pourquoi la Demande est-elle faible dans un système monétaire ? Parce que les mécanismes de la monnaie font que, quelle que soit la monnaie, quelle que soit la masse monétaire, il y a toujours une poignée de riches et une grande majorité de pauvres, que si quelques personnes peuvent acheter beaucoup, la plupart achètent peu, de sorte que la moyen est tirée vers le bas par la majorité. Et cette règle demeure et s’applique même si la production passe au mode industriel. Dès lors, le problème saute aux yeux : lorsqu’une « société » développe la production industrielle ses « citoyens » n’ont pas les ressources monétaires pour absorber la production ; dans l’état actuel des choses, il n’y a plus assez de clients. A moins de remettre en cause le mode d’échange, donc le système monétaire, et d’en trouver un adapté à la nouvelle donne, il va falloir trouver des expédients, des solutions à court terme qui s’avèreront insuffisantes voire désastreuses.

Le premier de ces expédients est bien sûr l’exportation, tout simplement. Mais quand l’industrie se développe dans tous les pays et que chacun exporte chez les autres, quand tous les pays sont confrontés au même problème interne, c’est une autre planète, peuplée seulement de consommateurs, qu’il faudrait ! Le second qui a été envisagé et mis en œuvre à la fin du XIXe siècle est la colonisation que Jules Ferry lui-même a justifiée comme suit : « La question coloniale, c’est d’abord la question des débouchés. La politique coloniale est fille de la politique industrielle. L’Europe peut être considérée comme une maison de commerce qui voit décroître son chiffre d’affaire car la consommation européenne est saturée. Il faut faire surgir de nouvelles couches de consommateurs. » (28 juillet 1885) (Ce besoin vital de consommateurs a entraîné la course aux colonies et le conflit entre les puissances colonisatrices.) Vint ensuite le fordisme, c’est-à-dire l’idée d’augmenter les salaires pour que les salariés puissent acheter les produits à la production desquels ils contribuaient. Mais on ne peut pas donner de l’argent aux uns sans le prendre à d’autres ! Puis vint le crédit à la consommation, qui permet aux consommateurs d’avoir aujourd’hui l’argent qu’ils gagneront peut-être demain et que, dans tous les cas, ils n’auront plus alors. L’abandon de l’étalon or (1940 au Canada, 1971-1976 aux USA, etc.) avait sans doute la même fonction objective, quoique peut-être inconsciemment de la part de ses prometteurs, à savoir permettre d’augmenter la masse monétaire, donc, en théorie, la Demande. En 1981, cette politique de la relance de la Demande par l’augmentation du pouvoir d’achat a aussi été, en France, un échec retentissant. Enfin, les entreprises, dans l’idée de faire baisser leurs coûts de production (produire moins cher) et de ramener ainsi le prix de leurs produits au niveau des moyens financiers de leurs clients, ont encore quatre options : 1) payer peu leurs employés, soit en gelant, soit en baissant leurs salaires ou en rognant sur des à-côtés, 2) réduire la qualité de leurs produits, payer moins leurs fournisseurs ou en changer, 3) importer de la main d’œuvre étrangère, moins exigeante que les autochtones (immigration), 4) faire produire à l’étranger, dans des pays à moindre coût, ce que l’on appelle « délocalisation de la production »… Autant de « solutions » qui ont un sens d’un point de vue individualiste, du point de vue des entreprises, mais qui, dès lors que toutes les entreprises les appliquent, font effondrer la Demande intérieure du pays plus vite que les prix… sans parler du fait que les deux dernières détruisent le pays lui-même.

A ces fuites en avant suscitées par l’inadaptation du système monétaire au mode de production industrielle viennent s’ajouter les dérèglements suscités par l’informatique qui permet et donc amène la virtualisation de la monnaie. C’est la possibilité offerte par cette technologie très récente qui a d’abord permis aux banques d’effectuer des calculs jusque-là impossibles et de devenir des banques de dépôt où les gens ordinaires vinrent de leur plein gré mettre en sûreté leurs économies et où leurs salaires sont aujourd’hui transférés d’office. C’est elle encore — et cet afflux d’argent dans les banques — qui a permis à la spéculation de prendre un tour nouveau, démentiel et apocalyptique. C’est elle, enfin, qui autorise la création artificielle de monnaie par les banques, via le crédit sans réserve, quoique le passage de la monnaie métallique au papier monnaie avait déjà permis aux États d’imprimer sans limite des billets, des billets n’ayant aucune valeur intrinsèque, quoique la notion de valeur soit en elle-même un concept, donc une fiction. Le système monétaire est ainsi un château de cartes imaginaires qui condamne les hommes à jouer au Monopoly grandeur nature — et à perdre, pour la plupart. Elle est loin l’idée d’une  monnaie qui ne servirait qu’à faciliter le troc (entre petits producteurs) et à fixer de justes prix pour des échanges équitables, idée déjà asociale et antisociale ! Au vrai, cette monnaie n’a jamais existé et n’existera jamais.

Malgré Largent qui l’entraîne et l’écrase, l’Homme a une certaine liberté, dont il use pour accomplir ses propres desseins. Or l’Homme est un être sociable ; et le Principe fondamental de l’ordre social est l’Égalité, totalement incompatible avec Largent. C’est pourtant à l’Égalité que les hommes aspirent et vers laquelle ils tendent leurs efforts. Si on regarde l’histoire, on constate en effet qu’ils se sont toujours révoltés contre Largent et son cortège de fléaux (inégalité, tyrannie, exploitation, misère, etc.), au nom de l’Égalité ou de ses dérivés (justice, indépendance, Liberté, etc.), et, avec le temps, ces combats furent toujours couronnés de succès, quoique les victoires fussent incomplètes, faute d’avoir tranché le « nerf de la guerre ». Malgré tout, tous ces combats firent, en quelque sorte, tomber un à un les paravents qui étaient comme les défenses périphériques de Largent, dont la puissance et la tyrannie apparaissent aujourd’hui dans toute leur « pureté » parce qu’il est comme réfugié dans un donjon. Ainsi, sa position est aussi forte que désespérée. Les hommes sont dans la position inverse : ils sont tétanisés alors qu’ils pourraient lui donner le coup de grâce. Ils ont conquis socialement tout ce qui leur était possible de conquérir et ils se trouvent maintenant face à un mur, face à Largent en personne. Toute nouvelle conquête sociale exige de renverser Largent lui-même (ce qui implique de comprendre pourquoi et de savoir comment). Mais force est de constater que ce combat n’est pas encore à l’ordre du jour — même si de nombreuses attaques tournent désormais autour de la monnaie (banques, spéculation, dette, création monétaire, revenu de base, etc.), certaines la prenant même pour cible (quoique maladroitement et pour de mauvaises raisons). Largent qui était sur la défensive reprend donc l’initiative et regagne du terrain (sur les « acquis sociaux »). Dans ces conditions, quiconque ne le dénonce toujours pas et n’envisage pas de le renverser, n’a que trois options :

1) se rallier purement et simplement à lui, à Largent, c’est-à-dire se convertir ouvertement au capitalo-libéralisme (dit ultra-libéralisme),

2) faire comme si de rien n’était et prôner, face aux régressions inévitables, le même genre de mesures sociales, limitées et vaines, que par le passé,

3) déserter le champ social et se faire néanmoins passer pour un progressiste en détruisant tout par ailleurs au nom d’un soi-disant progrès (déclaré, non-démontré et surtout contredit) et en ne servant en dernière analyse que les intérêts du capitalisme.

On retrouve ici les trois catégories mentionnées au départ : capitalistes, gauchistes et mondialistes, patriotes et nationalistes. On comprend enfin de quoi elles résultent. Ce ne sont pas des fantaisies ; elles naissent sous la pression de Largent (ou du monde façonné par Largent), combinée aux différents types de caractère, ayant chacun sa sensibilité, ses priorités, ses forces et ses faiblesses.

Mettons de côté la première catégorie, celle des capitalistes incurables, qui n’ont pas plus de patrie que Largent, qui n’aspirent qu’à jouir et à perpétuer l’ordre des choses tel qu’il est. Ce texte s’intéresse surtout aux deux autres catégories ; il s’adresse aux hommes qui veulent changer les choses mais en sont incapables pour le moment, même s’ils s’agitent dans tous les sens ; il a pour but de leur faire pendre conscience de leurs travers respectifs, afin qu’ils rectifient leurs positions et se tournent tous vers le véritable ennemi au lieu de s’épuiser en vain et surtout de s’entredéchirer. C’est une gageure qui mérite d’être tentée.

Gauchistes et nationalistes, tous se veulent légitimes, tous pensent être dans le Vrai, tous défendent leur conception du Bien, tous agissent par amour (seul l’objet de leur amour diffère) et tous revendiquent ce que chacun réclame comme son monopole. Laissons donc les uns et les autres à leurs convictions pour ne nous occuper que des faits et de leurs causes.

Commençons par les premiers : les gauchistes ou mondialistes.

Le gauchisme est souvent un point de départ, jamais un point d’arrivée, sauf pour ceux qui s’y complaisent. Il y a quelques exemples de gauchistes ayant basculé dans le capitalisme pur et dur ; légions sont les exemples de gauchistes ayant rejoint le camp national ; mais il n’y a pas d’exemple du processus inverse. Le temps, l’expérience et la réflexion éloignent du gauchisme, ce qui tend à démontrer qu’il est, en politique, ce qu’il y a de plus basique, raison pour laquelle lui est accordée ici la préséance.

Le gauchiste aspire à une liberté individuelle totale, au droit pour chacun de faire tout ce qui lui plait, même les choses les plus absurdes ou extravagantes, ce qui l’amène à rejeter toute autorité (typique de l’adolescence) et tout cadre par définition contraignant (entreprise, pays, État). C’est du fantasme ! C’est une conception des choses hors de toute réalité ! Quoi qu’il en soit, ayant dissout, dans son esprit, tout peuple, toute société, tout pays, le gauchiste ne se voit et ne prétend voir autour de lui que des « humains », des hommes abstraits, sans origine, sans race, sans patrie, sans famille, sans histoire, sans culture, sans identité, au final sans humanité, des hommes différents mais soi-disant pareils, des hommes soi-disant identiques donc soi-disant égaux (en quoi ?). C’est ainsi que celui qui n’admet aucune loi, qui n’a aucune idée de ce en quoi consiste la citoyenneté, en vient à se proclamer « citoyen du monde », ce qui n’engage à rien, et à prôner l’égalité universelle, qui ne veut rien dire — mais qu’il va s’acharner à fabriquer. Il était de nulle part ; il est maintenant chez lui partout. Il n’avait pas d’attache ; tous les hommes sont maintenant ses frères. Il s’auto-investit alors d’une mission : faire le bonheur de l’humanité, sauf celui de ses « concitoyens », ce qui serait trop mesquin. Comme tous les hommes sont forcément malheureux et l’attendent bien sûr comme le Messie, il fait la leçon à la terre entière, il dit aux autres peuples ce qu’ils doivent faire chez eux, il invente le « devoir d’ingérence » ; il ouvre aussi en grand les portes d’un pays auquel il se flatte de ne pas appartenir et qu’il fait effectivement tout pour détruire. C’est ici que le gauchisme rejoint le capitalisme.

Nous avons vu que le capitalisme, pour surmonter les contradictions du système monétaire dans un contexte de production industrielle, du moins dans l’espoir de les surmonter, a besoin d’abattre toutes les frontières afin que puissent circuler librement, à son profit, les marchandises, les capitaux et les hommes. Dit autrement, il a besoin que tout porte la marque de Largent et devienne objet d’exploitation. Il lui faut un marché mondial, des consommateurs standards, des travailleurs dociles, des hommes brisés et abrutis ; il lui faut détruire les pays et les peuples, en commençant par en nier l’existence. Telles sont les fonctions de l’Europe institutionnelle (qui n’est que l’expression de Largent et une étape vers le mondialisme) et de l’immigration massive et continue. Mais les gauchistes ne retiennent de tout cela que ce qui concerne les hommes et le côté individualiste, universaliste et antinational (donc antisocial), qui fait déjà partie de leurs dogmes. En bon marchand de tapis, le capitalisme a d’ailleurs prit soin de couvrir de moraline ses produits nocifs : il vend l’Europe au nom de la paix, et l’immigration au nom de l’antiracisme. Quoique eux-mêmes experts en novlangue, les gauchistes ont tout acheté, tout validé, tout avalé. Impossible de leur faire entendre raison ! Pas moyen, même, de discuter ! Ne voyant que le Bien qu’ils prétendent accomplir, ils occultent tout le mal qu’ils cautionnent ou qu’ils dénoncent en partie mais sans jamais remonter à sa cause et sans apercevoir leur propre complicité. Pour maintenir ce cap et surmonter leurs contradictions, ils sombrent dans le fanatisme, le sectarisme, le manichéisme, l’hystérie et la violence (verbale ou physique). Quiconque ne les suit pas dans leurs délires et trouble leurs illusions, quiconque critique ou s’oppose aux entreprises du capitalisme est à leurs yeux un « fasciste ». Au final, ces apôtres de l’Humanité, ces anticapitalistes de façade se font les chiens de garde du capitalisme. En fait, les gauchistes sont tout simplement des capitalistes qui s’ignorent, et qui le prouvent même lorsqu’ils militent pour l’abolition de la monnaie… au niveau mondial, au nom de liberté absolue et de l’égalité entre humains, c’est-à-dire au nom d’une idéologie qui s’accorde avec le capitalisme et va dans son sens, parce qu’elle en procède. La priorité des gauchistes n’est pas de renverser Largent, de combattre les inégalités dans la Cité, entre Citoyens, mais de promouvoir le mondialisme.

Le gauchisme n’est pas une remise en cause de l’ordre des choses ; il est une soumission totale à Largent, qu’il soit une manifestation extrême de l’individualisme inhérent à cette croyance ou une régurgitation de l’idéologie et de la propagande capitalistes. — Il ne faut cependant pas confondre « gauche » et « gauchisme ». La « gauche », au sens historique, prône l’Égalité ou moins d’inégalités entre citoyens, la souveraineté du peuple (la démocratie au vrai sens du terme), la souveraineté nationale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la non-ingérence ; elle est nationale, sociale et patriotique. Cette ligne existe toujours, mais elle n’est plus celle des partis politiques qui se revendiquent encore de « gauche » et qui, pour les raisons que l’on a vues plus haut, ont basculé depuis quelques décennies dans le capitalo-gauchisme (sans-frontiérisme, mondialisme, immigrationnisme, antiracisme, sociétalisme, etc.). La vraie gauche est du « fascisme » pour la fausse gauche qu’est le gauchisme, qui suit le capitalisme au pas de l’oie. (Personne ne sera surpris qu’à l’heure de la novlangue les étiquettes ne correspondent plus aux contenus et qu’un des combats à mener soit précisément, non pas de jeter les étiquettes, mais de les redistribuer correctement !) — En fait, le gauchisme n’est pas inné ; il accompagne la montée en puissance de Largent. Il y a bien quelques anarchistes depuis le XIXe siècle, mais c’est la financiarisation du monde et la victoire incontestée du capitalisme, dans la seconde moitié du XXe, en Occident, qui lui ont donné l’intensité que nous connaissons ; c’est la « société de consommation » qui, dans un premier temps, a stimulé l’individualisme latent et favorisé la mise en œuvre du projet euro-mondialiste ; c’est l’immigration, voulue d’abord par le patronat, imposée ensuite par la propagande « antiraciste », dont les gauchistes se firent le fer de lance, qui, dans un second temps, a permis au capitalisme de mettre tout le monde au pied du mur, d’habituer les gens à la présence toujours plus importante d’immigrés, de réduire à une question individuelle et morale un problème collectif et politique, de faire du chantage à l’humanisme et ainsi de lobotomiser les esprits faibles à coups de pathos pour qu’ils se fassent à leur tour les apologistes intransigeants de l’immigration tous azimuts (toujours heureuse) et de la dilution morale et physique (enrichissante) de leur propre peuple. Pourtant les gauchistes n’avaient ni envisagé ni désiré l’importation d’immigrés avant que le capitalisme ne leur en procure. Leur humanisme n’a cependant pas été outré quand cette infâme et criminelle opération a été lancée. Au contraire ! Que les immigrés n’aient pas quitté leur pays de gaieté de cœur, mais toujours pour fuir des problèmes créés ou causés par le capitalisme, et qu’ils aient pour fonction d’être exploités, de briser les luttes sociales et de détruire leur pays d’accueil, peu leur importa ! Les gauchistes ne virent en eux que l’incarnation de cette Humanité qui n’était jusque-là qu’un concept sans portée pratique ; c’est pourquoi, paradoxalement, ils en firent aussitôt des représentants de l’Humanité, des abstractions, des vaches sacrées, de sorte qu’ils s’affranchirent à nouveau du réel et continuèrent à raisonner dans le vide, qui est manifestement leur élément. Ce faisant, ils étaient d’accord avec les capitalistes : les immigrés, qui sont du pain béni pour les uns et les autres, ne doivent faire l’objet d’aucune observation, d’aucune critique de quelque ordre que ce soit, de la part de qui que ce soit. Gauchistes et capitalistes ont alors institué l’antiracisme, c’est-à-dire l’interdiction morale et légale, pour les autochtones, de réagir face à une invasion et de dénoncer une politique relevant de la haute trahison. Encore une fois, il s’est agi d’empêcher tout débat afin de rester dans le compassionnel et l’irrationnel, et pouvoir ainsi faire passer la modération pour de l’extrémisme (racisme, fascisme), et l’extrémisme pour de la modération. Soutenus par les capitalistes (qui ont le pouvoir), les gauchistes ont pu poser le problème à leur manière et imposer leur rhétorique : « Qui n’est pas contre les immigrés est pour l’immigration, pour toujours plus d’immigration. Qui n’est pas pour l’immigration ou pour toujours plus d’immigration est contre l’immigration. Qui est contre l’immigration est contre les immigrés et est donc raciste. » Il n’y a le choix qu’entre être immigrationniste ou raciste, le Bien et le Mal absolus selon les gauchistes. C’est une escroquerie intellectuelle d’une telle violence que l’opinion publique a été tétanisée et est encore sous le choc… quoique de moins en moins ! Engendré par l’immigration, l’antiracisme avait pour but de pousser à encore plus d’immigration. Mais l’immigration pose fatalement des problèmes qui suscitent les mécontentements que l’antiracisme devait étouffer et qui obligent le système capitalo-gauchiste, non à renoncer à l’immigration ou à devenir un peu raisonnable en la matière, mais à intensifier la propagande antiraciste, donc à être plus immigrationniste que jamais, et à durcir la répression… répression, au nom de l’Étranger, contre tous les Français (dans le cas de la France) qui ne sont plus dupes du gauchisme et du capitalisme… répression dont les gauchistes se chargent des basses œuvres, en bannissant, intimidant, insultant, traquant, attaquant tous les  « déviants » qu’ils qualifient de « fascistes », c’est-à-dire tout le monde sauf eux-mêmes.

Le gauchisme (sous sa forme actuelle) a été créé par le capitalisme, pour servir ses desseins. Ce n’est pas par hasard s’il fait écho au grand patronat, s’il a le soutien des riches, la sympathie des médias, la bienveillance des politiciens, l’indulgence des juges, la protection des autorités, les subventions de l’État ; s’il a pignon sur rue ; s’il est toujours « tendance » ; s’il participe à l’idéologie dominante ; s’il est cul et chemise avec le « système » ! C’est parce qu’il est une partie intégrante du système. Le gauchisme, sous ses faux airs humanistes, est à la fois la bonne conscience du capitalo-mondialisme, son rabatteur, sa police de la pensée et sa milice.

Autant les gauchistes se divisent en tendances qui ne diffèrent qu’à la marge et font donc souvent front commun, autant nationalistes et patriotes s’inscrivent dans des traditions différentes voire radicalement opposées et se combattent donc la plupart du temps.

Les nationalistes, embourbés dans une vision simpliste et fantasmée de l’histoire de France, ont souvent pour dénominateur commun une détestation de la Révolution française, qu’en « bons catholiques » ils chargent de tous les pêchés, et, partant, une vénération pour la royauté. Mais ils peuvent aussi se réclamer du bonapartisme, du fascisme, du pétainisme, c’est-à-dire de régimes toujours autoritaires mais puisant leur « légitimité » à d’autres sources que la monarchie traditionnelle. Ils sont dans tous les cas très anti-jacobins et très anti-communistes… comme si c’était la même chose ! Mais les raisons des uns et des autres d’adhérer à ces courants de pensée peuvent varier du tout au tout selon leurs conditions sociales personnelles, leur idée de ce en quoi consistaient ces modèles et ce à quoi ils croient que ces courants aspirent aujourd’hui. Tous pensent défendre la France ou du moins le prétendent. Les uns regrettent dans l’ancien régime une société d’ordres, dans laquelle leurs ancêtres étaient des privilégiés ; les autres pleurent un roi soi-disant protecteur du peuple. Les premiers exècrent la Révolution pour avoir sapé leur antique puissance, ce qui est évidemment inavouable ; les seconds l’exècrent parce que les bourgeois ont mis Largent sur le trône, oubliant que ces mêmes bourgeois ne triomphèrent qu’après avoir écrasé les véritables révolutionnaires, les jacobins, qui, eux, voulaient le peuple souverain et ont défendu la France contre les assauts de toute l’Europe, ce qui pourrait les réconcilier avec la Révolution s’ils ne mélangeaient pas tout. On retrouve ces mêmes mobiles dans la nostalgie de certains pour le pétainisme, les uns voyant en lui le rétablissement d’un ordre en faveur des privilégiés, les autres ne voyant en lui que son côté social et traditionnel, les Allemands ayant seulement offert aux nationalistes de l’époque l’occasion de servir ce qu’ils considéraient comme les intérêts de la France. Mais ce sont aussi les nationalistes qui, refusant la défaite, l’occupation et a fortiori la collaboration, fournirent le gros des premiers résistants. Rien n’est simple quand on y regarde de près ! En fait, malgré leurs divergences, qu’ils regardent la France comme leur pré-carré ou le peuple français comme leur famille élargie, qu’ils soient ouvertement pour l’inégalité ou pour moins d’inégalités tout en justifiant un régime inégalitaire, tous les nationalistes regardent la France comme leur héritage et ont à cœur de la conserver ou de la restaurer, de la défendre et de la transmettre.

Le paradoxe du nationalisme (au sens français du terme) est d’aspirer, d’un côté, à un système social et populaire, de l’autre, à un régime autoritaire et anti-démocratique. Quoi que l’on pense de ce paradoxe, il porte en lui la réfutation de l’accusation récurrente, portée par les gauchistes, selon laquelle « le nationalisme serait le bras armé du capital ». Un régime fort, social et qui plus est national a pour vocation, par définition, de contenir Largent, de s’opposer d’une manière ou d’une autre à sa toute puissance. Le nationalisme ne proscrit pas riches et banquiers qui, en tant qu’héritiers, peuvent même être séduits par son côté traditionaliste et lui apporter leur soutien, mais il ne leur laisse pas les rênes et les rudoient au besoin. C’est précisément quand ces régimes tombent que « l’aristocratie de l’argent » se réjouit et que le capitalisme prend son essor. C’est d’ailleurs quand le capitalisme triomphe et détruit tout que le nationalisme se ranime.

Le capitalisme, apatride, est gêné dans sa marche en avant par les nations qui, d’une manière ou d’une autre, freinent l’hégémonie de Largent. Il cherche donc à les détruire à tous les niveaux et par tous les moyens : dilution dans des ensembles supranationaux, pour bafouer leur souveraineté et abattre leurs frontières ; apologie de l’individualisme, de l’universalisme, du « progressisme », du suivisme, de la paresse, de la bêtise, de la médiocrité et de la laideur, pour démoraliser les peuples, détruire leur identité, étouffer en eux le sentiment national et anéantir en eux toute velléité de résistance ; introduction massive et incessante d’immigrés de tous horizons, pour briser les luttes sociales, créer milles problèmes qui monopolisent l’attention, démoraliser et paralyser le peuple et enfin le dissoudre. Piétiner le pays, laminer sa culture, ses traditions (le peu qu’il en reste) et son identité, le soumettre à une invasion-colonisation et attenter à l’existence même du peuple, tout cela au nom de Largent : tous les nationalistes s’insurgent, bien qu’ils restent divisés par leurs querelles de chapelle. Et c’est là, au moment où la patrie est en danger comme jamais, que nationalisme et patriotisme se rejoignent.

Autant la Révolution française est un repoussoir pour le nationalisme, autant elle est une référence pour le patriotisme. Ce dernier voit en elle un moment rare et court dans l’histoire où le peuple, ruiné et trahi, a ressaisi et exercé la souveraineté et repoussé tous les assauts de l’Europe. La grande année, à ses yeux, n’est pas 1789 et l’Assemblée aristo-bourgeoise dite constituante, mais 1792 et l’avènement accidentel de la première République grâce à l’insurrection du 10 août, et surtout 1793 et la constitution démocratique (quoique jamais appliquée en raison de la guerre). Le renversement de la monarchie, qui crève le cœur de nombreux nationalistes, importe moins, aux patriotes, que la démonstration qu’un peuple décidé (et bien dirigé) peut tout. Bien sûr, la Révolution a échoué ; les révolutionnaires (notamment Robespierre) ont finalement succombé sous les coups des bourgeois. Mais les patriotes ont conservé leur mémoire et brûlent d’achever leur œuvre.

De manière générale, le patriotisme est le sentiment naturel d’attachement de tout individu à son peuple et à son pays, sentiment qui porte à les défendre instinctivement lorsqu’ils sont attaqués, sentiment qui, parfois, sommeille jusqu’au moment du danger et étouffe alors toutes les inepties que la sécurité et l’insouciance permettaient de débiter. Mais, de façon plus précise, le patriotisme, qui découle de l’amour pour son peuple, au bonheur duquel il aspire, suppose la volonté de lutter pour l’Égalité ou, par défaut, pour moins d’inégalités entre ses concitoyens, pour la démocratie (souveraineté populaire dans tous les domaines publics), pour l’indépendance et l’intégrité de son pays (souveraineté nationale) et, parce qu’on ne doit pas faire aux autres ce que l’on n’aimerait pas qu’ils nous fassent, il rejette l’ingérence, le colonialisme et la guerre autre que défensive (entreprises qui, en dernière analyses, sont toujours motivées par Largent). Mais ce sont là les buts. Les patriotes se divisent quant aux moyens.

On peut distinguer deux courants patriotiques, plus un troisième qui s’est perdu en route : les anarchistes, les jacobins ou républicains, et les communistes historiques.

Les anarchistes, qui, dans la Révolution, se reconnaissent dans les Enragés ou les Hébertistes, se caractérisent depuis toujours par un individualisme exacerbé, une sensibilité à fleur de peau, et un manque de sens politique, d’où leur aversion pour la discipline et l’autorité, leur spontanéité, leur extrémisme, leurs défaites et leur désespoir. Ils ne voient d’obstacle à leurs desseins que dans les hommes. Sous la Révolution, ils étaient les furieux de la Terreur ; mais ils servaient malgré tout une cause nationale. On les retrouve notamment sous la Commune de Paris de 1871, à défendre héroïquement l’honneur national, mais à soutenir fort maladroitement leur propre entreprise. Leur écrasement par la « République », au bout de deux mois seulement, leur fit rejeter définitivement la notion d’État, donc celles de pays, de peuple, de patrie et, après une phase terroriste fin XIXe, début XXe siècle, ce ne sont plus maintenant que les chantres de l’humanitarisme, du mondialisme, du sans-frontiérisme, de l’immigration, des alliés du capitalisme contre les nations, en particulier la leur, en un mot des gauchistes, tantôt pacifistes, tantôt ultra violents.

Les jacobins ou républicains (synonyme de démocrates) se reconnaissent, eux, dans Robespierre, celui de l’histoire et non celui des légendes. Ils font leurs toutes les notions consubstantielles à l’Égalité : citoyens, nation, peuple et pays, démocratie (à tous les niveaux), souveraineté nationale, non-ingérence ; ils ont le sens du devoir et de la communauté. Eux voient la source de l’inégalité dans les mauvaises lois, et c’est à les réformer qu’ils s’emploient. Telle était la faiblesse de Robespierre ; telle est encore la faiblesse des républicains aujourd’hui. La Révolution et les deux siècles écoulés ne leur ont rien appris. Cependant, bien que la cause de l’inégalité leur échappe et que, dans ces conditions, tous leurs efforts soient vains, ils n’en perdent pas tout bon sens et s’écartent aussi peu qu’il est possible des Principes de l’ordre social, à la différence des anarchistes et des communistes.

Les communistes sont des républicains de caractère mais plus radicaux en apparence et avec une vision des choses plus structurelle. Eux croient voir la cause de l’inégalité dans l’organisation sociale et la propriété privée des moyens de production et, partant, préconisent le collectivisme et une forme d’État adaptée. Ils se revendiquent de Karl Marx et, avant lui, de Gracchus Babeuf qui, en 1796, donc peu après la Révolution, fomenta la conspiration dite des égaux. Babeuf envisageait l’abolition de la monnaie dans le cadre d’une communauté nationale, c’est-à-dire d’un système collectiviste, permettant de jouir en commun du produit collectif ou de le répartir selon les besoins. Par la suite, les communistes conservèrent la notion de collectivisme mais sans remettre en cause la monnaie, ajoutant ainsi à la tyrannie étatique l’inégalité monétaire. (Il semble toutefois que Marx ait lui aussi prôné l’abolition de la monnaie, mais au niveau mondial, au profit d’une communauté et d’un collectivisme universels.) Mais qu’ils se soient fourvoyés dans des théories aux conséquences désastreuses n’enlève rien au fait qu’ils aspirent, même sans le dire, à l’Égalité et soient attachés à la nation, c’est-à-dire qu’ils aient en eux des bases saines. Ce sont des patriotes ; ce ne sont pas des gauchistes. Quand le parti a viré au gauchisme et versé dans le sociétalisme, le gros des militants a rejoint… le Front National (qui, pendant la deuxième guerre mondiale, était d’ailleurs le nom d’un réseau de résistance communiste).

Si le Front National réunissait au départ, sur la question de l’immigration, les différentes mouvances nationalistes, sa ligne a toujours était républicaine et est plus que jamais jacobine. Les républicains et les communistes qui le rejoignent ou votent pour lui n’ont pas changé de logiciel. Ce sont les partis dits « de gauche » qu’ils soutenaient jusque-là qui, pour les raisons exposées plus haut, ont muté, rallié le capitalisme ou sombré dans le capitalo-gauchisme, fait de l’immigration (et de tout ce qu’elle implique idéologiquement) l’alpha et l’oméga de la politique et rejeté ainsi dans le « camp national » tous ceux qui, quel que soit le modèle politique qu’ils défendent, quelle que soit la part d’histoire de France qu’ils revendiquent, sont français corps et âme et se sentent à bon droit menacés quand l’existence de leur peuple est en jeu. Pour tous, nationalistes et patriotes, l’urgence est désormais de sauver la France, de soustraire leur peuple à un génocide programmé et inévitable sans réaction énergique. Car l’immigration massive et continue ne peut avoir d’autre résultat, pour qui a encore un peu de bon sens et de bonne foi, que celui de submerger et, au final, d’éradiquer la population d’origine, donc de changer, d’anéantir la France, puisque c’est la population, et non la géographie, qui fait un pays. Face à une invasion sans précédent (dans sa forme et son ampleur), elle-même fruit d’une trahison sans égal et d’une collaboration abjecte, tous se souviennent de cette maxime qu’affectionnaient les révolutionnaires : « la loi suprême est le salut du peuple ». Quand la patrie est en danger, et jamais le danger n’a été aussi grand, patriotes et nationalistes doivent serrer les rangs contre le parti de Largent et de l’Étranger.

Mais les nationalistes autant que les patriotes sont eux aussi, comme les gauchistes, sous l’emprise de Largent.

Pour commencer, tous réagissent au monde tel qu’il est façonné par Largent. Les nationalistes acceptent et aspirent à un ordre social inégalitaire (oxymore), parce qu’ils ont l’impression que l’inégalité est dans la nature des choses alors qu’elle est seulement le fait de Largent. Les patriotes, jacobins ou communistes, eux, reconnaissent l’Égalité comme le principe fondamental de l’ordre social et aspirent à l’instaurer (l’Égalité), précisément parce qu’elle n’est pas ; mais ils ne font pas, eux non plus, le lien entre l’inégalité et Largent. Autrement dit, les uns et les autres pensent ce qu’ils pensent parce qu’ils sont dans un système monétaire, fondé sur Largent ; ils constatent ce qui est et réagissent selon leur sensibilité mais n’envisagent rien qui soit de nature à changer fondamentalement le système et les choses.

Pour autant, Largent n’a pas étouffé en eux le sens de la communauté. Dans un monde individualiste, ils pensent encore « peuple », ils pensent encore « patrie », ils pensent encore « nation ». Les nationalistes ont une conception racialistes de la nation ; ils ne conçoivent comme faisant partie de leur peuple que les individus du même sang, ce qui est parfaitement légitime, ce qui est la conception de la plupart des peuples de par le monde. Les jacobins, eux, ont une conception plus ouverte de la nation, une conception « contractuelle » : tout individu qui remplit certaines conditions et s’acquitte de certains devoirs en fait partie à l’égal des autres. Cependant, ces derniers n’oublient pas que leur nation est malgré tout issue d’une histoire, d’un peuple et d’une culture sans lesquels elle ne peut perdurer ; ils ne nient pas la dimension raciale et identitaire de la nation et, s’ils ne rejettent pas les apports humains et culturels étrangers tant qu’ils restent marginaux ou raisonnables, ils appellent à y mettre un frein dès lors qu’ils menacent son intégrité et son existence. Ainsi, si jacobins et communistes n’étaient pas aussi rigides que les nationalistes, au début, face à l’immigration, la folie immigrationniste qui a transformé l’immigration en fléau et en danger majeur a fini par les réunir dans l’opposition, quoique leurs motifs soient, là encore, différents.

Les nationalistes voient essentiellement l’immigration comme un danger pour leur « race », donc pour l’essence de leur peuple et de leur nation, ce qu’elle est effectivement vu les proportions qu’elle a prises. En cela, et à juste titre, l’immigrationnisme, suicidaire et génocidaire, est criminel à leurs yeux. Les jacobins partagent ces raisons mais voient avant tout dans l’immigration actuelle une oppression et une trahison du pouvoir politique qui l’impose à la nation sans la consulter et contre son gré, ce qui constitue une violation du contrat social (tacite) qui, outre la souveraineté du peuple, prescrit une union libre et consentie entre citoyens et non un mariage forcé. Ils reprochent également aux immigrationnistes d’avoir abandonné la politique traditionnelle, française et républicaine, d’assimilation des immigrés, au moment où elle était le plus nécessaire, nouvelle entorse aux principes et au bon sens qui suscite des problèmes ou les décuple. Si les jacobins ont fermé les yeux, au début, par humanisme, ils estiment désormais que la coupe est pleine et que la poursuite de cette politique relève du crime de lèse-nation. Quant aux communistes, ils savent depuis toujours que les immigrés sont « l’armée de réserve du capitalisme » (Marx) et que « la nation est le seul bien des pauvres » (Jaurès).

Malgré ces nuances dans leur conception de la nation et leurs raisons d’y être attachés, tous voient bien que l’appât du gain, la course au profit, les riches, les banques, la finance, le capital tendent à détruire, chez leurs concitoyens, l’esprit qui les anime, à plonger leur peuple dans la détresse sous toutes ses formes et à détruire leur pays par tous les moyens, l’immigration étant le plus redoutable. Tous, nationalistes et patriotes, sont, d’instincts, anticapitalistes ; tous veulent, à leur manière, contrecarrer le capitalisme ; tous, pour des motifs différents, prônent des régimes politiques forts voire tyranniques, seuls capables de lui tenir la dragée haute ; tous sont dans l’illusion qu’il est possible de dompter Largent sans le terrasser, sans sortir du système monétaire ; tous, dans leur histoire, ont éprouvé cette vérité que Largent est toujours le plus fort à la longue. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. » En ne comprenant pas que les puissances financières et leurs menées, auxquelles ils s’opposent à bon droit, au nom de la patrie, sont le produit du système monétaire et de Largent qu’ils ne songent pas à remettre en cause, ils se condamnent, tel Sisyphe, à des efforts titanesques voués à l’échec.

La vérité, c’est que nationalistes et patriotes sont eux aussi, comme les gauchistes, des capitalistes qui s’ignorent, c’est-à-dire des partisans inconscients de Largent, de la monnaie et du système monétaire qui sont à l’origine du capitalisme dont ils déplorent les effets. La seule différence, c’est que les gauchistes, par leur tendance au mondialisme, revers de l’individualisme inhérent à Largent, servent activement le capitalisme actuel, dont ils partagent en grande partie l’idéologie, tandis que les « souverainistes », qui échappent davantage à la logique de Largent, mais en cautionnent par défaut l’existence et la puissance en ne remettant pas en cause le système monétaire lui-même, veulent revenir à une étape antérieure du capitalisme, au capitalisme ou à un système monétaire dans un cadre national. Ce n’est donc pas parce que nationalistes et patriotes ne sont pas capitalistes que le capitalisme les diabolise, mais parce qu’ils ne jouent pas le jeu à fond et sont, de ce fait, un boulet pour le capitalisme actuel.

C’est par la force des choses (industrialisation et informatisation) que le capitalisme a pris le visage qu’on lui connaît aujourd’hui. Revenir à la nation ne résout pas en soi les contradictions internes que le capitalisme tente de surmonter en dépassant ce cadre. Cela peut permettre de régler certains problèmes immédiats, mais, ceci fait, Largent reprendra le dessus et les contradictions ressurgiront, auxquelles les mêmes réponses devront être apportées, puisque les mêmes causes produisent les mêmes effets. On ne peut pas rompre avec la logique capitaliste sans rompre avec le capitalisme, c’est-à-dire sans sortir du système monétaire et, plus encore, sans anéantir Largent (individualisme et inégalité) au nom de l’Égalité et de la Patrie... et on ne peut pas faire cette Révolution à un autre niveau que celui de la nation. C’est en cela que revenir à la nation est à la fois une illusion et une nécessité : une illusion tant que l’on ne conteste pas Largent, mais une nécessité pour pouvoir le renverser. Il est du reste peu probable que des peuples occidentaux ayant réussi à échapper aux griffes du mondialisme, à ressaisir leur souveraineté et à sauver leur existence retombent dans les mêmes pièges, en particulier ceux du supranationalisme et de l’immigrationnisme. Mais ils n’auront alors qu’un moyen de leur échapper : en comprendre enfin le ressort et le briser. Ainsi, opposer la nation au capitalisme est aujourd’hui le fait de capitalistes, mais est malgré tout ce qu’il y a de plus révolutionnaire, ce qui va le plus dans le sens de la Révolution.

Nationaliste et patriotes n’ont pas le même projet politique mais n’en sont pas moins français corps et âme et n’en défendent pas moins la France. C’est à la fois ce qui les réunit contre l’immigration, l’euro-mondialisme, en un mot le capitalisme, et ce qui les distingue des gauchistes qui, eux, souvent français d’origine ne le sont plus en esprit, tant ils sont imprégnés par l’idéologie capitaliste. Pourtant, tous pourraient s’entendre s’ils ouvraient les yeux sur les incohérences et les faiblesses de leurs idéologies respectives qui leur masquent qu’ils aspirent fondamentalement à la même chose ; s’ils réalisaient que, dans l’état actuel des choses, tous sont malgré eux, quoique à des degrés divers, des instruments du capitalisme, des prisonniers mentaux du système monétaire, des esclaves de Largent.

Les gauchistes veulent des rapports humains harmonieux. Or il n’y a vraiment de rapports humains qu’entre citoyens, qu’entre individus faisant partie d’une même société, et de rapports sociaux harmonieux que dans l’Égalité. Le fond du gauchisme, c’est l’Égalité, l’égalité des citoyens en devoirs et en droits. Mais ce fond disparaît sous les sophismes individualistes, universalistes et anarchistes qui proscrivent les notions de devoir, de peuple et de société, et débouchent sur l’égalitarisme, le sociétalisme, le mondialisme et l’immigrationnisme. Comment en arrive-t-on là ? L’Égalité est impossible dans un système monétaire, inégalitaire par nature ; et c’est cette impossibilité de l’instaurer et, partant, de la bien concevoir, qui pousse certains impatients à prôner des conceptions dénaturées de l’Égalité, relevant de l’égalitarisme, consistant à tout uniformiser en niant toutes les différences (entre les races, entre les peuples, entre les hommes, entre les sexes, entre les âges, etc.). Le paradoxe de cette démarche contre-nature (contre la nature des choses), c’est que son moteur social lui insuffle un esprit anticapitaliste, alors que, par les positions qu’elle amène à adopter, elle devient la meilleure auxiliaire du capitalisme qui, lui aussi, mais pour d’autres raisons, cherche à tout uniformiser. La chose crève les yeux. Quand le patronat et les gauchistes sont au coude à coude contre les « souverainistes », contre leurs « concitoyens », pour défendre l’immigration tous azimuts, un anticapitaliste devrait se poser des questions sur les véritables enjeux du phénomène et ses véritables bénéficiaires ! Quand on conspue les nations et le patriotisme, au nom de l’humanité, et que l’on passe ses « Nuits Debout » à Paris, place de la République, et non pas à Moscou, Tombouctou ou ailleurs dans le monde, on devrait peut-être comprendre que l’on ne peut agir que dans son pays, avec et pour ses concitoyens, qu’il y a un lien entre révolution et nation et, inversement, que l’humanitarisme, l’universalisme et la révolution mondiale sont des foutaises ! Malheureusement, quand on tombe aussi bas intellectuellement, quand on ne voit plus l’évidence, quand on défend avec rage des chimères, en un mot, quand on est un tocard de ce calibre, un sursaut de lucidité est peu probable. Les gauchistes indécrottables sont perdus pour la Révolution, qui devra se faire sans eux, et sans doute contre eux (en tant qu’alliés du capital et crétins dangereux).

Au final, seuls les « souverainistes » qui sont déjà d’accord sur les objectifs à court terme (stopper l’immigration, sortir de l’Europe, retrouver l’indépendance et la souveraineté, arrêter l’ingérence, ranimer le patriotisme, renouer avec la grandeur, rompre avec le sociétalisme et l’angélisme, etc.), peuvent, malgré leurs différences et leurs différends, tomber d’accord sur un projet commun à long terme. Non seulement ils le peuvent, mais ils le doivent, pour sauver la France. Car le « camp national » n’est aujourd’hui qu’une image ; ce n’est en rien une armée ; il n’a aucun plan d’ensemble ; il ne présente pas un front uni ; il est incapable d’avoir l’initiative et d’être offensif dans la mesure où chacun défend son segment comme les communards défendaient chacun leur barricade. Pour gagner en cohésion et en efficacité, les « souverainistes » ont besoin d’un projet commun à long terme, d’un projet qui forge et exprime une foi commune, d’un projet révolutionnaire qui justifie leurs objectifs à court terme en tant qu’étapes indispensables vers la Révolution, bref, d’un projet qui soit à la fois leur bannière et leur boussole, aujourd’hui et demain. C’est ce projet commun qu’il s’agit maintenant de définir en dégageant les aspirations profondes des uns et des autres, qui se rejoignent, de leurs positions particulières et superficielles qui, jusqu’à présent, les divisent.

Les nationalistes, commençons par eux, veulent la prospérité de leur pays, de leur peuple et de leurs concitoyens ; ils veulent un État interventionniste et un régime économique que l’on peut qualifier de « social » voire de « socialiste ». Leur paradoxe, je l’ai dit, plus haut, est de croire qu’il est possible de combiner durablement un régime économique social, procédant de l’Égalité ou tendant vers elle, avec un régime politique fort et oligarchique, donc inégalitaire et liberticide. Quelle que soit la nature des régimes politiques que les uns et les autres envisagent, leur principe est donc opposé à celui du régime économique qu’ils imaginent. De pareils systèmes peuvent fonctionner un temps, mais ils portent en eux une contradiction qui, tôt ou tard, s’avèrera fatale. Mais pourquoi les nationalistes acceptent-ils, dans le domaine politique, le principe de l’inégalité et tiennent-ils tant à un système oligarchique alors qu’ils reprouvent la ploutocratie, comme si une oligarchie pouvait être moins funeste au peuple qu’une autre ? Il est clair qu’ils prônent l’inégalité et l’oligarchie parce qu’ils idéalisent, et veulent ressusciter, des régimes qui ont existé dans le cadre du système monétaire, inégalitaire, donc oligarchique voire ploutocratique par nature, système monétaire qu’ils ne remettent pas davantage en cause et dont les régimes en question n’ont pu empêcher l’évolution vers le capitalisme qui appelle aujourd’hui une réaction, laquelle ne peut consister à recourir à des solutions qui ont déjà échoué. (La nostalgie, justifiée ou non, est contre-révolutionnaire. La Révolution de demain n’appliquera pas les recettes d’hier.) En somme, les nationalistes sont pris, comme tout le monde, dans le cercle vicieux du système monétaire : ils acceptent l’inégalité, parce que ce système est inégalitaire ; ils prônent une oligarchie, parce que ce système est oligarchique. Mais ce n’est pas tant l’inégalité et l’oligarchie qu’ils veulent, que le système monétaire qu’ils ne contestent pas, sans doute parce qu’ils ne savent pas comment. Et la preuve que le système monétaire lui-même ne leur convient pas en réalité, c’est qu’ils dénoncent et cherchent à s’opposer à ses effets sociaux, économiques et même politiques. Il est donc temps qu’ils comprennent qu’ils doivent sacrifier au but suprême qu’ils se proposent d’atteindre leurs préjugés et leurs fantaisies.

Les communistes veulent, au fond, la même chose pour leur peuple que les nationalistes, mais tombent dans d’autres erreurs, pour les mêmes raisons. Eux croient que le bonheur des hommes (des citoyens) passe par un système collectiviste et égalitariste, qui nécessite un État encore plus interventionniste donc encore plus totalitaire et encore plus oligarchique. Ils ne veulent pas seulement moins d’inégalités, comme les nationalistes, mais l’égalité partout, conception dénaturée de l’Égalité qui révèle néanmoins qu’ils voient en elle un principe fondamental. A la différence des nationalistes qui admirent les régimes forts qui répriment les mouvements sociaux (bien qu’ils ne soient pas eux-mêmes dépourvus d’une dimension sociale), l’admiration des communistes va d’instinct aux mouvements populaires qui luttent contre les tyrans et les oligarchies, alors que le communisme débouche toujours sur une nouvelle tyrannie. Il est plus facile de voir la paille dans l’œil du voisin que la poutre que l’on a dans le sien. En somme, la réalité du communisme est aux antipodes des espérances des communistes. Pourquoi ? Parce qu’eux non plus ne renversent pas Largent, mais font avec, en croyant qu’un État peut être plus fort que lui, ce qui peut être vrai à court terme mais au prix de toutes les libertés, donc de la prospérité ! Du reste, en ne remettant pas en cause le système monétaire, ils se condamnent à se soumettre à tout ou partie de ses règles et à contourner les autres en reproduisant inconsciemment certains de ses schémas. Déjà, conserver la monnaie interdit de raisonner suivant la logique sociale : la monnaie est faite pour incarner et conférer les droits, de sorte que les individus ont chacun des droits en fonction de la monnaie qu’ils ont, et non parce qu’ils sont citoyens. Et c’est précisément parce que les concepts de citoyenneté et d’Égalité sont vides de sens dans un système monétaire que les communistes s’appellent « camarades » et non pas « citoyens », c’est-à-dire qu’ils invoquent la fraternité et recourent au pathos pour masquer (à leurs propres yeux en premier lieu) qu’ils renoncent à l’Égalité et aux Principes de l’ordre social. Ils proclament : « De chacun selon ses moyens » et surtout « à chacun selon ses besoins ». Là encore le communisme révèle son caractère individualiste et matérialiste, typiquement capitaliste, dans le sens où il ne raisonne pas en termes de « citoyens » et de « droits du citoyen ». En fait, il perpétue la manie inculquée par le système monétaire de tout mesurer et de donner une valeur aux choses, en adoptant des critères plus justes en apparence. Mais un système ne peut mesurer ni les besoins ni la manière de les assouvir, qui varient d’un individu à un autre. Il s’ensuit qu’un système fondé sur le principe « à chacun selon ses besoins » définit lui-même les besoins des individus et leur impose de rentrer dans un moule : mêmes choses (biens et revenus), grosso modo, pour tout le monde. Mais ce système dogmatique qui exige un État fort à la fois pour être appliqué et parce qu’il ne suscite que des mécontents, est sclérosé à tous les niveaux, n’a aucun dynamisme économique et n’offre à partager que la misère. L’égalitarisme débouche toujours sur le nivellement par le bas. Ce qui tombe plutôt bien ! Le communisme, victime d’une illusion d’optique, observe des « classes » dans le système monétaire et prône la lutte des classes, les pauvres contre les riches, non pour qu’il n’y ait plus que des citoyens égaux, mais pour que, dans un renversement des rôles, les pauvres dominent les riches et se vengent d’eux, ce qui est une vue de l’esprit. Certes ! la minorité de riches peut être écrasée par la force brute des masses, mais, dans un système monétaire, la masse est et demeure pauvre, et les pauvres sont par définition exploités et dominés, que ce soit par des patrons ou par l’État : des pauvres ne gagnent rien à changer de maîtres sans changer de condition. Il est même interdit d’en changer sous peine de devenir « un ennemi du peuple » ! Que deviendrait le « paradis des prolétaires » sans prolétaires ? Ainsi, le communisme, avec son concept de « lutte des classes », ne vise pas à élever les prolétaires, qui sont maintenus dans une pauvreté dont ils doivent être fiers, mais à éradiquer les riches et la richesse. Enfin, à ce concept s’ajoute celui de « dictature du prolétariat », laquelle dictature ne peut être exercée que par une minorité, de sorte qu’une oligarchie « révolutionnaire » est appelée à remplacer l’oligarchie aristo-bourgeoise, ce qui n’est pas de nature à choquer des gens qui raisonnent en terme de « classes ». Résultat : un désastre. Des dizaines d’expériences : autant d’échecs. La faille du communisme est dans ses concepts. Les communistes sont plus profondément marqués par le système monétaire qu’ils ne le croient. Ils veulent d’instinct l’Égalité mais ne savent pas en quoi elle consiste, et ne peuvent pas le découvrir, car, pressés de changer les choses, ils ne voient pas au-delà des apparences et apportent autant de réponses réflexes qu’il y a de problèmes à leurs yeux, c’est-à-dire des réponses que le système monétaire dicte ou n’empêche pas de concevoir et qui sont autant d’attelles sur une jambe de bois. Le communisme qui se veut anticapitaliste surfe, en réalité, sur les préjugés monétaires et ne remet donc pas en cause la monnaie et le système monétaire qui sont indéniablement à la base du capitalisme. Alors qu’il sait que l’économie est le facteur déterminant dans une « société », il compte pour rien la monnaie qui est à l’évidence le paramètre central de l’économie et de toute chose dans un système monétaire… la monnaie qui n’est elle-même qu’une conséquence de Largent. C’est encore à juste titre qu’il parle de « superstructures » ; mais il s’arrête, dans ses analyses, au deuxième étage de l’édifice qui en compte cinq (système politique, système économique, système monétaire, monnaie et, au sommet, Largent). Matérialiste et athée, il reste terre-à-terre, le nez dans le guidon. Ainsi, au lieu de voir le ressort du capitalisme ou simplement la cause de l’exploitation dans Largent (qu’il ne conçoit pas), dans la monnaie ou seulement dans le système monétaire l’obstacle à l’Égalité, le communisme ne voit d’ennemi (à quoi ?) que dans le système polico-économique et surtout dans les hommes, d’abord dans certains hommes (commerçants, riches, patrons et gouvernants), puis dans tous les hommes (tous mécontents), et accouche donc de régimes égalitaristes et totalitaires qui, eux, ne reposent véritablement que sur quelques hommes qui les tiennent à bout de bras et d’une main de fer, jusqu’à leur épuisement et au retour en force de Largent qui n’a jamais été déraciné. Il serait temps que les communistes, qui croient être des révolutionnaires, comprennent que le communisme ne l’est pas et que, pour faire vraiment la Révolution, il faut changer de projet et de méthode.

Enfin, les jacobins ou républicains pensent que le bien du peuple dépend de bonnes lois qui ne peut être l’œuvre que du peuple lui-même et, de ce fait, prônent la démocratie, la démocratie au vrai sens du terme, c’est-à-dire un système dans lequel les lois sont sinon faites du moins ratifiées par le peuple. Différentes formes politiques et législatives peuvent être proposées dans ce but mais toutes procèdent de la même philosophie. En arrière plan de cette philosophie, le principe d’Égalité, incompatible avec le système monétaire, que les républicains invoquent donc vaguement ne pouvant en avoir une idée juste, et qu’ils transforment, au mieux, en « égalité des citoyens en devoirs et en droits » ou, pire, en « égalité devant la loi », formules aussi creuses l’une que l’autre vu que les droits dépendent de la monnaie et que, dans ces conditions, il n’y a ni de devoirs, ni citoyens ni société à proprement parler, ni aucune sorte d’égalité. Croire que la démocratie apportera l’Égalité ou moins d’inégalités est une vue de l’esprit, d’une part, parce que tant qu’un système n’est pas réellement égalitaire, il repose sur un principe inégalitaire, si bien que les inégalités se creusent par la force des choses, d’autre part, parce que le système actuel, étant monétaire, donc par nature inégalitaire et oligarchique voire ploutocratique, ne peut pas être démocratique. Autrement dit, la démocratie ne peut pas apporter l’Égalité, parce qu’il n’y a pas de démocratie possible dans l’inégalité, dans un système monétaire. Dès lors, tout attendre d’une réforme politique, dans un sens populaire, c’est se tromper sur la cause de ce qui est et de ce qui n’est pas. Toutefois, cette philosophie suppose une nation, un peuple et un pays, c’est-à-dire un cadre — à préserver — dans lequel les « citoyens » peuvent exercer la démocratie ; elle est donc intrinsèquement patriotique et anti-mondialiste, et instinctivement anti-capitaliste et anti-immigrationniste. C’est là le paradoxe des républicains : ils sont les plus cohérents en théorie, puisqu’ils défendent toutes les notions consubstantielles à l’Égalité (nation, patriotisme, « justice sociale », démocratie) et s’opposent à toutes celles qui découlent de Largent et de la monnaie (inégalité, ploutocratie, capitalisme, euro-mondialisme, immigration), mais ils sont voués comme les autres à l’échec, car ils n’ont pas plus identifié leur véritable ennemi que cerné leur véritable but. Heureusement, le bon sens les préserve d’une certaine démagogie, mais leur aveuglement les détourne du combat prioritaire et les condamne, depuis deux siècles, à tourner en rond. Il serait temps qu’ils poussent les analyses jusqu’au bout, qu’ils comprennent ce qu’ils veulent et ce qui les empêche de l’atteindre.

La plupart des hommes aspirent grosso modo à la même chose (sécurité, confort, justice, pour eux, pour les leurs et tous les peuples) mais avec des sensibilités, des priorités et des obsessions différentes, si bien que, quoique relativement d’accord sur le but et non sur les moyens, ils finissent par se battre les uns contre les autres. Or, s’ils diffèrent quant aux moyens, c’est qu’ils ne voient pas dans la même chose l’obstacle qui les sépare du but, chaque obstacle dictant la méthode pour le franchir. Mais bien que l’histoire soit jalonnée de leurs échecs, tous défendent mordicus leur vision des choses ; tous pensent détenir la vérité ; pourtant tous ne peuvent avoir raison, et, de fait, tous se trompent ; tous commettent la même erreur ; tous tournent autour du pot et attaquent les obstacles qu’ils imaginent tels Don Quichotte chargeant les moulins à vent. Il est cependant irréfragable que Largent, après les avoir tous vaincus, règne aujourd’hui et que le capitalisme, chef d’œuvre du système monétaire, triomphe… et ce n’est certainement pas eux — qui tous, à leur manière, se veulent anticapitalistes — qui contesteront cette assertion. Cependant, aucun d’entre eux ne voit la source du capitalisme et du système monétaire dans Largent, ni dans Largent l’obstacle à l’Égalité, principe fondamental de l’ordre social, de sorte qu’aucun n’est capable de fermer le robinet. Quelques gauchistes envisagent bien d’abolir la monnaie, mais sur un mode individualiste et mondialiste, typiquement capitaliste, ne visant ni à instaurer l’Égalité dans le cadre d’une société, ni à anéantir Largent qu’ils n’ont pas plus identifié que les autres.

Ainsi, les capitalistes purs et durs, les profiteurs décomplexés du système monétaire, les larbins invétérés de Largent, sont non seulement les seuls à être pleinement satisfaits de la situation mais ils n’ont, de plus, rien à redouter de la part d’opposants qui ne saisissent pas le fond du problème et passent leur temps à courir après des leurres et à se déchirer entre eux. Pourtant ces derniers devraient avoir pour eux le nombre, qui peut faire basculer des élections, même dans un système faussement démocratique, et la force, à laquelle aucun gouvernement ne peut résister quand elle est bien utilisée. Mais pour qu’ils aient le nombre et la force ; ils doivent remplir deux conditions : 1) qu’ils cessent de se diviser, donc que chacun comprenne ses erreurs et fasse la part des choses entre le superflu et l’essentiel, 2) qu’ils se retrouvent sur un projet commun, répondant à leurs aspirations profondes, afin qu’ils rament tous non seulement dans le même sens mais encore dans le bon sens.

Les gauchistes doivent comprendre qu’il n’y a d’Égalité qu’en devoirs et en droits entre Citoyens ; qu’il n’y a pas de droits sans devoirs, pas de devoirs hors de l’Égalité et de la société, pas d’Égalité et de Société sous Largent ; que la dignité de l’Homme est d’être l’égal de ses Concitoyens (une égalité qui se mérite) ; que ce n’est qu’avec leurs concitoyens, et pour leurs concitoyens, qu’ils peuvent et doivent changer les choses ; qu’ils sont eux-mêmes français,  « citoyens » de France, avant d’être hommes ; qu’ils pensent en français et ne peuvent agir (de manière légitime) qu’en France, donc pour eux et pour les Français, leur peuple ; que l’humanité, contrairement à la nation (société, pays, peuple), n’est qu’une abstraction sur laquelle aucune action ne peut s’appuyer et qui paralyse même toute action ; que leur individualisme, qui découle de Largent, conduit à l’universalisme et au mondialisme, concrètement à l’immigrationnisme et au sociétalisme, et ne sert, en définitive, que le capitalisme et les multinationales dans leur entreprise d’abrutissement, d’uniformisation et d’asservissement des hommes ; que ce qui fait un pays, c’est sa population, et que changer sa population, c’est changer le pays ; que, si l’immigration engendre une « société multiculturelle », c’est, d’une part, que les immigrés ont une autre culture, donc d’autres modes de pensée et d’autres intérêts que ceux des autochtones, d’autre part, que leur présence est massive et transforme le pays ; qu’un type de révolution correspond à l’évolution et aux besoins d’un pays, qu’il n’y a donc de révolution qu’au niveau national, que l’idée d’une révolution mondiale est contre-révolutionnaire ; que lorsque qu’un pays et un peuple sont prêts à franchir une étape historique, leur anéantissement est le seul moyen de les en empêcher ; que l’immigration est voulue et provoquée par le capitalisme non seulement pour faire du dumping social et détruire la nation mais aussi pour tuer dans l’œuf la révolution anticapitaliste (anti-monétaire) en gestation ; que, si défendre la nation n’est pas toujours le fait de révolutionnaires, contribuer à sa destruction est assurément celui d’anticapitalistes de pacotille ; que leurs ennemis ne sont pas leurs concitoyens qui défendent leur pays, mais ceux qui le détruisent ou contribuent à sa destruction ; bref que l’immigration est l’arme du capital contre les peuples, contre les nations, donc contre le social, car il n’y a pas de social sans national.

Les nationalistes, eux, doivent comprendre que la nation, c’est le peuple ; qu’aimer la nation, c’est aimer le peuple, qui est l’ensemble des citoyens ; qu’aimer le peuple, c’est le vouloir libre, c’est vouloir des concitoyens libres et égaux et voir en eux des frères d’arme, non des esclaves ou des maîtres, c’est donc œuvrer pour la Liberté et l’Égalité bien comprises ; que l’inégalité a pour corollaire un ordre oligarchique, intrinsèquement anti-populaire et antisocial et, par définition, anti-démocratique ; que leurs accents sociaux et populaires, parfois même démocratiques, sont incompatibles avec leurs conceptions inégalitaires et oligarchiques ; qu’ils prônent l’inégalité alors qu’ils défendent généralement toutes les notions consubstantielles à l’Égalité (nation, patriotisme, social, démocratie, non-ingérence) ; qu’ils rejettent plus l’idée fausse qu’ils se font de l’Égalité que l’Égalité en soi ; qu’ils croient, à tort, que celle-ci exclut l’ordre, la hiérarchie et les prérogatives, de sorte que, par un glissement sémantique, ils en viennent à cautionner la tyrannie, l’oligarchie et les privilèges ; que ceux qui voient dans un régime fort et oligarchique le moyen d’assurer l’ordre et le bien-être du peuple s’illusionnent et sont les dupes de ceux qui voient en lui le moyen d’obtenir ou de conserver des privilèges et, en eux, des marchepieds et de la chair à canon ; que, si un régime fort peut être social au début, la tyrannie gâte ses succès et fait bientôt soupirer après la Liberté ; que la ploutocratie est naturelle dans un système monétaire, et que toute autre forme d’oligarchie est artificielle et s’ajoute à la première le temps qu’elle reprenne l’exclusive ; que la seule façon d’échapper à la ploutocratie et à toutes les oligarchies est de sortir du système monétaire lui-même et d’instaurer un ordre égalitaire (à ne pas confondre avec « égalitariste ») ; que les régimes que les uns et les autres envisagent ont pour fonction de contrecarrer Largent mais sont monétaires, donc implicitement soumis à lui ; que, s’ils veulent lutter contre le capitalisme (course au profit, finance, spéculation, banques, dette, etc.) et toutes ses conséquences (matérialisme, égalitarisme, destruction de la nation, « Europe », immigration massive, etc.), ils doivent, en toute logique, dénoncer et lutter contre Largent, au nom de l’Égalité et de la Patrie ; bref, ils doivent comprendre qu’il n’y a pas de national sans social, pas de social dans l’inégalité et pas d’Égalité sous Largent.

Les communistes, de leur côté, doivent comprendre que nul n’est besoin de collectiviser les choses si l’on considère la nation comme une collectivité, les individus en général et les travailleurs en particulier comme des Citoyens, le travail comme un devoir envers la Société, et la production globale comme un produit commun auquel tout Citoyen a le droit d’accéder librement via le marché, chez les commerçants (comme aujourd’hui) ; que centraliser et répartir autoritairement le produit commun convient aux petites communautés mais n’a aucun sens dans un contexte d’abondance où cela exigerait en outre un État tyrannique, donc arbitraire, donc corrompu ; que l’idée que l’État répartisse la production, selon quelque critère que ce soit, est doublement incohérente si l’on conserve la monnaie qui est, entre les mains des individus, un moyen d’accéder au marché et de se répartir la production ;  que la propriété privée des moyens de production est fatale dans le système monétaire, puisque la monnaie sert à s’approprier, et ne pose problème que dans la mesure où, dans ce contexte, elle offre aux employeurs la possibilité d’exploiter les travailleurs, via les salaires ; que l’important est moins de savoir « qui possède l’outils de travail » que « qui paye les travailleurs » et « comment » ; que les travailleurs seront toujours relativement pauvres, donc exploités, dans un système monétaire, sous quelque régime que ce soit ; que les travailleurs sont avant tout des Citoyens, et l’entreprise, un cadre dans lequel ils remplissent un devoir envers la Société ; que le véritable salaire du travailleur, ce sont les droits du Citoyen, dont celui d’accéder librement au marché (droit conféré aujourd’hui par la monnaie, mais de manière limitée et inégale) ; que peu importe à qui appartiennent les moyens de production quand les Citoyens tiennent leurs droits de la Société et ne peuvent être exploités en tant que travailleurs ; que le concept de « lutte des classes » tourne l’attention des pauvres contre les riches et la détourne de Largent à l’origine des inégalités, de sorte qu’il ne résout pas le problème de fond mais condamne à un éternel recommencement qui, paradoxalement, semble valider ce concept et amène à cet autre concept, aussi absurde que révélateur, de « révolution permanente » ; que l’ennemi n’est pas dans les autres mais dans Largent, inculqué par la pratique de l’échange monétaire et niché dans l’esprit de tout un chacun ; que les profiteurs du système ne sont pas plus coupables que ceux qui en pâtissent en cautionnant son principe ; que toutes les lois humaines, toutes les organisations politiques ou économiques ne changeront rien fondamentalement tant que le mode d’échange, fixant les règles de base, sera, lui, inchangé ; que la seule manière de renverser le capitalisme et de chasser ses maux, sans en générer de pires, est de sortir du système monétaire et d’anéantir Largent ; que la seule manière d’anéantir Largent, c’est-à-dire la logique du troc, est de concevoir et d’instaurer un mode d’échange fondé sur la logique sociale, c’est-à-dire concentré sur les Devoirs et les Droits du Citoyen et non obsédé par la soi-disant valeur des choses ; que la monnaie est une étape intermédiaire et incontournable entre la petite communauté (qu’elle détruit par sa logique individualiste) et la société moderne (industrielle et informatisée), à laquelle elle n’est plus du tout adaptée (Demande trop faible par rapport à l’Offre) ; que, malgré les apparences, tout est aujourd’hui disposé pour renouer avec les Principes de l’ordre social, la monnaie étant le dernier obstacle, et un obstacle artificiel, entre ce qui est et ce qui doit être ; que l’apogée de Largent annonce paradoxalement sa chute prochaine, comme la dématérialisation de la monnaie précède fatalement sa disparition ; que le mode d’échange, dont tout dépend, sera l’enjeu de la prochaine révolution ou évolution révolutionnaire ; qu’il faut s’attacher à révolutionner l’essentiel et laisser le temps révolutionner le reste ; bref, les communistes doivent comprendre que le capitalisme et l’exploitation sont aux ordres de Largent et que tout combat autre que celui pour l’Égalité, contre Largent lui-même, n’est que circonvolutions et coups d’épée dans l’eau.

Enfin, les jacobins ou républicains doivent comprendre que l’Homme ne sera jamais au centre d’un système qui tourne autour de Largent qui occupe donc déjà la place et ne peut en occuper une autre ; que « justice », « démocratie », « patriotisme », « Égalité », « droits », « devoirs », « citoyens », « gauche », etc., sont des mots creux dans un système monétaire individualiste, inégalitaire, oligarchique et injuste par nature ; que ne pas remettre en cause ce système, sans même se poser la question, les condamne à revoir à la baisse leurs exigences, c’est-à-dire à renoncer à l’absolu des Principes au nom du Possible monétaire ; que ce pragmatisme n’est en réalité qu’une capitulation face à Largent ; que chercher à résoudre les problèmes tels que les pose le système monétaire qui les crée, c’est adopter et s’enfermer dans la logique de Largent au lieu de défendre la logique sociale et les droits du Citoyen ; que, dans un système inégalitaire, les inégalités se creusent avec le temps ; que, si les inégalités ne cessent de se creuser, c’est que le système est intrinsèquement inégalitaire ; que, puisque le système monétaire donne lieu à des inégalités croissantes, c’est qu’il est inégalitaire dans son principe (Largent) et que bidouillages financiers et réformes politiques n’y changeront rien ; que Largent n’est pas roi par hasard, mais parce que, croyant que les notion de valeur marchande et d’unité de valeur sont nécessaires pour échanger, les hommes lui font de fait allégeance et acceptent ses lois qui priment sur les leurs, qui intègrent la monnaie comme un paramètre de naturel ; que déplorer les inégalités (entre riches et pauvres) qui s’expriment en monnaie, sans dénoncer le système monétaire, ne vaut pas mieux que les cautionner ouvertement ; que le système monétaire est l’école du capitalisme et prodigue en soi un enseignement antisocial ; que rien ne peut contrer cet enseignement sinon un autre système fondé sur un autre mode d’échange, véhiculant d’autres concepts et d’autres principes ; qu’opposer à l’inégalité de la moraline et des cours d’éducation civique, c’est ignorer autant la nature et la cause de l’inégalité que celles de l’Égalité, et n’avoir rien à enseigner, sinon les erreurs qui perpétuent l’inégalité et Largent ; que l’échange est au cœur des rapports sociaux et de tout ce qui s’y rattache, de sorte que la nature de ceux-ci est conditionnée par cela ; que la monnaie, qui confère aujourd’hui le pouvoir d’achat, n’est autre chose que du droit et ne peut se répartir également ; que le pouvoir d’achat, loin d’être une question secondaire et bassement matérielle, est le cœur du problème, puisque c’est de lui que dépendent la plupart des droits et libertés, qui sont l’objet du combat social et politique ; que la véritable Égalité implique, en premier lieu, l’égalité des Citoyens dans le droit d’accéder au marché, droit conféré par la Citoyenneté elle-même et ne devant être assujetti à quelque unité que ce soit ; bref, les républicains doivent comprendre que, s’ils n’ont plus qu’un pas à faire, c’est toutefois un pas de géant, car il y a loin entre dénoncer les inégalités et lutter pour l’Égalité, entre invoquer le peuple et servir le peuple, entre réprouver la ploutocratie et être capable d’instaurer la démocratie, entre vilipender le capitalisme et menacer le capital, entre fustiger la finance et anéantir Largent.

On pourrait résumer ce que tous doivent comprendre par cette formule :

Pas de Révolution sans nation ;
Pas de national sans social ;
Pas de social sans société ;
Pas de Société hors Égalité ;
Pas d’Égalité sous Largent.

Ici pourrait s’achever ce texte. Mais il serait alors sans objet, du moins ne serait-il pas assez clair. L’union sacrée « universelle » contre le capital, contre Largent, a besoin d’un point de ralliement précis ; elle ne peut se faire que sur un projet simple et solide. Les approximations donnant lieu aux malentendus et aux divisions ne sont plus de mise quand la patrie est en danger de mort. Il faut mettre les points sur les « i ». Or le projet répondant aux aspirations profondes des uns et des autres, capable de réaliser le rêve commun, existe aujourd’hui ; il a pour nom « Le Civisme ».

Le Civisme ou théorie de la Cité part du Principe simple et irréfragable que des Citoyens doivent être égaux en Devoirs et en Droits, égaux notamment dans le Devoir de participer à la vie de la Cité, selon ce que celle-ci considère comme une participation, et égaux dans le Droit de profiter des bienfaits de leur Cité, qui résultent de la participation de tous. Pour profiter effectivement des bienfaits de leur Cité, dont une partie consiste en produits et services, un autre droit est reconnu aux Citoyens, celui d’accéder librement au marché. La Citoyenneté, qui implique de s’être acquitté des Devoirs du Citoyen, d’avoir contribué à sa prospérité, est donc la seule condition pour accéder au marché et en retirer ce que bon semble à chacun. Pour que les Citoyens puissent attester ainsi leur Citoyenneté auprès des commerçants et de toute entreprise, ils sont dotés d’une carte à puce dite « Carte civique », strictement personnelle, sécurisée de manière biométrique, qui, d’un point de vue technique, fonctionne et s’utilise comme les actuelles cartes de crédit, à la différence près qu’il n’y a plus de crédits sous quelque nom que ce soit. Dans la mesure où la Citoyenneté, qui ne se mesure pas, est la rémunération de toutes les formes de participation reconnues, et où les Citoyens peuvent accéder librement au marché, nul n’est besoin de monnaie pour rémunérer les Citoyens et rien n’a de prix au sens monétaire du terme. Autrement dit, la Cité n’est plus un système monétaire et son mode d’échange n’est plus fondé sur Largent (croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger). Dans ce mode d’échange, les objets sont secondaires ; le véritable échange à lieu entre le Citoyen et la Cité : accès au marché (droit) contre participation (devoir).

Il appartient bien sûr à chacun de choisir sa manière de participer à la vie de la Cité et de faire ce qu’il veut dans la mesure du possible. Il peut aussi en changer. L’important est qu’il s’acquitte de son Devoir. Ceux qui se refusent à participer à la vie de la Cité ne sont pas Citoyens et ne jouissent donc pas des Droits du Citoyen. Le cas est prévu, mais il est surtout théorique. Car s’il est concevable que des individus fuient (ou cherchent à fuir) un système oppressif tel que le nôtre aujourd’hui, personne n’est exploité dans la Cité et ne peut trouver mieux ailleurs. Tout le monde peut faire des études ; tous les Citoyens, quel que soit leur poste ou leur domaine d’activité, accèdent librement au marché ; et les retraités sont toujours Citoyens. La Demande est telle que l’Offre ne peut pas suivre et que le plein emploi est assuré. La Cité résout ainsi instantanément les problèmes actuellement insolubles de l’inégalité, du manque d’argent et du chômage, donc tous ceux, innombrables, qui en découlent. Le reste n’est qu’une question de volonté, volonté que Largent ne paralyse plus.

Sans doute faudrait-il entrer dans les détails pour mieux connaître le fonctionnement et comprendre les mécanismes de la Cité, et être convaincu de sa viabilité, mais cela nous conduirait trop loin et ne serait jamais assez pour ceux qui cherchent des prétextes pour renoncer aux Principes. Trois points méritent cependant une attention particulière.

Le premier est celui des échanges internationaux qui, semblant impossibles, condamnent a priori l’abolition de la monnaie dans un seul pays, ce qui conduit soit à vouloir faire la révolution au niveau mondial, soit à renoncer purement et simplement à cette entreprise. A ce sujet, le raisonnement courant est le suivant : « L’argent sert à acheter, donc un pays sans argent ne pourrait pas acheter et serait coupé du monde alors que des échanges sont vitaux ». Mais ce raisonnement oublie une chose : avant d’utiliser son argent, il faut le gagner. Or un pays qui ne connaît pas le chômage et produit de la qualité en quantité (Cf. Le Civisme) peut exporter, vendre et disposer ainsi d’un budget pour régler ses importations… La condition est que ce pays fonctionne comme une entité, que chaque partie serve le tout, c’est-à-dire que le produit financier des exportations réalisées par les entreprises ne soit pas regardé par elles comme leur propriété mais mis, pour ainsi dire, au pot commun. Et c’est le cas dans la Cité où les entreprises n’ont nul besoin d’argent (pour payer quoi ? qui ?) mais peuvent néanmoins avoir intérêt (autre que le profit) à exporter, voire y être incitées dans l’intérêt général, sans inconvénients pour elles et les Citoyens qu’elles emploient. Là encore, un approfondissement technique serait nécessaire, mais il apparaît déjà que ce sujet ne présente aucune difficulté insurmontable et ne constitue en rien un motif d’abandon et moins encore une raison de sombrer dans les délires de révolution mondiale qui ne peuvent servir que le capitalo-mondialisme.

Le deuxième point, non sans rapport avec le précédent, est celui de l’immigration et des délocalisations qui ont pour but — du moins pour justification première — de faire baisser le coût du travail et d’augmenter les profits. Mais ce but n’a de sens que dans un système monétaire. Dans la Cité, le travail d’un Citoyen coûte zéro : des immigrés ne peuvent pas coûter moins chers, il n’y a donc aucune raison d’en importer et d’en employer illégalement, et délocaliser coûterait plus cher dans tous les cas, ce qui anéantit la raison d’être des délocalisations. Par ailleurs, un Citoyen ne peut accéder au marché que s’il est reconnu en tant que tel et doté d’une Carte civique. Autrement dit, ce qui correspond aujourd’hui à la rémunération, au salaire, ne dépend plus de l’employeur mais de la Cité. L’immigration autre que légale n’a donc aucun intérêt ni pour les clandestins, qui n’ont rien à gagner et aucun moyen de subsister, ni pour les entreprises, qui n’ont aucune raison de les embaucher et aucun moyen de les payer, même mal. Faut-il ajouter que l’argument consistant à dire que « les pays occidentaux à la population déclinante ont besoin d’immigrés pour financer les retraites », déjà spécieux, ne tient plus du tout, ce qui démontre, si cela était encore nécessaire, que l’immigration est un phénomène lié au capitalisme et sera, pour le moins, maîtrisée dans la Cité ?

Enfin, dernière précision utile : la Cité ne confond pas les notions de « Citoyenneté » et de « Nationalité », et s’il n’a été question jusqu’à présent que de la première, c’est qu’il était question du mode d’échange, donc d’économie, domaine dont elle relève. Plus exactement, la Citoyenneté se mérite en participant à la vie économique et/ou sociale de la Cité et confère les droits dans ces mêmes domaines. La Nationalité, elle, confère les droits politiques, c’est-à-dire ceux qui permettent de participer à la formation et à l’application des lois ; elle s’obtient en prouvant que l’on mérite ces droits, que l’on est viscéralement attaché à la Cité, qu’on l’incarne personnellement et que l’on a à cœur de défendre son existence et ses intérêts. Il faut, pour y prétendre, satisfaire à des critères identitaires et, pour l’obtenir, accomplir un service national (tous les services contribuant d’une manière ou d’une autre à la défense de la nation). Dans la Cité, « pas de droit sans devoir, pas de devoir sans droit » n’est pas une vaine formule. Il est des devoirs obligatoires dont chacun doit s’acquitter pour être Citoyen et jouir des droits nécessaires au quotidien, et d’autres, facultatifs, dont seuls ceux qui les remplissent jouissent des droits qu’ils génèrent ou, du moins, dont ils sont la condition. Ainsi la Nation, constituée des Citoyens nationaux (ayant mérité la Nationalité), est un sous-ensemble de la Cité, constituée par l’ensemble des Citoyens. Observons qu’il n’y a ni droit du sol, ni droit du sang. La Nationalité est ouverte à tous ceux s’en montrent dignes : des Citoyens d’origine étrangère peuvent l’acquérir comme des autochtones, a priori mieux disposés, peuvent ne jamais y accéder et rester de simples Citoyens. Notons que les immigrés dont la présence a été autorisée et qui travaillent, qui participent donc à la vie de la Cité, sont pour le moins Citoyens et jouissent, de ce fait, de tous les droits du Citoyen, alors que, de nos jours, soit on ne leur accorde rien, pas même la citoyenneté, ce qui est injuste, soit on leur accorde trop, même la nationalité, ce qui est inepte.

La Cité est le projet le plus radicalement révolutionnaire, le plus radicalement anticapitaliste, le plus radicalement libéral, le plus radicalement égalitaire, le plus radicalement démocratique et le plus radicalement patriotique. Il est répond aux aspirations profondes de tous. Les gauchistes le comprendraient s’ils rejetaient les foutaises universalistes et renouaient avec la virilité ; s’ils revenaient sur terre et faisaient leur l’adage « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». Les nationalistes le comprendraient si, au lieu d’accepter les impostures du système pour alimenter les leurs, ils en cherchaient le ressort afin de le briser ; s’ils se faisaient révolutionnaires au lieu de sombrer dans une vaine nostalgie. Les communistes le comprendraient s’ils attachaient plus de prix au réel et aux résultats qu’à des théories dépassées et pour le moins inopérantes ; s’ils cherchaient davantage à bâtir la Société qu’à s’opposer aux capitalistes qu’ils sont eux-mêmes. Les républicains le comprendraient s’ils cessaient de se payer de mots creux et allaient au cœur des choses ; s’ils ajoutaient à leurs bonnes dispositions un peu de cohérence et de courage. Enfin, tous marcheraient comme un seul homme sous la bannière du Civisme s’ils comprenaient qu’ils n’ont qu’un seul et même ennemi : Largent, qui ne peut être combattu qu’au nom de l’Égalité, et vaincu qu’au niveau national.

Et ils le comprendront… tôt ou tard, de gré ou de force. S’ils ne vont pas à la révolution, la révolution viendra à eux.

Largent est un Tyran !
L’Égalité ou la Mort !

Vive la Révolution !
Vive la France !

Philippe Landeux
8 juin 2016

04:23 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

jeudi, 31 mars 2016

THÉORIES A-MONÉTAIRES : MOCICA & AUTRES FUMISTERIES

Avant propos

Ayant élaboré la théorie appelée « Le Civisme », qui explique pourquoi et comment anéantir Largent (c’est-à-dire de la croyance, issue du troc, que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger) au niveau national, dans les pays occidentalisés, j’ai été amené à m’intéresser aux projets ayant en apparence le même but, c’est-à-dire proposant des systèmes sans monnaie, projets dont j’ignorais au départ l’existence. Je rappelle que j’ai mis le doigt sur l’idée clé du Civisme (Un Citoyen a le droit d’accéder au marché de la Cité parce qu’il est Citoyen), à Paris, en décembre 1997, époque à laquelle Internet n’en était qu’à ses balbutiements… Je n’avais d’ailleurs même pas d’ordinateur… C’est pour écrire ma théorie (baptisée alors SDT, Société du Travail) que j’ai acheté mon premier portable en 1998. Je veux dire par-là que, si je me doutais bien que d’autres avaient remis en cause la monnaie, j’étais malgré tout complètement isolé et que j’ai conçu le Civisme sans aucun apport extérieur, sans subir aucune influence.

Ce n’est qu’en mai 2002 que j’ai entendu parler pour la première fois de la théorie de l’Économie distributive (datant des années 1930), qui prône le remplacement de la monnaie par des crédits attribués par l’État, et en octobre de la même année que quelqu’un me signala la théorie antimonétiste, dont l’ouvrage de référence, L’idéal de la prochaine société, prétentieuses et humbles solutions, avait été publié confidentiellement à Lyon, en mai 1997. Cette dernière théorie était la première, à ma connaissance, à remettre non seulement en cause l’existence de la monnaie mais encore à prôner, comme le Civisme, l’usage de cartes à puce pour accéder au marché. C’est cette similitude qui fait parfois dire à certains que le Civisme est inspiré par l’antimonétisme. Mais outre que cela est impossible pour des raisons pratiques, cela n’a aucun sens tant l’esprit de ces deux théories, sans même parler de leurs formes, est radicalement différent. Leurs noms mêmes révèlent des démarches opposées. « Antimonétisme » (nom ridicule s’il en est) est négatif ; il s’agit d’être contre la monnaie (pas besoin d’inventer un autre mot) ; on est moins dans la proposition intelligente que dans l’opposition systématique, dogmatique, sectaire et au final ridicule, exactement comme les « antifas » que les auteurs sont eux-mêmes, sans surprise. Alors que « Civisme » est en soi positif ; il s’agit d’être pour quelque chose, en l’occurrence pour l’Égalité, c’est-à-dire l’égalité des Citoyens en devoirs et en droits, d’où la renaissance du sens civique, autrement dit du patriotisme, l’abolition de la monnaie n’étant que la conséquence de la mise en place d’un mode d’échange fondé sur les Principes de l’ordre social retrouvés et clairement posés.

Le patriotisme — défendre son peuple et vouloir faire la Révolution dans son pays — est, en apparence, ce qui distingue le Civisme de toutes les autres théories, et ce que les autres — qui se voient faire la Révolution dans le monde avant d’avoir fait quoi que ce soit chez eux — lui reprochent en premier lieu comme un crime absolu. Mais cette question, finalement secondaire, n’est que le symptôme d’une divergence idéologique (et méthodologique) beaucoup plus profonde, qui fait du Civisme une théorie à part, effectivement incompatible avec toutes les autres qui, elles, ne diffèrent les unes des autres qu’à la marge.

Comment ai-je pu élaborer une théorie aussi unique que le Civisme — qui peut être aussi considérée comme celle du patriotisme intégral ? Je ne sais pas. Sans doute en raison de mon caractère particulier. Le fait est que je n’ai même plus besoin de connaître les autres théories pour savoir qu’elles sont toutes conçues dans le même esprit et proposent toutes, à quelques détails près, la même chose. Quelques mots suffisent à me le confirmer. Et la dernière que l’on m’a opposé comme une théorie bien supérieure au Civisme a pour nom « Mocica ». C’est ce qui m’a décidé à en faire la critique et, de fil en aiguille, à signaler, comparer et critiquer toutes les théories anti-monétaires que je connais (il doit en exister d’autres).

 

Introduction

Le projet Mocica n’est que la énième version du projet Zeitgeist ou Vénus et autres théories du même tonneau : antimonétisme, désargence, etc. Toutes ces théories, si on peut parler de théorie à propos d’idées aussi brouillonnes, incohérentes et angéliques, sont mondialistes, universalistes, sans-frontiéristes, droits-de-l’hommistes, etc. Elles prétextent le fait que l’argent soit universel pour exiger de le renverser au niveau mondial, alors que c’est parce que Largent nous inculque l’individualisme, sur lequel joue le capitalisme pour abattre les frontières, détruire les nations, constituer un marché mondial sans obstacle, c’est parce que le mondialisme, revers de l’individualisme, est déjà prôné par le capitalisme qu’elles l’ont intégré, qu’elles sont elles-mêmes mondialistes et débitent tous les poncifs capitalo-gauchistes. (« L'argent induit un moteur planétaire qui a précisément les effets opposés : l'individualisme… » Mocica, p. 3. Où comment prendre un effet pour la cause et vice versa !) Autrement dit, elles expriment, avec des arguments plus séduisants et surtout à coup de pathos, l’idéologie capitaliste. (On constate que leurs partisans sont aussi adeptes de toutes les mesures sociétalistes qui ne sont jamais que le capitalisme en suppositoire ; ils dénoncent d’un côté ce qu’ils valident systématiquement de l’autre pour peu que les choses leurs soient présentées dans un emballage convenable à leurs yeux. Ex : « Le statut de vie commune s’ouvrit aussitôt à d’autres compositions de nombre et de genre que le classique couple homme-femme. » Le porte-monnaie (désargence), p. 112) Elles ne renverseront jamais Largent car elles sont une de ses expressions. Voilà ce que l’on peut comprendre par la simple dialectique.

Mais y regarder de plus près ne fait que confirmer ce constat général. Pour commencer, il n’y a ni analyses ni véritable projet ; cette théorie — et celles du même genre — n’est qu’une suite d’observations, de remarques (parfois judicieuses), d’incantations, de protestations de bonnes intentions, d’appels à la vertu, de sophismes, de contradictions, d’inepties. Tout le projet Mocica se résume en une phrase : Abolition de la monnaie ou plutôt renoncement à l’usage de la monnaie dans le monde…. à un instant T, à l’unanimité des êtres humains. « Le Jour J, nous n'utiliserons plus aucun moyen de paiement : carte bleue, virement, prélèvement, monnaie, billets, chèque. » (Mocica, p. 7) (Dans la théorie antimonétiste, tout tient dans la phrase : « Qu’est-ce qu’une société antimonétiste ? C’est une société qui n’utilise pas de monnaie. » L’idéal de la prochaine société, p. 39) Voilà tout le “projet” Mocica et ceux du même genre. Le reste ne sert qu’à étoffer pour cacher la faiblesse conceptuelle de la chose, en imposer à ceux auxquels la niaiserie d’un tel projet échappe. Aucune analyse sérieuse de l’origine de la monnaie, de sa nature, de ses propriétés, de ses conséquences (certaines sont évoquées, mais pas les plus importantes) ; rien non plus de sérieux sur Largent, sur la notion de valeur marchande (en particulier sur sa nature antisociale), sur les propriétés d’un moyen d’échange ; rien non plus sur ce qu’est ou doit être une société, sur les Principes de l’ordre social, sur le mode sur la Citoyenneté, les devoirs et les droits du Citoyen. La monnaie doit être abolie parce qu’elle est perçue vaguement, quoique à juste titre, comme quelque chose de négatif, pas comme une hérésie d’un point de vue social. Le but n’est pas d’asseoir la société sur ses Principes (qui n’ont pas été définis et qui ne sont pas même sentis) mais de permettre à leurs adeptes, qui prennent leurs désirs pour la réalité, de donner libre cours à leurs penchants : individualisme, universalisme, rejet de toute autorité, de toute contrainte, angélisme, naïveté, sensibilité, bonté et tolérance poussées jusqu’à la bêtise et au sectarisme. La possibilité d’abandonner la monnaie au niveau mondial ne se discute pas, ce n’est qu’une formalité ; et une fois la monnaie abandonnée, tout roulera comme sur des roulettes par l’opération du Saint-Esprit. Les bonnes intentions et les affirmations gratuites suppléent toute réflexion, et quiconque doute que les choses puissent être aussi simples et fait preuve d’un peu plus de rigueur, de réalisme et de pragmatisme en vue de renverser le système monétaire dans son pays et d’en empêcher toute résurrection est, malgré tout, un ignoble fasciste !

Une révolution mondiale

Pour que l’on ne croit pas que j’exagère, je vais citer quelques extraits :

« L'objectif est d'atteindre une majorité suffisante de citoyens à travers le monde et d'assurer par la même occasion tous nos fondamentaux avant de décider le même jour comme un seul homme de ne plus se servir du système monétaire sous toutes ses formes : billets, carte bleue, chéquier, monnaies, virement. […] Même si seule la zone Euro par exemple arrêtait du jour au lendemain d'utiliser sa monnaie, cela suffirait à faire basculer le système tout entier. Mais cette décision doit être plus globale, et représenter celui d'une majorité d'individus. Tous les membres [les humains] voteront ensemble pour décider quand passer à l'étape suivante. Nous pensons que 51% ne devraient pas suffire à adopter ce genre de décision et souhaiterions conclure cet accord pour un choix représentatif de 95% des membres. Chacun donnera donc son accord jusqu'à arriver au moins à cette proportion-là. Nous ne pouvons que le faire de cette manière-là, dans une simultanéité. Et nous devons préalablement nous regrouper. Aucun gouvernement ne prendra cette décision bien évidemment, et commencer par petites touches au niveau du globe en espérant une diffusion progressive sera trop lent ou ne marchera pas, le système monétaire ne le rendra pas viable. » (Mocica, p. 7) — Même tendance et exigence mondialistes dans la théorie antimonétiste : « Le monde, c’est vous multiplié par six milliards. Vous croyez qu’il est impossible d’unifier le monde ? Le réseau Internet, ainsi que tous les autres moyens de communication permettront l’ouverture d’esprit des humains. » (L’idéal de la prochaine société, p. 50) Projet Vénus et Désargence, même combat !

Il s’agit donc bien, pour Mocica, d’abandonner la monnaie au niveau mondial avec l’accord de 95 % des êtres humains, rien que ça ! Seul un débile peut ne pas voir la débilité d’un pareil projet ! L’abandon de la monnaie ne peut intervenir que dans les pays dont l’évolution a rendu son abolition possible techniquement et concevable intellectuellement. Ce n’est pas parce que la monnaie est partout un fléau que tous les hommes dans tous les pays sont prêts à y renoncer. Certains hommes dans certains pays y sont ou y seront fatalement plus disposés que d’autres. Mais non ! Mocica exige une consultation universelle et une majorité de 95 %. Jamais une telle consultation (organisée par qui ?) et une telle unanimité ne seront possibles. Pire ! Comme il serait injuste que 51 % imposent leur volonté aux 49 %, les 49 % et même 6 % seulement peuvent imposer la leur (celle qui est l’objet d’exécration) à l’immense majorité. Étrange conception de la justice, n’est-il pas ? Et s’il advenait qu’un peuple ait le courage et l’occasion d’abolir la monnaie en son sein, il devrait s’abstenir et attendre que les autres y soient prêts à leur tour ! Heureusement les choses ne fonctionnent pas, n’ont jamais fonctionné et ne fonctionneront jamais comme cela. Quand un peuple est prêt pour une révolution, il la fait sans attendre ni consulter les autres… Différer serait risquer de manquer l’occasion… Il n’a d’ailleurs pas le choix ! Il n’y a bien qu’un gauchiste pour croire que les peuples peuvent faire la révolution à volonté et que toute l’humanité vibre au diapason. En fait, exiger l’unanimité pour abolir la monnaie quelque part est une façon d’interdire aux peuples de faire cette révolution chez eux et pour eux, de détourner les hommes de lutter pour le bonheur de leur peuple sous prétexte qu’ils doivent penser d’abord à l’humanité tout entière ! Il n’y a pas plus contre-révolutionnaire comme idée ! Mais, comme je l’ai montré plus haut, un gauchiste est un capitaliste qui s’ignore ; il est révolutionnairement contre-révolutionnaire. Il ne fait aucun doute que, en cas de révolution authentiquement anticapitaliste, il serait le premier à combattre, du moins à s’opposer aux révolutionnaires, aux patriotes, au nom de l’antifascisme, se rangeant ainsi, comme par hasard, dans le camp du capitalisme.

Il est vrai, cependant, que ce type de révolution ne peut se faire à une échelle trop petite. Le Civisme explique que cette révolution consistera à doter les Citoyens de cartes à puce leur permettant d’attester leur citoyenneté (impliquant le devoir de participer à la vie de la Cité, selon ce qu’elle considère comme une participation) et, par suite, d’accéder librement au marché. Autrement dit, la révolution reposera sur l’électricité et l’informatique (fonctionnement des cartes) et exigera une capacité de production de masse, donc une industrie développée (pour répondre à la Demande très forte). Les petites communautés n’ont pas assez de potentiel et de ressources pour se doter par leurs propres moyens de ces infrastructures indispensables ; ce potentiel et ces ressources n’existent souvent qu’au niveau national (au mieux régional). C’est donc au niveau national que la révolution devient possible, étant par ailleurs impossible aux échelles moindres (faute de capacités) ou supérieures (faute de concert).

Le Civisme explique, également, comment une Cité, fonctionnant sans monnaie, pourra entretenir des échanges internationaux avec les pays restés monétaires, ôtant une fois de plus tout prétexte à l’idée absurde d’abolir la monnaie au niveau mondial. La Cité produira, exportera, vendra ses produits (ou les échangera ou les donnera à l’occasion) et constituera un budget national avec lequel elle payera ses importations. Rien de sorcier ! Et comme cette révolution interviendra dans un pays développé et puissant, à un moment où tous les pays seront confrontés à une crise financière insoluble, tous les pays qui pourront suivre son exemple le suivront. Mais Mocica affirme que « commencer par petites touches au niveau du globe en espérant une diffusion progressive sera trop lent ou ne marchera pas, le système monétaire ne le rendra pas viable ». « Au niveau du globe » Parler de peuples, de nations ou de pays leur écorcherait la bouche ! Passons ! « Une diffusion progressive sera trop lent » Trop lent par rapport à quoi ? Qu’un peuple parvienne à abolir la monnaie serait la plus grande révolution de toute l’histoire de l’humanité ! Cela ferait nécessairement des émules. Pas assez vite au goût de Mocica ! « ou ne marchera pas » Comptons sur Mocica et ses brillantes analyses pour indiquer ce qui marchera ou non !

Du mondialisme au localisme

L’Antimonétisme, qui est tout aussi mondialiste et qui ne comprend pas, lui non plus, que c’est l’évolution et la technologie moderne qui permettent d’envisager sérieusement l’abolition de la monnaie, tombe, lui, dans le piège de vouloir expérimenter son système à petite échelle, c’est-à-dire à une échelle incapable de générer par elle-même la technologie moderne nécessaire, à une échelle qui condamne comme elle avait condamné jusque-là à l’artisanat, au troc et au système monétaire, bref à une échelle à laquelle toute expérience anti-monétaire serait inévitablement un échec, échec qui ne prouverait pas en soi que l’antimonétisme ne peut pas fonctionner à grande échelle, mais simplement que ses théoriciens ont scié la branche sur laquelle ils sont assis et sont bien les crétins que je dis.

« Il faut déjà expérimenter le système antimonétiste, unir des gens volontaires, regrouper au sein d’une ville plus ou moins autosuffisante, et voir si l’antimonétisme est une connerie ou une solution durable. » (p. 50) « Ordre à suivre pour construire la civilisation antimonétiste : construire un village, le plus autosuffisant possible, le transformer progressivement en ville, et, logiquement, si tout fonctionne, la jalousie des membres de l’ancien monde leur fera abandonner leur système (comme l’a été le monde capitaliste pour les régimes communistes). » (p. 127)

Et quand je dis que ces théories, loin d’être l’aboutissement des évolutions en cours, donc de proposer la phase suivante de l’évolution, conduiraient à une régression, à un retour en arrière, à l’économie locale de petite échelle, à l’artisanat, au troc et à la monnaie, à un rejet et un sabordage de la technologie moderne, ceci est déjà implicitement contenu dans l’idée de ne rien imposer à personne (tout s’arrêterait instantanément, contrairement aux illusions, condamnant chacun au système D) et explicitement par l’Antimonétisme qui, par l’exemple des vêtements, tous « faits à la main », révèle le fond de sa pensée.

« Vêtement neufs, faits à la main (pas de chômage possible), non issus d’une chaîne (différents de ceux du voisin), puisque le mot d’ordre est « la qualité du travail ». Vêtements en nombre suffisant puisque le nombre n’est pas fonction du prix de vente. » (L’idéal de la prochaine société (antimonétisme), p. 47)

Ces théories, qui ne marchent même pas sur le papier, condamnent sinon en théorie du moins en pratique toute industrie, alors que, dans le même temps, elles imaginent des robots partout. Elles ne mesurent pas la complexité de la civilisation occidentale moderne, qui exige que chacun soit à sa place et fasse son travail (par plaisir ou par besoin financier), et ne comprennent pas ou ne veulent pas voir que, sans une contrainte sociale (à la place des contraintes monétaires) pour que chacun occupe son poste, plus rien ne tournerait. Ha ! elles remplacent les hommes par des machines autant qu’il est possible et nécessaire… (« Dans un monde antimonétiste, il n’y a plus que le travail intelligent, parce que le travail idiot ou nuisible à la santé est remplacé par le travail des machines… » p. 45) Facile à dire ! Qui fabriquerait ces machines si la chaîne de production était bloquée en mille endroits, comme il adviendrait fatalement ? Même ceux qui voudraient continuer à travailler n’en auraient plus les moyens… Ils n’auraient peut-être même plus les moyens de se rendre sur leur lieu de travail… Au fond, toutes ces théories pressentent cette situation mais préfèrent l’occulter et valoriser soudain la production locale et artisanale… c’est-à-dire l’exact opposé de ce qu’elles claironnent par ailleurs : mondialisme et moindre effort. Il est en effet bien connu que moissonner un champ à la faux, laver le linge à la main ou tricoter des pulls à longueur de journée est plus noble, moins fatiguant, aussi rapide et productif que recourir à des machines ! Vous ne pensez pas ? C’est pourtant ce que ces théories essayent de fourguer en douce ! Et tout, chez elles, est du même acabit. Enfin, tout cela pour dire que la Révolution ne pourra se faire ni au niveau mondial, ni à petite échelle, et devra tourner la technologie moderne contre Largent au lieu d’y renoncer, ce qui est du reste impossible (à moins d’un cataclysme), ce qui prouve en soi que ces théories ne vont pas dans le sens de l’Histoire et ne seront donc jamais appliquées, qu’elles ne bâtissent rien de plus que des châteaux vermoulus en Espagne. Il me faut d’ailleurs signaler clairement que c’est l’industrialisation et la production de masse qui permettent enfin d’envisager un accès libre au marché, donc la suppression de la monnaie… et qu’un retour à l’artisanat et à une production faible, en rendant l’accès libre aussi inutile qu’impraticable, condamneraient à rester ou à revenir au système monétaire. En somme, toutes ces théories qui apparaissent grâce à la technologie moderne — comme l’atteste leur multiplication depuis quelque temps — ne se rendent compte ni de ce qu’elles lui doivent ni qu’en détruisant (volontairement ou non) ses conditions elles anéantiraient leurs propres rêves.

Plus de monnaie, et c’est tout

Une autre erreur fondamentale de Mocica et de toutes les théories du même genre est de vouloir se contenter de renoncer à l’usage de la monnaie et, 1) d’ignorer que la monnaie n’est qu’une conséquence de ce que le Civisme appelle « Largent », 2) de croire que cela anéantirait le système monétaire ou l’empêcherait de renaître. Toutes ces théories, comme l’indique souvent leurs noms (antimonétiste, désargence), focalisent sur la monnaie qui est seulement le moyen d’échange qui découle de Largent. Bien sûr, elles déclarent qu’une fois la monnaie abolie, les hommes ne feront plus non plus de troc, qu’ils n’échangeront plus leur travail ou leurs produits mais les donneront, qu’ils travailleront pour rien, pour le plaisir ou par conscience. Cette conception des choses, d’une naïveté sidérante, est celle de gauchistes allergiques à toute notion de devoir et, plus important encore, confondant la monnaie avec la notion de valeur marchande, c’est-à-dire n’ayant pas identifié Largent comme un élément à part. Bien sûr, ils comprennent que l’échange monétaire et le troc reposent sur la notion de valeur, d’où leur volonté de proscrire l’un et l’autre, d’un coup de baguette magique. Mais ils ne voient que la monnaie que les hommes ont dans les mains, pas Largent qu’ils ont dans la tête. Ils croient qu’en supprimant le moyen d’échange qu’est la monnaie tout sera réglé, alors qu’ils n’auront pas extirpé la racine du mal et qu’ils auront même créé un vide qui poussera les hommes à revenir à la seule solution qu’ils conçoivent, c’est-à-dire à un mode d’échange fondé sur la notion de valeur marchande (troc ou monnaie). C’est là la différence fondamentale avec le Civisme qui prône l’institution de Cartes civiques — servant à attester la Citoyenneté de leur porteur (la Citoyenneté devant se mériter par l’accomplissement de devoirs) — qui remplaceront les cartes de crédit (dont elles seront l’évolution), et qui, du fait que les Citoyens les utiliseront (pour accéder librement au marché), inculqueront à ces derniers tous les Principes, concepts et valeurs qu’elles véhiculent, notamment une conception de l’échange qui éradiquera de facto celle qui découle de Largent. Le Civisme utilise contre Largent les propriétés du moyen d’échange, démontrées par la monnaie. Seul un moyen d’échange, autre que la monnaie, peut opérer la révolution anti-monétaire et égalitaire. Supprimer la monnaie et s’en remettre à la politique, à l’éducation, à la bonne volonté des hommes pour ne pas revenir à un mode d’échange fondé sur la notion de valeur marchande, alors qu’aucun autre modèle ne leur est fourni, est à la fois la marque de ceux qui n’ont pas trouvé de véritable solution au problème de la monnaie et en sont réduits aux incantations, et qui, en même temps, comptent sur leur idéologie pour résoudre un problème qui, justement, implique de sortir de tous les carcans idéologiques ; de ceux, donc, qui n’ont guère réfléchi et, pire, s’en dispensent.  

Pas de devoirs

La preuve, d’ailleurs, qu’il est impossible d’anéantir Largent sans remplacer la monnaie par un autre moyen d’échange, c’est que ceux qui proposent simplement de supprimer la monnaie sont toujours eux-mêmes sous l’influence de Largent. Certes, ils dénoncent la monnaie… mais la monnaie n’est que la partie visible de l’iceberg. Largent (la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger) vient du troc, c’est-à-dire de l’échange d’objets entre individus, c’est-à-dire d’un mode d’échange fondamentalement individualiste, matérialistes et asocial (sans dimension sociale et au final antisocial). Or tous ceux qui proposent les théories en question sont, eux aussi, fondamentalement individualistes (mondialistes, sans-frontiéristes, immigrationnistes, anti-nations, anti-peuples) et asociaux, dans le sens où ils n’ont aucune analyse sérieuse de ce qu’est et doit être une Société digne de ce nom, d’où elle vient, quels sont les rapports entre Citoyens qui doivent en découler, quels sont leurs Devoirs, leurs Droits, etc. Pour eux, l’individu et l’humanité priment tout, même si cela n’a absolument aucun sens, aucune portée concrète, et ne sert même qu’à détruire, puisqu’on ne peut rien construire avec. Si l’individu a droit à tout sans devoir rien à personne (un devoir n’est pas le fait de faire quelque chose pour les autres, selon son bon plaisir, mais d’avoir l’obligation de faire pour eux une certaine chose), il n’y a pas de société et, au final, il n’y a pas non plus de droits, dans la mesure où il n’y a personne pour les reconnaître, les générer et les garantir. (« Le fondement d'une société d'avenir est l'ouverture aux autres, l'esprit de solidarité, de communauté, d'équité et d'unité. » Mocica, p. 3. Où comment s’affranchir des réalités à coup de baratin !) On ne s’étonnera pas, après cela, de ne pas trouver une seule fois le mot « Égalité » (Principe fondamental de l’ordre social) dans Mocica, pas plus que ceux de « devoirs » ou de « droits » (sauf dans une citation) ; et si on les y trouvait, ils sonneraient creux, comme dans cet unique usage du mot « devoir » :

« L'interdiction de faire ne serait valable que lorsqu'elle concerne la Liberté de l'Individu et la protection de sa Planète. L'obligation de faire ne serait jamais acceptable, sauf dans le cas d'un devoir fondamental : la protection de l'Individu et de sa Planète. » (Mocica, p. 12)

Vu que chacun fait ce qu’il veut et qu’il n’y a aucune autorité (en théorie), on se demande bien qui, de toute façon, pourrait faire respecter cette interdiction et cette obligation insipides. Cet exemple, parmi tant d’autres possibles, illustre bien à quel point Mocica (et les autres) focalise sur l’individu, lequel est dispensé de toute obligation et ne peut donc faire société avec les individus qui l’entourent. Si la société n’a pas de droit sur l’individu qui n’a lui-même aucun devoir envers elle, il n’y a pas de Société, il n’y a pas de Citoyen, il n’y a pas de Citoyens égaux en devoirs et en droits, il n’y a pas d’Égalité, il n’y a pas de production… il n’y a rien à consommer, échanger, partager ou distribuer. A titre de comparaison, voici les articles 3, 4a et 4b du Contrat social de la Cité proposé par le Civisme :

« Art. 3 — La Cité ne peut admettre en son sein que des individus qui, sans en faire encore partie, ne lui manquent pas de respect et respectent déjà les Droits qu’elle reconnaît aux hommes en général et à ses Citoyens en particulier. Tout individu, pour devenir Citoyen, et tout Citoyen, pour le demeurer, a en outre les Devoirs de se soumettre aux lois de la Cité, de participer à la vie de la Cité, selon ce qu’elle considère comme une participation, d’être solidaire de ses Concitoyens et de défendre la Cité. 

« Art. 4a — Tous les Citoyens remplissant les mêmes Devoirs envers la Cité, la Cité a, elle, les Devoirs de faire profiter chacun d’eux de tous ses bienfaits (fruits de leur participation), de garantir autant que possible la sécurité de leur personne et de leurs biens, d’assurer leur liberté physique et morale, en un mot de répondre de son mieux à leurs aspirations légitimes.

« Art. 4b — Le Droit de profiter des bienfaits de la Cité implique, pour tout Citoyen, le Droit d’accéder au marché du fait même d’être Citoyen. Les biens retirés du marché par l’exercice de ce Droit deviennent les propriétés privées légitimes des Citoyens. Ce Droit d’accès, conféré par la Citoyenneté, théoriquement illimité et donc égal pour tous les Citoyens, est naturellement borné par les envies du Citoyen, par l'exercice de ce même Droit par les autres Citoyens, par la nature des choses et au besoin par la loi. » (Le Civisme, p. 56) — C’est en se basant sur cet article que le Civisme propose que la Cité dote ses Citoyens d’une carte à puce leur permettant d’attester leur Citoyenneté et d’accéder librement au marché. Mais la notion de carte n’apparaît pas ici car d’autres moyens peuvent être imaginés pour appliquer le même Principe.

L’Antimonétisme

Ici, je me dois de signaler l’originalité de l’Antimonétisme qui prône lui aussi l’utilisation de cartes à puce, mais dans un tout autre esprit que le Civisme et toujours dans un charabia pathétique :

« Vous apportez votre travail à la société, et la société, par réciprocité, vous apporte ce dont vous avez besoin (quel que soit votre travail, quelle que soit votre force physique ou quelle que soit votre force mentale). (p. 41) Matin : vous vous levez à l’horaire qui vous sied, puisqu’en accord avec votre contrat de travail, vous avez fixé vos objectifs. (p. 47) Le producteur de biens ou services se fixera lui-même son plan de travail, en prenant en compte les besoins de la société. S’il décide de ne pas travailler, honte pour lui, mais pour pallier ce problème, l’humain doit prendre en compte la responsabilité de son travail. Chaque article produit par lui portera sa signature. S’il veut qu’à son nom soit assimilé un mauvais article, libre à lui, car les demandeurs, s’ils ne sont pas satisfaits, choisiront un autre producteur. (p. 121) Vous vous  rendez (ou un service à domicile lors d’un handicap) chez le boulanger [par exemple. Ndla], vous demandez le pain de votre choix, vous présentez votre carte à puce (chargée de confirmer votre appartenance à la civilisation Anti-Monétiste, ainsi que de “nourrir” des statistiques qui aident à la logistique des besoins) et le boulanger vous donne le pain de votre choix. (p. 48) Quelle est la meilleur mémoire non humaine (donc artificielle) qui pourrait servir de preuve impartiale à l’appartenance au système ? Cette mémoire artificielle existe depuis quelque temps : c’est la carte à puce. (p. 113) » (L’idéal de la prochaine société)

Voilà tout ce que l’Antimonétisme consacre au moyen et mode d’échange du système antimonétiste, c’est-à-dire au point essentiel d’une théorie visant à supprimer la monnaie. Sans doute peut-on juger par-là du manque de sérieux et de rigueur de cette théorie ! Passons ! A quoi sert donc cette carte ? A attester l’appartenance de son porteur à la civilisation antimonétiste, afin de l’autoriser à accéder librement au marché. Sur la question de l’accès au marché, c’est-à-dire du droit d’accéder au marché, elle a la même fonction que la Carte civique. C’est en amont que tout est différent ; c’est la justification de la jouissance de ce droit qui diffère fondamentalement. L’appartenance à la civilisation antimonétiste est un concept vide comme l’est aujourd’hui la citoyenneté. Cela n’implique pas, comme dans le Civisme, le devoir de participer à la vie de la Cité, selon ce qu’elle considère comme une participation, c’est-à-dire d’avoir contribué d’une manière ou d’une autre à la production sur laquelle s’exerce le droit d’accès (libre et donc égal pour tous les Citoyens), mais d’avoir été admis par des « sages », sur des critères moraux (toujours la moraline), à faire partie de ladite civilisation.

« Créer un examen d’entrée qui prouve que la civilisation antimonétiste n’est pas menacée par une nouvelle arrivée ? Qu’est-ce qu’un esprit pur ? La pureté existe-t-elle ? La pureté, c’est l’honnêteté, quoi qu’il arrive. L’honnêteté est basée sur l’honneur. L’honneur est le sentiment positif de la dignité morale. La dignité morale, c’est l’obéissance aux règles de vie qui protègent à la fois l’individu et la société dans laquelle il vit. Mais cette obéissance ne doit pas être forcée. L’éducation de l’humain doit lui mettre en évidence que, hors de ces limites, le danger réside. (p. 124) Le sage [d’une connaissance encyclopédique, élu au suffrage universel] jugera si l’esprit du demandeur est compatible avec le monde antimonétiste. » (p. 125) — Les fameux critères moraux, si importants, ne sont évidemment pas définis.

L’appartenance à la civilisation antimonétiste n’est en rien l’équivalent de la Citoyenneté pour le Civisme. L’appartenance à l’antimonétisme doit être octroyée par des sages et se conserve ensuite sans condition (sauf crimes) ; la Citoyenneté, elle, est la destinée des individus nés dans la Cité (pays), quoique, à partir de l’âge de 18 ans, ils doivent s’en montrer dignes, c’est-à-dire respecter les lois et remplir leurs devoirs, sous peine de sanctions automatiques ou par décision de justice pouvant aller jusqu’à la déchéance. (Des étrangers peuvent également intégrer la Cité, s’il lui sied, et être et demeurer Citoyens par leurs actes.) Par suite, les cartes à puce n’ont, dans l’un et l’autre système, ni la même fonction, ni la même utilité, ni la même raison d’être. En fait, dans l’Antimonétisme, cette carte à puce, qui facilite juste la gestion des stocks (produits par personne), pourrait être une simple carte d’identité, un document papier ou plastique. En revanche, dans la Cité, dans une Société de millions d’individus qui ne se connaissent pas et ne savent pas ce qu’ils font les uns les autres, la Carte civique permet aux commerçants de s’assurer de l’identité et de la Citoyenneté de leurs clients, l’identité ne donnant pas en soi le droit d’accéder au marché, contrairement à la Citoyenneté qui, elle, le donne mais n’est jamais acquise définitivement. Seul un système de cartes à puce, permettant d’accéder à une banque de données mises à jours en permanence, peut garantir que la Citoyenneté n’est pas vide de sens, que tout détenteur d’une Carte valide est bien Citoyen, qu’il s’est acquitté de ses devoirs et a le droit d’accéder au marché. La Carte civique permet ainsi d’appliquer à grande échelle les Principes de la communauté que les petites communautés respectent naturellement, chacun agissant sous le regard de tous. Le Civisme explique ainsi pourquoi le système monétaire — qui devient incontournable lorsque la communauté s’agrandit, que la production se diversifie et que les échanges se multiplient — ne pouvait être sérieusement contesté et réellement renversé avant l’avènement de l’informatique. Autant une carte combinée à la technologie informatique n’a pas véritablement de raison d’être dans l’Antimonétisme, autant elle est la condition même de la Cité. Comme quoi, un point commun peut masquer un gouffre ! Au passage, admirez les définitions suivantes :

« Société : ensemble d’humains. Système : ensemble de lois ou de coutumes régissant le mode de vie de la société, afin d’assurer la survie de cette dernière. » (p. 98)

Comparez avec les définitions proposées par le Civisme dans la Déclaration des Devoirs et des Droits de l’Homme, du Citoyen et de la Cité :

« Tout Citoyen est homme ; tout homme n'est pas nécessairement Citoyen. Est Citoyen tout homme reconnu tel par la Cité. (préambule 2) Est une Cité ou une association politique tout ensemble d’individus unis à l’origine pour survivre, donc pour être en sécurité, et qui, de ce fait, ont les uns envers les autres les mêmes Devoirs et se garantissent mutuellement les mêmes Droits. (préambule 3) » (p. 100)

L’Antimonétisme prévoit de constituer une civilisation transnationale avec tous les humains qui y adhèrent et sont admis à en faire partie. Il ne s’agit donc pas d’instaurer ce système dans un pays donné, comme le préconise le Civisme, mais de fédérer les hommes, de quelque pays qu’ils soient, dans un système hors sol, virtuel (quoiqu’il est aussi question de créer des villages), et de laisser les autres perpétuer le système monétaire dans leurs pays respectifs. Il imagine donc faire cohabiter dans chaque pays les deux systèmes, monétaire et antimonétiste. Peut-on concevoir quelque chose de plus absurde ? Un pays ne peut fonctionner selon deux systèmes ; l’un prend nécessairement le pas sur l’autre, écrase l’autre. Et, d’après vous, lequel serait écrasé dans l’œuf ? Outre que personne n’adhèrerait au système visiblement chimérique de l’antimonétisme, l’État du système monétaire — que l’Antimonétisme n’a aucune intention de renverser et de remplacer — aurait tôt fait, lui, d’écraser les antimonétistes, ne serait-ce qu’en les soumettant à des exigences financières. En toute chose, l’antimonétisme mise sur une force dont il refuse de se doter, puisque les antimonétistes, partisans du « chacun fait ce qui lui plait », rejettent toute contrainte, tout État, toute violence. Ils veulent faire une révolution tout en se flattant de ne pas être des révolutionnaires. (« Je [Thierry Séverin] vous rappelle que je ne suis pas un anarchiste dans le sens de « fouteur de merde », de destructeur. Au contraire, je suis un constructeur. J’aime travailler. Que je ne fais pas ça pour avoir le pouvoir, contrairement aux révolutionnaires : “Être calife à la place du calife !”. Le pouvoir je l’ai, puisque je ne manque de rien et que je maîtrise relativement mon avenir. » (p. 53)) Décidément, le Civisme n’a vraiment rien à voir avec l’Antimonétisme !

Individualisme et mondialisme

Poursuivons. Même s’ils s’en défendent, les partisans de Mocica et consorts ont intégré un des aspects essentiels de Largent, sacralisé, sans surprise, par le capitalisme : l’individualisme. Ils dénoncent le système monétaire mais avec les armes que les capitalistes conscients utilisent, eux, pour l’imposer. Les uns et les autres ont le même logiciel. Lesquels l’emportent ? Lesquels dominent ? Lesquels sont les idiots utiles des autres ? Lesquels sont trop bêtes pour comprendre qu’ils disent autrement la même chose en croyant vouloir autre chose ?

« Nous traversons actuellement une phase de transition entre deux ères qui resteront dans l'Histoire radicalement différentes, pour ne pas dire opposées. La première, celle d'aujourd'hui, est orientée vers les biens, l'individualisme, la compétition, l'obligation, l'esclavagisme moderne et le conditionnement. La suivante sera celle de l'autonomie. Elle sera orientée vers l'individu, sa Planète, l'initiative, la coopération, la coordination, la motivation et la Liberté vraie. » (Mocica, p. 13)

Si on élague, que reste-t-il ? Le système actuel pousse à l’individualisme tandis que Mocica ramène tout à l’individu. Nuance !

A quelques remarques judicieuses près (notamment sur certaines conséquences d’un système non-monétaire qu’elles sont par ailleurs incapables d’instaurer et de maintenir), et quand elles n’enfoncent pas des portes ouvertes, ces théories débitent avec un aplomb incroyable et dans un charabia pathétique les pires absurdités, les contrevérités les plus notoires ; elles sont dans le déni le plus total des réalités, tout cela pour imposer leur idéologie mondialo-individualiste qu’impose déjà le capitalisme. Chaque sujet offre une occasion de le démontrer. J’illustrerai mon propos par deux thèmes : la gouvernance et l’humanitaire.

« Qui va gouverner ? Diriger ? Le plus évident est : personne. […] Ne pas être dirigé est la nature même d'une société autonome, et l'autonomie est le trait d'une grande civilisation. » (Mocica, p. 9)

« une société autonome » ! A moins d’être conquise et vassalisée par une autre, une société est une entité collective distincte du reste de l’humanité et autonome par définition. Mais on comprend que l’auteur a voulu dire qu’une vraie société n’a pas de direction interne, n’est dirigée par « personne », que chaque individu qui en fait partie est son propre souverain (puisqu’il ne peut être obligé en rien). Non seulement cela n’a rien d’« évident », mais affirmer qu’une société puisse ne pas être dirigée est une ânerie. (Il n’y a bien sûr aucun exemple de grande civilisation de ce type.) Sans direction une société n’existe pas. C’est la direction qui, en constituant un point de ralliement, personnifie le groupe et fait de ses éléments épars une société. Toutes les sociétés animales ont un chef, une tête (voire deux ou trois). Il n’y a que les gauchistes pour croire qu’une société puisse exister et surtout survivre longtemps sans chef. Le problème, ce n’est pas qu’il y ait un chef (et par extension un gouvernement), mais que celui-ci soit légitime, dans l’accession à sa fonction et dans ses actions. Il doit être désiré ou plébiscité et servir les intérêts de ceux qu’il conduit. Pour s’assurer qu’il remplit correctement sa mission, les citoyens doivent avoir de l’emprise sur lui via une organisation instituant un véritable contre-pouvoir populaire et consacrant la souveraineté du peuple, ce qui ne veut pas dire démocratie directe à tous les niveaux et référendums à la chaîne. Mais imaginer un vrai système politique, équilibré, dégagé par ailleurs des problèmes insurmontables que pose le système monétaire (inégalitaire, donc oligarchique et ploutocratique), demanderait trop d’efforts aux auteurs de Mocica, et surtout les aurait obligé à faire appel à des notions qui les rebutent (peuple, nation, souveraineté, identité, devoirs, droits, etc.), si bien qu’ils se sont contentés de proposer la chose informe que voici, baptisée ODG 5 (Organisation Démocratique Globale) :

« Le 1er niveau d'assemblée est la zone de voisinage. Il correspond à un quartier de village ou de ville. — Le 2ème niveau d'assemblée est la zone d'habitation. Il correspond à un village ou une ville. — Le 3ème niveau d'assemblée est la zone ressources. Il correspond à un territoire comprenant les zones d'habitations dépendantes de celui-ci en ressources alimentaires. — Le 4ème niveau d'assemblée est la zone culturelle. Il correspond à un communauté de même origine culturelle, ce qui correspondrait aujourd'hui aux nations. — Le 5ème niveau d'assemblée est la zone planétaire. »

(Les assemblées de niveau 1 désignent des porte-parole pour les assemblées de niveau 2, lesquelles désignent à leur tour des porte-parole pour le niveau 3, et ainsi de suite jusqu’au niveau 5.) « Les assemblées de niveau 2, 3, 4 ou 5 ne pourront prendre de décision sans l'accord démocratique des habitants qu'elles représentent. Sans dirigeant, l'ODG5 permet à chacun d'entre nous de proposer des initiatives, de prendre part à toutes les décisions le concernant et de voter à niveau égal des autres. L'ODG5 ne se veut pas complet et immuable, mais elle est au contraire souple, perfectible, modulable et adaptable. Elle permet la mise en place de tout type d'organisation démocratique au sein des communautés, selon le choix de leurs membres. Il s'agit essentiellement d'un modèle d'organisation, qui invite tous les modèles démocratiques. Il a pour objectif de mettre en lien et en harmonie une multitude d'assemblées diverses, chacune d'entre elles correspondant à l'image de la communauté qu'elle représente. Cette base que nous proposons, permet à toutes les assemblées et à toutes les cultures d'avoir leur propre mode de fonctionnement, et éviter ainsi des tensions et des lourdeurs évitables. » (Mocica, ODG 5)

Encore de belles idées de gauchistes qui, parce qu’ils font éventuellement comme cela dans leur coin, croient que cela peut fonctionner à l’échelle de la nation et même de la planète ! L’idée que tout passe par des porte-parole de porte-parole de porte-parole soit le système le plus naïf et le moins démocratique que l’on puisse imaginer ne leur vient pas à l’esprit ! Ici encore, ils prennent leurs désirs pour la réalité ! Un tel système n’offrirait aucune stabilité, puisque les porte-parole changeraient en permanence, du moins en théorie. Car, en pratique, aussi bien par nécessité que par la force des choses, les porte-parole seraient toujours les mêmes à quelque chose près (ceux qui disposent du réseau pour se faire désigner et renouveler) et constitueraient une nouvelle classe qui s’arrangerait pour agir indépendamment de la base. L’idée que les décisions à un niveau doivent être ratifiées par les habitants de la zone en question est bonne en soi, mais, dans l’état, elle serait un vœu pieux. Les habitants face à des institutions ne pèsent pas lourd ! Le pouvoir et le contre-pouvoir des citoyens doivent être organisés, institués, constitués. La citoyenneté, le droit de cité, les modes de désignation et de suffrage doivent être pensés et énoncés clairement… On ne fait pas la révolution, surtout celle-là, avec des idées aussi générales et fumeuses ! Le but est de réussir, pas d’échouer à coup sûr avec pour seule consolation d’avoir essayé. Et se donner l’air ouvert ne compense pas les lacunes. Un projet social consiste à poser des Principes solides et à avancer des solutions réalistes (aux problèmes les plus immédiats) pour les mettre en œuvre, non à lancer un sujet et à confier à d’autres le soin de remplir les cases, c’est-à-dire de fournir le véritable travail de réflexion, si tant est que le cadre fixé ne soit pas lui-même inepte, comme c’est le cas ici.

« J’espère ne jamais avoir à détailler plus les propos de ce livre, car pour l’impact effectif de ce dernier, il faut un minimum de “recherche” de la part du lecteur (si le voyageur ne fait pas lui-même le chemin, ce n’est pas un voyageur, mais un être statique, mort !). Aussi, la grande moralité de cette philosophie est la suivante : Vous avez connaissance de l’architecture de l’univers (loi Universelle de la survie), à vous de remplir (par la connaissance et la maîtrise des détails), les cases infinies constituant les multiples combinaisons de l’univers. » (L’idéal de la prochaine société (antimonétisme), p. 132)

Un projet cohérent ne peut pas sortir de discussions et de compromis, contrairement à ce que se plaisent à croire les gauchistes, qui espèrent que des assemblées auront le génie qu’ils n’ont pas eux-mêmes et croient en imposer en faisant montre d’ouverture (en apparence), ce qui, en réalité, n’en impose qu’à leurs pareils. Mocica anticipe ainsi les objections : « L'ODG5 ne se veut pas complet ». C’est le moins que l’on puisse dire ! Ça ou rien, c’est pareil ! « Il s'agit essentiellement d'un modèle d'organisation, qui invite tous les modèles démocratiques. » Un modèle, où ça ? Rien n’a été défini ! Cela dit, on pourrait croire que, dès lors, tout reste en effet à faire et que tout est envisageable. Mais non ! Mocica a fixé comme règle d’or que l’individu est à la fois roi et citoyen du monde… Allez donc fonder une Société sur l’individualisme et le mondialisme ! En fait, pour Mocica (et les autres théories), un citoyen est un humain, ce qui ne veut rien dire. (Les antimonétistes touchent le fond en parlant d’« humain sociétaire » (p. 118).) Avec de tels présupposés « citoyenneté » est non seulement un mot vide de sens, mais il est encore impossible, car interdit (moralement et légalement, ce qui est presque déjà le cas aujourd’hui), de lui donner un contenu (peuple, nation, pays, identité, appartenance, devoirs, droits spécifiques, etc.). Ainsi, pas de citoyens et de Société dignes de ce nom… Alors un système politique… démocratique !!!

Du chaos au totalitarisme

Mais il est une autre raison pour laquelle ces théories invoquent en vain la démocratie, c’est leur carence fondamentale. Toutes ces théories envisagent le renoncement au système monétaire (suppression ou abandon de la monnaie) mais sans proposer de système de substitution, c’est-à-dire un autre mode d’échange fondé sur de nouveaux principes. Personne n’a a priori le devoir de produire ; par contre, tout le monde a le droit de se servir à volonté, sans condition. Que chacun fasse ce qu’il veut peut à la rigueur être regardé comme un Principe social, aussi absurde soit-il, mais pas comme un mode d’échange. Ces théories qui ont compris que la monnaie est au cœur du problème ne font aucun cas du mode et du moyen d’échange en ce qui concerne la solution qu’elles préconisent et qui consiste toujours à laisser en la matière un vide béant. Pas la moindre réflexion à ce sujet ! Dans un premier temps, elles font mine de croire qu’elles ont trouvé la solution, que tout est réglé et que tout fonctionne. Dans un second temps, sans apercevoir et remettre en cause l’inanité de leur solution, elles réalisent qu’à tout laisser partir à vau l’eau rien ne fonctionnera. Elles entrent alors, sans le dire et sans se l’avouer, dans une deuxième phase, totalement contraire à leur principe sacré de Liberté individuelle, celle de l’ingérence et du dirigisme tous azimuts. Et ce sont les mesures et propositions dans une infinité de domaines périphériques qui constituent l’essentiel de ces théories. Bien sûr, sur le papier, elles mettent en avant le chou pour faire oublier la chèvre en embuscade… Elles font toujours étalage de leurs bonnes intentions gauchistes pour tout justifier : leurs délires autant que la catastrophe à venir.

« L'assemblée du village ou de la ville […] assurera la coordination et entente entre les différents quartiers, débattra des différentes initiatives écologiques et sociales proposées par les assemblées de niveau 1, et assurera la coordination entre elles. Les membres de chaque assemblée de niveau 2 désigneront un porte-parole qui rejoindra ceux de la même zone de ressources. Cette assemblée de niveau 3 débattra de l'entretien de leur zone de ressources (comme les paysages, le patrimoine historique et naturel, les axes routiers et ferroviaires). L'assemblée débattra de la répartition des rôles pour l'exploitation, transports et distributions des ressources du territoire aux communautés. Les assemblées des zones de ressources désigneront à leur tour leur porte-parole qui rejoindra ceux de la même zone culture. Les assemblées de niveau 4 devront assurer la coordination entre les zones ressources représentées, assurer le bon fonctionnement, l'optimisation écologique et sociale de l'ensemble de ce territoire. Elles chercheront à développer l'entraide et l'entente avec les différentes zones cultures à travers le monde. Enfin, tous les porte-parole des zones cultures se regrouperont pour l'assemblée de niveau 5, celle qui représente notre civilisation. Celle-ci aura pour objectifs d'assurer l'entente et la communication entre toutes les zones cultures, de faire remonter les initiatives, propositions ou préoccupations des assemblées sous-jacentes, proposer et appliquer des mesures pour assurer la paix dans le monde, nettoyer et protéger notre Planète, assurer la mise en place de vote pour les choix importants, constituer les lois universelles de protection de la liberté des individus, maintenir l'équilibre général et mettre en place les actions humanitaires ou militaires nécessaires. » (Mocica, ODG 5)

Le roulement des tâches

On parle de tout pour ne rien dire… Dans la même ligne, une idée que l’on retrouve dans la plupart de ces théories est celle du roulement des tâches…. idée aussi absurde qu’impraticable.

« Si certaines tâches ingrates ou difficiles ne peuvent être automatisées par la haute technologie (ce qui est peu probable) et que nous ne trouvions pas de volontaires, alors l'équité et la justesse sera de les faire à tour de rôle avec mise en place d'organigrammes. [...] Encore une autre possibilité s'offre à nous : la mise en place d'une année de services civiques que l'on ferait au début de l'âge adulte, dans la force de l'âge, dans le pays de notre choix avec les amis que l'on souhaite. (p. 10) Par organigrammes et par la masse de la population actuelle nous pouvons réduire les horaires des tâches difficiles à une niveau extrêmement bas. (p. 15) » (Mocica)

Si tous les Citoyens, pour mériter la Citoyenneté et le droit d’accéder au marché, étaient obligés d’avoir une activité, quelle qu’elle soit, et d’atteindre des résultats minimums en terme de « vente » sous peine de nullité, tous les postes seraient remplis, quitte à ce que les moins séduisants offrent des avantages (temps de travail plus court, etc.). Mais en n’obligeant personne à travailler pour avoir le droit de consommer, en comptant seulement sur la conscience des gens (encouragés à l’individualisme), ….

« Étape 2 : Maîtrise de la situation. Rien de plus simple : afin de conserver un cadre que l'on connaît et rassurant pour tous, il est important, dans un premier temps, que nous continuions notre vie habituelle sans utiliser le système monétaire. Nous serons reconnaissants envers ceux qui ont des métiers éprouvants de persévérer au moins le temps de l'étape 2. Allez à vos rendez-vous, continuez à suivre vos études, respectez les horaires habituels de votre quotidien. Exercez votre profession, que ce soit artisan, agriculteur, cultivateur, gardien de la paix, chauffeur de bus, dentiste, continuez à être boulanger, ouvrier, charpentier, coiffeur, routier, fleuriste, vendeur, pêcheur, électricien, etc. Pour les personnels de boutique et de grandes surfaces, gérez au mieux pour un partage équitable de l'alimentation et des fournitures en privilégiant d'abord les plus démunis. Vivez aussi normalement que possible. Faites vos courses comme vous l'avez toujours fait, ne consommez pas plus, éventuellement moins, toujours en laissant la priorité aux pauvres et précaires actuels. Mesurez vos besoins et limitez-vous à l'essentiel. Si vous êtes témoins d'abus et de tensions, aider à revenir au calme ou à recadrer si vous le jugez nécessaire, représentez les valeurs morales et la non-violence sans cesse. En résumé, vivez comme d'habitude, mais sans l'intermédiaire de l'argent et tant que c'est d'utilité publique. » (Mocica, p. 8)

« La société apporte des biens et services à l’individu afin d’assurer sa survie. Par respect, et par sagesse, l’individu doit apporter son travail à la société. (p. 114) Nous devons prôner le travail bien fait. (Mais pas question d’accorder des médailles, ou des récompenses. La seule récompense possible est la satisfaction personnelle du travailleur, et la fierté d’un travail bien fait.) Ces notions semblent subtiles [Houlala ! c’est vrai que c’est compliqué !!! Ndla], et paraîtront utopiques, mais c’est la seule façon de supprimer les injustices. (p. 121) [Moi qui croyais que la suppression des injustices reposait sur l’abolition de la monnaie ! Ndla] La seule façon d’éviter l’anarchie est d’avoir des humains dont l’esprit est “pur” (net), et conscient de ses responsabilités. (p. 122) »  (L’idéal de la prochaine société)

« Ce qui apparaissait le plus complexe, comme l’instauration d’un bénévolat absolument sans contrepartie pour assurer une production normale, trouva des réponses immédiates. La plupart se proposaient pour continuer leur travail habituel dans l’unique but de ne pas se trouver sans activité et sans utilité. » (Le porte-monnaie (désargence), p. 37)

… il est évident que certaines tâches (voire quasiment toutes) seraient délaissées. Et pour résoudre ce problème créé par une conception absurde des choses, ces théories ne trouvent rien de mieux que de proposer une solution invraisemblable, avec équité et justice en vaseline. Outre qu’il est arbitraire de décréter que certaines tâches sont ingrates ou difficiles, il est aberrant et inefficient de vouloir que les « citoyens » délaissent l’activité dans laquelle ils sont spécialisés, pour une autre qu’ils ne connaissent pas, pour laquelle ils n’ont ni compétence, ni temps, ni goût. Et qui pourrait bien les y obliger ? Au nom de quoi ? Donc, de deux choses l’une : soit le système s’effondre immédiatement, victime de son absurdité, soit il surmonte ses contradictions (entre ses théories fumeuses à la réalité des choses) en instaurant un régime fort, une dictature politique, bureaucratique et policière qui, au nom du Bien et de l’Intérêt général, va tout régenter, tout comprimer, tout réprimer.

« Après quelques mois de flottement, chaque région établit des listes de produits de base absolument nécessaires à chacun, selon son âge et son sexe : alimentation, vêtements, produits manufacturés, entretien, toilette, transport, culture, etc. Il fut décidé de diviser les communautés humaines en îlots de 800 habitants, chacun ayant un dépôt d’approvisionnement propre et en assurant la gestion, chacun de ces dépôts étant fédéré au sein d’un système global. Des carnets de fournitures furent édités sur lesquels l’acquisition de ces produits était marquée  d’un tampon afin d’éviter l’accumulation par une même personne de produits venant de dépôts différents. Une page spéciale était réservée aux déplacements, ce qui permettait à celui qui devait quitter momentanément son lieu de résidence d’être nourri et logé durant le voyage. » (Le porte-monnaie (désargence), p.51)

« le tout n’est pas géré par le profit monétiste, mais par des humains qui sont conscients de la richesse et de la fragilité de la vie (p. 46) Travail : celui que l’on a choisi (partage selon la masse de travail à effectuer, et le nombre de travailleurs). Aucun risque de se faire mal dans un métier dangereux ou répétitif à l’excès (travail de robots pour les travaux comportant un risque inutile). Les logisticiens sont l’huile qui permet au système de tourner et de répondre aux besoins de chacun. (p. 47) [...] Pour rendre impossible les erreurs en tout genre, une catégorie de personnes doit être l’élite du peuple. Ces personnes appelées “Les sages” devront posséder un esprit pur et une connaissance du monde aussi complète que possible. Cette catégorie de personnes ne peut en aucun cas prendre de décisions autres que celle de l’entrée d’un individu dans la société, ceci dans le respect de l’article 5. Les sages devront émettre leur avis sur tout chose, et être les gardiens de la survie. L’obtention ou la perte de ce statut de sage est décidée, sans limitation de temps, par l’approbation de 90 % des citoyens géographiquement concernés. Le statut de sage ne permet aucun avantage particulier hormis celui décrit ci-dessus. » (L’idéal de la prochaine société (antimonétisme), (p. 117)

Mocica ne voit pas cette dérive funeste inévitable… Mais l’antimonétisme l’ébauche à reculons, et le projet Vénus l’anticipe ouvertement… Comme le positivisme, ce dernier  ne jure que par la science… Pour lui, tout doit être régi par les scientifiques et les spécialistes… Eux savent… Eux font bien… La masse doit suivre et se plier à leurs verdicts, c’est-à-dire leurs dictats. Elle est loin la démocratie ! C’est ainsi que les chantres de l’individualisme, les capitalistes qui s’ignorent, prônent des systèmes totalitaires en puissance. (« Par quartiers, puis villes, régions et pays pour une distribution intelligemment étudiée des besoins et des ressources. » Mocica, p. 9) Inutile de faire l’expérience, c’est couru d’avance. Mocica et autres n’existeront jamais, parce que si leurs systèmes avaient un début de commencement d’application, ils tourneraient aussitôt au fiasco ou prendraient un tout autre visage que celui prévu. Mais que peuvent prévoir des gens qui, pour effectuer certaines tâches ici, veulent instaurer un « service civique » à effectuer n’importe où dans le monde ? Obliger, mais pas trop !

L’humanitarisme

J’en arrive enfin au sujet de l’humanitarisme. Après l’étape 1 (adhérez à Mocica, diffusez l’idée, renoncement à la monnaie), après l’étape 2 (soyez gentils, n’abusez pas), Mocica propose, sans transition, de passer à l’étape 3 : 

« Étape 3 : Les priorités. Tout en s'assurant de garder une base solide dans les pays "développés" afin qu'ils restent rassurants pour eux-mêmes et efficaces pour les autres, nous devrons nous tourner le plus rapidement possible vers les pays pauvres ou dits "sous-développés". Les pays dits "développés" pourront se séparer en 2 types de volontaires : ceux qui maintiendront le déroulement de la vie habituelle dans leur région du globe, mettant à disposition leurs savoir-faire, et ceux qui souhaiteront voyager à des fins humanitaires. Chacun y participera autant qu'il le souhaite, aussi bien trois semaines que trois mois, ou encore, rien. Il nous sera recommandé de partir entre amis et/ou en famille afin de rendre les choses plus agréables et enthousiasmantes pour tous. Rien ne doit être imposé, la base est le volontariat. C'est un des piliers du nouveau paradigme. Par ailleurs, pour la coordination de ceux qui choisiront l'humanitaire, nous disposons déjà d'un excellent réseau expérimenté : les associations humanitaires. Vous trouverez toutes leurs références sur le web. Ils sont partout dans le monde, justement là où il y en a le plus besoin. De la précarité de nos rues jusqu'aux régions les plus difficiles du globe, nous avons déjà un réseau très organisé, qui aura enfin les moyens d'être pleinement efficace. Tout humain qui aura des conditions saines de vie deviendra à son tour un renfort supplémentaire pour la société. Les associations humanitaires ont tout le savoir-faire et l'expérience nécessaires pour nous guider intelligemment. Aujourd'hui, plus que jamais l'Homme souhaite voyager sur tous les continents. L'humanitaire ne serait-elle pas la meilleure façon d'explorer le Monde ? » (Mocica, p. 8)

« Au début de la Révolution mondiale, les pays les plus pauvres furent étonnamment les plus réticents à s’y engager. Les inégalités naturelles entre les différentes parties du monde soulevèrent de houleux débats. Tellement habitués à se faire tondre la laine sur le dos, les habitants des zones arides et sans matières premières exportables n’arrivaient pas à imaginer que, d’un seul coup d’un seul, le mon s’inquièterait de leur sort et pourvoirait à leurs besoins essentiels. » (Le porte-monnaie (désargence), p. 82)

« Les coutumes, les religions, les styles de vie sont nombreux, mais l’humain, quel qu’il soit, et où qu’il soit sur terre, aspire aux mêmes désirs, et a peur des mêmes choses. [Affirmation gratuite on ne peut plus fausse ! Ndla] Ouvrez votre esprit au monde, et observez que derrières toutes nos différences, notre essence est la même, liée directement à l’ordre universel de la survie. [...] Vous croyez qu’il est impossible d’unifier le monde ? Le réseau Internet ainsi que tous les autres moyens de communication permettront l’ouverture d’esprit des humains. » (L’idéal de la prochaine société (antimonétisme), p. 50)

On ne s’étonne pas que des « citoyens du monde » autoproclamés aient pour priorité de s’occuper de tout chez les autres avant d’avoir rien réglé chez eux. En fait, ils ne voient en eux-mêmes que des « humains » ; ils ne croient rien devoir à leur peuple, à leur pays ; s’ils ne détestent pas tous les peuples, ils méprisent au moins le leur (dont ils sont en effet les pires représentants) ; étant dans l’abstraction pure, ils nient toutes les réalités ; pour être gentils avec tout le monde en général, c’est-à-dire personne en particulier, ils se font les fléaux de l’Humanité. Je l’ai déjà dit, cette tendance au mondialisme, qui éclate partout dans Mocica et autres, est liée à l’individualisme inhérent à Largent ; c’est un marqueur capitaliste, et c’est bien le capitalisme qui a lancé le mouvement auquel ces bonnes âmes applaudissent en nous ressortant le même baratin, mais sans en saisir visiblement les tenants et aboutissants. Ce discours est typique des bobos (grands révolutionnaires devant l’Éternel) et des capitalo-gauchistes, idiots utiles du MEDEF. Ils se font les auxiliaires du capitalisme, mais ne veulent voir dans l’humanitaire que l’occasion de faire une B. A., de s’enrichir personnellement (d’un point de vue culturel), voire de faire du tourisme pédagogique (en famille de préférence). Ces grands donneurs de leçons, pourfendeurs de la colonisation, ne s’aperçoivent pas que, sous prétexte de leurs bons sentiments, ils embouchent à leur tour la trompette du colonialisme ; que leur conception des choses est purement occidentale et suprématiste car ce sont toujours des Occidentaux qui, au nom de leur vision des choses (« Aujourd'hui, plus que jamais l'Homme souhaite voyager sur tous les continents. » Mocica, p.8) et de leur pouvoir, s’immiscent dans les affaires des peuples qui ne leurs demandent rien. La vérité, c’est que les autres peuples ne veulent qu’une chose : vivre chez eux comme ils l’entendent et que les Occidentaux leur lâchent la grappe une bonne fois pour toutes. « Chacun chez soi, et les vaches seront bien gardées », c’est-à-dire « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », voilà la véritable maxime des peuples ! Mais comment respecter les peuples quand on se targue de n’appartenir à aucun ? Et comment œuvrer pour leur bien quand on ne cherche que son bon plaisir ?

Immigration, antiracisme et révolution

Je voudrais terminer cette étude pénible et laborieuse par un sujet d’actualité qui n’est jamais abordé explicitement dans toutes ces théories mais sur lequel la position de leurs partisans ne fait aucun doute, je veux parler de la question de l’immigration. Mais, tout d’abord, quelques extraits :

« En avançant ainsi, nous nous apercevrons un jour ou l’autre que les frontières n’ont pas d’importance et qu’elles n’existent que dans nos têtes. La Planète qui nous permet de vivre mérite mieux que cette représentation morcelée d’elle, dessinée par la main de l’Homme, montrée de tous et maintenue par notre propre volonté. » (Mocica, p. 12)

« Tous les êtres humains, quel que soit leur âge, leur sexe, leur Ethnie, naissent libres et égaux en droits. [Principe creux sinon absurde, démenti justement page suivante sans que la contradiction ne soit relevée : « Si l’individu ne veut rien apporter à la société : par son choix, la société ne lui apportera rien. » (p. 115)] Le seul but de l’humanité est la survie de l’espèce humaine, sans distinction d’Ethnie. La survie de l’humanité passe par la survie de chaque être humain, présent et futur, quel que soit son système physique (apparences) et quel que soit son mode de raisonnement (religion ou autre). » « La solution résumée en quelques mots : Une Race, Humaine ; Une Terre, la Planète ; Un But, Survivre. » (L’idéal de la prochaine société (antimonétisme), p. 114, 131)

On voit une fois de plus comment l’individualisme inspiré par Largent conduit au sans-fontiérisme, au nomadisme et finalement à l’immigrationnisme. Le sans-frontiérisme n’est jamais que la négation de l’histoire et de la géographie. Les premières frontières, n’en déplaisent à ces décérébrés, sont géographiques et ne doivent rien aux hommes, encore moins à « l’Homme » qui n’est qu’un concept : océans, mers, montagnes, fleuves, déserts. Ces obstacles suffisent à séparer les hommes entre ceux qui sont d’un côté et ceux qui sont de l’autre, sans parler des insulaires qui, eux, sont complètement à part. Mais même à l’intérieur des terres, les frontières ne sont pas artificielles (sauf le cas particulier de l’Afrique où elles ont été tracées à la règle par les Occidentaux) : elles marquent les limites des territoires occupés par les différents peuples, lesquels sont caractérisés par des langues, des coutumes et des types ethniques ou raciaux différents. Ce n’est pas parce que ces limites ont bougé au fil de l’histoire qu’elles n’existent pas à l’instant « T » et qu’elles pourraient ne plus exister un jour. Il était dans la nature des choses que les hommes vivant à proximité sur un coin de la planète forment entre eux une société (rapports de devoirs et de droits) et se développent d’une manière propre (à tous les niveaux), d’où leurs différences avec les autres sociétés (d’où la diversité et la richesse de l’Humanité), d’où les frontières entre les divers territoires et pays occupés par les diverses sociétés. Les frontières sont un fait anthropologique incontournable ; les nier, c’est nier les hommes eux-mêmes, c’est l’exact contraire de l’humanisme… et le faire au nom de l’Homme ou de l’Humanité est le summum de l’indécence ou de la bêtise. Et c’est bien ce que font toutes ces théories qui, n’ayant rien compris à l’Égalité, croient la trouver dans une uniformité universelle qui n’existe pas, et emboîtent le pas au capitalisme dans son entreprise de la créer, pour des raisons à lui. Or produire une telle uniformité, à l’opposé de la réalité des choses, passe par la destruction de tout ce qui est et de tout ce qui résiste.

L’immigration, initiée par le grand patronat, participe de cette destruction. Elle avait d’abord pour but de procurer une main d’œuvre bon marché, de faire baisser le coût du travail et de briser les luttes sociales (chantage au chômage). Puis il ne s’est plus seulement agi de faire venir des travailleurs, mais des familles entières, à flux tendu et continu. Et les immigrés n’étaient plus des Européens, mais en grande majorité des « Arabes » et des Africains. En quelques années, des quartiers, des villes, des départements ont vu leur population changer, la population d’origine remplacée par ces importés, leur progéniture et leurs descendants. Cela ne pouvait aller sans susciter une réaction contre cette politique migratoire (en apparence insensée) et les immigrés eux-mêmes. C’est alors que, pour couvrir cette politique (voulue et organisée par les riches, puisque ce sont les riches qui ont toujours le pouvoir dans un système monétaire) voire l’intensifier, a été institué « l’antiracisme », c’est-à-dire l’interdiction pour les autochtones de refuser l’invasion de leur pays, le piétinement de leur peuple et l’anéantissement de leur race, sous peine d’être taxés de racistes. L’antiracisme institutionnel, c’est le monde à l’envers, c’est les traîtres et les envahisseurs faisant la morale et la loi aux autochtones lucides, aux patriotes ; c’est le renversement de tous les Principes, de toutes les valeurs, de tous les mots.

Massue de l’immigrationnisme, l’antiracisme est toujours allé de pair avec le sans-frontiérisme (tiers-mondisme, européisme, première marche du mondialisme) — dont les Mocica et autres sont visiblement des inconditionnels. S’agissant en outre d’imposer des étrangers, de race et de culture, l’antiracisme a inventé le droit à la différence (justifiant le renoncement à la politique d’assimilation, au moment où elle était plus que jamais nécessaire) et érigé la diversité (raciale et culturelle) en culte obligatoire. En effet, vu que les immigrés étaient différents et le resteraient (puisqu’ils n’étaient pas contraints de s’assimiler), qu’ils se fondraient d’ailleurs d’autant moins dans la masse que leur nombre était sans cesse grandissant, il a fallu interdire de voir la réalité toujours plus prégnante, et lui substituer des sophismes toujours plus audacieux. D’un côté, l’antiracisme a poussé pour que chacun fasse ce qu’il veut, cultive et s’enorgueillisse de ses différences, d’un autre, il a exigé de considérer que ce qui est différent est pareil, en l’occurrence que ce qui est d’ailleurs et d’ici, que ce qui n’a rien de français est français quand même. Dans le même temps, il empoisonnait l’opinion publique avec des slogans tels que « La France a toujours été une terre d’immigration », « Nous sommes tous des enfants d’immigrés », « ll n’y a pas plus d’immigrés qu’avant », « L’immigration est une chance pour la France », etc. Mais rien n’y fit. Les conséquences inévitables et évidentes de l’immigration massive et continue se firent de plus en plus visibles. Alors, l’antiracisme a magnifié ce qu’il était jusque-là « fasciste » de constater, à savoir que la présence de plus en plus importante d’étrangers, de races et de cultures différentes, était en train de défigurer et de dénaturer la France à l’insu des Français. Il a fallu soudain admettre et se réjouir que la France soit devenue multiraciale et multiculturelle par l’opération du Saint-Esprit (établir un rapport avec l’immigration étant d’un fou ou d’un fasciste). Toujours cette idée de fond que ce qui n’a rien de français est français quand même ! Dans le même temps, les chantres de l’immigrationnisme et de l’antiracisme firent l’apologie du métissage et du « vivre-ensemble » (vivre avec l'Autre dont il faut accepter la présence). Autrement dit, des gens qui considèrent comme un crime de penser et surtout de dire que les races existent, qui veulent même effacer le mot du vocabulaire, ont systématiquement avancé des notions qui en supposent elles aussi l’existence, que ce soit l’antiracisme, le multiculturalisme (euphémisme pour dire multiracialisme), le « vivre-ensemble » et le métissage, cette dernières notion, tendant à l’uniformité, étant absolument contraire aux autres célébrant la diversité (artificielle et imposée). Peu leur importe ! Ils ont le pouvoir ; ils peuvent tout faire et tout dire, même se contredire. Qui s’oppose à eux et à leur entreprise de destruction est voué aux gémonies. Et l’opposition s’intensifie à mesure que leur politique délirante, dont rien ne les détourne, produit dégâts et tragédies. Mais, maintenant, ils ne prennent plus de gants, ils ne s’embarrassent plus de subtilités. Quiconque constate l’effondrement physique et moral du pays et établit le lien avec l’immigration, quiconque voit que l’on nous mène soit au génocide soit à la guerre civile, en un mot, quiconque dénonce les traîtres à la nation, leur politique criminelle et les instruments de cette politique est accusé d’« incitation à la Haine »...  par ceux-là mêmes qui se sont autoproclamés les gardiens la liberté d’expression ! (Dernière campagne politico-médiatique en date : « # Tous Unis Contre la Haine ». Vu aujourd’hui, 31 mars 2016 : « [Après les attentats islamistes de Bruxelles] Anne Hidalgo s’est engagée à organiser, comme à Bruxelles, une « Zinneke Parade », c’est-à-dire un défilé célébrant la diversité, le métissage et la tolérance. » Le JDD) Au final, les Français, qui sont chez eux, doivent tout accepter de tout le monde, tout subir en silence sous peine d’être persécutés de la manière la plus perverse qui soit ; eux seuls peuvent tomber sous le coup des lois dites antiracistes, qui sont donc une arme offerte par les traîtres aux étrangers ; aucune loi ne les protège eux, en tant que peuple, dans leur propre pays. L’antiracisme n’a jamais eu pour but de lutter contre le racisme, mais de terroriser et de désarmer le peuple français (et les autres peuples occidentaux) face à l’immigration orchestrée par le capital.

Comprenons bien. Au début, l’immigrationnisme visait des profits immédiats. C’est toujours un de ses mobiles, et ce n’est pas un hasard si le MEDEF est toujours la proue du mouvement. Mais l’immigration est aujourd’hui incompréhensible sous ce seul rapport. Les pays occidentaux sont en crise : plus d’emploi, des millions de chômeurs, des milliards de dettes. Pourquoi donc continuer à faire entrer des centaines de milliers d’étrangers et, au final, des millions, qui, quoi qu’en dise la propagande, sont plus une charge qu’une aubaine ? L’intérêt n’est pas économique, mais politique, idéologique et plus encore. L’immigration participe au projet capitaliste de destruction des peuples et des pays, à l’abattement des frontières, afin de créer un marché mondial et un consommateur standard. L’immigration, en tant que concept, est le prétexte pour inculquer aux peuples un humanisme frelaté et les idées sans-frontiéristes afin qu’ils consentent eux-mêmes aux projets supranationaux visant à les détruire. L’immigration appliquée, elle, a de multiple fonctions (au-delà de ses fonctions économiques et sociales dont j’ai parlé plus haut) : habituer les autochtones à l’invasion à force de voir et de fréquenter des envahisseurs, pouvoir ainsi accentuer la propagande immigrationniste et intensifier l’immigration ; créer milles problèmes artificiels qui accaparent toute l’attention ; susciter un mécontentement légitime taxé de « raciste » qui, au nom de « l’antifascisme », permettra au gouvernement (à la solde des puissances financière) d’adopter des lois de plus en plus liberticides et d’étendre son pouvoir jusqu’à ce qu’il puisse agir indépendamment du peuple et contre lui ; au terme du processus, dissoudre voire anéantir le peuple lui-même. Mais pourquoi vouloir en arriver là, dans la mesure où il est évident qu’une immigration massive et continue ne peut avoir d’autre résultat ? Ce qui semble a priori dément a une explication tout à fait rationnelle.

Ce que les Mocica et autres n’ont pas l’air de comprendre, c’est que ce sont des Occidentaux, que leurs idées sont occidentales, que la volonté de s’en prendre à la monnaie leur est insufflée par l’évolution technologique de l’Occident, elle-même liée à tout une histoire, dont ils sont eux-mêmes le produit, alors que les étrangers sont, eux, les fruits d’autres pays, d'autres histoires et n’ont ni la même vision des choses qu’eux, ni les mêmes croyances, ni les mêmes intérêts, ni les mêmes préoccupations, même s’ils émigrent en Occident. En clair, c’est parce que la Révolution radicalement anticapitaliste, égalitaire et anti-monétaire, devient possible en Occident — quoique dans certains pays plus que dans d’autres, notamment en France — et sera, par la force des choses, la prochaine étape que ces idées émergent ; et c’est parce que le capitalisme se sait aux abois que, pour empêcher les Occidentaux de faire une révolution qui semble inéluctable, il inonde l’Occident d’immigrés qui, eux, rêvent de jouir et non de faire la révolution. Les immigrés ne sont pas le nouveau prolétariat révolutionnaire… Ils ont précisément pour fonction suprême de paralyser ou, mieux, d’éradiquer les Occidentaux et, avec eux, leur mentalité, leurs aspirations, leur potentiel révolutionnaire. Les immigrés sont, pour les Occidentaux, comme un boulet ou un poison mortel ; ce sont, malgré eux, des jaunes économiquement et des noirs (contre-révolutionnaires) politiquement. Vouloir faire la Révolution en reprenant à son compte le discours sans-frontiériste et immigrationniste capitaliste, fut-ce à la sauce universaliste et humaniste, est le comble de la l’incompétence en la matière ; c’est donner dans tous les pièges tendus par l’ennemi et, évidemment, Mocica et autres y plongent la tête la première. Se battre pour l’Humanité, contre toute réalité, est même leur priorité, bien avant la monnaie qu’ils ne terrasseront jamais.

 

CONCLUSION

Malgré des nuances, toutes ces théories semblent avoir été pondues par des enfants de 10 ans nourris au Front de Gauche (« L’humain d’abord ! »)… De bonnes intentions, mais aucun réalisme, des contradictions à la pelle et de la moraline, en guise de bon sens, pour emballer le tout. On sent tout de suite la patte du gauchiste prétentieux (pléonasme) pas peu fier de son caca ! Tel est bien le niveau et la nature de ces théories cucul la praline, informes et écœurantes de mièvrerie !

Le plus tragique, dans cette affaire, est que, pour une fois que le bon ennemi est identifié (du moins en partie, la monnaie n’étant qu’une conséquence parmi d’autres de Largent), il est dénoncé pour de mauvaises raisons et attaqué maladroitement, si bien que ces théories discréditent la cause qui devrait rallier tout le monde. En fait, elles n’ont d’autre mérite qu’une bonne intuition. Au fond, elles sont bien moins marginales et révolutionnaires que ne pensent leurs partisans. Elles ont beau remettre en cause la monnaie, elles n’en sont pas moins dans la droite ligne de l’idéologie capitaliste (individualiste, sans-frontiériste, néo-colonialiste, antinationales, immigrationnistes, sociétaliste, etc.) ; elles tiennent sur toute chose le discours bien pensant que surinent politiques et médias, et même leur façon de dénoncer la monnaie n’est pas faite pour déplaire au système. Et la preuve qu’elles sont dans le sens du vent et non à contre-courant, contrairement au Civisme, c’est que, outre le fait qu’elles se ressemblent toutes, ce qui est un signe en soi, elles drainent la plupart des gens qui ont la même intuition… Je veux dire que si les gens adhèrent aussi facilement à ces théories, c’est précisément qu’elles ne demandent guère d’efforts intellectuels, car elles leur présentent ce qu’ils pensent déjà — et ce que la plupart des gens pensent est précisément ce que le système leur inculque. Elles sont séduisantes pour beaucoup parce qu’elles n’ont rien de véritablement nouveau ou d’audacieux, mais procurent néanmoins le frisson révolutionnaire sans avoir à se départir des préjugés monétaires (les réflexes inculqués par Largent) et de l’idéologie capitaliste... et cette étude montre bien que, malgré les apparences et leurs prétentions, tous ces gens ont des positions qui font d’eux les auxiliaires du capitalisme… et des contre-révolutionnaires.

Toutes ces théories ont le même travers fondamental : elles sont individualistes et, de ce fait, universalistes ou mondialistes. (Comme je l’ai déjà dit, l’individualisme est inhérent à Largent qui lui-même vient du troc, de l’échange entre individus ; il est décuplé par la monnaie et atteint son paroxysme sous le capitalisme.) Ramenant tout à l’individu, que rien ne doit brimer, elles rejettent toute contrainte, autorité, toute loi, toute société, toute frontière ; elles nient les peuples, les nations, les pays, les races, ne jurent que par l’« humain » et « l’Humanité » — concepts sans consistance, faux philosophiquement, inutiles et dangereux politiquement —, et en viennent à dénoncer en priorité et à se battre en exclusivité — soit au nom de leur absolu, soit au nom d’étrangers qui eux-mêmes ne sont pas de simples « humains » mais ont une réalité en tant qu’immigrés — contre leurs compatriotes, c’est-à-dire contre des hommes de leur entourage (forcément !), qui ont le tort à leurs yeux de borner leur ambition à améliorer la situation de leur peuple et de leur pays. Sous prétexte d’une révolution universelle absurde et à jamais irréalisable, elles conspuent les patriotes qui travaillent à ce qu’il est nécessaire et possible de réaliser chez eux, pour eux. C’est ainsi que, comme tous les gauchistes, elles aident le capitalisme à se perpétuer — en ne faisant rien d’efficace contre lui, tout en poursuivant de leur haine ses ennemis. Elles l’aident aussi en captant, en phagocytant, avec des idées capitalistes présentées comme le summum de « gauche », et en détournant des idées véritablement révolutionnaires ceux qui songent à supprimer la monnaie. Elles l’aident enfin en discréditant tous les Principes de l’ordre social, qui sont à la fois les mots d’ordre et le but de la Révolution.

Le Principe fondamental de l’ordre social, et le but de la Révolution, c’est l’Égalité, l’égalité des Citoyens en devoirs envers la Cité et en droits dans la Cité. Mais, de par leur individualisme, ces théories rejettent la notion de devoir ; et, de par leur universalisme, elles rejettent les notions de peuple, de pays, de nation, de société (Cité). Or il n’y a pas de droits sans devoirs qui les génèrent et les garantissent, pas de devoirs sans réciprocité, donc hors de l’Égalité, et pas d’autre Égalité qu’en devoirs et en droits entre Citoyens, dans en Société déterminée. Par suite, soit elles ne parlent pas d’Égalité (ni d’aucun autre Principe d’ailleurs !),  soit, ce qui est pire, elles parlent vaguement d’une Égalité universelle, une égalité des humains, une égalité en rien entre tous les hommes (en rien, puisque pas de devoirs, donc pas de droits autres que déclaratifs), ce qui n’a aucun sens. Dans tous les cas, une certaine idée d’égalité est malgré tout sous-jacente dans leur discours du fait que, pour elles, les hommes sont avant tout et seulement des humains, qu’ils sont donc pareils, identiques, qu’ils sont donc égaux (en quoi ?). C’est donc par un glissement sémantique, à partir d’une affirmation absurde, qu’elles en arrivent à une notion creuse de l’Égalité qui repose sur une négation des différences et signifie plutôt « uniformité », uniformité spéculative vers laquelle il s’agit de tendre à toute force à tous les niveaux. Cette conception des choses est libertaire et égalitaire en apparence, mais égalitariste en fait, tyrannique et totalitaire en puissance ; elle a surtout l’inconvénient de galvauder et de discréditer l’Égalité dont elle se revendique quelque part. Mais c’est ce que font les gauchistes : ils dégradent tout ce qu’ils touchent.

Et bien sûr, l’idée qu’ils discréditent le plus, en l’associant aux tocards qu’ils sont, est celle d’abolir la monnaie. En se contentant de supprimer la monnaie sur le papier et en comptant, pour le reste, sur la gentillesse des hommes et les petits oiseaux, en ne produisant aucune analyse sérieuse sur les mode et moyen d’échange actuels et futurs, en ne tenant aucun compte, dans leur manière de traiter ces questions, du lieu et de la technologie qui leur permettent de se les poser et doivent évidemment entrer dans l’équation pour les résoudre, en donnant ainsi l’impression que remettre en cause la monnaie est naïf, farfelu et grotesque, à leur image, ils détournent de ce combat pourtant essentiel les gens ordinaires auxquels, quoi qu’ils en pensent, ils n’ont donné aucune piste à suivre. A la différence des pionniers qui ouvrent des voies pour la foule, ils ferment aux autres les chemins qu’ils empruntent, qu’ils saccagent et sur lesquels ils se perdent eux-mêmes. Je résumerais tous ces projets par ces mots qui sont comme leurs devises :

Égalité sans devoirs,
Révolution sans nation,
Pensée sans intelligence.

 

Vous voulez vraiment combattre le capitalisme, faire la Révolution,
renverser Largent au nom de l’Égalité et de la Patrie ?
Intéressez-vous au Civisme, rejoignez les Patriciens.

Philippe Landeux

ADDENDUM

Je venais d’achever cet article quand j’ai découvert une autre théorie (elles poussent comme des champignons) : « le Paradisme », qui allie à toutes les tares que je viens de signaler celle de conserver la monnaie et de proposer un revenu de base (en attendant soi-disant de pouvoir supprimer la monnaie). Je ne vais pas me livrer à une critique détaillée de toutes les inepties qu’elle contient, puisqu’elle ne contient à peu près que cela. Quand je dis que toutes ces théories affligeantes se ressemblent, qu’elles sont portées par le même esprit individualiste et mondialiste, un esprit qui puise sa source dans Largent… que, si elles ne sont pas lancées par des capitalistes diaboliques, elles sont au moins le fait d’idiots utiles du capitalisme et de Pieds nickelés… Admirez la « synthèse », comme dit l’autre !


MOUVEMENT POUR LE
PARADISME
Amour – Progrès – Partage – Guidance – Bonheur

« Bâtir ensemble un monde plus humain où chaque individu est souverain de sa propre personne.

« Remplacer les gouvernements du monde et des états par un collège de guidance mondial, continental et provincial. Etablir que le seul pouvoir donné aux élus est celui de manager les institutions qui leur ont été confiées en apportant leurs compétences pour servir, guider et assurer le partage équitable des ressources afin que nul ne manque de rien.

« Le paradisme c'est :

  • remplacer les principes de la gouvernance de l'État par ceux de la "guidance" des projets citoyens en retirant les pouvoirs attachés aux fonctions des élus actuels,
  • abolir la Politique politicienne en démissionnant tout d’abord l’ensemble des classes dirigeantes,
  • retirer le pouvoir économique à la haute finance et le redonner aux états,
  • confier les rôles de gérants et de gestionnaires de l'État à des candidats pouvant prouver leurs compétences, leur intelligence et un sens profond de l'humanitarisme ainsi que des grandes qualités de guidance et non de pouvoir,
  • reconnaître et enseigner la souveraineté individuelle des citoyens et son corollaire la responsabilisation autant individuelle que collective,
  • encourager la science à développer les technologies libérant au plus vite l'homme du travail nourricier,
  • pratiquer la redistribution des richesses par l'octroi à chacun d'un revenu minimum d'existence,
  • favoriser la pratique des Arts,
  • former la jeunesse à entreprendre et à réussir,
  • créer un climat de confiance dans l'avenir de l'humanité avec une diplomatie humanitariste,
  • proposer aux citoyens des projets de société et encourager le développement avec des moyens scientifiques, technologiques et financiers appropriés,
  • militer à l'international pour la liberté de circulation à travers le monde,
  • frapper une monnaie commune, prélude à la disparition de l'argent,
  • dissoudre l'armée nationale et institutionnaliser une armée internationale de gardiens de la paix,
  • apporter des réponses urgentes pour réguler la démographie galopante, cause de drame et de misère. » (http://www.mouvement-pour-le-paradisme.fr/)

Un lien, sur fond de drapeau français, renvoie à un ouvrage de référence téléchargeable en PDF qui commence par ces mots :

CONSTITUTION
POUR UNE NOUVELLE SOCIÉTÉ
d’abondance, de bien-être, sans travail, ni argent
où les robots remplacent les travailleurs

Un projet de société planétaire pour qu’un jour proche
on ne puisse plus dire partout dans le monde que    :
«    l’espèce humaine est la seule à payer
pour vivre sur la terre »

Le premier texte est une « lettre ouverte de Raël, fondateur du Paradisme, aux citoyens du monde ». Je crois que tout est dit.

18:57 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

mercredi, 30 mars 2016

MÉLENCHON ET ROBESPIERRE

Robespierre était un homme du XVIIIe siècle. Aussi révolutionnaire qu’ait été sa pensée, elle avait les limites de son temps. L’adopter aujourd’hui, sans rien y changer, serait avoir deux siècles de retard. Mais alors, la question se pose : que serait devenu le robespierrisme, quelles seraient les positions de Robespierre face aux problèmes actuels ? Au vrai, il est impossible de le savoir avec certitude. Et ce pour deux raisons : 1) Ses idées auraient sans doute évolué sur certains points (lesquels et dans quel sens ?) ; 2) Certains problèmes sont apparus depuis sur lesquels il ne s’est donc jamais exprimé. Ceci étant, Robespierre était un homme de principes et il n’aurait pas changé du tout au tout. Il était et serait encore le champion de l’Égalité (ou de moins d’inégalités), de la Liberté, de la nation, de la souveraineté du peuple et de la non-ingérence ; il était et serait encore le pourfendeur des tartuffes, des traîtres et des tyrans sous quelque masque qu’ils se couvrent.

Et parmi ces tartuffes figure assurément Mélenchon. La principale raison qui me fait dire cela est que Mélenchon est un immigrationniste sous prétexte d’universalisme, donc un idiot utile du capitalisme et de l’euro-mondialisme dont il prétend être l’adversaire. Quoi qu’il dise par ailleurs, ce seul point ruine tout. On n’est pas, comme l’était Robespierre, le champion du peuple et du progrès social quand on cautionne la destruction du peuple et de la société par l’immigration.

L’immigration

A Nadine Morano qui rappelle que la France est un pays de race blanche, Mélenchon répond que ceci est une « énormité », que la « La France est une nation universaliste ». Oui, la France n’est pas une nation racialiste ; elle est contractuelle. N’importe qui, quelles que soient ses origines, peut devenir français sous certaines conditions. Ceci n’enlève rien au fait que les Français sont en premier lieu des Européens, des blancs, que la présence de gens de couleur en France est très récente et due à l’immigration extra-européenne imposée d’abord par le patronat et justifiée et encouragée ensuite par l’antiracisme. Jamais Robespierre n’aurait nié des telles évidences. Jamais Robespierre n’aurait, comme Mélenchon, cautionné la fabrique à Français de papier (pour lui, Mélenchon, être français, c’est avoir une carte d’identité française, donc sans conditions).

Il est vrai que, dans son discours de mars 1791 contre le marc d’argent (exigé pour être électeur), Robespierre déclarait : « Tous les hommes nés et domiciliés en France sont membres de la société politique qu’on appelle la nation française, c’est-à-dire citoyens français ». Cette conception était commune à tous les révolutionnaires. Mais ces hommes du XVIIIe siècle raisonnaient d’après la France qu’ils avaient sous les yeux, dans laquelle la plupart des hommes naissaient, vivaient, travaillaient et mourraient quasiment à l’endroit qui les avait vus naître. L’immigration était infinitésimale et les immigrés ne recevaient aucune aide, ils pourvoyaient eux-mêmes à leurs besoins, soit par leur travail, soit par leur fortune personnelle. De manière générale, ils ne posaient pas de problèmes et ne constituaient pas un sujet de débat. Jamais Robespierre n’aurait imaginé l’immigration qui, sous sa forme actuelle, est une véritable invasion ; jamais il n’aurait considéré de la même manière un phénomène marginal et une déferlante continue. Pour cet adepte de Rousseau, l’immigration massive et imposée serait évidemment une violation, et par ses promoteurs et par ses acteurs, du Contrat social d’après lequel la société est une association libre et volontaire entre citoyens et implique entre eux un consentement mutuel. Les Français ne sont en rien associés aux immigrés quand l’immigration est organisée non seulement sans leur avis mais contre leur gré (d’où l’institutionnalisation de l’antiracisme pour les matraquer, les culpabiliser et les faire taire à défaut d’accepter). Et que dire de l’immigration clandestine dont le premier acte consiste à bafouer la souveraineté nationale, en pénétrant illégalement sur le territoire ? Robespierre, le légaliste, aurait sans doute fait montre de compréhension vis-à-vis des immigrés, il aurait sans doute conseillé de les éconduire avec humanité, mais il n’aurait eu aucune indulgence pour les immigrationnistes qui instrumentalisent les immigrés, tantôt pour le profit, tantôt pour se prévaloir de leur humanité.

« L’humanité consiste surtout à aimer la patrie et à faire le bien des hommes, et non à sacrifier l’intérêt de la société entière à celui d’un particulier. » (23 août 1790) Celui qui a théorisé la Terreur pour sauver la patrie en danger et écraser « le parti de l’Étranger » n’aurait sans doute pas était de ceux qui mettent aujourd’hui la patrie en danger au nom de l’Étranger. Il n’était pas de ceux qui se pâment devant les étrangers, pour qui être étranger, donc immigré, est en soit une qualité et une vertu révolutionnaire. On peut en juger d’après son discours du 12 décembre 1793, aux Jacobins, au terme duquel il obtint l’expulsion d’Anacharsis Clootz, autoproclamé Orateur du genre humain :

« Pouvons-nous regarder comme patriote un baron allemand ? Pouvons-nous regarder comme sans-culotte un homme qui a plus de cent mille livres de rente ? Pouvons-nous croire républicain l’homme qui ne vit qu’avec les banquiers, les contre-révolutionnaires ennemis de la France ? non, Citoyens, mettons-nous en garde contre les étrangers qui veulent paraître plus patriotes que les Français eux-mêmes. […] Et comment Cloots pouvait-il s’intéresser à l’unité de la République, aux intérêts de la France ; dédaignant le titre de citoyen français, il ne voulait que celui de citoyen du monde. […] Citoyens, regarderez-vous comme patriote un étranger qui veut être plus démocrate que les Français et qu’on voit tantôt au Marais, tantôt au-dessus de la Montagne ? car jamais Cloots ne fut à la Montagne ; il fut toujours au-dessous ou au-dessus. Jamais il ne fut le défenseur du peuple français mais celui du genre humain. »

Le slogan du parti de Mélenchon, le Front soi-disant de Gauche, n’est-il pas « L’Humain d’abord ! » ? Ce slogan aurait été pour Robespierre celui d’un traître au peuple français, au moins d’un tartuffe. Que les principes (sociaux) soient universels est une chose ; que l’universalisme serve à nier la patrie et à détruire la société elle-même (au profit de qui ? de quoi ?) en est une autre. Robespierre n’avait pas ce travers. C’est sur son rapport du 25 décembre 1793 sur les principes du gouvernement révolutionnaire que la Convention chassa de son sein tous les députés d’origine étrangère et qu’elle exclut, le lendemain, tous les étrangers des fonctions publiques. Robespierre ne reconnaissait pas aux étrangers de droits politiques. Mélenchon est favorable au droit de vote des étrangers…

Mélenchon ne peut pas « survivre quand il n’y a que des blonds ». Il déclare que « la France n’a pas d’avenir sans les Arabes ». Saint-Just, lui, écrivait à Robespierre : « Ne croyons pas les charlatans cosmopolites, et ne nous fions qu’à nous-mêmes » (14 décembre 1793).

Dieu et la religion

Faut-il également rappeler à Mélenchon, le « bouffeur de curés », que Robespierre fut toujours le défenseur des prêtres (surtout du bas clergé) au temps de la puissance de l’Église, quand lui tire sur l’ambulance ? que, pour stopper la déchristianisation et les persécutions religieuses, il fit confirmer la liberté de culte (6 décembre 1793) ? que Robespierre, loin d’être athée, avait proclamé qu’il croyait en Dieu, à la face des Girondins qui lui en faisaient le reproche (26 mars 1792), et fit décréter que « le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et l’immortalité de l’âme » (18 floréal an II - 7 mai 1794) ? qu’il fit, le soir même, rejeter l’idée, inspirée par Rousseau, que les athées soient bannis de la République ? qu’il s’opposa jusqu’à son dernier souffle à Cambon et à son idée fixe de supprimer les fonds affectés au culte catholique (8 thermidor) ? Robespierre n’était pas franc-maçon et ne serait pas devenu un laïcard !

Trois interventions sont remarquables sur ce sujet : sa réponse à Guadet, le 26 mars 1792, son discours du 18 floréal et un discours du 21 novembre 1793 dont voici quelques extraits :

« On a supposé qu’en accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention n’a point fait cette démarche téméraire. La Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes qu’elle a proclamée et de réprimer en même temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler l’ordre public ; elle ne permettra pas qu’on persécute les ministres paisibles du culte, et elle les punira avec sévérité toutes les fois qu’ils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la République. […] Il est des hommes […] qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de l’athéisme lui-même. Tout philosophe, tout individu, peut adopter là-dessus l’opinion qui lui plaira. Quiconque voudrait lui en faire un crime est un insensé ; mais l’homme public, mais le législateur, serait cent fois plus insensé, qui adopterait un pareil système. La Convention nationale l’abhorre. La Convention n’est point un faiseur de livres, un auteur de systèmes métaphysiques ; c’est un corps politique et populaire, chargé de faire respecter, non seulement les droits, mais le caractère du peuple français. Ce n’est point en vain qu’elle a proclamé la Déclaration des droits de l’homme en présence de l’Être suprême. On dira peut-être que je suis un esprit étroit, un homme à préjugés ; que sais-je, un fanatique. J’ai déjà dit que je ne parlais ni comme un individu, ni comme un philosophe systématique, mais comme un représentant du peuple. L’athéisme est aristocratique ; l’idée d’un grand être qui veille sur l’innocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux m’applaudissent ; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. J’ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique ; je n’ai jamais été ni un ami froid, ni un défenseur infidèle de l’humanité. Je n’en suis que plus attaché aux idées morales et politiques que je viens de vous exposer. Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer. » (21 novembre 1793)

De même que certains qui se réclament du Christ le crucifieraient de nouveau s’il se présentait, Mélenchon se réclame de Robespierre, alors qu’il abreuverait d’insultes quiconque tiendrait, comme lui, le discours suivant :

« Invoquer le nom de la providence et émettre une idée de l’être éternel qui influe essentiellement sur les destins des nations, qui me paraît à moi veiller d’une manière toute particulière sur la révolution française, n’est point une idée trop hasardée, mais un sentiment de mon cœur, un sentiment qui m’est nécessaire. » (26 mars 1792)

Mais Mélenchon qui ne cesse de dénoncer les religieux, en particulier catholiques, ne voit aucun problème avec le voile islamique… Qu’une tradition étrangère et rétrograde, introduite en France par des immigrés dont la présence est imposée de force au peuple français qui, de surcroît, réprouve notoirement cette coutume, cela ne lui pose aucun problème ! Il ne voit pas en quoi cette coutume est une provocation et un trouble à l’ordre public ! Il ne voit pas en quoi ce prosélytisme politico-religieux est contraire aux valeurs de la République ! Il ne voit pas en quoi cette licence, qui procède du communautarisme ou l’engendre par la force des choses, est contraire à la tradition française (et universelle en réalité) d’assimilation ! Il ne le voit pas, parce que « sous le voile, l’immigré ». L’immigré sacré ! Mélenchon réserve ses foudres pour les Français qui ne consentent pas, comme Robespierre en son temps, à l’invasion et à la destruction de leur pays. Quoi que face les immigrés, Mélenchon et ses pareils, qui cautionnent leur venue et leur présence, en tirent le prétexte pour accabler les patriotes et exposer encore plus le pays à l’invasion et au chaos. Mais Robespierre lui répond : « S’il fallait choisir entre un excès de ferveur patriotique et le néant de l’incivisme, ou le marasme du modérantisme, il n’y aurait pas à balancer. Un corps vigoureux, tourmenté par une surabondance de sève, laisse plus de ressource qu’un cadavre. » (25 décembre 1793)  

Des citoyens armés

La raison d’être de la société est d’assurer au mieux la sécurité de ses membres contre tous périls extérieurs ou intérieurs. Elle doit donc mettre en œuvre des moyens à cette fin, mais quand ces moyens sont insuffisants ou défaillants, quand un citoyen qui devait être protégé est exposé à un danger, il a le droit de se défendre par tous les moyens à sa disposition. S’il échoue, la société doit le venger ; s’il réussit, elle doit le féliciter. C’est ce que proclamait Robespierre lui-même dans sa Déclaration des droits :

« Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il rentre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ses droits. » (21 avril 1793).

Robespierre allait même encore plus loin :

« Être armé pour sa défense personnelle est le droit de tout homme ; être armé pour défendre la liberté et l’existence de la commune patrie est le droit de tout citoyen. Ce droit est aussi sacré que celui de la défense naturelle et individuelle dont il est la conséquence, puisque l’intérêt et l’existence de la société sont composés des intérêts et des existences individuelles de ses membres. Dépouiller une portion quelconque des Citoyens du droit de s’armer pour la patrie et investir exclusivement l’autre, c’est donc violer à la fois et cette sainte égalité qui fait la base du pacte social, et les lois les plus irréfragables et les plus sacrées de la nature. » (décembre 1790)

Ainsi, Robespierre était favorable sinon au port du moins à la détention d’armes ; il aurait voulu en outre que tous les citoyens s’investissent dans la garde nationale qui n’est autre chose « que la nation armée pour défendre, au besoin, ses droits, sa liberté et sa sûreté. » (Ibid) « L’homme armé est le maître de celui qui ne l’est pas ; un grand corps armé, toujours subsistant au milieu d’un peuple qui ne l’est pas est nécessairement l’arbitre de sa destinée ; celui qui commande à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré, pourra bientôt tout asservir. » (Ibid)

Les bourgeois ont bien compris qu’une garde nationale est pour eux un contre-pouvoir, qu’ils doivent soient en réserver l’accès à des bourgeois, soit en disposer (via son organisation), soit dissoudre une pareille institution. Le droit d’être armé et la formation d’une garde véritablement nationale et indépendante sont des idées toutes populaires. Robespierre les a défendues. Les gauchistes d’aujourd’hui sont contre. Même se défendre avec succès à main nue est devenu un crime à leurs yeux. Malgré l’insécurité qui pèse de plus en plus sur les personnes et le pays, du fait de l’immigration, Mélenchon taxerait à coup sûr de fasciste quiconque inviterait les Français à s’armer et proposerait de créer une garde nationale.

Les Lumières

Mélenchon se revendique aussi des Lumières, c’est-à-dire des Encyclopédistes et de Voltaire, champions de l’ordre bourgeois et de l’argent roi, alors que Robespierre, qui était rousseauiste, c’est-à-dire tout le contraire, les a fustigées dans son discours du 18 floréal (7 mai 1794) :

« Dès longtemps les observateurs éclairés pouvaient apercevoir quelques symptômes de la Révolution actuelle. Tous les événements importants y tendaient ; les causes mêmes des particuliers susceptibles de quelque éclat s’attachaient à une intrigue politique. Les hommes de lettres renommés, en vertu de leur influence sur l’opinion, commençaient à en obtenir quelqu’une dans les affaires. Les plus ambitieux avaient formé dès lors une espèce de coalition qui augmentait leur importance ; ils semblaient s’être partagés en deux sectes, dont l’une défendait bêtement le clergé et le despotisme. La plus puissante et la plus illustre était celle qui fut connue sous le nom d’encyclopédistes. Elle renfermait quelques hommes estimables et un plus grand nombre de charlatans ambitieux. Plusieurs de ces chefs étaient devenus des personnages considérables dans l’État. Quiconque ignorerait son influence et sa politique, n’aurait pas une idée complète de la préface de notre Révolution. Cette secte, en matière politique, resta toujours au-dessous des droits du peuple : en matière de morale, elle alla beaucoup au-delà de la destruction des préjugés religieux. Ses coryphées déclamaient quelquefois contre le despotisme, et ils étaient pensionnés par les despotes ; ils faisaient tantôt des livres contre la Cour, et tantôt des dédicaces aux rois, des discours pour les courtisans, et des madrigaux pour les courtisanes ; ils étaient fiers dans leurs écrits, et rampants dans les anti-chambres. Cette secte propagea avec beaucoup de zèle l’opinion du matérialisme qui prévalut parmi les grands et parmi les beaux esprits. On lui doit en grande partie cette espèce de philosophie pratique qui, réduisant l’égoïsme en système, regarde la société humaine comme une guerre de ruse, le succès comme la règle du juste et de l’injuste, la probité comme une affaire de goût ou de bienséance, le monde comme le patrimoine des fripons adroits. J’ai dit que ses coryphées étaient ambitieux ; les agitations qui annonçaient un grand changement dans l’ordre politique des choses, avaient pu étendre leurs vues. On a remarqué que plusieurs d’entre eux avaient des liaisons intimes avec la maison d’Orléans, et la constitution anglaise était, suivant eux, le chef-d’œuvre de la politique et le maximum du bonheur social.

» Parmi ceux qui, au temps dont je parle, se signalèrent dans la carrière des lettres et de la philosophie, un homme [Rousseau. Ndla], par l’élévation de son âme et par la grandeur de son caractère, se montra digne du ministère de précepteur du genre humain. Il attaqua la tyrannie avec franchise ; il parla avec enthousiasme de la divinité ; son éloquence mâle et probe peignit en traits de flamme les charmes de la vertu ; elle défendit ses dogmes consolateurs que la raison donne pour appui au cœur humain. La pureté de sa doctrine, puisée dans la nature et dans la haine profonde du vice, autant que son mépris invincible pour les sophistes intrigants qui usurpaient le nom de philosophes, lui attira la haine et la persécution de ses rivaux et de ses faux amis. Ah ! s’il avait été témoin de cette révolution dont il fut le précurseur, et qui l’a porté au Panthéon, qui peut douter que son âme généreuse eût embrassé avec transport la cause de la justice et de l’égalité ! Mais qu’ont fait pour elle ses lâches adversaires ? Ils ont combattu la Révolution, dès le moment qu’ils ont craint qu’elle n’élevât le peuple au-dessus de toutes les vanités particulières ; les uns ont employé leur esprit à frelater les principes républicains et à corrompre l’opinion publique ; ils se sont prostitués aux factions, et surtout au parti d’Orléans ; les autres se sont renfermés dans une lâche neutralité. Les hommes de lettre en général se sont déshonorés dans cette Révolution ; et à la honte éternelle de l’esprit, la raison du peuple en a fait seule tous les frais. »

Le capitalo-libéralisme

Les Lumières, c’était aussi les physiocrates, c’est-à-dire les partisans de ce que nous appelons aujourd’hui l’ultra-libéralisme, que Mélenchon sert en dernière analyse, et qui, sous la Révolution, furent incarnés par la plupart des constituants (ligne Le Chapelier) et, ensuite, par les Girondins que Robespierre n’eut de cesse de combattre. A cette époque, le blé et les subsistances étaient un enjeu majeur. C’est à leur sujet que les physiocrates prônaient la libre circulation, c’est-à-dire la liberté de spéculer, donc d’affamer le peuple. Leur slogan fallacieux : « Laissez-faire, laissez-passer ». Le peuple était donc affamé, mais la ligne de toutes les Assemblées, hormis la période 1793-1794, marquée par Robespierre, peut être résumée par ce mot de Rolland, ministre de l’Intérieur : « La seule chose peut-être que l’Assemblée puisse se permettre sur les subsistances, c’est de proclamer qu’elle ne doit rien faire » (19 novembre 1792). Au siècle suivant, Guizot disait plus clairement : « Enrichissez-vous ! » La libre circulation des subsistances, des marchandises, des capitaux, puis des travailleurs, puis des hommes a toujours été prônée par les capitalistes dans l’intérêt du capital. Les immigrationnistes qui ne voient que l’aspect humain (tout en déshumanisant les hommes qui n’ont a leur yeux aucune caractéristique propre, qui sont interchangeables à l’instar d’objets) sont soit des escrocs soit des idiots ! J’ai montré que Robespierre ne serait sans doute pas tombé dans le piège de l’immigrationnisme, lui qui ne s’était déjà pas laissé séduire par les sirènes de l’ultra-libéralisme. Dans un premier temps, il dénonça l’hypocrisie de la doctrine de la libre circulation qui, au nom de la Propriété, était précisément le prétexte pour retenir et accaparer les grains afin de faire montrer les prix. Il distinguait les subsistances, essentielles à la survie et sur lesquelles la société doit avoir un droit de regard, des marchandises en général qui peuvent être abandonnées au marché. Il proposait deux mesures : « prendre les précautions nécessaires pour constater la quantité de grain qu’a produite chaque contrée, et celle que chaque propriétaire ou cultivateur a récoltée. […] forcer les marchands de grains à les vendre au marché, et à défendre tout transport des achats durant la nuit. » (2 décembre 1792) Il ne s’est plus exprimé par la suite sur le sujet, mais quand, par la force des choses, des mesures furent prises contre l’accaparement et, peu après, pour la taxation (maximum des prix), il ne s’y opposa pas ; il était favorable aux premières et, à titre provisoire seulement, aux secondes. Quoi qu’il en soit, Robespierre n’était donc pas un émule des Lumières, et il est probable que Mélenchon applaudit Robespierre en la matière… Mais alors comment Mélenchon peut-il se revendiquer des Lumières ?

Le communisme

Robespierre n’avait pas de système économique à proposer, et les communistes croient qu’il aurait fini par combler ce vide en se ralliant au leur. Mais il n’était pas, ne pouvait pas être et ne serait sans doute pas devenu communiste, au sens de collectiviste. Je ne sais ce qu’il en est exactement de Mélenchon dans ce domaine, mais si besoin est, voici ce que Robespierre écrivait dans son journal Le Défenseur de la Constitution en juin 1792 :

« Qu’il [le peuple] juge entre nous et nos ennemis, qu’il juge entre l’humanité et ses oppresseurs. Tantôt ils feignent de croire que nous n’agitons que des questions abstraites, que de vains systèmes politiques ; comme si les premiers principes de la morale, et les plus chers intérêts des peuples n’étaient que des chimères absurdes et de frivoles sujets de dispute ; tantôt ils veulent persuader que la liberté est le bouleversement de la société entière ; ne les a-t-on pas vus, dès le commencement de cette révolution, chercher à effrayer tous les riches, par l’idée d’une loi agraire, absurde épouvantail, présenté à des hommes stupides par des hommes pervers ? Plus l’expérience a démenti cette extravagante imposture, plus ils se sont obstinés à la reproduire, comme si les défenseurs de la liberté étaient des insensés capables de concevoir un projet également dangereux, injuste et impraticable ; comme s’ils ignoraient que l’égalité des biens est essentiellement impossible dans la société civile ; qu’elle suppose nécessairement la communauté qui est encore plus visiblement chimérique parmi nous, comme s’il était un seul homme doué de quelque industrie dont l’intérêt personnel ne fût pas contrarié par ce projet extravagant. Nous voulons l’égalité des droits parce que sans elle, il n’est ni liberté, ni bonheur social. » (7 juin 1792)

On ne peut affirmer que ce qui suit exprimait la pensée de Robespierre, c’est néanmoins probable. Pour lui, l’Égalité n’excluait pas la Liberté, même celle d’entreprendre ; elle n’excluait que la possibilité d’abuser, d’exploiter et d’affamer en son nom. Il n’était sans doute pas plus favorable que ses collègues du Comité de salut public aux régies, c’est-à-dire à ce que nous appellerions les entreprises nationalisées. Voici deux arrêtés aussi explicites que pertinents :

Le Comité (Carnot et C.-A. Prieur) écrit aux représentants à l’armée de l’Ouest qui ont remplacé le directeur de la fonderie d’Indret par un citoyen dont le civisme leur est connu. Il approuve cette mesure. « Nous vous observons cependant qu’on ne peut considérer ce mode que comme provisoire. Les régies en général ne conviennent point aux intérêts de la République : 1° parce que les régisseurs n’y apportent pas la même économie que des propriétaires ; 2° parce que l’expérience prouve que les perfectionnements dans les procédés s’y introduisent beaucoup plus tard, ou même ne s’y introduisent pas ; 3° parce que de pareils établissements sont entre les mains d’un ambitieux un moyen de puissance, qui peut être très dangereux pour la liberté de la nation. » (9 novembre 1793)

Le Comité (C.-A. Prieur), « considérant combien les régies nationales sont onéreuses aux intérêts de la République par le défaut d’économie, et combien elles sont défavorables au service, parce qu’elles ne livrent jamais à époques fixes ; considérant que les administrateurs des régies nationales s’occupent plus de leurs propres commodités et de l’embellissement des établissements que de l’activité des travaux et de la réalité des produits ; considérant que, dans les régies, les procédés nouveaux ne s’introduisent jamais, et que la perfection du travail ne fait aucun progrès ; considérant enfin que les régies nationales mettent à la disposition d’agents la nomination aux places, ce qui leur donne une puissance dangereuse dans un Etat démocratique », arrête de rendre à l’entreprise (c’est-à-dire aux soins de particuliers) les régies (fonderies) d’Albi et de Saint-Juéry. (14 avril 1794)

Largent, la limite de Robespierre, de la Révolution et de la Gauche

Je livre ici une analyse personnelle. Robespierre sentait d’instinct que le collectivisme tuerait la Liberté au nom de l’Égalité et déboucherait sur une tyrannie. Ses principes, qui sont ni plus ni moins que ceux de l’ordre social, condamnent donc le communisme. Mais, bien qu’il l’ait pressenti, il ignorait que Largent était la limite à ses idées qu’il réduisait au final à des vœux pieux. Pour aller plus loin, pour prôner autre chose que « moins d’inégalités », il aurait du remettre en cause Largent et donc proposer un système non-monétaire, fondé sur l’Égalité (en devoirs et en droits, dont le droit des citoyens d’accéder librement au marché du fait d’être citoyens) et le patriotisme. Mais les possibilités techniques (industrie, informatique) de mettre en œuvre un pareil système n’existaient pas au XVIIIe siècle et n’existent même que depuis peu. Robespierre était donc coincé et voué à l’échec. Largent devait gagner et c’est bien lui qui gagna. Son grand mérite fut cependant de n’avoir pas cédé à la démagogie et aux illusions, d’avoir porté les principes aussi haut que possible, de les avoir dénaturé le moins possible… permettant ainsi à d’autres d’en faire leur profit et de poursuivre son œuvre.

Dans son grand rapport, fait au nom du Comité de salut public, sur les principes de morale politique (17 pluviose - 5 février 1794), Robespierre a exposé ses conceptions et l’idéal de la Révolution française.

« Quel est le but où nous tendons ? La jouissance paisible de la liberté et de l’égalité ; le règne de cette justice éternelle, dont les lois ont été gravées, non sur le marbre ou sur la pierre, mais dans les cœurs de tous les hommes, même dans celui de l’esclave qui les oublie, et du tyran qui les nie.

» Nous voulons substituer, dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire, toutes les vertus et tous les miracles de la République, à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie.

» Nous voulons, en un mot, remplir les vœux de la nature, accomplir les destins de l’humanité, tenir les promesses de la philosophie, absoudre la providence du long règne du crime et de la tyrannie. Que la France, jadis illustre parmi les pays esclaves, éclipsant la gloire de tous les peuples libres qui ont existé, devienne le modèle des nations, l’effroi des oppresseurs, la consolation des opprimés, l’ornement de l’univers, et qu’en scellant notre ouvrage de notre sang, nous puissions voir briller au moins l’aurore de la félicité universelle… Voilà notre ambition, voilà notre but. » (5 février 1794)

Au-delà de la beauté de ce discours et de ses nobles intentions, on voit qu’il n’y a rien de concret, que Robespierre n’a pas de programme économique. Je veux dire que Robespierre ne proposait pas un système en adéquation avec ses principes. Il aspirait à l’Égalité et à la démocratie dans un système monétaire par nature inégalitaire et ploutocratique, pour le moins oligarchique, ce dont il avait conscience quelque part. (« Quand leur intérêt [l’intérêt des riches et du gouvernement] sera-t-il confondu avec celui du peuple ? Jamais. » Note de juin-juillet 1793) Ne remettant pas en cause le système monétaire, il était donc contraint de dénaturer ses propres principes pour les adapter à lui. Il était vaincu d’avance. (Peut-être le sentait-il et était-ce là la cause profonde de son pessimisme.) Ceux qui ne voient pas que Robespierre transigeait sans le savoir et en vain avec Largent, transigent comme lui, capitulent eux aussi devant Largent ; ils n’ont décemment aucun reproche à faire à Robespierre ni aucune leçon à donner ; ils ne peuvent pas faire mieux que lui, et beaucoup ont fait pire. Car si Robespierre ne savait pas comment renverser Largent et lui fit des concessions, au moins ne concéda-t-il rien sur les principes et ne céda-t-il pas à la tentation de proposer des systèmes contre-nature, contre la nature du système monétaire et la nature humaine, des systèmes égalitaristes, liberticides, catastrophiques et in fine tyranniques. Être lucide sur son impuissance (face à Largent) fut moins une faiblesse que sa grandeur.

COMPLÉMENT

Largent, toutefois, n’empêche pas un certain nombre de progrès sociaux, jusqu’à un certain point. Mais une fois ce point atteint, tout nouveau progrès se heurte aux lois de Largent et impose, pour avancer, de le renverser. Quiconque ne va pas jusque-là n’a dès lors que trois options : 1) se rallier purement et simplement à Largent, c’est-à-dire se convertir au capitalo-libéralisme, 2) faire comme si de rien n’était et prôner, face à la régression, le même genre de mesures sociales limitées et vaines que par le passé, 3) déserter le champ social et se faire néanmoins passer pour un progressiste en détruisant tout par ailleurs au nom d’un soi-disant progrès (déclaré, non-démontré et surtout contredit) et en ne servant en dernière analyse que les intérêts du capitalisme. Les socialistes et la « gauche » en général, qui ne méritent plus désormais le nom de gauche, au mieux celui de « gaucherie », ont choisi cette dernière option.

Comme on l’a vu plus haut, ils ont abandonné les travailleurs autochtones au profit des immigrés. De là leur renoncement à la France au nom de la République (et de « l’Europe »), leur baratin sur l’immigration « chance pour la France », sur le droit à la différence, sur l’antiracisme, sur la société multiculturelle, sur le métissage, etc. ; de là, aussi, leur baratin sur la parité, le mariage homosexuel, la théorie du genre (la négation des sexes sous prétexte d’Égalité), autant de thèmes que Robespierre n’a évidemment jamais traités et que Mélenchon qui se prétend robespierriste fait siens. Mais ses principes laissent assez voir qu’il les aurait tenus pour des aberrations, pour le moins.

La théorie du genre

Robespierre ne négligeait pas l’influence de la société sur les individus, mais il était clair, pour lui, que le genre humain est partagé entre les hommes et les femmes, que les hommes ne sont pas des femmes, ni les femmes des hommes, que la nature a créé cette distinction que la société ne saurait nier. Il n’aurait pas été de ceux qui prétendent que le caractère des hommes et celui des femmes n’est que le fruit d’un conditionnement social et qu’un même traitement en ferait des êtres pour ainsi dire neutres. Loin d’ailleurs de favoriser un traitement uniforme et aberrant, il était partisan d’un traitement distinct.

« Quelle est la forme d’habillement complet des enfants de l’un et l’autre sexe, le plus commode et le plus économique ? Il sera présenté deux modèles, l’un pour l’habillement des garçons, l’autre pour celui des filles. » (Plan d’éducation de Michel Le Peletier, lu par Robespierre le 13 juillet 1793)

Sur la Parité dans les élections

Impossible de savoir ce que Robespierre aurait pensé du droit de vote pour les femmes, mais il aurait assurément considéré comme contraire à tous les principes l’exigence de la parité homme-femme dans les élections, non qu’il soit injuste que des femmes puissent se présenter, mais parce qu’il est notoire qu’il y a beaucoup moins de femmes que d’hommes en politique et que, par conséquent, réserver autant de places pour les unes que pour les autres est une distinction fondée sur le sexe en faveur des femmes et une injustice vis-à-vis des hommes de talents écartés de la course sans raison valable. Sans parler des difficultés artificielles créées aux partis comptant peu de femmes dans leurs rangs. Pour Robespierre, les citoyens prétendant à des fonctions publiques ne pouvaient être distingués que par leurs talents et leurs vertus.

« Tous les citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques, sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talents, sans aucun autre titre que la confiance du peuple. » (Art. 21 de sa Déclaration, lue au Jacobins le 21 avril 1793 et adoptée par eux à l’unanimité.)

Sur le mariage homosexuel

Pour Robespierre, la loi ne devait imposer (ou autoriser) que ce qui est utile à la société (citations ci-dessous). Outre que l’idée de mariages entre personnes de même sexe ne lui serait jamais venue à l’esprit, lui qui avait pourtant soutenu le droit des prêtres de se marier (31 mai et 22 juin 1790), il est vraisemblable qu’il l’aurait même trouvée contre-nature, non que l’homosexualité n’existe pas, mais elle n’est pas dans l’ordre naturel des choses, puisqu’elle est naturellement stérile. Le mariage, pour Robespierre, ne se concevait qu’entre un homme et une femme comme une institution sociale servant non seulement à consacrer l’union entre eux mais aussi à assurer un cadre aux enfants éventuels qui sont l’avenir de la société. Or les mariages homosexuels ne produisent pas d’enfants, ils n’ont aucune utilité pour la société. Pire ! en plaçant les couples homosexuels sur un pied d’égalité avec les couples hétérosexuels, la société pour qui la loi doit être la même pour tous, reconnaît aux premiers, à l’instar des seconds, le droit d’adopter des enfants, alors que, dans leur cas, c’est la nature elle-même qui leur a refusé la possibilité d’en avoir. S’ils n’en ont pas, ce n’est point ici un accident, mais la norme. Autrement dit, la société devrait violer les principes de la nature elle-même pour satisfaire, sans aucun intérêt pour elle, aux caprices de quelques individus. (« L’humanité consiste surtout à aimer la patrie et à faire le bien des hommes, et non à sacrifier l’intérêt de la société entière à celui d’un particulier. » 23 août 1790) Jamais Robespierre n’aurait soutenu une pareille hérésie ; nul doute qu’il l’aurait au contraire combattu de toutes ses forces. Mais Mélenchon est pour !

« Toutes les fonctions publiques sont d’institution sociale : elles ont pour but l’ordre et le bonheur de la Société ; il s’ensuit qu’il ne peut exister dans la société aucune fonction qui ne soit utile. » (31 mai 1790)

« L’utilité générale, dites-vous ! Mais est-il rien d’utile que ce qui est juste et honnête ? Et cette maxime éternelle ne s’applique-t-elle pas surtout à l’organisation sociale ? Et si le but de la société est le bonheur de tous, la conservation des droits de l’homme, que faut-il penser de ceux qui veulent l’établir sur la puissance de quelques individus, et sur l’avilissement et la nullité du reste du genre humain ? Quels sont donc ces sublimes politiques qui applaudissent eux-mêmes à leur propre génie, lorsque, à force de laborieuses subtilités, ils sont enfin parvenus à substituer leurs vaines fantaisies aux principes immuables que l’éternel législateur a lui-même gravés dans le cœur de tous les hommes ? » (discours contre le marc d’argent, mars 1791)

« La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société ; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile. » (Déclaration, art. 17, 21 avril 1793)

« En fait de politique, rien n’est utile que ce qui est juste et honnête » (16 mai 1791)

« Dans le système de la Révolution française, ce qui est immoral est impolitique ; ce qui est corrupteur est contre-révolutionnaire. » (5 février 1794)

CONCLUSION

En adoptant ces positions, qui toutes, en dernière analyse, visent à détruire les derniers îlots de résistance naturelle au capitalisme et à accélérer la marchandisation du monde, Mélenchon qui sur certains sujets se tient bien, se fait le complice du capitalisme. Il n’est pas de ceux qui veulent ouvertement détruire la nation au nom de Largent (libre concurrence), mais de ceux qui la détruisent en premier lieu au nom de l’humanité (droits de l’homme).

« Les ennemis intérieurs du peuple français se sont divisés en deux factions, comme en deux corps d’armée. Elles marchent sous des bannières de différentes couleurs et par des routes diverses : mais elles marchent au même but. » (5 février 1794 – 17 pluviôse an II)

Mélenchon n’a finalement d’ennemi que le Front National (actuel), c’est-à-dire les patriotes français qui n’acceptent pas l’invasion et la destruction de leur pays, c’est-à-dire ceux qui, aussi bien sur le plan social que sur le plan politique, sont les plus proches des idées de Robespierre.

10:24 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

vendredi, 04 mars 2016

REVOLUTION FRANCAISE (liens)

VIDEOS

VENDEE - DEBAT Reynald Secher vs Philippe Landeux (déc 2012)

ROBESPIERRE PARLE AUX FRANCAIS (Cercle des Volontaires - 30 mai 2013)

LA REVOLUTION FRANCAISE (salon du livre - 23 mars 2014)

ROBESPIERRE ET LA REVOLUTION (Méta TV - 20 mai 2014)

L'IMPOSTURE DU GENOCIDE VENDEEN (26 oct. 2014)

LA GUERRE DE L'OUEST (Méta TV - 22 janv. 2015)

ARTICLES

ROBESPIERRE histoire

LE TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE DE PARIS (listes, chiffres, graphiques)

L'IMPOSTURE DU GENOCIDE VENDEEN

GÉNÉRAL TURREAU vs COMITÉ DE SALUT PUBLIC

L'IMPOSTURE DES LUMIERES

LIVRES

Robespierre, l'Âme de la Révolution

Robespierre parle aux Français

La Guerre de l'Ouest dite de Vendée

11:09 Écrit par Philippe Landeux dans - REVOLUTION 1789-1794 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

samedi, 27 février 2016

GÉNÉRAL TURREAU vs COMITÉ DE SALUT PUBLIC

Tous les documents qui suivent, absolument authentiques, sont tirés de « guerres des Vendéens et des Chouans » de Jean-Julien Savary (qui contient toutes les lettres des généraux impliqués dans cette guerre, sorte d’équivalent du travail d’Alphonse Aulard sur les actes du Comité de salut public), disponibles sur Internet (lien plus bas). Ils sont, à mon sens, la réponse définitive à l’affirmation récurrente selon laquelle le général en chef Turreau n’aurait fait qu’exécuter un plan conçu ou approuvé par le Comité de salut public, lequel aurait même projeté d’exterminer toute la population de la région (aux pourtours fluctuants), baptisée « vendée militaire » (à cheval entre les départements de la Vendée, de la Loire-Inférieure, du Maine-et-Loire et des Deux-Sèvres).

Je livre ces documents à votre jugement, me permettant toutefois quelques commentaires par-ci par-là. J’apprécierais que ceux qui auront pris la peine de les lire me fassent part, dans les commentaires, de leurs propres conclusions.


13 janvier 1794. — Lettre du Comité de salut public (sans précision) au général en chef Turreau :

« Nous avons reçu ta dépêche du 11, datée d'Angers par laquelle tu nous proposes tes observations sur le retour que nous avions ordonné [le 4 janvier] de plusieurs bataillons de la Charente. — Le comité ne s'est déterminé à cette mesure, que par des considérations de la plus haute importance, et tu n'aurais pas dû te permettre de suspendre, au mépris de la loi, l'exécution de cet arrêté car ce sont les infractions de ce genre qui ont occasionné la plupart des revers qui ont affligé la république. Ton armée est considérable, TU N’AS PLUS QU’UN TRÈS PETIT NOYAU À COMBATTRE, et tu parais vouloir cantonner une partie de tes troupes. Il semblerait, d'après cela que les bataillons de la Charente, qui, au rapport des députés de ce département, sont dans le dénuement le plus absolu, sans armes, presque désorganisés, et qui font partie de la réquisition prescrite par la loi du 12 août, ne te sont pas absolument nécessaires et qu'il serait indispensable, pour en tirer parti, de les laisser aller chez eux quelque temps se vêtir et s'organiser. Cependant, sur tes observations, nous nous décidons à suspendre l'exécution de notre arrêté. Hâte-toi du moins d'exterminer le dernier des brigands. » (In extenso) (Savary, tome III, p. 37)

Commentaire.

1) Cette lettre était la première lettre du Comité à Turreau en tant que général en chef de l’armée de l’Ouest. — Turreau, envoyé de la Vendée à l’armée des Pyrénées-Occidentales pour y prendre le commandement en chef, avait été chassé de cette armée par les représentants en mission sur place. Le 4 novembre, à sa demande, le Ministre de la guerre l’avait retiré de cette armée, et, le 22, l’avait nommé commandant en chef de l’armée de l’Ouest, ce que le Comité de salut public n’avait fait que confirmer le 27.

2) Début janvier, le général Kléber, alors à Nantes et qui commandait la division du Nord, estimait les rebelles à environ 6.200 hommes, la plupart sur la rive gauche de la Sèvre, à la frontière entre la Vendée et la Loire-Inférieure (3.000 sous les ordres de Charette, 2.000 sous ceux de La Cathelinière). C’est sur eux qu’il aurait voulu que porte l’effort principal, et il envisageait une concentration des forces dans ce but. Ce plan correspondait à la tactique que le CSP avait toujours prônée : agir en masse contre les rebelles, les insurgés, les ennemis armés, finir cette guerre au plus vite pour pouvoir envoyer les troupes sur les frontières (voir plus bas au 30 janvier et au 13 février). Kléber avait soumis son plan au général en chef Turreau qui, le 7 janvier, l’avait rejeté. « Ce n’est pas là mon plan… », avait-il déclaré. (Savary, tome III, pp. 22 et 25.)

3) Sous la plume du CSP, le terme brigands ou rebelles désignait les insurgés au vrai sens du terme, les bandes armées qui existaient bel et bien et qui alors ne formaient plus qu’un « très petit noyau ». Ainsi, quand le Comité parle « d’exterminer les brigands » qui ne sont plus qu’un « très petit noyau », il est clair qu’il ne parle pas de la population de ces régions en général (environ 800.000 âmes à l’origine, selon Reynald Secher), mais bien des derniers insurgés.

17 janvier 1794. Le général en chef Turreau arrête ses ordres (voir à la fin, le commentaire 3 de la lettre du 23 juillet 1794).

19 janvier 1794. — Lettre du général en chef Turreau au CSP :

« Vous êtes sans doute étonnés que l’Armée de l’Ouest soit encore en pleine activité contre les rebelles de la Vendée dont on vous a annoncé tant de fois l’entier anéantissement. Ils n’existeraient plus effectivement si l’exécution DU PLAN QUE J’AVAIS CONCU n’eut été entravée et retardée par des ordres contraires. En voici l’analyse : vous jugerez vous-mêmes citoyens représentants que j’ai été dans l’impossibilité d’exécuter plutôt le plan que j’exécute aujourd’hui. — Les différents rapports qui m’ont été faits après la victoire du Mans de la force des rebelles placés sur la rive droite de la Loire m’avaient convaincu que la division détachée de l’Armée du Nord était inutile de ce côte-là et que je devais l’employer dans le sein de la Vendée où des rassemblements alors considérables sous les ordres de La Rochejaquelein, Stofflet, Charette etc. enfin du fameux d’Elbée, qui depuis est tombé en notre pouvoir [à Noirmoutier, Ndla] pouvaient recommencer une guerre sérieuse, balancer nos succès et compromettre peut-être encore longtemps la tranquillité de cette partie de la République. Je donnai ordre en conséquence à la division du Nord alors à Alençon de se porter à Angers lorsqu’un ordre contraire et postérieur au mien du général divisionnaire Marceau lui fit prendre la route de Rennes. Je la ramène à Nantes et la quitte momentanément pour l’expédition de Noirmoutier [où Turreau arriva après la bataille. Ndla]. A mon retour, je la trouve morcelée par l’ordre du représentant Carrier qui avait détaché environ trois mille hommes que je n’ai pu encore réunir. Cependant j’entre dans la Vendée et j’y commence l’opération QUE J’AVAIS PROJETÉE MÊME AVANT D’ÊTRE GÉNÉRAL EN CHEF. — Douze colonnes parties de différents points et embrassant seize lieues de pays marchant toujours à la même hauteur et ayant toutes les facilités pour se secourir mutuellement entrent dans la Vendée et poussent l’ennemi du coté de la mer. Haxo et Dutruy placés sur les côtes avec des forces suffisantes les poussent également sur moi ; de manière que si les ordres que j’ai donnés sont strictement exécutés, il me paraît impossible qu’ils ne soient pas entièrement cernés. Chaque chef de colonne a son instruction particulière ; tous ont l’ordre d’incendier les villages, métairies, forêts etc., mesure que j’ai cru indispensable et que vous-mêmes citoyens représentants vous avez indiquée dans votre arrêté du mois d’août (vieux style). J’ai excepté cependant de l’incendie général quelques villes ou bourgs dont l’existence est absolument nécessaire pour y placer des garnisons. Cette promenade militaire sera finie le 15 ou 16 pluviôse (3 ou 4 février) après quoi j’aurai au moins douze mille hommes de bonnes troupes dont on pourra disposer pour une autre armée ; le reste me suffira pour assurer la défense de la partie des côtes confiées à mon commandement et pour contenir le pays. […] » (Savary, tome III, p. 48)

Commentaires :

1) Turreau prétend appliquer l’arrêté du Comité décrété le 1er août 1793. Ainsi, son plan ne serait jamais que l’exécution des ordres de la Convention. Mais, en janvier 1794, la situation n’est plus celle de l’été 1793. Les rebelles ont été vaincus à Cholet et écrasés lors de la virée de Galerne. Les civils républicains qui avaient fui sont revenus et contrôlent de nouveau l’essentiel de ce que l’on appelle « la Vendée militaire », en particulier la partie Est. Or c’est précisément sur cette partie que Turreau va lancer ses colonnes dont les atrocités vont rallumer la guerre.

2) Cette lettre prouve non seulement que le plan des colonnes était bien celui de Turreau seul, mais encore qu’il l’avait imaginé, comme il le déclare, bien avant d’avoir le commandement de l’armée de l’Ouest. Il revendiquera la paternité du plan qu’il exécutait dans quasiment toutes ses lettres au Comité de salut public. Il suffit de les lire pour n’en pas douter. Un spécialiste de la guerre de l’Ouest ne peut ignorer ces documents et, par conséquent, soutenir, sans mentir, que le plan des colonnes infernales était celui du Comité. Certains sont cependant d’assez mauvaise foi pour le faire, et les dissimuler, cherchant ainsi à discréditer le Comité, Robespierre et la République… et, à cette fin, ils utilisent la lettre ou un extrait de la lettre du Comité (Carnot) au général Turreau du 6 février 1794 (voir plus bas).

24 janvier 1794. Lettre du général en chef Turreau au CSP :

« J’ai commencé l’exécution du plan que J'AVAIS CONCU de traverser la Vendée sur douze colonnes. [...] » (Savary, tome III, p. 74)

30 janvier 1794. — Rapport de Carnot au Comité de salut public sur « le système général des opérations militaires de la campagne prochaine ». Après avoir passé toutes les armées en revue, il indique, concernant les opérations à l’Ouest :

« […] Il reste à parler des opérations que doivent faire les armées de l’Ouest, des côtes de Brest et des côtes de Cherbourg, qu’on peut regarder comme n’en faisant qu’une. — Ces armées ont trois objets à remplir, 1° finir la guerre de la Vendée ; 2° garder les côtes ; 3° opérer la descente projetée sur les côtes d’Angleterre. — Il faut pour le premier de la cavalerie légère, quelques corps d’infanterie bien en masse et très-peu d’artillerie. [Le général Turreau avait annoncé qu’une promenade militaire de huit ou quinze jours au plus lui suffirait pour terminer la guerre de la Vendée ; de son côté, Rossignol annonçait la destruction prochaine des chouans. Ainsi ces guerres de l’Ouest inquiétaient peu le gouvernement. (Note de Savary.)] — Pour le second, de bonnes garnisons dans les ports et de bons corps-de-garde sur les côtes. — Pour le troisième, les mêmes dispositions que pour le second, avec une flotte nombreuse toujours prête. — Il est à remarquer, au sujet de cette descente [sur Jersey. Ndla] que lors même qu’elle ne pourrait pas s’exécuter cette année les seuls préparatifs tiendraient en échec toutes les forces navales anglaises pendant la campagne, et les empêcheraient de rien tenter de considérable ailleurs. Cet appareil forcerait les Anglais à tenir une armée considérable sur pied, ce qui met leur constitution dans un grand danger, ensuite leurs finances, et les empêche de porter des secours dans les Pays-Bas ; il est donc essentiel de pousser les préparatifs avec toute la vigueur possible, et de se tenir en mesure de profiter de la première occasion pour l’exécuter. — Au système qui vient d’être exposé, il faut joindre quelques règles générales qui ont été prises pour base dans tous les arrêtés du comité de salut public sur les opérations militaires. — Ces règles générales sont d’agir toujours en masse et offensivement ; d’entretenir une discipline sévère et non minutieuse dans les armées ; de tenir toujours les troupes en haleine sans les excéder ; de ne laisser dans les places que ce qui est absolument indispensable pour leur garde ; de faire de fréquentes mutations dans les garnisons et les résidences des états-majors et commandants temporaires pour rompre les trames qui ne manquent pas de se nouer par un trop long séjour dans le même lieu, et d’où procèdent les trahisons qui livrent les défenseurs à l’ennemi ; d’apporter la plus grande vigilance ; d’obliger les officiers-généraux à les visiter eux-mêmes très-fréquemment ; d’engager en toutes occasions le combat à la baïonnette et de poursuivre constamment l’ennemi jusqu’à sa destruction complète. — Il est évident que nous ne pouvons terminer la guerre [étrangère. Ndla] dans cette campagne sans de grandes batailles car, quand par des opérations partielles nous serions venus à bout de détruire la moitié de l’armée ennemie, il lui resterait encore les moyens de nous attaquer de nouveau l’année prochaine, et de prolonger ainsi l’état violent où nous sommes. Il faut donc une campagne des plus offensives, des plus vigoureuses et c’est ce qui a été recommandé, à tous les généraux et surtout à celui de l’armée du Nord, qui doit porter les coups les plus décisifs. » (Savary, tome III, p. 125)

Commentaire :

1) Le Comité (Carnot) dictait la conduite pour mener une guerre, en Vendée comme ailleurs… et ses mesures étaient parfaitement légitimes. A l’Ouest, le souci était de terminer la guerre au plus vite et de mettre les côtes en état de défense contre un coup des Anglais. Il n’est ni question de massacrer tous azimuts ni de réprimer ce genre d’atrocités, car le Comité (qui, le 27 juillet 1793, avait fait décréter la peine de mort pour les soldats pillards et violeurs) n’imaginait pas alors qu’elles puissent être commises, surtout dans les proportions qu’elles prirent sous le commandement de Turreau. Malgré les rumeurs, longtemps il ne su qui croire sur ce sujet, craignant toujours d’être trompé par les uns ou les autres. Et Turreau n'était pas le dernier à le tromper ! Ses lettres (voir Savary) abordent les choses d'un point de vue strictement militaire, donnent à penser que ses troupes traquent (avec plus ou moins de succès) les rebelles au sens propre... mais jamais il ne signale les horreurs auxquelles elles se livrent. En le lisant, le Comité, qui n'approuve pas sa tactique, pense néanmoins qu'il conduit une guerre alors que nous savons qu'il massacrait tous azimuts.

31 janvier 1794. Lettre du général en chef Turreau au CSP :

« [...] Croyez que si l’on retirait les forces qui me sont nécessaires pour exécuter le plan que J'AI CONCU conçu, cette guerre renaîtrait au printemps et le projet des chefs était bien d’employer l’hiver à se reposer. [...] Gardez-vous surtout, citoyens Représentants, de croire que je puisse chercher à prolonger le pouvoir dont vous m’avez investi. L’intérêt public est mon unique but et si tout autre que moi peut être plus utile au poste que j’occupe, je renoncerai sans peine à un grade que je n’ai point demandé et dont je n’ai jamais plus senti les désagréments qu’aujourd’hui. L’éloignement des Représentants en est une des principales causes. J’ai été contraint, dans une opération aussi importante, de tout prendre sur ma responsabilité ; je n’ai pas même eu l’avantage de recevoir votre approbation et je compromettrais la réussite de MON PROJET si j’attendais pour agir que je l’eusse obtenue... Cruelle alternative !... mais qu’importe J’AI FAIT CE QUE J’AI CRU DEVOIR FAIRE ; ma conscience n’a rien à se reprocher et je ne doute point que vous ne rendiez justice à la pureté de mes intentions. […] » (Savary, tome III, p. 111)

6 février 1794. — Lettre du Comité de salut public au général en chef Turreau, en réponse à la lettre ci-dessus :

« Tu te plains, citoyen général, de n’avoir pas reçu du Comité une approbation formelle à tes mesures. Elles lui paraissent bonnes et pures ; mais, éloigné du théâtre des opérations, il attend les grands résultats pour se prononcer dans une matière sur laquelle on l’a déjà trompé tant de fois aussi bien que la Convention nationale. Les intentions du Comité ont dû t’être transmises par le ministre de la Guerre. Nous nous plaignons nous-mêmes de recevoir trop rarement de tes nouvelles. Extermine les brigands jusqu’au dernier, voilà ton devoir. Nous te prescrivons SURTOUT de ne pas laisser une seule arme à feu dans les départements qui ont participé à la révolte et qui pourraient s’en servir encore. Armes-en les soldats de la liberté. Nous regarderons comme traîtres tous les généraux, tous les individus qui songeraient au repos avant que la destruction des rebelles soit entièrement consommée. ENCORE UNE FOIS, recueille toutes les armes et fait passer ici sans délai toutes celles qui ont besoin de réparation. Nous t’envoyons un arrêté (document suivant) propre à seconder tes vues. » (In extenso) (Savary, tome III, p. 151 ; Reynald Secher, Vendée, du génocide au mémoricide, p. 141)

Commentaires :

1) Cette lettre était la deuxième et la dernière lettre du Comité à Turreau en tant que général en chef. Quand il lui écrivit de nouveau (je n’ai pas cette lettre, mais peut-être ne lui écrivit-il pas directement, peut-être Turreau n'a-t-il reçu qu'une copie de l'arrêté dont il est question), ce fut pour lui apprendre sa suspension arrêtée le 13 mai et sa nouvelle affectation, près la garnison de Belle-Isle, arrêtée le 20 mai. Ce long silence est étrange, je me l’explique difficilement, mais une chose est sûre : le Comité n’avait pas approuvé la conduite de Turreau, il ne l’a jamais félicité, il a blâmé sa tactique publiquement (12 février) et confidentiellement (13 février), il est longtemps resté dubitatif à son sujet, puis il l’a suspendu. Comme marque enthousiaste d’approbation, on fait mieux !

2) A cette date, le plan de Turreau devait, d’après Turreau lui-même, avoir achevé la guerre (« Cette promenade militaire sera finie le 15 ou 16 pluviôse (3 ou 4 février) » Lettre du 19 janvier.), mais il n’avait fait que la rallumer partout, ce à quoi le Comité ne semblait pas s’attendre, puisqu’il prenait des mesures pour un pays « pacifié ».   

3) Le Comité écrivit à Turreau ce jour précis pour lui transmettre l’arrêté qu’il venait de prendre concernant le désarmement, qui était une des dispositions du plan de Turreau. Il s’agissait donc de le seconder sur ce point-là, d’où l’expression « propre à seconder tes vues ». D’où aussi le mot « surtout ».  « Nous te prescrivons surtout de ne pas laisser une seule arme à feu… » ou « Encore une fois, recueille toutes les armes… » Ainsi, quoi que le Comité ait dit dans cette lettre, c’est sur ce point qu’il voulait que Turreau fixe son attention.   

4) « Tu te plains, citoyen général, de n’avoir pas reçu du Comité une approbation formelle à tes mesures. » — Cette phrase, par laquelle commence la lettre, nous apprend que le Comité écrivait peu à Turreau. Comme je l’ai dit, il ne lui écrivit que deux fois, le 13 janvier et ce jour, 6 février. Et le Comité dit qu’il n’a jamais approuvé formellement SES mesures, les mesures de Turreau. En fait, il ne les a jamais approuvées tout court, ni officiellement, ni autrement. Pas plus ici qu’ailleurs ! C’est ce dont se plaint précisément Turreau dans sa dernière lettre.

5) « Elles [tes mesures] lui paraissent bonnes et pures ; mais, éloigné du théâtre des opérations, il attend les grands résultats pour se prononcer dans une matière sur laquelle on l’a déjà trompé tant de fois aussi bien que la Convention nationale. » — Le Comité qui n’a alors aucune idée de la situation sur le terrain et des effets de la tactique de Turreau, lui dit que ses mesures (sur le papier) lui PARAISSENT bonnes et pures. Il ne dit pas qu’elles le sont, mais qu’elles lui semblent… (Le terme « pures » est sans doute utilisé en réponse à Turreau qui, dans sa lettre précédente, du 31 janvier, avait protesté de la « pureté de mes intentions » (expression qu’il utilisera à nouveau le 14 février dans une lettre au ministre de la Guerre).) Et il le dit lui-même : il est « éloigné du théâtre des opérations », il ne sait pas ce qu’il se passe réellement, et comme il a été trompé maintes fois, ainsi que la Convention, il attend la réalisation des grands résultats annoncés pour se prononcer. En un mot, il attend de voir… Voilà ce que certains présentent comme une approbation des plans de Turreau ! Voilà la lettre par laquelle certains font même du Comité l’auteur des plans mis en œuvre par Turreau ! Et sans doute qu’à force de répéter que cette lettre le prouve, beaucoup, bien conditionnés, bien suggestionnés, ne croient pas ce qu’ils lisent mais lisent ce qu’ils croient.

6) « Extermine les brigands jusqu’au dernier, voilà ton devoir. » — Ici, je renvoie au commentaire 2 sur la lettre du 13 janvier. J’ajoute que cette expression, de circonstance (c’est la guerre, une guerre à mort), offre encore un moyen à certains d’user et d’abuser du procédé que je viens de signaler. Ils font mine de croire le terme « brigands » désigne, non pas les rebelles armés, mais « tout habitant », et, par conséquent, affirme que le Comité voulait exterminer toute la population… Mais la population de quelle région, de quelle zone exactement ? Jamais cela n’est précisé pour la simple raison que cela n’a jamais été l’idée, qu’aucun document n’en porte le début d’une trace. L’idée était d’écraser les rebelles où qu’ils soient et d’où qu’ils soient. C’était une guerre, une guerre civile, qui a donné lieu à des abus et à des atrocités que nul ne nie, mais ce n’était pas un « génocide », concept qui n’a aucun sens dans le cas présent, mais terme employé à dessein selon le fameux procédé de la « reductio ad hitlerum ».

7) Reynald Secher introduit cette lettre comme suit : « Le Comité de salut public aurait pu se rétracter et opter pour le plan du général Kléber [voir le 2e commentaire sur la lettre du 13 janvier.] qui avançait des mesures d’apaisement « pour se concilier les Vendéens, hommes bons et généreux ». Non seulement il ne le fait pas, mais il donne son aval à Turreau, le 6 février, par l’intermédiaire de Lazare Carnot, membre du Comité de salut public surnommé par le général Danican « le monstre », « le terreur des malheureux Français ». — Chacun jugera…. J'ajoute que c'est à Turreau et non au Comité que Kléber avait envoyé son plan et ses réflexions, conformément à la voie hiérarchique.

6 février 1794. Arrêté du Comité de salut public (Carnot).

« Le Comité de salut public délibérant sur la situation actuelle de la Vendée, arrête : 1° Il sera proposé à la Convention nationale de décréter [ce qu’elle fit le 10 février] que TOUS LES CITOYENS des pays qui ont participé à la révolte de la Vendée et qui ne font point partie des troupes soldées, seront tenus de déposer sous vingt-quatre heures leurs armes à feu, de quelque espèce qu’elles soient, entre les mains des agents nationaux, et ceux-ci entre celles de l’autorité militaire dans l’espace d’une décade. Les citoyens ou agents nationaux réfractaires à cette loi seront punis de mort par une Commission militaire. – 2° Chaque bataillon conservera une seule pièce de canon. On fera placer toutes les autres dans les places fortes. Il sera conservé seulement un quart au plus de l’artillerie légère et de celle de position ; un autre quart sera envoyé sur les derrières de l’armée dans les places fortes, et tout le reste sera envoyé sans délai à l’armée des Pyrénées occidentales. – 3° Les ennemis seront poursuivis sans relâche jusqu’à leur entière destruction. Les généraux qui ne mettraient pas dans cette expédition toute l’activité possible seront dénoncés comme ennemis de la patrie. Les subsistances seront saisies partout et envoyées aux armées et dans les places fortes. Il en sera de même des bestiaux et des chevaux propres au service des troupes et de tout ce qui peut être utile à leur entretien. – 4° Il sera proposé à la Convention nationale de faire remplacer Carrier, qui demande son rappel [?], par un autre représentant ; Prieur (de la Marne) sera chargé de le remplacer. Le rapport sur la conduite de Westermann sera fait dans le plus court délai. » (In extenso) (Aulard, tome X, p. 724)

Commentaires :

1) L’article 1er de cet arrêté, qui menaçait de mort quiconque (autre que les soldats) ne déposerait pas les armes dans les 24 heures, était-il une façon indirecte de proposer une « amnistie » à tous les citoyens qui avaient porté les armes, de quelque camp qu’ils soient ? Cela avait déjà été proposé le 19 mars 1793 et allait l’être encore le 2 décembre 1794.

2) L’envoi d’une partie de l’artillerie de l’armée de l’Ouest à l’armée des Pyrénées occidentales s’inscrit dans l’obsession du Comité d’employer ailleurs les ressources mobilisées en Vendée. Le 12 avril, il renvoyait à l’armée des Pyrénées occidentales le détachement de 10.000 hommes envoyés en novembre en Vendée. Le 31 mai, considérant la guerre comme à peu près terminée, il envisagea de retirer 25.000 hommes pour les envoyer sur le Rhin, soit un quart de l’effectif (près de la moitié de l’effectif actif), avant de réduire ce retrait à 15.000 hommes (2 juillet).

3) Une rumeur, démentie le 13 février par les représentants Turreau et Francastel (Aulard, XI, p. 126), accusait Westermann d’avoir distribué 30.000 fusils pris aux brigands.

4) Il y avait un monde entre ce que voulait le Comité et ce qui se faisait ou était possible sur le terrain. C’est néanmoins par ses arrêtés, que l’on peut et que l’on doit juger les intentions du Comité en général et de Carnot en particulier, Carnot qui fut le principal décisionnaire dans les affaires de Vendée et le principal interlocuteur des représentants en mission à l’Ouest.

5) Le même jour, Carrier, le bourreau de Nantes, dénoncé à Robespierre par l’agent du Comité Marc-Antoine Jullien, était donc rappelé. Alors je pose la question : Est-il possible que le Comité ait eu en horreur les crimes de Carrier et ait applaudi à ceux de Turreau ?

9 février 1794. Le général en chef Turreau répond à la dernière du au CSP :

« [...] Le désarmement s’exécute, les subsistances abondent dans nos magasins ; et, sans la négligence des employés, les intentions du Comité de Salut Public eussent été bien mieux secondées. — J’ai reçu avec plaisir l’approbation que vous avez donnée aux mesures que j’ai prises. Rien ne pourra jamais altérer mon attachement à la cause sacrée que j’ai résolu de défendre jusqu’à la mort. [...] » (Savary, tome III, p. 167)

Commentaires :

1) Reynald Secher commente ainsi : « Turreau, comme il l’écrit, a douté et a eu peur. Il a cru pendant quelques jours que la Convention et le Comité de salut public avaient changé d’avis et donc de plan d’où sa joie manifeste lorsqu’il répond au Comité : « J’ai reçu avec plaisir l’approbation que vous avez donnée aux mesures que j’ai prises. » Turreau n’est pas, contrairement à ce qu’affirment les négationnistes, un élément autonome qui aurait agi de son seul fait, mais un exécutant zélé du Comité de salut public. » — Le le document cité est bien authentique, mais M. Secher n’en est pas moins un affabulateur qui croit en imposer en traitant ses détracteurs de négationnistes comme d’autres abusent de l’épithète « fasciste ». Ce n’est pas parce que Turreau prétend que la lettre du Comité était une approbation, qu’elle en était une. Je vous ai mis cette lettre sous les yeux… Le Comité ne donnait pas d’approbation (il ne l’avait pas fait avant et ne le fit pas davantage après) ; il annonçait rester dans l’expectative. En outre, il est très culotté de citer cette phrase de Turreau et d’en conclure qu’il n’était que l’exécutant du Comité, alors même que Turreau disait encore ici comme partout ailleurs « les mesures que J’AI prises ». Enfin, M. Secher se garde bien de signaler les deux documents suivants (ci-après).

2) Turreau était suffisant, arrogant, pathétique, menteur, barbare et incapable. Il minimisait ses échecs, transformait en victoires sur les rebelles d’abominables massacres de civils, rejetait ses torts sur ses subordonnés, calomniait et cassait les officiers qui le contrariaient, protestait enfin de ses bonnes intentions. Il fallut du temps au Comité pour en revenir. 200 ans plus tard, certains donneurs de leçons sont toujours ses dupes !

3) Un document qui pourrait apporter de l’eau au moulin de M. Secher. Le 14 février, Turreau écrivit au Ministre de la Guerre : « Et l’on disait qu’il n’y avait plus de brigands,…et depuis que je suis entré dans la Vendée, en voila plus de douze mille qui sont exterminés,... et je ne cesse de faire brûler partout et de tuer ces coquins,... et l’on dit que je cherche à prolonger cette guerre et qu’il n’y a que Marceau ou Westermann qui puisse la finir !..... — Je braverai la malveillance, citoyen ministre, quand j’aurai ta confiance et que je serai sûr de n’avoir pas démérité auprès de toi et du Comité de Salut Public. — Tu sais que, SANS AUTORISATION j’ai pris les mesures les plus rigoureuses pour terminer cette guerre affreuse. Le Comité de salut public a bien voulu depuis y donner sa sanction ; mais j’étais tranquille, je me reposais, qu’il me soit permis de le dire, sur la pureté de mes intentions. » (Savary, tome III, p. 199) — Turreau avouait donc lui-même, une fois de plus, que son plan était le sien, qu’il l’avait mis de lui-même à exécution. Quant à l’approbation du Comité….

Le 12 février, au nom du Comité, Barère déclare à la Convention :

« [Le Comité] se reposait surtout, pour les mesures de l’intérieur de la Vendée, sur l’esprit et les termes des décrets qui ordonnent de détruire et d’incendier les repaires des brigands et non pas les fermes et les demeures des bons citoyens. — Il espérait surtout que l’armée de l’Ouest, fidèle aux maximes et aux ordres du gouvernement national, ne disséminerait jamais ses forces, et s’occuperait bien plus de détruire le noyau des rebelles et les rassemblements des brigands qui pouvaient se former de nouveau, que de sacrifier les habitations isolées, les fermes utiles et les villages fidèles ou non dangereux. — Cependant, lorsque le comité, après quelques jours de silence [lettre du Comité à Turreau du 6 février, ci-dessus], a voulu vérifier les faits, et connaître quelle était la véritable exécution donnée à ses arrêtés, quel a été son étonnement de voir des forces morcelées dans la Vendée, des troupes républicaines disséminées sur les divers points de la Vendée [lettre du 11 février aux représentants Bourbotte et Turreau] ; des rassemblements de brigands se reformer, s’organiser et relever une tête insolente ; et la troupe royaliste, éparse et fugitive naguère sous les ordres de La Rochejacquelein, de Stofflet et de Charette, s’ameuter et se grossir de tous les mécontents que la barbare et exagérée exécution des décrets avait formés de nouveau dans un pays qu’il ne fallait plus que désarmer, garnisonner de cavalerie, repeupler d’habitants fidèles, et administrer avec le bras nerveux d’une administration militaire et révolutionnaire ! » (Archives Parlementaires, tome 84, p. 646)

Commentaires :

1) Le Comité qui n’avait pas approuvé le plan de Turreau le blâmait ici ouvertement. Il disait clairement que Turreau avait donné aux décrets un tour barbare et exagéré (qu’ils n’avaient donc pas), qu’il était allé bien au-delà de ce que la Convention et le Comité attendaient d’un général en chef de l’armée de l’Ouest. Encore ne savait-il pas tout des atrocités qui étaient alors perpétrées…

2) Pour une raison qui m’échappe, le Comité prit ce jour la décision de ne plus entretenir la Convention des affaires de la Vendée, comme si elles étaient réglées et que la guerre étrangère devait seule retenir l’attention. Il ne prit pas davantage la décision de suspendre immédiatement Turreau, sans doute parce que, informé par Turreau lui-même, ou plutôt désinformé par lui, il ne mesurait pas l’étendue du désastre en cours. Peut-être faut-il ajouter à cela que l’heure était à la lutte des factions et que (supposition) la destitution de Turreau aurait alors fait prêter au Comité le flanc aux hébertistes.

13 février 1794. Lettre du Comité de salut public au général de division Dembarrere :

« C’est par les mauvaises dispositions des généraux qui commandent les forces de la république dans la Vendée et dans les départements environnants que les débris de l’armée de Charette relèvent une tête insolente, et qui menace les villes de la Vendée et de Maine-et-Loire. Les brigands ont fait des attaques contre de petites colonnes ; on a trop disséminé nos troupes, on a trop divisé les cantonnements. Au lieu de conserver deux masses considérables de forces pour atterrer tous les rebelles, les généraux ont eu la maladresse ou le crime de n’avoir que des colonnes de mille à douze cents hommes, encore même ils les divisaient en de plus petites parties. Le moyen de ne pas rehausser le courage des brigands avec de pareilles mesures !… — C’est sur toi, général, que le comité repose l’espérance que tu iras sur-le-champ, dès la lettre reçue, à Nantes te concerter avec le général en chef Turreau, voir l’état de toutes les forces, combiner un grand plan ferme et exécutable subitement. Il faut rassembler les forces, réunir les moyens, tuer les brigands au lieu de brûler des fermes, faire punir les fuyards et les lâches, et écraser totalement cette horrible Vendée. — La politique de nos ennemis du dehors et du dedans est d’éterniser la Vendée, d’occuper dans l’intérieur nos forces utiles, de faire diversion à nos travaux maritimes et de tourmenter l’opinion publique. Eh bien, c’est à toi que le comité confie le soin de combiner avec le général Turreau les moyens les plus assurés de tout exterminer dans cette race de brigands. Est-il possible que, lorsque nous battons les diverses troupes de l’Europe, nous nous voyons sans cesse tourmentés par des brigands et des rebelles sans moyens ? Lis, et pars sur-le-champ. La patrie t’appelle à terminer la Vendée avant l’ouverture de la campagne : c’est l’objet le plus important. — Signé : Barère, Jean-Bon Saint-André, Collot-d’Herbois, Billaud-Varenne. » (In extenso) (Savary, tome III, p. 194)

Commentaires :

1) « Au lieu de conserver deux masses considérables de forces pour atterrer tous les rebelles, les généraux ont eu la maladresse ou le crime de n’avoir que des colonnes de mille à douze cents hommes… » « Il faut rassembler les forces, réunir les moyens… » On retrouve ici la critique du plan de Turreau qui avait divisé ses forces (ce qui, au passage, favorisait le système d’exactions) alors que le Comité voulait que l’armée opère en masse. Cette critique maintes fois réitérée prouve à elle seule que le plan mis à exécution par Turreau n’était pas celui du Comité qui jamais non plus ne l’approuva.

2) « écraser totalement cette horrible Vendée ». Il est facile de voir et surtout de transformer ce genre d’expression en proclamation génocidaire. Mais l’expression « Vendée » ne désigne ici ni le département de la Vendée ni ses habitants ; c’était le nom donné à l’insurrection au sud de la Loire et à ce type s’insurrection populaire contre-révolutionnaire. « Écraser la Vendée » signifiait « écraser l’insurrection, les insurgés, les rebelles, les brigands » au sud de la Loire, et non massacrer tout le monde indistinctement, comme le firent trop souvent, malheureusement, les colonnes infernales. (La chouannerie, au nord de la Loire, en Mayenne, était une autre Vendée, et c’est la naissance plus tardive des « Chouans » qui amena à utiliser le terme « Vendéens » pour désigner et distinguer les rebelles du sud de la Loire.)  

3) « tout exterminer dans cette race de brigands » Ici encore, cette expression vague est plus une marque exaspération contre « les brigands », qui déchirent le sein de la patrie et mobilisent des forces utiles ailleurs, que le révélateur d’un projet génocidaire.


4) « La patrie t’appelle à terminer la Vendée avant l’ouverture de la campagne : c’est l’objet le plus important. » Le Comité voulait en finir le plus vite possible avec la Vendée, que la situation s’apaise le plus vite possible à l’Ouest, pour ne plus avoir à distraire (contre des Français) des moyens militaires précieux pour la défense des frontières. Pour terminer, la Vendée, le Comité ne voyait qu’un moyen : tendre toutes les forces contre les chefs, les enragés, les jusqu’au-boutistes, qui n’étaient qu’une poignée avant que Turreau ne lance ses opérations, et rendre ainsi possible de restaurer le calme et l’ordre. Mais une poignée d’individus suffit à créer un climat d’insécurité et à provoquer l’état d’urgence. Alors quand des atrocités jettent des milliers de citoyens dans l’insurrection, quand la vengeance répond à la barbarie, un cercle infernal s’ouvre et c’est la guerre civile… Le moyen d’y mettre un terme ?

13 février 1794. Lettre du général en chef Turreau au CSP :

« [...] Vous recevrez sous peu, citoyens représentants, un journal de mes opérations depuis que j’ai pénétré dans la Vendée avec douze colonnes agissantes. Vous y verrez les raisons qui m’ont obligé de changer MON PLAN et de réduire le nombre de mes colonnes pour les rendre plus fortes, parce que l’ennemi devenait plus fort lui-même ; vous y verrez que, même en changeant mon plan primitif, la marche n’a pas été moins militaire et révolutionnaire ; vous y verrez, non pas des victoires éclatantes, mais des succès réels et quelques légers échecs. Je vous y dirai enfin toute la vérité, je ne n’en suis jamais écarté. [...] » (Savary, tome III, p. 191)

15 février 1794. Lettre du général en chef Turreau au CSP :

« [...] Je suis toujours MON PLAN, qui est d’avoir deux colonnes agissantes, poursuivant l’ennemi sans relâche, et de forts postes d’observation qui le retiennent dans un cercle étroit. [...] » (Gazette nationale ou le Moniteur universel, n° 151, 19 février 1794 ; ne figure pas dans Savary.)

28 février 1794. Lettre du général en chef Turreau au ministre de la Guerre :

« [...] On peut avoir une mauvaise idée de mes talents militaires ; sans doute, en servant la chose publique, je suis désespéré de la faiblesse de mes moyens ; mais il est affreux pour moi de voir suspecter mon zèle et mes opinions. Environné d’ennemis, de traîtres, d’envieux, d’intrigants, abandonné par les représentants du peuple, alors près de l’armée de l’Ouest, J’OSAI CONCEVOIR UN PROJET HARDI, J’OSAI PRENDRE SUR MOI des mesures révolutionnaires que l’intérêt public nécessitait. [...] » (Savary, tome III, p. 239)

22 mars 1794. Lettre du général en chef Turreau au ministre de la Guerre :

« [...] Je n’en finirais pas, citoyen ministre, si je te faisais part de toutes les contradictions que j’ai éprouvées, des entraves que l’on a mises de toutes parts à l’exécution de MON PLAN, du peu de subordination de la plupart des officiers généraux, accoutumés dans cette armée à délibérer sur les ordres et à agir isolément. J’espère que les représentants du peuple près cette armée m’en feront raison en en destituant quelques-uns, mais il m’en reste fort peu. [...] » (Savary, tome III, p. 307)

SUPPLÉMENT

Je n’ai pas présenté ici tous les documents qui démentent les intentions et le caractère génocidaires de cette guerre. S’il est vrai que certains massacres commis par les colonnes de Turreau peuvent, en braquant le projecteur sur eux, donner lieu à cette accusation, celle-ci ne tient plus dès lors que l’on prend de la hauteur, que l’on a une vue d’ensemble et que l’on connaît les arrêtés du Comité de salut public et des représentants en mission. Il ne faut pas non plus oublier qu’il s’agissait d’une guerre qui pouvait s’avérer extrêmement périlleuse pour la République, laquelle devait donc la gagner coûte que coûte et le plus vite possible… mais que, pour autant, les autorités républicaines n’ordonnèrent jamais un massacre général, d’une part parce qu’il n’y avait ni territoire ni population définis, que cela n’avait donc aucun sens, d’autre part parce les républicains ne sont pas les sanguinaires pour lesquels certains voudraient les faire passer … au contraire, elles essayèrent autant que possible d’éloigner du théâtre de la guerre les populations inoffensives, soit pour qu’elles ne soient pas victimes des rebelles, soit pour qu’elles ne leur viennent pas en aide ou leur servent de bouclier. Le 26 juillet 1793, le Comité de salut public avait ainsi arrêté l’évacuation des femmes, des enfants et des vieillards, sans omettre d’assurer leur subsistance et leur sûreté « avec tous les égards dus à l’humanité ». Cette mesure et les autres contenues dans cet arrêté ne concernaient pas un territoire donné ; il était sous-entendu qu’elles seraient exécutées par l’armée au fur et à mesure de son avance. Cet arrêté fut décrété le 1er août. Mais la victoire de Cholet le 16 et 17 octobre (qui fit croire un moment que cette guerre était finie), suivie par le passage de la Loire par le gros des rebelles, rendirent caduc les dispositions de ce décret. Les républicains locaux qui avaient d’eux-mêmes évacué revinrent. Mais les exactions des colonnes infernales rallumèrent la guerre et, cette fois, les représentants en mission (Garrau, Hentz et Francastel) ordonnèrent l’évacuation des habitants, le 20 février 1794. Le 19 mars, le Comité en prenait acte en ordonnant d’empêcher ces réfugiés d’approcher à moins de 20 lieues de Paris (tome XII, p. 53). Le 27 mars, le Comité arrêtait encore : « Lorsqu’il se fait par vos ordres, citoyens collègues, des émigrations de citoyens de la Vendée, vous devez dans votre sagesse aviser aux moyens de leur assurer, dans les départements où ils passent et où ils arrivent, des moyens de subsistance, et ces moyens, les extraire des départements d’où ils sortent. » (In extenso) (Aulard, tome XII, p. 226) On pourrait multiplier ainsi les documents attestant de manière directe ou indirecte la volonté du Comité de salut public de faire la part des choses, de distinguer les rebelles (les hommes armés) du reste de la population et de ménager autant que possible ce dernier. (Voir L'imposture du génocide vendéen.) Je ne citerai ici qu'un document :

23 juillet 1794. Le Comité de salut public (Carnot) aux représentants près l’armée de l’Ouest, Bo et Ingrand, à Niort :

« Nous vous renvoyons, chers collègues, une lettre des membres de la Commission militaire séante à l’Île de la Montagne, par laquelle vous verrez à quel excès de malveillance est porté l’abus d’une proclamation faite par les agents préposés à la surveillance des récoltes. Où donc a-t-on pris que le gouvernement voulait faire grâce aux auteurs, fauteurs et instigateurs des outrages faits à la souveraineté du peuple dans la Vendée ? Hâtez-vous, au contraire, chers collègues, de livrer au glaive vengeur tous les promoteurs et chefs de cette guerre cruelle, et que les scélérats qui ont déchiré les entrailles de leur patrie reçoivent enfin le prix de leurs forfaits. Les femmes, les enfants, les vieillards, les individus entraînés par la violence ne méritent pas sans doute le même sort que les monstres qui ont ourdi la révolte, qui l’ont servie de leur volonté comme de leurs bras, et l’on peut prendre à leur égard des mesures de sûreté moins rigoureuses. Mais ce serait abandonner le pays aux horreurs d’une guerre nouvelle et la vie des patriotes à la merci des brigands que d’user envers ceux-ci d’une indulgence absurde et meurtrière. Vous voudrez donc bien, sans perdre un moment, chers collègues, ordonner que la justice révolutionnaire reprendra son cours, et ne pas perdre de vue que nous n’avons qu’un seul but, celui de terminer enfin l’horrible guerre de la Vendée, objet dont on s’écarte également, soit par une lâche indulgence, soit par des exécutions qui, en frappant sur la faiblesse, ne pourraient que révolter la justice et l’humanité ». (Aulard, tome XV, p. 379 ; Archives nationales, carton AF II 269)

Commentaires

1) Les phrases importantes à retenir sont les suivantes : « Les femmes, les enfants, les vieillards, les individus entraînés par la violence ne méritent pas sans doute le même sort que les monstres qui ont ourdi la révolte, […] et l’on peut prendre à leur égard des mesures de sûreté moins rigoureuses. […] nous n’avons qu’un seul but, celui de terminer enfin l’horrible guerre de la Vendée, objet dont on s’écarte également, soit par une lâche indulgence, soit par des exécutions qui, en frappant sur la faiblesse, ne pourraient que révolter la justice et l’humanité. » — Il est question ici du sort des prisonniers. Quiconque sait lire et comprend le français, comprend que le Comité demande que les femmes, les enfants, les vieillards et les individus entraînés dans la révolte par la violence ne subissent pas le même sort, c’est-à-dire la mort, que les responsables de la rébellion et les irréductibles ; qu’ils ne soient pas exécutés mais traités de manière juste et humaine. Ceci confirme tout ce que j’ai dit plus haut. Et c’est bien ainsi que les représentants Ingrand et Bo comprirent eux aussi cette lettre, puisque, le 5 août, Ingrand, de Niort, répondit au Comité : « Comme votre lettre [du 23 juillet] prescrit de distinguer l’homme faible et trompé du véritable brigand, nous avons suivi votre vœu dans notre arrêté [du 30 juillet] » (Aulard, tome XV, p. 686) Limpide !

2) J’ai cité ce document parce que M. Secher le cite aussi à l’appui de sa thèse (« Vendée, du génocide au mémoricide », p. 125), en tronquant, comme par hasard, la dernière phrase des derniers mots « objet dont on s’écarte également, soit par une lâche indulgence, soit par des exécutions qui, en frappant sur la faiblesse, ne pourraient que révolter la justice et l’humanité ». Et il introduit cette lettre comme suit : « Lorsque le Comité de salut public, par l’intermédiaire de Carnot, soulève enfin le problème des femmes, des enfants et des vieillards, le 5 thermidor an II (23 juillet 1794), soit cinq jours avant la chute de Robespierre, leur sort [la mort] est confirmé ». (« La mort » n’est pas dans sa phrase, mais c’est ce que le lecteur comprend d’après la phrase précédente.) Après une telle introduction, le lecteur n’arrive plus à lire le texte qu’il a sous les yeux et ne se rend plus compte que la lettre du Comité dit tout autre chose. Je le sais, je m’y suis laissé prendre aussi. Mais, sachant que cette politique suggérée par M. Secher n’était pas celle du Comité, et ne m’expliquant pas ce revirement, j’ai relu cette lettre avec attention. Alors tout s’est éclairé : les intentions du Comité, qui n’avaient pas varié, les manipulations de M. Secher, permanentes elles aussi.

3) Enfin, pour faire le lien avec le sujet général, nous voyons que la politique du Comité de salut public n’était pas de massacrer à tour de bras, mais au contraire de cibler les véritables rebelles. Et le Comité pouvait croire que, bien que durs, et en effet dans l’esprit du décret du 1er août, les ordres de Turreau visaient aussi et seulement à ce but. Voici ces ordres, datés du 17 janvier (Saumur) :

« [La première partie fixe la zone d’opération de chacune des six colonnes qui seront subdivisées en deux.] On emploiera tous les moyens de découvrir les rebelles ; tous seront passés au fil de là baïonnette ; les villages métairies, bois, landes, genêts, et généralement tout ce qui peut être brûlé seront livrés aux flammes. — Pour faciliter cette opération, on fera précéder chaque colonne par 40 ou 50 pionniers ou travailleurs qui feront les abattis nécessaires dans les bois ou forêts, pour propager l’incendie. — Aucun village ou métairie ne pourra être brûlé qu’on n’en ait auparavant enlevé tous les grains battus ou en gerbes, et généralement tons les objets de subsistance ; et supposant que l’enlèvement de ces objets éprouvât quelque retard, et empêchât qu’on ne brûlât sur-le-champ les villages et métairies qu’on doit incendier, les colonnes les épargneront pour ne pas différer leur marche ; mais quelque chose qui arrive, les chefs de chaque colonne ne pourront se dispenser d’être rendus le 27 janvier au dernier lieu qui leur est indiqué. — Seront exceptés de l’incendie général les communes et bourgs ci-après indiqués : Clisson, Saint-Florent, Montaigu, La Chataigneraie, Sainte-Hermine, Machecoul, Chalonnes, Chantonnay, Saint-Vincent, Cholet, Bressuire, Argenton-le-Peuple, Fontenay-le-Peuple.» (Savary, tome III, p. 42)

Le 19 janvier, le général Cordellier (colonne n° 5) fit délivrer à chacun de ses chefs de corps l’instruction suivante : « Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main, ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie, seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes, seulement suspectes, ne seront pas plus épargnées, mais aucune exécution ne pourra se faire sans que le général l’ait préalablement ordonnée. — Tous les villages, métairies, bois, genets, et généralement tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes, après cependant que l’on aura distrait des lieux qui en sont susceptibles, toutes les denrées qui y existeront ; mais, on le répète, ces exécutions ne pourront avoir leur effet que quand le général l’aura ordonné. Le général désignera ceux des objets qui doivent être préservés de l’incendie. — Il ne sera fait aucun mal aux hommes, femmes et enfants en qui le général reconnaîtra des sentiments civiques, et qui n’auront pas participé aux révoltes des brigands de la Vendée ; il leur sera libre d’aller sur les derrières de l’armée, pour y chercher un asile, ou de résider dans les lieux préservés de l’incendie. Toute espèce d’armes leur sera cependant ôtée, pour être déposée dans l’endroit qui sera indiqué par le général. » (Savary, tome III, p. 56)

Les ordres de Turreau étaient nécessairement terribles, guerre oblige !, et il était normal qu’ils soient étendus, revêtant ainsi les généraux subalternes de pouvoirs immenses, car ces derniers allaient être livrés à eux-mêmes et devaient pouvoir faire face à toutes les situations. (C’est pour la même raison que les représentants en mission étaient revêtus de « pouvoirs illimités ».) Mais on voit, d’après leur répercussion par Cordellier, qu’ils ordonnaient de faire des distinctions dans la population, ce qui fut fait en effet, mais ni partout ni tout le temps. Autrement dit, ces ordres ne présumaient pas la manière dont ils seraient exécutés. Aussi, quand le Comité répondit à Turreau le 6 janvier qu’il attendait de voir ce qu’il allait faire réellement, il pouvait à bon droit croire que, quoique excessifs sur le papier, l’armée appliquerait ces ordres avec discernement, et même craindre qu’elle soit trop en deçà, tant il était habitué aux généraux qui brassaient du vent. Les mêmes ordres exécutés par d’autres généraux, sous un autre commandant en chef, auraient pu l’être de manière très différente, mieux ciblée et moins barbare, comme le souhaitait le Comité (rapport de Barère du 12 février, par exemple), comme le firent d’ailleurs certains généraux (car l’histoire n’a évidemment retenu que les pires). Enfin, disons une dernière fois que le Comité est resté longtemps (et peut-être même toujours) dans l’ignorance de ce qu’il se passait réellement sur le terrain. Nous en savons aujourd’hui plus que lui… On ne peut le juger d’après des informations qu’il n’avait pas, pour des intentions qu’il n’a jamais eues et des ordres qu’il n’a jamais donnés, contrairement aux affirmations de certains.

CONCLUSION :

En 1795, le général Turreau a affirmé qu’il n’avait été que l’instrument passif du Comité. Mais entre ce qu’il a déclaré à une époque où il était convenu que le Comité de salut public et Robespierre en particulier avaient été responsables de tout, et les lettres de Turreau au Comité de salut public, à l’époque des faits, dans lesquelles il revendique hautement la paternité des colonnes « infernales », que croire ? Pour ma part, la réponse est évidente.

Pour moi, la vraie question est la suivante : Pourquoi le Comité, qui n’approuvait pas la tactique de Turreau de diviser les forces, et en a blâmé les résultats sans même connaître l’étendue du drame en cours, ne l’a-t-il pas destitué plus tôt, voire fait condamner pour crimes contre l’humanité (je sais, la notion n’existait pas encore), comme le fut plus tard Carrier ? (Le cas Carrier, rappelé mais non inquiété, soulève la même question.) La réponse est sans doute dans le fait que la situation était alors dramatique et compliquée à tous les niveaux (économique, politique, social, etc.). Le Comité dirigeait la France, une France en guerre contre toute l’Europe, il n’avait pas que la Vendée sur les bras (dont il méconnaissait la réalité) et il était dans un jeu de bascule permanent où le moindre faux pas était la mort assurée.

Retrouvez tous ces documents et des milliers d’autres dans mon ouvrage : « La Guerre de l’Ouest dite de Vendée ».

22:33 Écrit par Philippe Landeux dans - REVOLUTION 1789-1794 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

jeudi, 10 décembre 2015

PENSEE DU JOUR : besoins, devoirs et droits

Tout devoir a pour origine un besoin dont il transforme en droit la satisfaction.

Besoins et droits.jpg

04:57 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG, 7.1. PENSEES DU JOUR | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

mardi, 08 décembre 2015

UN VERRE AVEC PH LANDEUX (vidéo)

Discussion à bâtons rompus, avec Ph. Landeux, sur Largent et la notion de valeur marchande, la monnaie et ses mécanismes, le revenu de base, la contradiction du système monétaire, l’Egalité, l’immigrationnisme, La démocratie et la formation des lois, Etienne Chouard, Alain Soral, Francis Cousin, Etc.

(Désolé pour le bruit de fond parfois élevé. Mais, prenez-vous un verre, montez le son, et regardez comme si vous y étiez.)

vlcsnap-49922.png

Pour voir la vidéo, cliquez sur l'image.

11:02 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

samedi, 07 novembre 2015

L'IMMIGRATIONNISME ET LARGENT

Un des principaux arguments des immigrationnistes est la question des retraites, que la diminution de la population active, du fait de la baisse de la natalité, rendra impossible à financer. L’immigration n’est pas une solution, au contraire ; mais le problème soulevé est bien réel.

Tout le monde sait, par ailleurs, que l’immigration est voulue par le patronat pour faire baisser les salaires et augmenter ses profits.

Enfin, l’immigrationnisme — à l’instar de l’euro-mondialisme, du droit-de-l’hommisme, de l’écolologisme — a aussi pour but de détruire les nations qui sont un frein au capitalo-libéralisme, et les banques sont à la pointe du combat.

En somme, une chose crève les yeux : l’immigrationnisme a l’argent pour moteur ; les immigrationnistes sont les valets de Largent. Or, dans un système monétaire, Largent est en effet le maître. Certains le servent consciemment, mais quiconque cautionne le système monétaire est tout autant son complice. On ne peut pas dénoncer les conséquences individualistes et inégalitaires de Largent si l’on cautionne la cause de ce système individualiste et inégalitaire, c’est-à-dire Larget lui-même. On ne peut pas dénoncer tout ce qui se rapporte à la finance sans jamais voir de quoi elle procède et ce qui en est le dénominateur commun, c’est-à-dire, une fois de plus, Largent. C’est du moins faire preuve d’un manque de cohérence. C’est tourner autour du pot.

En clair, Largent règne. L’immigrationnisme n’est qu’une de ses innombrables conséquences, toutes plus désastreuses les unes que les autres. Dénoncer l’immigration, dont il est question ici, sans dénoncer Largent, c’est parler pour ne rien dire. On ne peut faire obstacle à Largent qu’en renversant Largent lui-même, au nom de l’Égalité et de la patrie.

Pour plus de développements, voir le texte suivant : L'immigration auto-alimentée

18:10 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

mardi, 20 octobre 2015

RÉFLEXIONS SUR LE ROYALISME

La royauté a eu ses vertus à une époque. Mais cette époque est révolue. Les royalistes actuels vivent dans le fantasme ; ils croient au prince charmant. Qui pourrait prétendre aujourd’hui au trône de France ? Qui aurait la légitimité pour s’y asseoir et s’y maintenir ? Et surtout, de quelle légitimité aurait-il besoin ? Personne n’accepterait la fable du droit divin à propos d’un roi restauré par la grâce du peuple. Car, que les royalistes aient un seul ou plusieurs candidats à proposer, il faudrait soit que le peuple tranche, soit qu’il le plébiscite. Ce ne serait donc pas en premier lieu un roi de droit divin, comme en rêvent les royalistes, mais une sorte de président à vie, que toute trahison envers le peuple délégitimerait, ce qui n’est pas du tout la conception que les royalistes se font de la royauté. Si l’on suppose maintenant un roi qui n’aurait, comme dans toutes les monarchies actuelles, qu’une fonction symbolique (symbole d’unité nationale), tandis que le véritable pouvoir demeurerait entre les mains d’élus, qu’y aurait-il de changé fondamentalement ? qu’apporterait de plus ce système ? Est-ce seulement le système désiré par les royalistes ? Et cette royauté s’accompagnerait-elle de l’instauration d’une noblesse, voire de la restauration de l’ancienne noblesse ? Qui accepterait pareille chose, qui ne serait que l’ajout d’une oligarchie à une autre ? Les royalistes qui, pour beaucoup, n’ont pas d’ascendances « nobles », tempêtent contre un système faussement démocratique dans lequel des élus confisquent la souveraineté ; ils ne risquent pas d’apprécier l’érection d’une classe dont les privilèges et les abus inévitables seraient justifiés par la naissance, c’est-à-dire par rien. 

Ainsi, les royalistes purs et durs, qui rêvent d’une royauté de droit divin et héréditaire, peuvent attendre ; et les royalistes modérés, qui conspuent la république parce qu’ils croient que les vices du système tiennent à son nom et aux hommes qui l’incarnent, en proposent un qui, au mieux, ne serait pas pire que celui qu’ils rejettent et qu’ils auraient tôt fait de détester.

Un système monétaire est par nature inégalitaire, donc oligarchique, et toute oligarchie est antidémocratique et antinationale, puisque on ne peut sérieusement être contre le peuple et pour la nation qu’il constitue. (Quand ils s’en parent, le nationalisme ou le patriotisme des oligarques n’est qu’une façade ; ils ne voient alors dans la nation, dans le pays, dans la patrie, dans le peuple, qu’un pré carré qu’ils défendent pour préserver ou assouvir leurs intérêts et non pour œuvrer dans l’intérêt commun.) Et le système monétaire génère et alterne entre deux oligarchies : l’oligarchie aristocratique (celle des soi-disant nobles) et l’oligarchie ploutocratique (celle des riches). La première tient son pouvoir de la force qui lui procure l’argent ; la deuxième tient sa force de l’argent qui lui procure le pouvoir. Quand une oligarchie n’écrase pas l’autre, elles cohabitent et s’entendent comme larrons en foire. Or, ce que la plupart des royalistes honnissent dans le système politique actuel, c’est son caractère à la fois oligarchique et ploutocratique qui se retrouverait dans celui qu’ils imaginent, parce que ce caractère dépend moins des hommes en place que de la nature profonde du système. Et ce système, quoi qu’on en dise, est de nature monétaire.

C’est donc se tromper de combat que de lutter pour un changement politique, quel qu’il soit (monarchique, démocratique, etc.), si l’on désire un véritablement changement, un changement en profondeur, un changement positif dans l’intérêt de tous. Les vertus de tout système politique sont illusoires dans un système monétaire aux vices intrinsèques. L’ennemi est et a toujours était Largent. Il doit être combattu au nom de l’Égalité et de la patrie. Il était invincible à l’ère agricole et artisanale qui a vu prospérer l’oligarchie aristocratique. Il était invincible encore à l’ère industrielle qui a vu prospérer l’oligarchie ploutocratique. Il est désormais vulnérable et condamné à mort à l’ère informatique qui verra triompher le peuple et la véritable démocratie.

11:49 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

PENSEE DU JOUR : bis repetita

Tout corps, tout système cherche à sauvegarder son existence et à se perpétuer. Il favorise tout ce qui tend à ces buts, tout ce qui sert ses intérêts tels qu’il les conçoit. Il fabrique donc les rouages propres à faire tourner la machine comme il l’entend. Tout ce qui sort ou semble sortir de ses normes est regardé comme potentiellement dangereux et est écarté, traité en étranger, en paria voire en ennemi. Il ne peut donc s’améliorer que malgré lui ou par hasard. Il ne peut être tiré vers le haut que par des éléments ayant longtemps dissimulé leur originalité pour pouvoir arriver à des fonctions vitales, à des postes clés. (Encore ces éléments ne seront-ils pas les plus géniaux, car les génies ne peuvent se contenir sous peine d’étouffer et sont donc vite repérés, marginalisés, dégoûtés et écrasés avant d’avoir pu déployer leurs talents.) Mais même dans ce cas, le corps leur oppose sa force d’inertie qui, le plus souvent, brise leur élan.

Il s’ensuit : 1) qu’un système ne peut se réformer de l’intérieur, car tout ce qui en émane a précisément pour objectif que rien ne change, même au nom du changement, 2) que tout système, bon ou mauvais, question de point de vue, peut se reposer sur ces mécanismes « naturels » (vicieux ou vertueux, là encore question de point de vue) pour se perpétuer, 3) que la véritable chose à changer n’est pas la forme apparente du système dont les hommes sont les rouages mais la superstructure du système (formée aujourd’hui par la monnaie) qui ne dépend pas d’eux.

09:46 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG, 7.1. PENSEES DU JOUR | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

mercredi, 07 octobre 2015

RÉVOLUTION – LES BASES DU CIVISME (livre)

Révolution poche - couv recto.jpgL’argent n’est qu’un moyen. Tout dépend de la manière dont on l’utilise. Faux. Rien n’est plus faux ! Mais c’est parce que tout le monde tient ce genre de discours que Largent assied sa puissance sur les hommes et devient invincible. Les mauvaises affirmations chassent les bonnes questions. Qu’est-ce que Largent ? Pourquoi le dénoncer ? Comment le renverser ? Telles sont les questions auxquelles Philippe Landeux a répondu dans sa théorie de la Cité, appelée « le Civisme », et dont il a présenté les grandes lignes dans une série de douze vidéos. Le présent livre contient les textes de ces vidéos.

Faites vos bagages ! Attachez vos ceintures ! Ceci est un voyage sans retour. Vous allez passer de l’autre côté du miroir. Vous ne verrez plus jamais les choses sous le même angle. Vous allez mourir. Vous allez renaître.

Révolution poche - couv recto.jpg

 

 

 

 

 Format poche

191 pages de texte

9 € (+ frais de port)

5 € en PDF

 

Pour commander le livre, cliquez sur l'image

 

mardi, 06 octobre 2015

L'EUROPE, UN PROJET CAPITALISTE ET CONTRE-REVOLUTIONNAIRE

Vidéo 1 – Qu’est-ce que la démocratie ?
Vidéo 2 – Qu’est-ce que Largent ?

Vidéo 3 – Qu’est-ce que la monnaie ?
Vidéo 4 – Anachronisme du système monétaire
Vidéo 5 – Qu’est-ce que l’Égalité ?
Vidéo 6 – Le Contrat social de la Cité
Vidéo 7 – Le moyen d’échange de la Cité : la Carte civique
Vidéo 8 – Retraite & chômage dans la Cité
Vidéo 9 – Les entreprises dans la Cité
Vidéo 10 – La Cité et les échanges internationaux
Vidéo 11 – Distinction entre Citoyenneté et Nationalité
Vidéo 12 – Le système politique de la Cité

 

« La paix de l’Europe, c’est la guerre aux peuples. »

« L’Europe est l’expression de Largent. »

 

Dans ma dernière vidéo, j’ai dit qu’aucune révolution ne sera possible ou seulement envisageable tant que ne seront pas réglés, d’une manière ou d’une autre, les questions de l’Europe et de l’immigration. Bien que ces deux sujets soient liés, je vais les traiter séparément, en commençant par l’Europe. Qu’est-ce que l’Europe, à l’origine et en réalité, physiquement et politiquement ? Pourquoi l’Europe est-elle contre-révolutionnaire ? Pourquoi faut-il en sortir pour faire la Révolution ? Voilà mon plan.

Avant d’être quoi que ce soit d’autre, l’Europe est le continent des Blancs. Elle s’étend de l’Atlantique à l’Oural, du nord de la Méditerranée au cercle polaire. Tous les Blancs de par le monde proviennent de cette région, et dire de quelqu’un qu’il est de « type européen » signifie que c’est un Blanc. Bref, la partie de la planète que les Blancs occupent depuis des millénaires se distingue des autres par ce seul trait et est appelée « Europe », du nom d’une princesse mythologique grecque. Cette population blanche est divisée en de nombreux peuples présentant des caractéristiques physiques et culturelles typiques. Ils n’ont pas même de langue commune. Néanmoins, dans l’espace géographique ainsi délimité, les idées ont circulé (via le commerce, les guerres, les mariages, etc.), de sorte que tous les peuples européens sont d’un niveau technologique équivalent comparé aux autres civilisations. Tous, malgré des nuances, sont également chrétiens (catholiques, protestants, orthodoxes, etc.), du moins historiquement et culturellement. Les Blancs étaient d’ailleurs appelés « chrétiens » bien avant d’être appelés « européens ». En somme, l’Europe est peuplée d’hommes n’ayant guère en commun que leur race (blanche), leur niveau technologique et la base de leur religion.

Mais ce peu qu’ils ont en commun suffit à distinguer les Européens du reste de l’Humanité, c’est-à-dire des autres races peuplant les autres continents et ayant leurs propres caractéristiques. Pour autant, ils n’ont jamais eu conscience de former un tout et se sont, au contraire, déchirés tant et plus. Mais les deux derniers conflits ont été tellement meurtriers qu’il leur a ouvert les yeux, que, pour ne plus revivre pareilles tragédies, ils ont projeté de former désormais une même famille. Voilà du moins la légende, la fable qui a été vendue aux peuples européens pour qu’ils cautionnent l’« Europe » ! « L’Europe, c’est la paix ! La paix, c’est bien ! » Les peuples européens qui avaient tant souffert n’aspiraient bien sûr qu’à la paix. Ils ont cru que l’« Europe », ce serait la fraternité entre les peuples. Car les Européens, quoi qu’on en dise, ne sont pas un peuple ; ce sont des peuples. Qu’ils ne haïssent plus leurs voisins est une chose ; qu’ils se confondent avec eux en est une autre ! Or l’européisme postulait que la guerre est le fait du patriotisme et des nations, que, pour avoir la paix, il faut donc détruire les nations, c’est-à-dire les peuples. La paix de l’Europe, c’est la guerre aux peuples ! Il aurait évidemment était un peu plus difficile de vendre l’« Europe » en annonçant aussi clairement la couleur !

On comprend mieux que la paix n’a jamais été elle-même qu’un prétexte, comme la destruction des peuples, qu’un moyen. La construction européenne, telle qu’elle a été mise en œuvre, a toujours visé à la destruction de l’Europe, c’est-à-dire des pays européens. Il ne s'est jamais agi de construire une Europe identitaire, c’est-à-dire, comme l’ont cru les peuples européens, une Europe rassemblant les peuples européens de facto de part leur identité, selon l’axiome « qui se ressemblent s’assemblent ». Le nom « Europe » a été employé à dessein pour les rouler dans la farine et cela a si bien marché que beaucoup n’ont toujours pas compris. Il ne s'est jamais agi non plus de construire une Europe puissance, les fameux « états-unis d’Europe », selon l’adage « l’union fait la force », mais d’organiser l’impuissance des pays européens face aux États-Unis. Car il faut enfin le dire, les « pères de l’Europe », les Schuman, les Monnet et compagnie, étaient, de notoriété publique, des atlantistes, des agents américains ; tous les dirigeants actuels de l’Europe et des nations européennes le sont également, plus ou moins ouvertement, quoiqu’ils se cachent de moins en moins. Citerais-je le cas de Sarkozy, le soi-disant gaulliste, qui a replongé la France dans l’OTAN, dont de Gaulle l’avait faite sortir, et qui a livré des guerres, notamment en Libye, pour le compte de l’Amérique (je veux dire du gouvernement américain), contre les intérêts français et européens ? Faut-il évoquer le traité de libre échange transatlantique, tout en faveur de l’Amérique ? Faut-il signaler que les eurocrates sont des immigrationnistes acharnés, que tout est prétexte pour eux de faire entrer toujours plus d’immigrés et d’empêcher les pays de s’opposer à cette invasion. L’Europe était blanche quasiment à 100 % quand a débuté la construction « européenne ». L’immigration extra-européenne n’en était qu’à ses débuts et n’a vraiment commencé à être visible qu’à partir des années 1970-80. Qu’en est-il aujourd’hui ? Dans beaucoup d’endroits, dans des quartiers, des villes, des départements, les Blancs ont quasiment disparu, mais il est interdit de le constater et encore moins de le dénoncer. Les États-Unis, de quoi je me mêle ?, encouragent cette politique et financent, directement ou indirectement, le pseudo antiracisme, le communautarisme et même l’islamisme. Ne plaident-ils pas aussi pour l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne, alors que les Turcs ne sont européens sous aucun rapport ? Cette adhésion, rejetée d’instinct par tous les peuples, n’est pas encore faite, mais tous les dirigeants européens l’envisagent et n’y voient rien à redire sur le fond. Washington a parlé ! Comment des dirigeants qui prétendent, qui, du moins, sont supposés défendre les intérêts de leurs pays et de l’Europe peuvent-ils se soumettre à ce point à une puissance étrangère ? Comment peuvent-ils trahir leurs peuples à ce point ? Mais n’est-ce pas précisément leur véritable fonction ? N’est-ce pas précisément pour cela qu’ils sont placés, par des manœuvres occultes, à la tête de tous les états ? Car, il ne faut pas être dupe ! Les élections, quand il y en a, ne sont faites que pour amuser la galerie. Les électeurs ne choisissent pas qui ils peuvent élire ; et les médias se chargent bien de leur « expliquer » qui ils doivent élire. Et si le peuple vote « mal », ils passent outre. Nous sommes dans une illusion de démocratie ; le peuple n’est consulté que pour donner une apparente légitimité à ses maîtres patentés. Mais je reviendrai plus loin sur ce sujet de la démocratie et, pour tout ce qui concerne les coulisses de l’Europe, je vous renvoie aux travaux de François Asselineau ou de Pierre Hillard, dont beaucoup de vidéos édifiantes circulent sur le Net.

Pour ma part, je préfère aborder le sujet de manière plus dialectique, car une approche pratique embourbe dans les détails et fait perdre de vue l’essentiel. L’essentiel, c’est que l’« Europe », l’Europe institutionnelle, l’Union européenne (le mensonge européen) est tout entière dans le système monétaire ; elle n’est que le reflet de la monnaie ; elle est l’expression directe et ultime de Largent. Voilà, tout est dit. Bon, j’ai vais quand même développer !

Largent, c’est la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger. Cette croyance est née du troc et a été perpétuée par la monnaie ; elle est inculquée à tous par la pratique de l’échange monétaire, de sorte que Largent règne dans les esprits. La monnaie est le moyen d’échange qui correspond à la conception de l’échange selon Largent. Or, de par Largent et les principes de fonctionnement de la monnaie (vidéo 3), un système monétaire est intrinsèquement individualiste et inégalitaire donc oligarchique (pouvoir de quelques-uns) voire ploutocratique (pouvoir des riches). Il y aura toujours des riches et des pauvres dans un système monétaire, sous Largent : une minorité de riches qui a par définition le pouvoir sur la majorité des pauvres qu’elle exploite. C’est ce que l’on appelle une « oligarchie ploutocratique ». Or un système oligarchique n’est pas démocratique, même si, pour apaiser les masses, il adopte des formes et surtout des formules populaires qui n’en font pas moins que le peuple est nul. Comprenons bien que la nature oligarchique du système n’est pas le fait des riches ; elle résulte de la nature inégalitaire du système monétaire dans lequel Largent est roi. Ce ne sont pas les riches qui prennent le pouvoir ; c’est Largent et la monnaie qui le leur donnent. Ils ne peuvent pas le perdre, en tant que classe. Ils peuvent éventuellement le renforcer, mais ils ne peuvent pas le détruire, à moins d’abolir le système monétaire lui-même et d’anéantir Largent, ce qu’ils ne feront évidemment jamais. Des têtes peuvent tomber, la fortune peut tourner, mais les places seront prises par d’autres sans que l’ordre des choses ne soit bouleversé.

Par ailleurs, la monnaie qui perpétue la logique du troc, c’est-à-dire de l’échange d’objets entre individus, fonde un mode d’échange individualiste, asocial et antisocial : dans la mesure où la monnaie incarne la plupart des droits et où il appartient à chacun de s’en procurer comme il peut aux dépens des autres (tous les moyens étant bons vu que « l’argent n’a pas d’odeur »), nul n’a de devoirs envers la « société » puisqu’elle ne garantit rien en retour, il n’y a pas vraiment de « société » ou de « nation » (Les expressions « société monétaire » et « monnaie nationale » sont des oxymores.) et nul n’est à proprement parler « citoyen » ; ce que l’on appelle société n’est qu’une concentration d’individus livrés à eux-mêmes et en guerre permanente les uns contre les autres. En clair, dans un système monétaire, c’est chacun pour soi. Ce n’est pas parce que les hommes sont égoïstes, individualistes par nature, mais parce qu’ils n’ont pas le choix : telle est la règle du jeu sous Largent. Et les meilleurs à ce jeu sont bien sûr les riches dont l’intérêt, pour être plus riches encore, est d’exploiter toujours plus de monde, d’exploiter, s’ils le peuvent, le monde entier. Dès lors que Largent détruit la Société de l’intérieur, les peuples, les nations, les patries, les pays, les frontières ne sont plus qu’une vue de l’esprit ; alors chaque individu n’a de devoirs qu’envers lui-même et les autres, tous les autres, ne sont pour lui que des concurrents, des étrangers, des ennemis ou des proies. Dans ces conditions, les riches ne conçoivent pas les entraves à la liberté d’exploiter ici comme ailleurs et travaillent à les lever toutes ; ils en ont le pouvoir. Or, parmi ces entraves figure la multitude des législations, plus ou moins protectrices, des différents pays qui existent malgré tout, à l’instar des peuples. La solution : uniformiser les législations avant de les supprimer et, pour ce faire, fusionner les pays, les dépouiller de leur souveraineté, détruire de l’extérieur ou de l’intérieur les réticents. L’« Union Européenne », dont les peuples européens n’ont pas encore vu les bienfaits, dont ils commencent même à sentir l’imposture, s’inscrit clairement dans ce projet. Elle n’est qu’une étape d’un projet plus ambitieux, plus global appelé « gouvernance mondiale ». En somme, l’euro-mondialisme est le pendant de l’individualisme qui découle de la monnaie, elle-même de Largent ; tous deux riment avec capitalisme. « L’Europe » n’est pas une communauté élargie, comme on l’a fait croire aux Européens ; elle est le fait de l’absence de véritables communautés. Elle n’éloigne pas les frontières, elle ne repousse pas les frontières nationales sur les pourtours de l’Union ; elle profite du fait que les frontières ont été ramenées au niveau de chaque individu, qu’il y a autant de frontières que d’individus, que chaque individu est soi-disant souverain. L’« Europe » n’est pas une construction ; c’est une destruction de ce qui existait encore des communautés. Revenir à la nation, qui n’a elle-même été jusqu’à présent qu’une illusion, parvenir à former de véritables communautés nationales, ne serait pas une régression ; ce serait au contraire l’acte le plus constructif depuis des millénaires, un pas décisif contre l’individualisme, une avancée prodigieuse vers la communauté et l’harmonie sociale.

J’ouvre une parenthèse sur une autre forme de mondialisme, considéré comme philanthropique celui-là, à savoir l’humanisme bon marché, l’universalisme démagogique, appelé aussi « sans-frontiérisme » ou « droits-de-l’hommisme ». Ce mondialisme repose sur des postulats si contradictoires qu’il ne peut constituer ou ne serait-ce que formuler un projet. Il a en horreur le mondialisme ouvertement capitaliste dont il est cependant l’allié objectif et permanent. Il procède lui aussi de l’individualisme insufflé par Largent et la monnaie. Mais, à la différence du premier, il voit dans les autres hommes, surtout dans ceux qui sont hors de vue, des frères, des amis, des égaux, des victimes. Comme il nie les peuples et les frontières, il croit être chez lui partout chez les autres, mais veut surtout que tous les autres viennent chez lui, n’en déplaise aux « siens ». Il ne sait pas ce qu’est véritablement un Citoyen, mais il se proclame « Citoyen du monde ». Il ne sait pas ce qu’est l’Égalité, mais il a toujours ce mot à la bouche et le discrédite. Il ne veut aucun devoir, mais distribue les droits sans compter, surtout aux étrangers. Il vomit, avec raison, le colonialisme français du XIXe siècle, mais applaudit à la colonisation de la France. Il se dit « anticapitaliste » mais soutient « l’armée de réserve du capital » et toutes les fausses mesures sociales (sociétales) réclamées par le capitalisme. Avec lui, c’est toujours deux poids, deux mesures, tout et son contraire. L’amour des Autres n’a d’égale chez lui que la haine des siens et de lui-même. Il voit partout des extrémistes alors que c’est lui qui ne veut pas être raisonnable. Il se dit « antifasciste » mais son sectarisme et sa violence font de lui le seul fasciste dans l’histoire. Il nie les races, mais institue le racisme au nom de l’antiracisme qui racialise tout. Il croit respecter les immigrés alors qu’il n’a pour eux que de la condescendance, c’est-à-dire du mépris refoulé. Bref, il n’apporte rien à personne sinon au système, qu’il sert sans s’en rendre compte ; il est « l’idiot utile » du capitalisme contre son propre peuple, contre tous les peuples. ― On pourrait dire à peu près la même chose à propos des écolo-gauchistes qui, eux, nient les frontières et les peuples et prônent donc le mondialisme au nom de la nature et des problèmes écologiques qui, effectivement, concernent la planète. Mais ce n’est pas en détruisant les nations qui sont les seuls freins au capitalisme que ces problèmes engendrés par la course au profit seront résolus, bien au contraire ! Le mondialisme, c’est-à-dire la domination absolue de Largent sur le monde, ne peut être que catastrophique dans tous les domaines.

Mais je reviens à la dialectique. Tous les pays européens sont monétaires, donc capitalistes et oligarchiques. La pseudo union de ces pays, qui éloigne un peu plus le pouvoir des peuples, ne peut être que super-capitaliste et super-oligarchique. « L’Europe » est intrinsèquement une dictature, celle des riches, des multinationales, des banques et, au-dessus de tout, celle de Largent. Ce n’est pas l’Europe des peuples, mais celle du pognon. D’ailleurs il n’y a même pas d’Europe, il n’y a pas d’esprit européen. Largent n’a pas de patrie ! Eurocrates et Européistes qui taxent de « fascistes » les patriotes dans leurs pays respectifs ne conçoivent pas davantage un patriotisme européen. Ils abhorrent le patriotisme et l’idée de patrie. Ce sont, je l’ai déjà dit, des individualistes. Ils ne veulent pas d’une Europe forte, ils n’ont pas le culte de la force (c’est fasciste ! du moins quand cela les arrange) ; ils veulent des peuples faibles et des riches tout puissants.

La manière dont le « machin » appelé « Europe » s’est construit annonçait la couleur. Souvenons-nous. Il s’appelait, au début, « Communauté économique européenne ». Économique ! Après cela, ils nous ont fait le marché commun et la monnaie unique. Cette façon de procéder pouvait sembler logique, mais quand tout tourne autour de l’économie, alors que le système est monétaire, nul besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’il tourne autour de Largent, que la raison d’être de tout ceci est de tout asservir à Largent, de renverser toutes les barrières pour que Largent règne sans conteste.
 
Autre chose. La monnaie divise les hommes, puisqu’elle les oblige à s’en procurer aux dépens d’autrui. Or c’est par une monnaie unique que les Eurocrates ont cherché à unir les pays européens — et à les détruire au passage. Mais comment la monnaie qui divise les hommes pourrait-elle unir les nations ? Comment la même chose pourrait-elle avoir des effets opposés ? On peut disserter en économistes sur l’absurdité d’une monnaie unique, disséquer les mécanismes qui devaient fatalement conduire à l’échec, mais il est inutile d’être un professionnel pour en comprendre la raison fondamentale : c’est que la monnaie n’est pas faite pour le rôle qui lui a été assigné. Certes l’euro résiste encore, mais combien de temps ? et à quel prix ? Après seulement 15 d’existence, il est déjà honni. Mais les Eurocrates lui sacrifient tout pour le sauver, ils sacrifient littéralement les peuples européens sur l’autel de Largent. On ne peut être plus clair ! Les peuples, ils s’en foutent ! et ce depuis toujours.

Certains tombent des nues devant les politiques « européennes », antisociales, antidémocratiques, capitalistes, antlantistes, etc. Ils croient à des erreurs, à des maladresses ; ils voudraient « une autre Europe ». Ils n’ont rien compris au film ! Il ne peut pas y avoir d’« autre Europe », de « vraie Europe », d’« Europe sociale » dans le contexte monétaire. « L’Europe » est ce qu’elle est parce que c’est ce qu’elle a toujours voulu être et parce qu’elle ne peut pas être autre chose. Une « Europe sociale » est un mythe, comme l’était un « plan B » en 2005. J’ai voté Non en 2005 ; j’ai voté contre l’« Europe ». Il n’y avait même pas besoin de lire le traité pour savoir que c’était un piège pour les peuples. Les naïfs ont cru qu’il s’agissait d’accepter ou de rejeter un texte ; ils voulaient enfermer leurs contradicteurs dans cette question. Mais la question importait moins que la réponse. Il s’agissait de cautionner ou de rejeter l’« Europe » elle-même, et c’est ainsi que l’Histoire se souviendra de la victoire du Non. L’« Europe » est morte cette année-là. Elle aurait du éclater. Mais elle ne pouvait évidemment pas s’avouer vaincue. La seule solution, pour elle, était donc de passer en force, comme elle l’a fait en 2009 avec le traité de Lisbonne. Les Eurocrates ont pour ainsi dire gagné la deuxième manche. Une victoire à la Pyrrhus en réalité ! Ce déni démocratique a révélé son vrai visage et lui a fait perdre toute légitimité. Elle se maintient encore, aux forceps, mais elle est moribonde, elle craque de partout et elle n’en a plus pour très longtemps.

Ce qui m’amène à mon sujet principal : la Révolution et le caractère contre-révolutionnaire de l’européisme.

Je rappelle en quelques mots ce que j’appelle « la Révolution ». La révolution du XXIe siècle, comme toute révolution, aura pour but l’Égalité, l’égalité des Citoyens en Devoirs et en Droits, dont celui d’accéder librement au marché, du fait même qu’ils soient Citoyens. A la différence de toutes les autres révolutions, elle aura les moyens de ses ambitions. Grâce à l’informatique, les Citoyens pourront être dotés par la Cité de cartes à puce qui leur permettront d’attester leur Citoyenneté auprès des commerçants et dès lors d’accéder librement au marché, puisque la Citoyenneté, compte tenu de tout ce qu’elle impliquera alors et que je ne vais pas développer ici, sera la condition de ce droit. Ce droit étant conféré par la Citoyenneté, il ne le sera donc pas par une monnaie ; il n’y aura pas de monnaie sous quelque nom que ce soit, donc pas de prix, pas d’impôts, etc. ; le système ne sera plus monétaire. Les Citoyens exerceront leur droit comme ils voudront, mais ils seront bel et bien égaux en droits, d’abord dans le droit d’accéder au marché, puis dans tous les droits qui passent par celui-là, c’est-à-dire presque tous quand on y réfléchit. Je n’en dis pas plus ; je vous renvoie à mes vidéos sur la Révolution et à la série sur les bases du Civisme, notamment celle sur la Carte civique.

La prochaine Révolution anéantira Largent et la monnaie au nom de la patrie et de l’Égalité (bien comprise). « L’Europe », c’est l’inverse : elle détruit, au nom de Largent, les peuples maintenus dans l’inégalité par la monnaie. « L’Europe actuelle » est l’antithèse de la Révolution. Mais, comme je l’ai dit, il ne peut y avoir d’« autre Europe » et, en réalité, l’Europe n’existe pas, sinon sur le papier ; il n’y a pas de peuple européen, pas de nation européenne. Il s’ensuit que « l’Europe » (capitaliste) ne fera jamais la Révolution (anticapitaliste), qu’elle fera même tout pour s’y opposer, et que la Révolution ne pourra non plus se faire au niveau européen. Une Révolution demande des conditions particulières qui sont rarement réunies dans un pays et qui ne peuvent l’être dans tous en même temps. Quand un peuple est prêt, il la fait et rien ne peut l’empêcher de la faire. Pour que tous la fassent en même temps, il faudrait que le premier qui est prêt attendent avant d’agir que tous les autres le soient aussi, alors qu’ils ne le seront peut-être jamais ou pas avant longtemps. Cela ne peut pas fonctionner comme ça et ce n’est pas comme ça que cela fonctionne ! Quand un fruit est mûr, il tombe. C’est pareil pour la Révolution. Bref, les Européens ne se lèveront jamais comme un seul homme et même si, hasard ou effet d’entraînement, tous les peuples d’Europe faisaient la Révolution en même temps dans leur pays, ils la feraient chacun pour eux-mêmes, ce serait autant de révolutions nationales et non une seule révolution.

Puisque « l’Europe » ne fera pas la Révolution, puisque la Révolution ne pourra pas se faire dans le cadre de « l'Europe », le premier pays qui voudra la faire — et je gage que ce pays sera la France — devra soit être sorti de « l’Europe » depuis longtemps, soit en sortir à ce moment-là. Pour un révolutionnaire, sortir de « l’Europe » est une nécessité absolue. On peut vouloir sortir de « l’Europe » pour d’autres raisons que la Révolution (et elles ne manquent pas), mais quiconque ne désire pas en sortir est un contre-révolutionnaire. Un européiste, qu’il en soit conscient ou non, est un suppôt du capitalisme et de Largent, un ennemi des peuples et de la Révolution.

De toute manière, « l’Europe » est vouée à la destruction. Ce château de cartes, érigé par le mensonge et cimenté par la monnaie, ne peut que s’effondrer. Contrairement aux apparences, « l’Europe » est déjà morte. La question n’est donc pas de savoir si nous en sortirons, mais quand et comment, si nous contrôlerons la sortie ou si nous en sortirons en catastrophe. D’un point de vue révolutionnaire, l’idéal serait d’en sortir le plus vite possible pour que le pays retrouve sa souveraineté et le peuple, son unité. En sortir ne sera pas une révolution mais une condition nécessaire pour pouvoir faire la Révolution. En théorie, un pays qui se lancerait dans la Révolution sans être encore sorti de « l’Europe » pourrait en sortir à ce moment-là, rien ne pouvant l’en empêcher, le baratin et les menaces n’ayant plus prise sur lui. Mais un pays qui ne serait pas encore sorti de « l’Europe », outre qu’il serait encore gouverné et paralysé par les traîtres, serait obsédé par ce besoin de sortir de « l’Europe » ; il n’aurait pas la tête à la Révolution ; il voudrait retrouver sa souveraineté et non conquérir l’Égalité. Même chose pour les pays qui, n’ayant pas envisagé de sortir de « l’Europe », s’accrocheront à elle jusqu’au bout, sombreront avec elle, en sortiront de facto  et auront alors à gérer cette crise ; ils n’auront pas la tête à la Révolution. Conclusion : d’abord on sort de « l’Europe », ensuite on peut songer à la Révolution et la faire. Voilà le seul ordre gagnant ! Je ne dis pas que l’on ne peut pas penser dès aujourd’hui à ce que doit être la Révolution, mais qu’un vrai révolutionnaire sait que la Révolution est impossible dans le cadre de « l’Europe » et que pour la faire, il faut avant toute chose sortir de cette dernière. Sortir de « l’Europe », c’est d’ailleurs se libérer de l’idéologie euro-mondialiste et capitalo-gauchiste, intrinsèquement anti-nationales et contre-révolutionnaires.

Je me résume. Tous les pays européens sont monétaires, donc inégalitaires et ploutocratiques. Tous sont soumis à Largent. Leur réunion ne pouvait être motivée que par Largent lui-même et ne pouvait déboucher que sur un système ultra-capitaliste et anti-démocratique. Mais le règne de Largent est aussi celui de l’individualisme et de son pendant le mondialisme. L’Union soit-disant « européenne » n’a non seulement jamais été conçue pour faire le bonheur des peuples mais, au contraire, pour les détruire, les dissoudre au nom de Largent ; elle n’a jamais eu pour but de faire des peuples européens une nation européenne, mais de les désarmer individuellement pour qu’ils ne puissent s’opposer à l’érection d’un gouvernement mondial, c’est-à-dire à la domination absolue des puissances financières (banques et multinationales), donc in fine à celle de Largent. Il ne s’agit ni d’un hasard ni d’un complot. C’est l’aboutissement logique de l’évolution d’un monde dans lequel tous les pays sont monétaires. Ceux qui servent consciemment ce projet ne sont jamais que les instruments de Largent. Dans ce processus, « l’Europe » n’était qu’une étape.

Mais le monde est travaillé par deux forces radicalement opposées : les lois de Largent et la volonté de l’Humanité. Les hommes aspirent à l’Égalité, à vivre en paix en société, en démocratie. Mais Largent renverse tous les principes de l’ordre social et réduit les hommes à de simples individus, inégaux, condamnés à la course au profit. Les hommes face à Largent, c’est le pot de terre contre le pot de fer. Largent, qui est avant tout une croyance, ne peut exister sans régner. S’il existe, c’est que les hommes lui sont soumis, et tant qu’ils ne l’anéantiront pas, ils seront ses esclaves. Mais il est possible de s’en libérer. Cette libération ne consiste pas à contester son pouvoir, mais à mettre un terme à son existence. Pour ce faire, il faut concevoir un autre mode d’échange, un mode d’échange conforme aux principes de l’ordre social, ne fonctionnant plus sur le schéma du troc, ne faisant plus appel à la notion de valeur marchande ; il faut surtout concevoir un nouveau moyen d’échange, qui, au lieu de n’avoir aucune dimension sociale, comme la monnaie, véhicule au contraire une conception de la société. Et il n’y a pas cinquante conceptions de la Société, il n’y en a qu’une. Il n’y a de Société qu’entre Citoyens égaux en Devoirs et en Droits, égaux notamment dans le Devoir de participer à la vie de la Cité, et égaux dans le Droit de profiter des bienfaits de la Cité, donc d’accéder librement au marché. C’est la Citoyenneté, et non la monnaie sous quelque non que ce soit, qui doit conférer le droit d’accéder au marché. Et il est aussi facile aujourd’hui que cela a été impossible jusqu’à présent d’appliquer ce principe — du moins dans les pays occidentaux. Il suffit que la carte d’accès au marché dont dispose les Citoyens servent à attester leur Citoyenneté, et non plus à manipuler des unités virtuelles ; il s’agit d’utiliser la technologie moderne mais à une autre fin. Le problème n’est donc pas technique, il est, pour ainsi dire, philosophique ; il est que les hommes, possédés par Largent, ne conçoivent pas cette forme d’échange. Peu importe ! la plupart d’entre eux ne la concevront qu’une fois qu’ils la pratiqueront, qu’une fois la Révolution faite.

Mais ce n’est pas « l’Europe » qui la fera ; elle n’en aura jamais ni la volonté ni la capacité. La Révolution qui vise à asseoir la Société sur ses bases ne pourra se faire qu’au niveau de ce que l’on appelle les « nations », qui seules ont les capacités techniques et morales de la faire et qui ne demandent qu’à être purgées de Largent pour être enfin de véritables Sociétés. C’est d’ailleurs parce qu’elles sont dénaturées et dominées par Largent qu’elles sont tombées dans son piège nommé « Europe ». Mais « l’Europe » est à son tour prise au piège de ses mensonges. De son point de vue, elle a atteint ses objectifs : tout asservir à Largent ; mais, du point de vue des peuples, ses résultats sont des échecs voire des trahisons. Largent règne toujours, plus que jamais, mais les peuples ne marchent plus. « L’Europe » est en outre confrontée à la contradiction fondamentale et désormais insurmontable du système monétaire en contexte de production industrielle, à savoir un pouvoir d’achat global inférieur à la production (vidéo 4), contradiction surmontée jusqu’à présent par des fuites en avant et qui est la véritable origine de la « crise » financière. Bref, l’Europe est au pied du mur. Rien ne peut la sauver et elle ne sauvera personne. Les peuples ne doivent plus compter que sur eux-mêmes. Mais, au-delà de « l’Europe » qui les réduit à l’impuissance à tous les niveaux, les vrais dangers sont, pour eux, d'une part, l’immigration massive, encouragée par « l’Europe » alors qu’elle menace de toute évidence leur existence, d'autre part, la fameuse contradiction économique qui bloque tout et que même une sortie de « l’Europe » ne résoudra pas. Sans parler de l’inégalité, inhérente au système monétaire, source constante de tous les fléaux sociaux. Sortir de « l’Europe » est donc une condition nécessaire à leur salut, mais pas suffisante ; ce serait un bon début, pas une fin en soi. Ils doivent se libérer de « l’Europe » pour ensuite renverser Largent, s’affranchir réellement, faire la Révolution ; car c’est pour renverser Largent qu’ils doivent sortir de « l’Europe ». Sans quoi, ils n’auront échappé aux valets que pour rester sous la coupe du maître. Mais s’ils parviennent à échapper à « l’Europe » par leurs propres efforts, ils feront la Révolution par la force des choses. Ils ne le savent pas, mais dénoncer « l’Europe », c’est dénoncer Largent, et quand ils seront sortis de « l’Europe », qu’ils seront remontés à bloc et qu’ils n’auront plus face à eux que Largent sans défense, les jours de ce dernier seront comptés.

Je terminerai par une image. « L’Europe », aux ordres de Largent, a ligoté les peuples entre eux pour qu’ils se noient mutuellement. Mais tôt ou tard, leurs liens se briseront. Néanmoins, ceux qui les déferont eux-mêmes avant d’avoir coulé pourront gagner le rivage et punir Largent ; mais ceux qui attendront qu’ils se brisent d’eux-mêmes seront entraînés par le fond et remonteront à la surface à moitié asphyxiés, inconscients, incapables de nager avant longtemps et peut-être emportés trop loin de la rive pour jamais l’atteindre.

Tout ce qui contribue à la destruction de « l’Europe » va bon gré mal gré dans le sens de la Révolution ; tout ce qui tend à la maintenir ou à la renforcer est de facto contre-révolutionnaire.

Largent est un Tyran !
L’Égalité ou la Mort !

Vive la Révolution !

04:02 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer |

mardi, 08 septembre 2015

PENSEE DU JOUR : l'humanité déshumanisante

Il n'y a rien de plus déshumanisant que de considérer un homme seulement comme un "être humain", comme un être que rien ne distingue des autres, comme un numéro parmi d'autres. C'est comme dire d'une Ferrari que ce n'est qu'une voiture. Ceux qui croient faire ainsi montre de grandeur d'âme et d'intelligence prouvent surtout qu'ils sont dépourvus de l'une et de l'autre. Avec eux, la Liberté et l'Égalité ne sont jamais que le masque de la tyrannie.

17:57 Écrit par Philippe Landeux dans 7.1. PENSEES DU JOUR | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |