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vendredi, 12 octobre 2018

PENSÉE DU JOUR : les « dissidents » en peau de lapin

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Niveau 0 : Critique tout et son contraire
Niveau 1 : Critique du système politique
Niveau 2 : Critique du système économique
Niveau 3 : Critique du système monétaire, sans alternative sérieuse

Chacun de ces niveaux marque a priori un degré de conscience supérieur par rapport au niveau précédent (conscience de la cause des problèmes). Mais, au final, à aucun de ces niveaux le système n’est critiqué dans son essence (Largent bien compris), de sorte qu’aucune de ces critiques n’est en mesure de proposer un système d’une nature différente, capable de résoudre, par une nouvelle force des choses, les maux qui suscitent l’indignation. Même le niveau 3, qui semble le plus près du but, et va en effet dans la bonne direction, n’a pas assez de consistance pour accoucher de quelque chose.

En fait, toutes ces critiques consistent à s’opposer plus qu’à proposer. Ce qu’elles prennent pour des propositions ne sont que des contre-mesures pour essayer d’anéantir en détail les effets d’une logique globale qui, elle, n’est pas remise en cause parce qu’elle est intégrée par le pensée. Sans doute certaines critiques sont-elles plus pertinentes que d’autres. Mais il n’y a pas de milieu. Il n’y a pas de lot de consolation. Soit on sort du système, soit on est toujours dedans. Or, si certaines de ces critiques montrent mieux que d’autres les mécanismes du système actuel, aucune ne permet d’en sortir, toutes condamnent à tourner en rond à l’intérieur. Il n’y a donc pas lieu de se féliciter d’avoir atteint tel ou tel niveau. Les canaris aussi chantent dans leur cage.

08:47 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG, 7.1. PENSEES DU JOUR | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

samedi, 22 septembre 2018

LES BASES DU CIVISME EN VIDÉO

1.jpgVidéo 1 – Qu’est-ce que la démocratie ?
Vidéo 2 – Qu’est-ce que Largent ?
Vidéo 3 – Qu’est-ce que la monnaie ?
Vidéo 4 – Anachronisme du système monétaire
Vidéo 5 – Qu’est-ce que l’Égalité ?
Vidéo 6 – Le Contrat social de la Cité
Vidéo 7 – Le moyen d’échange de la Cité : la Carte civique
Vidéo 8 – Retraite & chômage dans la Cité
Vidéo 9 – Les entreprises dans la Cité
Vidéo 10 – La Cité & les échanges internationaux
Vidéo 11 – Distinction entre Citoyenneté & Nationalité
Vidéo 12 – Le système politique de la Cité

Vidéos complémentaires :

Évolution révolutionnaire - Les origines du futur

Manifeste des Patriciens

Méta TV (20 mai 2014) - Un monde sans argent

Tous mes livres (version papier)

Tout sur le Civisme (PDF gratuits)

 Révolution - Pourquoi-Comment 3 - bonne version.jpg

12:06 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer |

PRINCIPAUX ARTICLES du blog

Mes textes sont généralement des réflexions de fond. Mais ils tombent dans les oubliettes des archives à mesure que le temps passe alors que tous sont d’actualité. Il me paraît donc utile d’indiquer les plus importants sur un même document qui sera maintenu en première page, afin que vous puissiez les trouver facilement. Les plus récents sont néanmoins signalés en rouge.

LIVRES téléchargement gratuit

Civisme intégrale - recto présentation.jpgCouverture - recto - essai (contours).jpgRobespierre - l'Âme de la Révolution - présentation couv recto (contours).jpgCouverture recto - Vive la Nation (contours).jpg

 

 

 

 

 

 

 

 PRINCIPES

SCHEMAS

POLITIQUE

IMMIGRATION & ASSIMILATION

DIVERS

DES HOMMES

12:06 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

ÉQUITÉ vs ÉGALITÉ

L'égalité pour les cons - 1234.jpg

Équité : le mot sonne comme un Principe, ce qui lui donne un caractère imposant. Mais, à la vérité, il sonne creux & ne charme que les sourds.

L’Équité évoque la Justice mais se veut plus nuancée que l’Égalité. Autrement dit, elle s’oppose à l’Égalité, au Principe fondamental de l’Ordre social, à laquelle elle prétend substituer une vague notion de justice, fondée sur l’appréciation personnelle. Car si elle rejette l’Égalité qui ne fait pas de distinctions, c’est pour établir, elle, toutes les distinctions possibles & imaginables ; si elle rejette le Principe de l’égalité des Citoyens en Devoirs & en Droits, tout en conservant les notions mêmes de devoirs & de droits, c’est pour distinguer les devoirs en fonction de leurs objets afin de les récompenser chacun par des droits soi-disant à leur hauteur, au nom de Dieu sait quels critères ; c’est pour nier qu’un devoir doit être considéré d’après sa nature, & que les droits doivent être ceux du Citoyen ; c’est pour soutenir que les individus remplissent des devoirs, non pour mériter la Citoyenneté, mais pour obtenir des droits individualisés ; c’est pour nier — ou pour le moins vider de tout sens — la Citoyenneté elle-même, en ne reconnaissant pas les Devoirs qu’elle implique & surtout les Droits qu’elle confère. En somme, l’Équité revient à dénoncer l’injustice, l’inégalité & l’arbitraire pour instaurer l’inégalité soi-disant juste d’après celui qui en décide. Tout ça pour ça ! La qualifier de « fumisterie » est bien la moindre des choses.

Comme « l’humanité », l’Équité consiste à se laisser guider par des penchants personnels, à prendre ces penchants pour des Principes & ainsi à faire de la Politique sans Principes, c’est-à-dire à vouloir régir la Cité tout en méconnaissant & bafouant les Principes de l’Ordre social. Prompte à rejeter, elle n’a rien à proposer. Elle parle de droits, & éventuellement de devoirs, mais elle ne peut pas les théoriser. Elle ne peut pas, comme l’Égalité, dire qu’il n’y a de Devoirs qu’envers d’autres & à condition qu’il y ait réciprocité entre eux ; que les devoirs des uns génèrent les droits des autres ; que des Citoyens astreints aux mêmes Devoirs se génèrent mutuellement les mêmes Droits ; que les notions de Devoirs & de Droits n’ont de sens que dans l’Égalité ; que la Citoyenneté implique les mêmes Devoirs pour tous les Citoyens & confère à tous les Droits du Citoyen, ou ne veut rien dire ; que seuls des Citoyens égaux en Devoirs & en Droits sont réellement Citoyens & forment une Cité ou une Société digne de ce nom. Qu’objecte l’Équité à tout cela ? Rien. Elle ne peut pas argumenter face à cette logique implacable sans révéler sa propre indigence. Elle n’a pour toute réplique que l’esquive & ses sophismes. Elle, elle est plus juste car nuancée…. Très bien… Entrons dans son jeu. A quel endroit du raisonnement prétend-elle introduire de la nuance pour être plus juste que l’Égalité ? Reprenons point par point.

« Il n’y a de Devoirs qu’envers d’autres & à condition qu’il y ait réciprocité entre eux. » Peut-on parler de « devoirs » à propos d’obligations que l’on s’impose à soi-même & dont on retire seul les fruits ? A vrai dire, oui. Mais il s’agit alors au mieux de « devoirs moraux », qui n’intéressent personne hormis l’intéressé. Dans le registre qui est le notre, celui des rapports entre les hommes, un Devoir est nécessairement une obligation librement consentie au profit d’autrui, & cette obligation n’est librement consentie que si toutes les parties y consentent pareillement, s’il y a réciprocité. Sans cette réciprocité, il n’y a pas de « Devoir », sinon par abus de langage de la part du plus fort. Un maître peut bien dire que ses esclaves ont des devoirs envers lui, alors que lui-même ne s’en sent aucun envers eux, le statu quo n’est maintenu que par la terreur. A la première faiblesse, les esclaves s’enfuiront ou lui trancheront la gorge. Ils n’ont aucun devoir envers lui parce qu’il n’y a pas de devoir sans liberté & sans réciprocité. Quelle nuance apportera donc ici l’Équité ? Soutiendra-t-elle, comme conception plus juste, que les devoirs ne soient ni librement consentis ni réciproques, que les uns imposent donc aux autres des obligations envers eux auxquelles ils se refusent eux-mêmes ? Consistera-t-elle à nous vendre l’esclavage & la tyrannie comme des bienfaits ?

« Les devoirs des uns génèrent les droits des autres. » Quand les uns font quelque chose pour d’autres, ce sont ces autres qui en retirent le fruit. Quand ce quelque chose est un Devoir, son fruit est un Droit pour ceux envers lesquels ledit Devoir est rempli. La nuance consiste-t-elle, ici, à prétendre qu’un Devoir rempli envers d’autres ne génère rien pour eux ? ou s’agit-il de déclarer que chacun doit générer pour lui-même ses propres droits, donc n’avoir aucun devoir envers personne ? Une Société dans laquelle les Citoyens n’auraient aucune obligation les uns envers les autres, comme dans l’état de Nature ! Formidable !

« Des Citoyens astreints aux mêmes Devoirs se génèrent mutuellement les mêmes Droits. » Conséquence des deux points précédents : si les Citoyens ont des Devoirs & nécessairement les mêmes Devoirs les uns envers les autres, ils génèrent & se garantissent mutuellement des Droits & fatalement les mêmes Droits. (1) On pourrait imaginer, pour nuancer pareille horreur, trois hypothèses : 1) que les Citoyens aient les mêmes Devoirs mais pas les mêmes droits, 2) qu’ils n’aient pas les mêmes devoirs mais cependant les mêmes Droits, 3) qu’ils aient des devoirs & des droits différents. La première hypothèse (mêmes Devoirs mais pas les mêmes droits) supposerait que des individus ayant les mêmes Devoirs les uns envers les autres & se garantissant de fait les mêmes Droits pourraient malgré tout être inégaux en droits. Comment ? Il faudrait que certains soient spoliés, d’une manière ou d’une autre, d’une partie de leurs Droits. La justice, selon l’Équité, serait donc la spoliation, l’exploitation, l’oppression ? La deuxième hypothèse (devoirs différents mais mêmes Droits) supposerait soit qu’une partie des Droits n’est générée par personne, ce qui est impossible, soit qu’une partie des individus se dispensent ou sont dispensées de tout ou partie des Devoirs & se comportent en parasites, grands ou petits, ce qui est inadmissible. Au vrai, cette hypothèse, la moins détestable de toutes — car l’égalité en Droits tend à susciter l’égalité en Devoirs &, finalement, ne pénalise personne même si certains en font moins que d’autres —, est aussi celle que l’Équité exclue d’emblée, puisque son rejet de l’Égalité est avant tout celui de l’égalité en Droits. Enfin, la troisième hypothèse (devoirs & droits différents) combine toutes les absurdités des deux premières. Mais elle peut être vue de deux manières : soit les individus ont des devoirs différents mais jouissent des droits correspondants qu’ils génèrent, tels le « juste prix », de sorte que, s’ils sont inégaux entre eux, le sort de chacun est juste, ineptie à tous les niveaux que l’Équité présente comme justice absolue ; soit les individus ont des devoirs différents &, cette fois, des droits sans rapport avec les devoirs qu’ils ont remplis, de sorte qu’exploitation & oppression sont officielles, ce qui revient au cas précédent (& à la situation actuelle), les foutaises & les illusions en moins.

(1) « Astreints » ne signifie pas ici que ces Devoirs leurs sont imposés de force ; c’est la Citoyenneté qui, par définition, les imposent à tous ceux qui désirent être Citoyens & qui consentent aux obligations que cela implique. Quand même des individus seraient Citoyens faute de choix, ils ne pourraient se plaindre que de la nature des choses & non de la Cité qui n’exigerait rien d’eux qu’elle n’exige de tous, pour leur donner en retour, à eux comme à tous, autant qu’il est possible.

« Les notions de Devoirs & de Droits n’ont de sens que dans l’Égalité. » C’est la morale des points précédents : il n’y a pas de Devoirs sans réciprocité ; les Devoirs des uns génèrent les Droits des autres ; il n’y a pas de Devoirs hors de l’Égalité ; l’égalité en Devoirs génère l’égalité en Droits ; donc il n’y a de Devoirs & de Droits, au vrai sens du terme, que dans l’Égalité. Ceux qui rejettent le Principe d’Égalité mais parlent quand même de « devoirs » & de « droits » se gardent bien d’expliquer de quoi les uns & les autres procèdent. Pour certains, ils tombent du Ciel ; pour d’autres, ils naissent de leurs états d’âme. Aucun n’établit de liens « mathématiques » entre ces notions sociales, les rapports sociaux, la Société, sa raison d’être & les Lois qui en découlent. Tous prétendent disserter sur un objet sans jamais considérer l’objet lui-même. Ils veulent l’harmonie partout & la cohérence nulle part. En effet, qu’apportent de soi-disant « nuances » à un raisonnement logique si ce n’est de l’incohérence ? L’Équité présente la rigueur intellectuelle comme de la rigidité afin de faire valoir sa bêtise voire sa lâcheté.

« La Citoyenneté implique les mêmes Devoirs pour tous les Citoyens & confère à tous les Droits du Citoyen, ou ne veut rien dire.  » La Citoyenneté est le statut des membres de la Cité appelés « Citoyens », & ce statut définit aussi bien les Devoirs, qui permettent de l’obtenir, que les Droits qu’il confère en retour à ceux qui l’ont obtenu, c’est-à-dire les Devoirs & les Droit du Citoyen, donc de tous les Citoyens indistinctement. Comment pourrait-il en être autrement ? Soit des individus ont le même statut, donc les mêmes devoirs & les mêmes droits, soit ils n’ont pas les mêmes & leurs statuts respectifs doivent être appelés différemment. Des « Citoyens » inégaux en devoirs &/ou en droits ne seraient pas Citoyens aux mêmes conditions, la Citoyenneté ne signifierait pas pour tous la même chose & ne serait donc qu’un mot astucieux pour créer l’illusion du même à propos de choses différentes. Mais une Cité digne de ce nom doit bel et bien être composée de Citoyens au vrai sens du terme, c’est-à-dire d’individus ayant réellement le même statut, appelé « Citoyenneté », donc les mêmes Devoirs & les mêmes Droits. « Cité », « Citoyen », « Citoyenneté », « Devoirs », « Droits » ne sont pas seulement des mots ; ce sont des concepts indivisibles, des notions consubstantielles. Les « nuances » en la matière consistent à garder le contenant (les mots) tout en dénaturant le contenu (les concepts).

« Seuls des Citoyens égaux en Devoirs & en Droits sont réellement Citoyens & forment une Cité ou une Société digne de ce nom. » Ceci conclut & récapitule tout ce qui vient d’être dit : il n’y a de Devoirs, de Droits, de Citoyens, de Citoyenneté, de Cité que dans l’Égalité. Or il n’y a pas de milieu : l’Égalité est ou n’est, & quand, elle n’est pas, l’inégalité règne à sa place, l’Ordre social est anéanti. L’Équité & ses « nuances » ne sont pas une alternative à l’Égalité ; elles sont la bonne conscience de l’inégalité. Elles ne proposent pas un autre modèle de Société ; elles prônent, au nom de la Société, un système fondamentalement antisocial. Elles ne sont pas la promesse d’un « monde » plus juste ; elles sont la garantie que le « monde » restera tel qu’il est. Elles ne menacent pas l’ordre des choses actuel ; elles dénoncent d’un côté ce qu’elles justifient autrement d’un autre. Elles ne sont pas l’étendard possible d’une Révolution ; elles sont désespérément conformistes & intrinsèquement — consciemment ou non — contre-révolutionnaires.

Il est naturel que les Principes tiennent le devant de la scène. Mais on ne peut pas vraiment comprendre cette discussion si l’on ne jette un œil en coulisse, si on ignore par quoi l’Équité est inspirée &, dans le même temps, enchaînée.

J’ai dit ici que des Citoyens devaient être égaux en Devoirs & en Droits ; j’ai précisé, plus haut, que des Citoyens avaient le Devoir de participer à la vie de la Cité (selon ce qu’elle considère comme une participation) & le Droit de profiter de tous ses bienfaits, notamment via un droit indirect d’accéder librement au marché. Admettre que tous les Citoyens aient le Devoir de participer à la vie de la Cité ne pose guère de problème (sauf pour des gauchistes). En revanche, que tous les Citoyens — compte tenu de ce qu’implique la Citoyenneté telle que je l’ai définie — aient le droit d’accéder librement au marché, autrement dit que l’accès au marché leur soit conféré par la Citoyenneté elle-même, voilà qui paraît inconcevable & même blasphématoire ! Que des droits soient attachés à la Citoyenneté, d’accord ! Mais que le droit le plus indispensable, celui par lequel passent quasiment tous les autres, y soit de même attaché, non ! non ! & non ! Il est normal que tous les Citoyens participent à la vie de la Cité ; mais que tous puissent profiter pareillement du fruit de leur efforts combinés, n’exagérons pas ! On veut bien avoir un discours « social », mais à condition qu’il ne débouche sur rien ! On veut bien défendre la « dignité » des autres, mais à condition qu’ils ne soient jamais nos « égaux ».

Et je n’ai pas dit le plus beau : si le droit d’accéder au marché est conféré par la Citoyenneté, c’est qu’il ne dépend plus d’une monnaie, c’est qu’il n’y a plus de monnaie, plus de prix, plus de valeur marchande, plus de pauvres, plus de riches… juste des Citoyens, comme il se doit dans une Cité. Là, c’est l’infarctus ! QUOI !!! Oser remettre en cause un système multi-millénaire qui a fait… Qui a fait quoi ? Le bonheur des hommes ? Non ! Le bonheur des « citoyens » ? Non ! Celui des peuples ? Non plus ! Alors disons qu’il a surtout permis à certains de prospérer sur le dos des uns & de piétiner dans le sang des autres ! OUI MAIS !!! Il facilite les échanges… Ha ! parce qu’il n’y aurait plus d’échanges entre des Citoyens accédant librement au marché ? MAIS ENFIN !!! Un balayeur ne peut pas gagner comme un patron ! Parce qu’un patron doit être plus Citoyen que ses employés ? Il est la Cité à lui tout seul ? Les autres sont-ils ses esclaves ou ses Concitoyens ? Mais à quelles conditions seront-ils ses Concitoyens si tous n’ont pas les mêmes Droits ?

Je pourrais égrainer encore longtemps, non pas les arguments, mais les réflexions  de cet acabit qu’inspirent spontanément & universellement l’Égalité & ses conséquences. On constaterait, d’une part, que l’Égalité — telle que je l’expose en détail — ne fait l’objet d’aucune critique sur le plan des Principes, & que le grand reproche qui lui est fait est de ne pas reproduire le système monétaire ; d’autre part, que jamais il n’est question de défendre en soi le système monétaire, qu’il s’agit toujours d’accepter son existence parce qu’il existe, parce que, de ce fait, il conditionne nos vies, notre monde, nos pensées, parce que, pour le meilleur ou, le plus souvent, pour le pire, chacun n’en est finalement qu’un rouage incapable de concevoir une autre machine. Toute tentative de le justifier tourne elle-même à vide : c’est comme ça, donc c’est comme ça que cela doit être, & inversement.

C’est dans ce contexte & dans ces dispositions que des hommes brandissent l’Équité comme le fin du fin. Mais ils ne l’opposent pas alors à l’Égalité, dont ils ignorent tout ; ils l’opposent aux injustices criantes du système monétaire, dont ils ont cependant intégré les préjugés. Ce n’est qu’une fois confrontés à la véritable Égalité qu’ils lui opposeront l’Équité au nom desdits préjugés, c’est-à-dire au nom de Largent (2) dont ils prétendent par ailleurs combattre les effets extrêmes.

(2) « Largent » est un terme propre à la théorie du Civisme. « Largent, c’est la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger. » Cette croyance est née du troc dont elle véhicule les schémas & est inculquée aux hommes actuels par la pratique de l’échange monétaire. Imprégnés de cette croyance, les hommes ne peuvent plus concevoir d’autre mode d’échange que celui qu’ils connaissent, & sont condamnés à le reproduire, puisque lui seul met en œuvre les mécanismes qui sont les siens & qu’ils préjugent nécessaires. « Largent » désigne donc plus que le système monétaire, plus que la monnaie, plus que la notion de valeur marchande. Il est la quintessence du système, la source dont tout découle, la « matrice ». Mais, s’il a un sens très précis, il peut aussi être utilisé pour parler de tout ce qui se rapporte directement ou indirectement à lui & dont il est la cause en dernière analyse.

Ici, il faut nous arrêter sur ce que j’appelle les « préjugés monétaires » (ou « préjugés capitalistes »). (Loin de nous écarter du sujet de l’Équité, cela nous permettra au contraire de mieux comprendre ses propres ressorts, des ressorts qu’elle ignore & dont elle ne veut surtout rien savoir. Cette réflexion vaut également pour à peu près tous les courants de pensée & toutes les idées, y compris celles concernant la Propriété.)

Les hommes actuels n’ont pas inventé le système dans lequel ils vivent ; ils sont nés dedans, ils ne connaissent que le monde façonné par lui & ils croient à la fois qu’il n’y a pas d’autre système possible & que ce qu’ils observent est dans la nature des choses, donc immuable. Ne voyant pas ce qu’ils observent comme des conséquences du système, ils n’en cherchent pas la cause ou ne vont pas jusqu’à en accuser le système lui-même, mais l’imputent à tout autre chose &, faisant ainsi erreur sur la cause, ils en commettent de nouvelles, ajoutant à la confusion. Il est pourtant indéniable que le système est monétaire & que, en dernière analyse, tout tourne autour de l’argent dans ce système. Ce sont donc les mécanismes & les effets du système monétaire qui, étant considérés comme naturels & immuables, vont devenir des postulats inconscients & incontestables, autrement dit des « préjugés ». Pour découvrir la nature & l’origine de ces préjugés, il suffit d’étudier le fonctionnement du système monétaire.

Le système monétaire n’est pas apparu tel quel un beau matin ; il évolue (au moins dans sa forme) & fut lui-même le fruit d’une évolution. L’impulsion initiale fut donnée par des échanges entre individus ou communautés sur le mode du troc. Le troc consiste, pour des individus ou des communautés, à échanger des objets entre eux, donc à mettre, d’abord inconsciemment, puis volontairement, ces objets en équivalence. Que le troc ait été une pratique courante ou marginale, peu importe ; lui seul a pu amener les hommes à penser que les objets pouvaient avoir une valeur marchande, puis à croire qu’ils doivent en avoir une. Cette notion de valeur implique le recours à une unité de mesure, laquelle consista d’abord en objets divers, puis en objets de référence, puis en monnaies primitives ou modernes, enfin en chiffres abstraits, preuve que tout autre support était superflu & n’était donc qu’un prétexte. A partir d’ici, nous pouvons dérouler les diverses facettes du système pour saisir au fur & à mesure les préjugés qu’elles engendrent.

[Cette partie, que j’ai déjà publiée & dans laquelle j’énonce 40 préjugés, est trop longue pour être présentée ici mais j’invite à la lire avant de poursuivre la lecture présente. Les préjugés monétaires ou capitalistes]

Ce système est cohérent par rapport à lui-même. Il a une logique, celle de la monnaie (ou, pour mieux dire, de Largent). Tout s’articule autour de l’idée que les individus doivent réaliser des échanges équitables, que des échanges (en biens, services ou monnaie) sont équitables dès lors qu’ils ont été réalisés, qu’une monnaie est le meilleur moyen — plus exactement le seul moyen — d’y parvenir, & qu’il n’y a donc pas d’autre système possible (on ne dit pas « souhaitable ») que le système monétaire. Peu importe la fiction & les mensonges, les aberrations & les désastres ! Ce système a ses raisons que les hommes, qui ne connaissent que lui, font leurs & qui, ce faisant, ne peuvent rien concevoir d’autre. Mais force est d’admettre que cette logique n’a aucune dimension sociale & n’est pas celle de la Société. Elle n’implique ni la Cité ni les individus en tant que Citoyens qu’ils sont censés être ; elle méconnaît aussi bien les Devoirs que les Droits du Citoyen ; elle sacrifie tout sur l’autel de la soi-disant valeur marchande (Largent). On ne peut pas en dénoncer des aspects sans la rejeter complètement ou la conserver entièrement. Entre la logique monétaire (Largent) & la logique sociale (l’Égalité), il faut choisir. Un assortiment n’est pas possible. En proposer un est, à la fois, la preuve que l’on ne va au bout ni de l’une ni de l’autre, l’aveu que l’on ne maîtrise ni l’une ni l’autre & la démonstration que, au final, on est toujours prisonnier de la première, celle de la monnaie. Car ne pas avoir conscience du rôle & de l’influence de la monnaie n’empêche pas de la subir & d’être influencé par elle, à son avantage, dès lors que l’on vit dans un système monétaire. Dans ces conditions, toute « proposition » autre que l’Égalité bien comprise est inconsciemment inspirée par les préjugés monétaires & reproduit d’une manière ou d’une autre le système monétaire dont les effets intrinsèques sont niés ou ignorés. (3) On pourrait dire que « toute proposition de ce genre est vouée à l’échec », mais ce serait s’abuser doublement : des projets qui ne renferment rien de neuf ne sont pas des « propositions », & on ne peut pas à proprement parler « d’échec » quand, au fond, on n’a rien tenté. (4)

(3) Même les « propositions » de systèmes non-monétaires sont influencées par les préjugés monétaires, dès lors que les systèmes en question — toujours les mêmes à quelque chose près — ne visent pas à instaurer l’Égalité (Citoyens égaux en Devoirs & en Droits, en Devoirs, notamment de participer à la vie de la Cité, en Droits, notamment d’accéder librement au marché). Dans ce cas, une partie seulement des effets négatifs de la monnaie a été identifiée ; l’autre partie reste à l’œuvre & sert d’appui pour échafauder une « solution ». Or, un des premiers effets de la monnaie est l’individualisation des rapports, qui suscite à la fois l’individualisme & le sans-frontiérisme (en passant par l’universalisme & le droit-de-l’hommisme), & l’ignorance de ce que sont un Citoyen & une Société, un Devoir, un Droit & l’Égalité. Ce n’est donc pas un hasard si toutes les « propositions » de ce genre, hormis le Civisme, sont universalistes ou mondialistes, hostiles à toute idée de Devoirs, de Société & d’Égalité ; c’est qu’elles régurgitent, sans en avoir conscience, le catéchisme capitaliste. Elles croient faire table rase, alors que leur vide est comblé par les préjugés monétaires. Leurs solutions bancales ne peuvent que s’effondrer & ramener au capitalisme dont elles ne se sont finalement jamais libérées.

(4) On entend souvent dire que, pour changer le monde, il faut d’abord changer soi-même. Changer à quel niveau ? dans quel sens ? Mais que peut-on réellement changer quand on ignore que le monde est façonné par Largent, que l’on pense nous-mêmes à travers Largent, que nos pensées ne sont, pour la plupart, que l’expression de préjugés monétaires ? L’Égalité qui anéantirait de fait Largent changerait le monde (au sens de « Société »). Quelle victoire sur l’esprit, quel changement intérieur ne serait-ce pas déjà que d’envisager de passer de l’un à l’autre ! Quelle bêtise que d’opposer un tel argument (changer d’abord soi-même) à l’idée de remettre en cause le système monétaire !

L’Équité n’échappe pas à la règle ; elle la confirme même de manière éclatante en se posant comme une alternative à l’Égalité, donc en s’opposant expressément à elle. Mais lequel des préjugés énoncés plus haut l’Équité remet-elle en cause ? Aucun, absolument aucun. Elle garde tout du système monétaire & croit pouvoir accoucher d’autre chose par enchantement. En fait, elle présente comme une nouveauté & une planche de salut un principe qui est déjà une supercherie & la porte ouverte à l’arbitraire dans le système monétaire : l’équité. La base du troc & du système monétaire est que les échanges réalisés sont toujours équitables & satisfont les deux parties. Or, même en supposant que les protagonistes des échanges soient toujours satisfaits, croyant avoir servi au mieux leurs intérêts particuliers, il est évident que l’échange dans de telles conditions n’est pas forcément dans l’intérêt de la Société, qu’il est même impossible qu’il le soit… & il ne faut pas creuser beaucoup pour se rendre compte que, à la vérité, il n’est pas à l’avantage de la plupart des « Citoyens ». En quoi consisterait donc l’Équité en tant que « principe social » ? A substituer l’arbitraire de l’État à l’arbitraire des individus ? A substituer des critères technocratiques aux critères de chacun ? A substituer la tyrannie à l’injustice ; l’artificiel au naturel (du système monétaire) ; le désastre au désordre ; le mécontentement général au malheur commun ? Et si l’idée n’est pas d’aller aussi loin, de combien s’agit-il de s’éloigner du système (monétaire) tel qu’il est ? D’un cheveu ? Moins ? Qu’il s’agisse donc de faire quelque chose d’intenable ou de ne rien faire, sinon en paroles, que l’Équité soit franchement grotesque ou purement déclamatoire, dans tous les cas il s’agit de rester dans le système monétaire, donc de se soumettre bon gré mal gré à Largent, sans le comprendre mais sans faillir.

L’Équité débite des fables pour nourrir des illusions & avaler ses propres sophismes. En quoi l’inégalité « équitable » serait-elle préférable à l’inégalité capitaliste ? en quoi l’inégalité entre Citoyens serait-elle plus juste que l’Égalité, alors qu’il n’y a pas même de Citoyens dans l’inégalité ? L’Équité ignore tout des Principes de l’Ordre social parce qu’elle est pétrie par les préjugés monétaires & qu’elle n’est, en définitive, qu’un prétexte à l’inégalité & un porte-parole de Largent. Qu’elle le soit consciemment ou non ne change rien à l’affaire ; seul le résultat compte ; & le résultat, c’est qu’elle prétend combattre un système avec les armes que le système lui a fournies pour le défendre ; c’est qu’elle tourne contre la Société des hommes qui veulent lui être utiles ; c’est qu’elle fait perdre du temps à un moment où il est urgent d’agir & où nous n’avons pas le droit à l’erreur.

L’Égalité (des Citoyens en Devoirs, dont celui de participer à la vie de la cité selon ce qu’elle considère comme une participation, & en Droits, dont celui d’accéder librement au marché) est le seul & unique Principe capable d’anéantir Largent (la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger), de sortir de la logique capitaliste & du système monétaire. Dans l’Égalité, on ne calcule pas, on ne mesure pas, on n’évalue pas, on n’a pas besoin d’unité de valeur pour établir des nuances artificielles & arbitraires au profit du plus fort, aux dépens des Citoyens. Quiconque croit en la nécessité de calculer, de mesurer, d’évaluer, même sous prétexte d’Équité, est un disciple de Largent, un profiteur du capitalisme ou un de ses idiots utiles.

Philippe Landeux

Extrait de "La Propriété", ouvrage à paraître

11:55 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

vendredi, 20 juillet 2018

LES PRÉJUGÉS MONÉTAIRES

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Les hommes actuels n’ont pas inventé le système dans lequel ils vivent ; ils sont nés dedans, ils ne connaissent que le monde façonné par lui & ils croient à la fois qu’il n’y a pas d’autre système possible & que ce qu’ils observent est dans la nature des choses, donc immuable. Ne voyant pas ce qu’ils observent comme des conséquences du système, ils n’en cherchent pas la cause ou ne vont pas jusqu’à en accuser le système lui-même, mais l’imputent à tout autre chose &, faisant ainsi erreur sur la cause, ils en commettent de nouvelles, ajoutant à la confusion. Il est pourtant indéniable que le système est monétaire & que, en dernière analyse, tout tourne autour de l’argent dans ce système. Ce sont donc les mécanismes & les effets du système monétaire qui, étant considérés comme naturels & immuables, vont devenir des postulats inconscients & incontestables, autrement dit des « préjugés ». Pour découvrir la nature & l’origine de ces préjugés, il suffit d’étudier le fonctionnement du système monétaire.

Le système monétaire n’est pas apparu tel quel un beau matin ; il évolue (au moins dans sa forme) & fut lui-même le fruit d’une évolution. L’impulsion initiale fut donnée par des échanges entre individus ou communautés sur le mode du troc. Le troc consiste, pour des individus ou des communautés, à échanger des objets entre eux, donc à mettre, d’abord inconsciemment, puis volontairement, ces objets en équivalence. Que le troc ait été une pratique courante ou marginale, peu importe ; lui seul a pu amener les hommes à penser que les objets pouvaient avoir une valeur marchande, puis à croire qu’ils doivent en avoir une. Cette notion de valeur implique le recours à une unité de mesure, laquelle consista d’abord en objets divers, puis en objets de référence, puis en monnaies primitives ou modernes, enfin en chiffres abstraits, preuve que tout autre support était superflu & n’était donc qu’un prétexte. A partir d’ici, nous pouvons dérouler les diverses facettes du système pour saisir au fur & à mesure les préjugés qu’elles engendrent.

1) Le troc est un échange d’objets.

Le premier préjugé consiste donc à croire qu’il n’y a échange que si des objets sont échangés les uns contre les autres ; le deuxième préjugé, à croire que les objets sont le seul enjeu de l’échange, d’où le matérialisme inhérent à ce mode d’échange.

2) Le troc est un échange entre individus.

Le troisième préjugé consiste donc à croire que l’échange se pratique nécessairement entre individus, lesquels doivent donc s’échanger directement quelque chose. Ce système, intrinsèquement individualiste, insuffle donc l’individualisme & le sans-frontiérisme.

3) Le troc met les objets en équivalence.

Le quatrième préjugé consiste donc à croire que les objets & les choses en général ont une valeur marchande. Ce qui engendre le cinquième préjugé qui consiste à croire qu’une unité de valeur est nécessaire pour mesurer la valeur des objets & permettre l’échange sur le mode du troc indirect ; ce qui engendre le sixième préjugé qui consiste à croire qu’établir la soi-disant valeur des choses prime sur toute autre considération, si bien que les échanges qui sont au cœur des rapports sociaux deviennent une finalité en soi & n’ont, dans cette conception de l’échange, aucune dimension sociale, pas plus que ses protagonistes.

4) Le troc est un échange d’objets.

Il s’ensuit que la monnaie, qui représente des objets, doit elle aussi être échangée ; c’est pourquoi elle circule, pourquoi elle passe de main en main. Mais la monnaie incarne aussi des droits : celui d’accéder au marché & tous ceux qui passent par celui-là. Le septième préjugé consiste donc à croire qu’il n’y a échange que si les individus se dépouillent de quelque chose, & que le droit d’accéder au marché ne s’exerce donc qu’en s’en dépouillant petit à petit, au fil des dépenses. Le huitième préjugé consiste à croire que les droits ne s’obtiennent que d’un tiers, via les échanges que l’on fait avec lui (quoique l’on puisse aussi le voler), qu’ils ne relèvent pas de la Société & qu’il est normal de n’en avoir aucun en tant que Citoyen (au vrai, on ne se pose même pas la question). Le neuvième préjugé consiste à croire que les droits se conquièrent sur les autres & que les hommes, même en Société, sont condamnés à une perpétuelle guerre de tous contre tous. Le dixième préjugé consiste à trouver normal que l’État, dont le rôle devrait être de garantir les droits, dépouille lui aussi les « citoyens » de leur argent, c’est-à-dire de leurs droits, via les impôts, taxes, amendes, etc., pour ses propres besoins. 

5) Le troc est un échange d’objets dont les premiers propriétaires sont les producteurs.

Le onzième préjugé consiste donc à croire que produire rend propriétaire de sa production ou, à défaut, que le travail doit être échangé contre de la monnaie. Ce qui entraîne deux autres préjugés : le douzième, qui consiste à croire que le travail n’est pas un Devoir envers la Société mais une obligation envers soi-même, soit pour en consommer directement les fruits, soit pour en retirer de la monnaie (des droits) en les vendant ou en se faisant payer ; le treizième, qui consiste à trouver naturel que la Société garantisse le droit de Propriété sur leur production à des producteurs qui ne produisent pas pour elle, qui devrait donc s’en laver les mains. Personne pour s’étonner que la Société ne joue pas son rôle & qu’on lui en fasse jouer un qui n’est pas le sien ! En fait, personne ne sait plus ce que doit être une Société.

6) La monnaie facilite le troc.

Le quatorzième préjugé consiste donc à croire que la monnaie facilite les échanges & qu’elle est indispensable aux échanges eux-mêmes. Ce préjugé opère ainsi un glissement : de la facilitation du troc, il passe à la facilitation des échanges &, de là, à l’impossibilité d’échanger autrement ; il passe d’une évidence à un sophisme qu’il prend pour un truisme. Il donne l’impression d’avoir comparé le troc ou le système monétaire, qui sont fondamentalement la même chose, à un autre mode d’échange, & rejeté ce dernier après avoir pesé le pour & le contre, sauf qu’il a seulement comparé le troc avec lui-même (troc direct ou troc indirect via la monnaie). Dans une autre version, il dirait que « la monnaie est pratique ». Là encore, « pratique » par rapport à quoi, sinon au troc ? Bien sûr que la monnaie est pratique dans un système fonctionnant selon le schéma du troc ; bien sûr, encore, que ce système ne peut pas fonctionner sans monnaie. Mais une pièce indispensable dans un système n’a plus de raison d’être dans un système fonctionnant selon d’autres principes.

7) La monnaie permet de faire du troc qui est supposé être un échange équitable, quoique la valeur marchande ne soit, en dernière analyse, que l’expression d’un rapport de force. 

La monnaie réintroduit dans l’état Social, fondé sur les rapports de droit, les rapports de force qui prévalent dans l’état de Nature. Mais il est interdit de penser que le système monétaire est antisocial.

Le quinzième préjugé consiste donc à croire que les prix consentis sont toujours justes & les échanges équitables, que riches & pauvres méritent chacun leur sort, que les exploités ont le tort de ne pas mieux se défendre, que les crapules ont le mérite d’être malins, &c. Ce qui engendre le seizième préjugé qui, pour justifier le système monétaire, consiste à croire que les riches ont toutes les qualités (talents, beauté, intelligence, gentillesse) & les pauvres tous les défauts (bêtise, paresse, laideur, méchanceté). Ainsi, les riches accaparent toutes les richesses matérielles, & il faut encore leur prêter toutes les vertus morales. C’est du reste ce qui explique l’aura qui, dans ce système, entoure la Propriété : posséder au-delà du nécessaire est signe de « réussite » et de vertus ; d’où le besoin d’avoir pour paraître vertueux & désirable, à défaut de l’être réellement ; d’où l’épate, la jalousie, le mépris, le désespoir, etc.

8) La monnaie repose sur la notion de valeur marchande, qui n’a de sens que s’il y a des différences de valeur.

Vu que la monnaie, qui incarne des droits, ne peut pas se répartir également, de par sa nature & son fonctionnement, un système monétaire est inégalitaire par définition. Le dix-septième préjugé consiste donc à croire qu’il est normal qu’il y ait des riches & des pauvres, des exploiteurs & des exploités, des profiteurs & des affamés, des maîtres & des esclaves, tout cela dans le cadre d’une même Société, entre soi-disant Concitoyens. Le paradoxe est que les pauvres qui n’ont rien à gagner au système monétaire partagent aussi ce préjugé ; eux aussi trouvent normal d’être moins bien payés que d’autres, d’avoir moins de droits que d’autres, donc que l’inégalité règne ; s’ils déplorent les conséquences extrêmes de ce système, dont ils pâtissent, ils n’en cautionnent pas moins le principe de l’inégalité qui les rend possibles & même inévitables, puisqu’un système fondé sur l’inégalité tend vers toujours plus d’inégalités. Le dix-huitième préjugé consiste donc à croire qu’il est normal d’être bridé, de se priver, d’économiser, d’être sans cesse aux abois & soumis au supplice de Tantale pendant que d’autres profitent & dilapident les richesses de la Terre ;  autrement dit qu’il est normal que la « société » soit injuste & terrible, comme si la vie ne réservait pas assez d'épreuves & de souffrances.

De la même cause découle le dix-neuvième préjugé qui consiste à croire que le système (monétaire) est inégalitaire parce que l’inégalité est avant tout dans la nature des choses, & que les inégalités (en argent, donc en droits) ne sont jamais que le reflet des différences naturelles entre les individus.

Cette justification de l’inégalité n’est rien d’autre qu’une capitulation devant le système monétaire. Il s’ensuit que ceux qui ont malgré tout l’intuition de l’Égalité, sans voir dans le système monétaire la cause des inégalités, prônent une absurde égalisation tous azimuts & suscitent chez les autres un légitime rejet de leurs conceptions dénaturées & catastrophiques de l’Égalité, ni les uns ni les autres ne sachant ce qu’est la véritable Égalité. Imaginez des gens disant : « Nous, on veut jouer au foot. » Ils proposent alors des règles. D’autres, n’aimant pas ces règles, déclarent : « Nous, on ne veut pas jouer au foot. » Or les règles en question étaient celles du basket. En somme, les premiers n’ont pas plus proposé de jouer au foot que les autres n’ont refusé d’y jouer. Il en est de même de l’Égalité : ceux qui invoquent son nom ne savent généralement pas plus ce qu’elle est que ceux qui, considérant que l’Égalité est ce que les premiers en disent, en rejettent le Principe.

Le vingtième préjugé consiste donc à nier ou à ne tenir aucun compte du fait que le système monétaire soit précisément monétaire, à nier de même qu’il soit intrinsèquement inégalitaire alors que nul n’ignore que l’inégalité règne, ceci afin de pouvoir croire que les conséquences du système (monétaire) sont étrangères à la monnaie, notamment que l’inégalité entre riches & pauvres n’a rien à voir avec l’argent, voire, comble de l’ineptie !, que riches & pauvres sont malgré tout égaux (en quoi ?) alors même qu’il est admis qu’il n’y a pas d’Égalité. De là le vingt-et-unième qui consiste à croire que la monnaie, indispensable pour jouir du moindre droit, n’est pas du droit elle-même, qu’elle n’est rien sinon quelque chose d’insaisissable, & que la cause de l’inégalité est tout aussi mystérieuse. 

Les hommes se partagent entre ceux qui justifient l’inégalité et ceux qui la déplorent. Aucun n’ignore que l’inégalité règne dans ce système. Pour autant, aucun n’ose faire le lien avec sa nature monétaire. Mais il ne faut pas gratter beaucoup pour comprendre que ceux qui rejettent l’Égalité le font au nom des préjugés monétaires, & voir que ceux qui veulent aller vers l’Égalité ou moins d’inégalités, en proposant des mesures monétaires, démontrent eux-mêmes ce qu’ils nient par ailleurs.

9) La monnaie sert à établir des prix.

Le vingt-deuxième préjugé consiste donc à croire que les choses ont nécessairement un prix, que la monnaie est nécessaire pour les acquérir (ce qui est vrai dans le cadre de ce système) & que le système monétaire est le seul possible.

10) La monnaie est échangée en contrepartie de biens ou de travail.

Le vingt-troisième préjugé consiste donc à croire que tout travail (non considéré comme un Devoir) mérite salaire (en monnaie) ; que ce salaire doit soi-disant être fixé d’après divers critères (années d’étude, pénibilité, responsabilités, ancienneté, âge du capitaine), le seul n’entrant jamais en ligne de compte étant la Citoyenneté ; qu’un salaire est une bonne chose en soi quand bien même il ne représente jamais que des miettes par rapport aux Droits du Citoyen.

Un autre aspect de ce système ne débouche pas sur ce que l’on peut à proprement parler appeler un préjugé, c’est le fait que, si la monnaie représente tous les objets ou le travail qu’elle permet d’acheter ou de payer, tout ce qui peut être vendu représente de la monnaie. Or, comme il est vital pour tous de se procurer de la monnaie, les limites de ce qui est vendable reculent jusqu’à disparaître, jusqu’à ce que tout devienne marchandise. La « marchandisation » du monde est la conséquence inéluctable de Largent. Dénoncer Largent, c'est donc dénoncer aussi la « marchandisation » du monde ; l'inverse n'est pas nécessairement vrai.

11) La monnaie sert à acheter, donc à s’approprier ce qui est retiré du marché par son biais.

Dans la mesure où la monnaie est un moyen d’appropriation, elle est aussi un moyen de dépossession puisque dépouiller quelqu’un de son argent, par quelque moyen & pour quelque raison que ce soit, revient à le déposséder de tout ce qu’il aurait pu acheter & posséder, donc à le déposséder avant même qu’il ait eu l’occasion d’être propriétaire. C’est donc également être dépossédé via la monnaie que de ne pas être payé davantage ; dans ce cas, il y a dépossession par omission, dépossession de tout ce qu’aurait permis d’acheter l’argent dont on n’a pas même vu la couleur.  

La monnaie est le moyen d’appropriation par excellence. Le lien entre la monnaie, la Propriété & les possessions ou propriétés est évident & indiscutable. Les grandes disparités matérielles sont évidemment & indiscutablement le fait des inégalités monétaires, lesquelles sont elles-mêmes le fait, d’une part, de la nature monétaire du système, d’autre part, du caractère intrinsèquement inégalitaire de ce système (voir point 8). Paradoxalement, le vingt-quatrième préjugé consiste à croire que l’appropriation exige de la monnaie ou que la monnaie est la condition de la Propriété, &, en même temps, à nier que les grandes disparités en biens soient une conséquence de la nature monétaire & inégalitaire du système. Ainsi les hommes veulent bien combattre les inégalités à coups de mesures monétaires, mais pas reconnaître que la monnaie est du droit et que le système monétaire est inégalitaire. Le vingt-cinquième préjugé consiste à croire qu’il n’y aurait pas de Propriété dans l’Égalité ou que tous les Citoyens auraient les mêmes biens, deux choses absolument impossibles en pratique, idées absurdes de l’Égalité que l’esprit agite pour se conforter dans ses préjugés monétaires.

Dans la mesure où la monnaie est le moyen d’appropriation, elle est aussi, pour certains, le moyen de s’approprier les moyens de production qui leur servent à exploiter les travailleurs (citoyens). D’autres ont donc l’idée de collectiviser ou nationaliser lesdits moyens. Mais ils sont aussi pour l’« abolition de l’argent ». Il y a donc une contradiction dans leurs aspirations. Ils veulent à la fois abolir l’argent, ce qui devrait en soi résoudre les problèmes qu’ils déplorent (sinon, pourquoi le vouloir ?), & collectiviser les moyens de production pour qu’ils ne soient plus des moyens d’exploitation à des fins privées, comme si ce problème ne devait pas être réglé par l’abolition de l’argent. En fait, ils focalisent sur cette question parce qu’ils ne raisonnent pas en termes de Société, parce qu’ils n’envisagent pas d’abolir l’argent au nom de l’Égalité, parce qu’ils ne voient pas les travailleurs comme des Citoyens ayant le droit d’accéder librement au marché & se souciant bien peu de savoir qui a réuni & à qui appartiennent les moyens de production (en l’occurrence à la Cité).

12) La monnaie sert à être payé & à payer soi-même, ce qui plonge les hommes dans un cercle vicieux.

Le vingt-sixième préjugé consiste donc à croire que la monnaie est vitale, ce qui est absolument vrai dans le cadre du système monétaire mais n’est pas une vérité absolue.

13) La monnaie est la pièce maîtresse du système monétaire ; elle est vitale aussi bien pour le système que pour les individus & toutes les collectivités.

Le vingt-septième préjugé consiste donc à croire qu’il est impossible de se passer de monnaie, qu’il faut la conserver à toute force, ce qui amène à ne pas chercher à savoir ce qu’elle est ni quelles sont ses conséquences, & même à prétendre qu’elle n’est rien, sinon neutre & sans effets. Notons qu’il n’est pas question ici des unités monétaires (qui ne sont d’ailleurs pas aussi neutres que cela), mais de la monnaie dans son principe ou, disons, du système monétaire. C’est d’ailleurs sur cette distinction que s’appuie, en la faisant mal, le vingt-huitième préjugé qui consiste à croire que le système monétaire est neutre, donc qu’il est inutile de prendre en considération la nature monétaire du système, sous prétexte que les unités monétaires seraient neutres aussi.

14) En tant que moyen d’échange, la monnaie est, par définition, au cœur des rapports “sociaux”.

Le vingt-neuvième préjugé consiste donc à croire que la monnaie est compatible avec la Société, sans chercher à savoir ce que sont des rapports sociaux harmonieux & une Société digne de ce nom, en rejetant même les Principes de l’Ordre social au nom de la logique monétaire.

15) Chaque unité monétaire incarne du droit de participer aux échanges & d’accéder au marché.

Le trentième préjugé consiste donc à croire que le droit d’accéder au marché doit être extérieur à soi, matérialisé & divisible ; partant, qu’il est cumulable, perdable, volable, jouable, gagnable, transmissible, héritable, &c. (L’idée qu’il soit constant & inaliénablement attaché à la Citoyenneté est inconcevable.) Cette propriété, combinée à d’autres, engendre des préjugés déjà énoncés.  

16) Chaque individu a le droit d’accéder au marché en proportion des unités monétaires dont il dispose à l’instant “T”, par quelque moyen qu’il les ait gagnées.

Un individu n’est donc jamais égal à lui-même d’un instant à l’autre ; les individus peuvent d’autant moins être égaux entre eux. Le trente-et-unième préjugé consiste donc à croire que le droit vital d’accéder au marché est nécessairement mesurable & limité ; qu’il faut en repousser les limites autant que faire se peut ; que cela est possible ; que tous les moyens sont bons (vu que l’argent n’a pas d’odeur) ; qu’à défaut de gagner de l’argent, il faut en dépenser le moins possible ou faire payer les autres. Tout ceci façonne la mentalité des hommes, & fait d’eux des êtres vicieux, voleurs, menteurs, calculateurs, mesquins, flambeurs, etc. D’où le trente-deuxième préjugé qui, devant ce spectacle, consiste à considérer l’Homme comme mauvais de nature, ce qui dispense de s’interroger sur le système monétaire & condamne soit au renoncement soit à la démagogie. 

17) La monnaie est indispensable pour toute chose dans un système monétaire, en particulier dans un contexte de haute technologie & de spécialisation extrême.

Le trente-troisième préjugé consiste donc à croire que, pour faire quoi que ce soit, il faut de « l’argent » & qu’un système non-monétaire, au demeurant impensable, n’est ni possible ni souhaitable ; ce qui empêche de s’interroger sur ce que ce dernier pourrait être ou amène à en rejeter d’emblée l’idée quand on y est confronté. Le trente-quatrième préjugé consiste à croire que nous devons tout à Largent, que c’est lui seul qui fait tout, que tout existe grâce lui, que rien n’existerait sans lui, que les hommes ne seraient rien sans lui. Le trente-cinquième préjugé consiste à croire que Largent apporte la Liberté, alors qu’il en est le facteur limitant (& des droits individuels & de l’action collective), car s’il accorde ses faveurs à quelques riches, il les refuse aux masses. On voit toujours ce que l’argent « permet de faire » ou, plus exactement, ce qu’il « n’empêche pas de faire » ; on oublie que, dans un système monétaire, le fait de ne pas avoir d’argent affecte bien plus de gens & a des conséquences plus nombreuses & plus graves.

18) Le système monétaire est individualiste, inégalitaire & oligarchique.

Le trente-sixième préjugé consiste donc à croire que l’Égalité, le civisme (patriotisme) & la Démocratie sont des utopies, ce qui est en effet le cas dans le cadre du système monétaire & dans la bouche de quiconque les prône sans envisager de sortir de celui-ci.

19) La monnaie, qui n’est plus aujourd’hui qu’une abstraction, a longtemps été matérielle.

Le trente-septième préjugé, hérité de longue date, consiste donc à croire non seulement que la monnaie a une réalité, qu’elle existe ailleurs que dans nos têtes, mais encore qu’elle est neutre au même titre que n’importe quel objet, comme si elle ne faisait pas courir les hommes obligés de lui courir après, comme si les hommes fixaient les règles du jeu auquel elle les condamne à jouer. Sous prétexte qu’elle ne serait soi-disant qu’un objet neutre, les hommes, pour lui épargner toute remise en cause, prétendent « qu’elle n’est qu’un outil », comme si n’importe quel outils pouvait remplir correctement n’importe quelle fonction.

20) Le système est monétaire.

Le trente-huitième préjugé consiste donc à croire que, puisque l’on vit dedans, on sait évidemment ce qu’est la monnaie & comment elle fonctionne, un peu comme si un poisson rouge savait évidemment ce qu’est un aquarium. De là le trente-neuvième préjugé qui consiste à croire que, puisque l’on sait tout du système & qu’on ne le remet pas en cause (préjugés obligent), il n’y a rien à comprendre d’autre & rien à chercher en dehors ; que, quoique tout tourne autour de l’argent, il n’y a pas lieu de se poser la moindre question à son sujet. De là le quarantième préjugé qui consiste à croire que, hors de Largent, point de salut. En somme, les hommes sont tellement impliqués dans le système qu’ils en deviennent un rouage malgré eux. Ils n’ont pas assez de recul pour saisir leur monde & encore moins pour en apercevoir un autre.

 

Je m’arrête ici, mais je pourrais en trouver d’autres. De manière générale, les préjugés monétaires consistent à considérer comme des vérités absolues toutes les données relatives au système monétaire & au troc.

07:31 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

mercredi, 06 juin 2018

REVENU DE BASE OU UNIVERSEL : L’ANTICAPITALISME CAPITALISTE

Quand les hommes se mirent à fabriquer, bientôt ils échangèrent. Ils firent d’abord du troc (réflexe naturel), puis du troc indirect. Autrement dit, ils recoururent en premier lieu à un mode d’échange qui, en échangeant des objets entre eux et en les mettant ainsi en équivalence, fit naître en eux la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger (= Largent). Mais le troc direct étant difficilement praticable, ils le pratiquèrent surtout de manière indirecte, c’est-à-dire en procédant en deux temps : afin d’acquérir auprès de B un bien que C voudra bien échanger avec A contre ce que ce dernier lui propose. Le système monétaire moderne n’a rien inventé ; tout est contenu en germe dans le troc : 1) l’échange entre individus (d’où l’individualisme), 2) le recours à la notion de valeur marchande (Largent), 3) le recours à des objets de référence en tant qu’unités de valeur (monnaie d’échange et monnaie tout court). La forme de la monnaie a évolué, elle a été standardisée pour être toujours plus pratique, elle est aujourd’hui virtualisée. En fait, la monnaie n’est qu’un vecteur facultatif et visiblement inutile de la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger. Des hommes pénétrés par Largent, pensant par Largent, pensant fatalement à travers lui — puisque c’est une croyance qu’ils ont en eux —, n’ont pas besoin d’avoir de monnaie matérielle dans les mains pour croire que les choses ont un prix et qu’ils doivent disposer d’unités pour y accéder. Largent est né du troc (fut-il pratiqué de manière occasionnelle) ; c’est la pratique de l’échange monétaire, le fait de vivre dans un monde monétaire, qui aujourd’hui nous l’inculque ; c’est parce que Largent est en nous, dans nos têtes, que nous ne concevons pas d’autre mode d’échange que le sien : échange entre individus, recours à la notion de valeur marchande, besoin d’unités de valeur. Nous sommes mentalement prisonniers de ce schéma et nous le reproduisons même quand nous cherchons à conjurer ses conséquences désastreuses (je n’aborde pas ici le sujet des conséquences). Nous jouons au Monopoly grandeur nature et nous sommes incapables d’imaginer un jeu fondamentalement différent.

(Je défie ceux qui contestent l’historicité du troc de démontrer que la notion de valeur marchande, et tout ce qui va avec, a pu naître d’une autre pratique. Quand même ils prouveraient que Largent a une autre origine, il reste que cette croyance véhicule le schéma du troc, puisque l’idée d’abolir la monnaie et le troc indirect qu’elle permet de faire donne aussitôt à penser qu’il s’agit de « revenir » au troc direct.) 

Toutes les propositions de revenu de base, d’existence, ou quelque soit leur nom et leurs modalités, sont révélatrices de cette incapacité. Elles se veulent sociales alors qu’elles sont monétaires. Elles consistent à essayer de faire entrer des ronds dans des carrés, en tordant les ronds pour leur donner une forme carrée, donc en trichant, en se mentant à elles-mêmes. Le résultat est à des années lumière des intentions initiales. Au vrai, les intentions initiales, bridées d’emblée par Largent, sont elles-mêmes très loin d’être à la hauteur des enjeux. Un capitaliste ignore la logique sociale, et un « socialiste » n’est qu’un capitaliste qui s’ignore. Mais si ceci explique pourquoi leurs propositions sont vaines (on ne fait pas la nique au capitalisme avec des mesures capitalistes ; on ne fait pas la révolution avec un idéal contre-révolutionnaire), cela n’explique pas en soi le « pourquoi » des propositions de cette nature.

Pour comprendre pourquoi ces propositions, qui sont comme de mauvais épilogues de l’histoire, sont faites aujourd’hui, il nous faut reprendre le fil conducteur à son début.

La monnaie repose sur la notion de valeur marchande, laquelle est apparue il y a fort longtemps, dans un temps où les hommes produisaient de manière artisanale. Autrement dit, la monnaie correspond tant bien que mal au mode de production artisanal. Or nous l’avons conservée alors que nous sommes passés progressivement, quoique rapidement aux yeux de l’histoire, à la production industrielle. Ces moyen et mode d’échange ne sont absolument plus adaptés au nouveau mode de production. Nous faisons avec parce que nos esprits sont prisonniers de Largent et qu’il ne nous est donc pas venu à l'idée qu’il est nécessaire et encore moins possible de faire autrement. Nous allons de crise en crise parce que nous ne nous attaquons jamais à la racine du mal. Nous recourons à des palliatifs qui sont bénéfiques à court terme mais désastreux à long terme. Et toutes ces conséquences désastreuses s’accumulent. Nous nous masquons à nous-mêmes que nous ne faisons que reculer pour mieux sauter.

Le problème fondamental est l’inadaptation de la monnaie au mode de production industriel. La monnaie bride le pouvoir d’achat et se répartit inégalement, de par le simple jeu des valeurs. Elle permet l’existence de quelques riches au milieu d’un océan de pauvres. Si les premiers ont un pouvoir d’achat très élevé, le pouvoir d’achat global, lui, tiré vers le bas par la masse des pauvres, est faible. C’est en cela que la monnaie est adaptée au mode de production artisanal et à ses faibles rendements. Mais la règle d’un pouvoir d’achat global faible, liée à la nature et au fonctionnement de la monnaie, reste vraie même lorsque la production s’industrialise et que les rendements sont désormais colossaux. Le problème est alors qu’il n’y a pas assez de clients (individus disposant de monnaie), dans une société donnée, pour absorber sa propre production. Tout le défi est d’en trouver ou d’en fabriquer, sous peine de blocage et d’effondrement. C’est ici que les entreprises et les états recourent aux palliatifs en question, lesquels sont ou ont été : les exportations, la colonisation, l’augmentation des salaires, le crédit à la consommation, les délocalisations et l’immigration (pour faire baisser les coûts de production), la planche à billets, le renoncement à l’étalon or, la création artificielle de monnaie. Rien n’y fait. La plupart des gens continue de se serrer la ceinture, le chômage ne cesse d’augmenter, le tissu économique se délite. Il n’y a pas de solution monétaire a des problèmes créés par la nature monétaire du système.

Or le problème du « manque de clients » va en s’aggravant avec la robotisation, l’informatisation et bientôt la production autonome. Plus nous sommes capables de produire, moins il y a de travail pour les hommes et, alors que les revenus que le travail procure sont déjà insuffisants, ils sont en passe de se tarir… à moins de fausser le jeu sans en sortir. C’est ici qu’interviennent toutes les propositions de revenus minimum, universel, de base, d’existence, etc. Dans un premier temps, ces propositions ont pu viser — par charité ou pour acheter la passivité sociale — à assurer un minimum vital aux exclus du système. Aujourd’hui, sous couvert d’un discours soi-disant social, elles visent surtout à conserver artificiellement la clientèle. Avant, les gens étaient payés pour travailler ; demain, il faudra les payer pour qu’ils puissent toujours consommer. Avant ils étaient dans la dépendance de leur entreprise ; demain, ils seront complètement assujettis à l’État, moyen sûr de les empêcher de s’agiter. Pour autant, cela résoudra-t-il le problème de fond ? Peut-on croire que l’État va assurer à tous des revenus mirobolants et que la Demande globale sera enfin équivalente à l’Offre ?  Certainement pas. Une fois de plus, il s’agit donc d’adopter un palliatif qui ne résoudra rien et dont le bon effet — si tant est qu’il en ait un — durera le temps qu’il durera… et après nous le déluge. Il s’agit surtout de traiter un problème monétaire sans sortir du cadre monétaire, tout en présentant comme « sociale » une mesure purement capitaliste. En dernière analyse, il s’agit de préserver le système monétaire, donc le capitalisme.

Qu’ils en soient conscients ou non, qu’ils se donnent tel air ou tel autre, les gens qui font des propositions de ce genre sont bornés ; leur esprit ne voit pas au-delà de Largent. Entre les préjugés capitalistes qu’ils ont intégrés et les principes sociaux qu’ils ignorent ou qu’ils défigurent pour qu’ils soient compatibles avec lesdits préjugés, leur discours est biaisé et contre-productif pour ne pas dire contre-révolutionnaire. En galvaudant tous les mots du répertoire social et en discréditant tout discours anticapitaliste, loin d’avoir formulé une alternative, ils en ont étouffé — autant qu’il est en eux — la possibilité ; loin d’avoir éclairé leurs contemporains, ils les ont plongés un peu plus dans le noir. Ils chercheraient à œuvrer dans l’intérêt du capitalisme, ils ne s’y prendraient pas autrement. Le capitalisme accueillera d’ailleurs de plus en plus favorablement leurs propositions… jusqu’à les faire lui-même.

Philippe Landeux

Mercredi 06 juin 2018

 

PS : Je ne reviens pas ici sur l’alternative que je préconise ni sur les critiques plus précises que cette alternative permet de faire des différentes propositions de revenus. J’ai traité ce sujet dans l’article « Revenu de base : une idée révolutionnairement contre-révolutionnaire »

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10:33 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

mardi, 16 janvier 2018

PATRIOTISME ET RÉVOLUTION

La Patrie n’est autre chose que la Société, une réunion d’individus sur la base des Principes de l’ordre social, faisant d’eux des citoyens. Le patriotisme n’est autre chose que la défense du pacte social et de ses concitoyens contre tout ce qui viole le premier et opprime les seconds sous quelque prétexte que ce soit. Et comme les citoyens sont liés par des devoirs, comme il n’y a pas de devoirs sans réciprocité, comme les devoirs des uns génèrent et garantissent les droits des autres, en un mot, comme il n’y a ni devoirs ni droits sans Égalité, le premier fléau de la patrie est l’inégalité, son premier ennemi : Largent.

Quiconque médite là-dessus en toute honnêteté ne peut ignorer que tous les maux puisent leur source dans Largent. Car qu’est-ce que Largent ? C’est la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger ; c’est la croyance universellement partagée qui donne vie et soutient l’existence du système monétaire. Et qu’est-ce la monnaie sinon une matérialisation des droits que les individus — non pas les citoyens — doivent se disputer sans jamais pouvoir en jouir également ; qu’est-ce sinon une négation de la citoyenneté, une négation des droits et partant des devoirs du citoyen, une négation de la Société elle-même.

Le système monétaire est intrinsèquement individualiste, matérialiste, inégalitaire, oppressif, oligarchique ; il est l’antithèse de la Société dont il est cependant le socle. Largent commande, au seul profit de quelques-uns, le contraire de ce que commandent les Principes dans l’intérêt de tous (les citoyens). Il autorise toutes les trahisons au nom de la logique monétaire, d’une logique si profondément enfouie en nous qu’elle nous fait agir inconsciemment. Même les hommes qui n’ont pas vendu leur âme sont obnubilés par ce qui est et en oublient ce qui devrait être.

Un citoyen a des droits, dont celui d’accéder librement au marché, parce qu’il est citoyen, parce qu’il a rempli ses devoirs de citoyen, parce qu’il a participé à la vie de la cité selon ce que celle-ci considère comme une participation. Méconnaissez le caractère de « citoyen » ; niez la Société et la Patrie ; faites des droits l’enjeu d’une lutte dans laquelle ne peuvent gagner que les plus pervers et les plus cruels ; réduisez les hommes au chacun pour soi ; cautionnez le système monétaire, bancaire, capitaliste… et vous avez le monde actuel. Défendez Largent, et vous êtes complice de tout, même de ce que vous déplorez. Prônez l’Égalité sans la Nation, ou la Nation sans l’Égalité, vous ne valez pas mieux. Dénoncez Largent au nom de l’Égalité et de la Patrie, et vous êtes un vrai résistant au capitalisme, un vrai patriote.

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09:24 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

lundi, 25 décembre 2017

LA PARABOLE DES ÉCHASSES

Il était une fois un plat pays verdoyant où les hommes vivaient heureux. Mais, Dieu sait pourquoi, un jour le ciel s’ouvrit et d’une plaine fit un marais. Les hommes, pour garder les pieds au sec et se mouvoir sans peine, se hissèrent sur des échasses. Et cet état des choses dura si longtemps que les échasses devinrent comme un prolongement naturel de leurs jambes. Ils ne se concevaient plus sans ces prothèses. Tant et si bien qu’ils finirent par se juger entre eux à l’aune de leurs échasses. C’était à qui aurait les plus solides, les plus longues, les plus belles, le plus de paires, etc. Un vrai besoin avait fait naître et donné un support à l’orgueil. Et plus le temps passait, plus les distinctions sociales s’appuyaient sur les échasses ; plus les échasses devenaient nécessaires, non pour marcher, mais pour penser.

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Un jour, les eaux commencèrent à baisser. Pourtant, loin d’y voir l’occasion de raccourcir les échasses, pour qu’elles soient plus adaptées et donc plus pratiques, les hommes, entraînés par l’habitude, ou crainte du qu’en-dira-t-on, poursuivirent leur course aux échasses les plus longues. Elles s’allongeaient à mesure qu’elles avaient moins d’utilité, et elles ne furent jamais aussi longues que lorsque, une fois les eaux complètement retirées, elles ne constituèrent plus qu’un handicap. Impossible, cependant, de faire entendre raison aux hommes. Modifier la taille, la forme, la longueur, la matière des échasses, d’accord ! Mais renoncer à ces superbes faire-valoir, jamais ! « Tout le monde sait que des échasses sont nécessaires pour marcher ! » L’idée de fouler à nouveau le sol avec les pieds était la plus saugrenue aux yeux de quiconque se revendiquait terre-à-terre. Tous les arguments étaient bons pour justifier l’indéfendable et discréditer l’évidence.

Ainsi un contexte avait suscité un besoin ; la réponse d’alors avait forgé des préjugés ; et ces préjugés enfermaient dans cette réponse, quel que soit le contexte.

Moralité :

On a aux pieds les échasses que l’on a dans la tête.

Ne riez pas ; vous en avez ! Elles s’appellent « monnaie ». Vous croyez que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger.

Philippe Landeux
24 décembre 2017

08:15 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

samedi, 23 décembre 2017

LA PARABOLE DU FLEUVE

Cinq explorateurs, chacun dans une barque, descendaient le fleuve Largent. Quelques remous les avaient obligés à ramer, mais, dans l’ensemble, ils se laissaient plus emporter par le courant qu’ils n’avançaient à force de bras. Une promenade. Ils avaient tout leur temps pour admirer les paysages. Ils en oubliaient qu’ils voguaient tels des bouchons.

Soudain le paysage se mit à défiler plus vite, de plus en plus vite. Le courant prenait une vitesse annonciatrice d’un danger. Et, de fait, à un kilomètre de là, le fleuve s’abîmait dans une chute vertigineuse.

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Surpris, chaque explorateur réagit à sa manière et fixa son sort.

Le premier, soit qu’il ait été curieux de percer le mystère, soit qu’il ait voulu comme toujours arriver avant les autres, soit qu’il ait juste voulu s’amuser après des jours de routine, rama de toutes ses forces dans le sens du courant, vers la chute mortelle.

Le second, d’un caractère opposé, prit la résolution inverse ; il rama de toutes ses forces à contre-courant, si bien que, malgré l’impétuosité du fleuve, il reculait, il s’éloignait du péril. Mais il tomba bientôt d’épuisement. Il n’avait gagné qu’un répit. Sa barque fut emportée jusqu’au terminus.

Le troisième, ni casse-cou ni foudre de guerre, se voulut plus malin que les deux premiers. Il se mit à ramer à contre-courant, sans enthousiasme, comme on fuit à contrecœur. Il fit longtemps du sur-place. Mais le peu d’effort que cela nécessitait n’en fut pas moins épuisant sur la durée.

Le quatrième, plus intelligent, trop intelligent, croyant que les autres avaient tout tenté et qu’il n’y avait rien à faire, se convainquit que la seule action valable était de baisser les bras. « Après la pluie, le beau temps », se dit-il. Dès lors il ne vit plus dans la chute fatale qu’un mauvais cap à passer.

Le cinquième, enfin, aussi peu enclin au mimétisme qu’à la philosophie, rama vers la rive, accosta la première berge venue et continua son chemin à pied… seul. Il ne devait jamais plus revoir les autres. Le fleuve avait eu raison des matamores et des illuminés.

 

Moralité :

Largent est irrésistible si on reste dans son sillage ; il n’est plus rien si on prend un autre chemin. Il suit son cours ; suivons le nôtre.

 

Philippe Landeux

22 décembre 2017

09:40 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

dimanche, 03 décembre 2017

LA RELIGION MARXISTE


Le marxisme est une religion, plus exactement, un spiritualisme. Il n’a chassé Dieu que de son vocabulaire. Il n’abhorre les religions que parce qu’il en est une lui-même… une plus parfaite, plus complète, plus conséquente, plus opérante… de son point de vue.

Il postule que « tout est lié » et, par suite, que « l’harmonie est dans le tout ». C’est là sa quintessence, le fondement de son caractère transcendantal. Sous ce rapport, il rejoint, sans le dire, et sans se l’avouer, toutes les religions, toutes les formes de spiritualité, quel que soit le nom que chacune d’elles donne à l’origine ou au créateur de ce « tout ».  

Mais si l’on peut admettre ce postulat, comme c’est mon cas, c’est grande erreur, de sa part, de croire que l’harmonie ici-bas procèdera directement de cette vérité absolue. Il y a loin entre le réel et l’abstraction. On n’administre pas les hommes comme on raisonne hors de toute contingence. Les hommes ne sont pas et ne seront jamais des êtres désincarnés, des esprits à l’état pur, des âmes connectées consciemment à l’Internet cosmique. La Terre n’est pas le séjour des dieux. L’harmonie parmi les hommes découlera de règles faites pour eux, faites pour des êtres de chair et de sang, limités, mortels.

Voilà le pêché originel du marxisme ! Lui qui se veut matérialiste et réaliste est échafaudé sur un dogme surréaliste. Branlant à la base, il sauve — croit sauver — les meubles à coups de bricolage et de baratin. Comme tous les prétendus détenteurs de « la Vérité » (dont les marxistes, en tout humilité, se disent seulement « dépositaires »), il s’est construit une mystique qui répond à tout sans rien dire. C’est ainsi qu’il évacue ses contradictions et occulte ses aberrations. Ses adeptes ânonnent en boucle des mantras, à l’instar de tous les fanatiques. Aucune expérience, aucun fiasco ne peut les détourner du piège dans lequel ils sont tombés. Puisqu’ils ont raison, toute déconvenue est le fait des autres, et tout autre est un hérétique. Prompts à voir une poussière dans l’œil du voisin, ils sont incapables de voir la poutre qui est dans le leur !

Le marxisme repose sur deux piliers : le mondialisme et le collectivisme, c’est-à-dire le pire du capitalisme, ou capitalo-libéralisme, et le pire du communisme, ou capitalisme d’état. Il se veut radicalement anticapitaliste parce qu’il propose une analyse pertinente des mécanismes capitalistes et scande « A bas l’argent ! » Mais il ne voit pas au-delà du capitalisme parce qu’il n’est pas sorti lui-même de la matrice et n’a aucune idée précise du comment en sortir. Il s’est construit contre le capitalisme mais a été nourri par lui. Il attend, certes, son effondrement mais ne conçoit pas l’après. Le prolétariat, dans son génie, y pourvoira. Du moins le prolétariat ne sera-t-il génial, selon lui, que s’il est mondialiste et collectiviste. En somme, il ne sait pas ce qu’il faudra faire précisément ; il décrète que nul ne peut le savoir ; au nom de sa propre ignorance, il interdit à quiconque d’y réfléchir et d’avoir un avis (forcément hérétique) ; et, dans le même temps, il pose des rails dont nul ne doit s’écarter, aujourd’hui ou demain, sous peine d’excommunication. Dire à la fois tout et son contraire… Méthode infaillible pour avoir le dernier mot et finir par discuter entre soi.

Mondialisme et collectivisme ne sont pas des lubies par hasard. Ils procèdent de la croyance première que tout est lié et que l’harmonie est dans le tout ; ils sont l’application littérale et angélique du principe. Tout est lié, donc les hommes, en particulier, sont de la même essence ; ils sont frères : ce qui les distingue et les sépare est artificiel, contre-nature et à proscrire : A bas les nations ! Vive l’Humanité ! Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! C’est tellement beau que même le capitalisme applaudit. Le problème est que ce raisonnement nie le réel ; il fait passer pour artificielles et atroces des distinctions naturelles et inévitables. Comme je l’ai dit plus haut, les hommes ne sont pas des êtres abstraits ; ils ont un corps physique ; ils sont ancrés, qu’ils le veuillent ou non, dans un monde matériel ; ils ont des besoins à satisfaire et des capacités limitées ; ils ne sont pas de génération spontanée : ils ont des parents, des enfants, des ancêtres, des voisins, des concitoyens, un peuple, une culture, une histoire ; ils ne sont pas omnipotents ; ils vivent sur Terre mais à tel endroit et pas ailleurs, de tel côté de la montagne, de la rivière, du fleuve, de la mer ; ils ne forment pas une communauté avec tous les hommes mais seulement avec une partie d’entre eux, avec les plus proches physiquement. Les hommes n’ont pas été divisés artificiellement en peuples ; ils le sont par la nature des choses.

Sans doute les nations modernes ont-elles, de par leur étendue, un caractère plus artificiel que les communautés primitives — d’autant plus que le capitalisme qui les a fondées cherche aujourd’hui à les détruire —, mais leurs membres, à défaut de liens du sang, ont un long passé commun, une race commune, une culture commune, une langue commune ; il y a moins de distance entre eux qu’entre eux et les membres de quelque autre nation. Aussi artificielle que soit la nation, elle l’est toujours infiniment moins que la communauté universelle qui ne sera jamais qu’une idée ! une idée qui, sous prétexte d’unir l’Humanité, la divise jusqu’à la plus petite unité, jusqu’à l’individu, coupé des siens réels au nom d’autres imaginaires et au seul profit du capital.

Sans doute, encore, les communautés primitives offraient-elles un cadre plus propice, que les nations modernes, à la communion avec la nature, au ressenti des énergies vitales et cosmiques, c’est-à-dire ce à quoi le marxisme destine l’Homme. Ce n’est donc pas le moindre des paradoxes, de la part du marxisme, que de se féliciter que l’argent (ou la logique marchande) ait détruit ces communautés et même de voir dans ce côté destructeur de l’argent sa grande et seule vertu. Si l’Homme se coupe de ses racines à mesure que le groupe dans lequel il vit s’élargit, n’en serait-il pas plus éloigné que jamais en tant que soi-disant « citoyen du monde » ? Que la nation ne soit pas une panacée sous ce rapport est une chose ; mais qu’il faille aider le capitalisme à la détruire pour aller vers la « nation fois mille » et renouer avec la nature comme au bon vieux de temps des communautés primitives est l’idée la plus absurde qui soit, tant d’un point de vue « spirituel » que d’un point de vue anticapitaliste… et que du simple bon sens.  

Le temps des communautés primitives est terminé ; on n’y reviendra pas. « L’Histoire ne repasse pas les plats. » Mais celui de la communauté universelle ne viendra jamais, car elle n’est qu’une vue de l’esprit. Il n’y a rien en deçà ou au-delà de la nation, rien sur quoi s’appuyer pour bâtir l’avenir. Sans trop entrer dans les détails ici, puisque ce n’est pas le sujet, disons que l’anticapitalisme réaliste consiste à vouloir faire de la nation capitaliste, qui n’est qu’une illusion, qu’une concentration d’individus exploités ou exploiteurs, une véritable nation, une Cité de Citoyens libres et égaux, égaux notamment dans le devoir de participer à la vie de la Cité, selon ce qu’elle considère comme une participation, et dans le droit d’accéder librement au marché, du fait même qu’ils soient Citoyens (la technologie moderne permettant d’attester sans difficulté et de manière infaillible la citoyenneté). Cela, me semble-t-il, sonne autrement plus juste et plus sérieux que l’aspiration à un collectivisme mondial qui permettrait, on ne sait comment, aux hommes de jouir d’on ne sait quoi !

J’entends bien, cependant, l’idée marxiste selon laquelle le monde est en proie à une force dont l’argent est le moteur, que toutes les révolutions antérieures étaient vouées à l’échec et que rien n’est révolutionnaire dans le cadre du système monétaire. Mais je ne peux plus le suivre quand il préconise d’attendre que l’argent soit allé au bout de sa logique et des destructions qu’il a entreprises, comme s’il agissait dans l’intérêt de l’Humanité et qu’il suffirait de tirer les marrons du feu ! Je souscrits encore moins à sa condamnation systématique et pontifiante de quiconque préconise d’agir, sous prétexte qu’il faut, selon lui, attendre que le capitalisme s’invalide lui-même, ligne qui fait de lui (du marxisme) le meilleur allié de celui dont il se prétend l’ennemi radical. Assurément, la plupart des actions prônées par les uns et les autres ne sont que gesticulations stériles. Mais est-ce à dire qu’il n’y a rien d’autre à faire que s’asseoir et lire Marx en attendant qu’advienne la Révolution, par l’opération du Saint-Esprit ? Certainement pas ! Si on le laisse faire, Largent détruira tout, en effet (sauf lui-même), et il n’y aura plus rien à sauver et pour rebondir. C’est donc avant d’atteindre le point de non-retour qu’il faut agir. Encore faut-il savoir quoi faire et pour aller où !

Or le marxisme, malgré ses rodomontades, ignore l’un et l’autre et ne peut pas le savoir. Il s’est ôté lui-même tous les moyens de penser l’avenir et le présent.

Nous avons vu pourquoi le marxisme est mondialiste et emboîte le pas du capitalisme sous prétexte d’attendre sa chute. Son « spiritualisme » lui interdit, a priori, de distinguer peuples et nations et, par suite, l’oblige à en rejeter le concept. Il est de facto mondialiste à l’instar du capitalisme qui, lui, puise cette « philosophie » dans l’individualisme inhérent à Largent (à la notion de valeur marchande qui provient du troc et en véhicule le schéma). Il ne conçoit donc pas la nation, cadre naturel et seul levier possible de la Révolution. Certes, les nations érigées par le capitalisme ne sont qu’illusion, de par l’inégalité et l’absence de cohésion sociale qui y règnent. Mais le marxisme, au lieu de donner du sens au concept de nation en a purement et simplement rejeté la notion. En fait, il ne sépare jamais le bon grain de l’ivraie ; il fait toujours table rase — en pensée, car, en pratique, la chose est impossible. Il rejette de même tout ce qui a existé sous le capitalisme comme intrinsèquement capitaliste. J’allais dire qu’à ce compte-là il devrait gommer les hommes eux-mêmes, mais c’est bien ce qu’il fait aussi. Ainsi, il rejette autant les mots que les notions de « société », de « citoyens » (d’où le recours à celui de « camarades », vide de toute signification sociale), de « devoirs », de « droits », d’« Égalité », de « démocratie », concepts en effet factices sous Largent… Mais le plus beau, le plus fort, c’est qu’il les rejette comme produits de Largent ayant détruit la communauté primitive, qu’il condamne également comme localisme. La boucle est bouclée. Hors du « tout », c’est-à-dire du néant, point de salut !                                

Le marxisme est tellement dupe du capitalisme qu’il le prend au mot, alors que les mots ne sont pour ce dernier que des attrape-nigaud. Le capitalisme utilise des mots qui ont un sens pour désigner des choses qui en ont un différent voire opposé. Il met, pour ainsi dire, des étiquettes sur des pots qui ont un tout autre contenu que celui indiqué. Mais supprimer les étiquettes permet-il de mieux s’y retrouver ? Le réflexe judicieux n’est-il pas, au contraire, de signaler les impostures, de rendre aux mots leur véritable signification, quitte à approfondir cette signification, et d’appeler toute chose par son vrai nom ? Au lieu de cela, le marxisme condamne, à juste titre (quoique sans que l’on sache trop au nom de quoi de sa part), les concepts capitalistes, mais rejette, en même temps, comme on jette le bébé avec l’eau du bain, les mots frauduleux dont celui-ci les couvre et qui seuls, une fois redéfinis, permettent de formuler un projet social. Il arguera, certes, que son but n’est pas l’harmonie sociale mais l’harmonie tout court… D’accord ! C’est-à-dire ???

Enfumage que tout cela ! Le marxisme prône le collectivisme… et il ne serait pas un projet social, à quelque échelle que ce soit !? Il ne concernait pas des citoyens présents ou futurs !? Il n’établirait aucune règle commune, aucune loi, aucun devoir, aucun droit, aucun rapport !? De deux choses l’une : soit l’harmonie sera le fruit d’une construction collective, autrement dit sociale, soit elle résultera de l’absence de toute forme de « société », chose inconcevable pour des hommes qui sont des êtres sociables par nature. Le marxisme n’est pas absurde au point d’imaginer que l’avenir de l’Homme soit de « retourner » vivre dans les bois et de passer son temps à caresser des fleurs… mais il n’est pas assez honnête pour reconnaître qu’il est allé trop loin en rejetant le répertoire social et s’est réduit lui-même à recourir à des périphrases obscures, sinon creuses, pour donner le change. Ne voulant pas penser « société », il a éradiqué les mots. Ne voulant pas penser « la société », il a éradiqué les concepts au lieu de les révolutionner. N’ayant ni les mots ni les concepts, il ne peut plus penser « la société » (de demain) et se flatte de ne pas s’y essayer. Dès lors, il doit la bannir verbalement pour rester cohérent avec lui-même, mais sans la bannir ouvertement pour ne pas passer pour insensé. C’est ici, notamment, que le marxisme doit exceller en baratin pour noyer ses détracteurs dans un charabia qui, en définitive, ne peut en imposer qu’à ses adeptes ; toute personne avisée comprend bien qu’au bout du compte il n’y a rien à comprendre, que cette débauche de verbiage masque une absence de projet, que ses jongleries ne servent qu’à occulter ses incohérences.

Le reste est à l’avenant, pour les mêmes raisons. Ainsi sa grande et fumeuse idée d’un collectivisme mondial devient, au fil des discussions, une fédération de collectivismes locaux (ne disons pas nationaux !), concernant, par la force des choses, des gens existant au même endroit et ayant la même culture (ne disons pas peuple !). Ainsi la grande famille humaine, qui ne doit plus être compartimentée en peuples, en nations, présente néanmoins des variétés que le capitalisme s’empresse d’ailleurs d’exploiter en jouant les unes contre les autres. Le marxisme conçoit, avec raison, les immigrés comme l’armée de réserve du capital ; il sait que le capitalisme les utilise pour paralyser économiquement et politiquement les autochtones ; il admet donc implicitement qu’il y a les uns et les autres, qu’il y a divers peuples, diverses nations, mais la doctrine interdit de le reconnaître et de raisonner d’après cette réalité, c’est-à-dire d’aller au bout de la logique. Ainsi le marxisme exècre le capitalisme et l’argent, dont les conséquences directes sont le matérialisme, l’individualisme et l’inégalité, tout en focalisant lui-même sur l’aspect matériel des choses (besoins, moyens de production), en prônant le mondialisme qui n’est que le revers de l’individualisme, et sans jamais parler d’Égalité, de la seule Égalité possible et souhaitable, l’égalité des citoyens en devoirs et en droits, car cela impliquerait de recourir aux notions équivalentes de « société », de « peuple », de « nation », ce qui lui écorcherait la bouche.

Résultat des courses : le vide. Plus on creuse, moins on trouve. Des fioritures impressionnantes ; un contenu qui laisse sur sa faim. Sa radicalité n’a d’égale que sa vacuité. Mélange de vrai et de faux, de pertinent et d’absurde, de tout et son inverse, il peut ratisser large mais n’attrape au final que les convaincus, ceux qui partagent ses délires et ceux qui prennent pour argent comptant les lieux communs à son sujet (bonheur du peuple, Égalité, justice). Il ne répond pas aux objections ; il oppose des discours bien rodés qui se contredisent entre eux d’une objection à l’autre, contradictions qui ne l’interpellent pas mais l’obligent à recourir à sa botte secrète, à son « argument » suprême, face à quiconque les relève : « Tu n’as pas compris le marxisme », « Tu n’as pas lu Marx ». En d’autres termes : « Tu es un mécréant ! »

La religion marxiste exige la foi du charbonnier, celle qui soulève les montagnes pour accoucher d’une souris.


Philippe Landeux

3 décembre 2017

 

A peine avais-je écris ce texte que je recevais, sous ma vidéo « Marchandise vs Largent - Francis Cousin vs Philippe Landeux »,  comme pour mieux démontrer tout ce que je dis, le commentaire suivant :

« Production ? mais non, c'est la nature qui produit ! Et oui on partage ce que la nature nous donne, tout le temps ! Et non pas besoin d'autorité du tout, seule la logique de la survie fonctionne : tu ne peux vivre seul donc tu partage. C'est pas compliqué pourtant... Le communisme n'a JAMAIS été pratiqué à grande échelle depuis l'apparition du capitalisme. Prendre l'urss ou la chine comme l'exemple du communisme est faire une erreur monumentale ! Les vrais communistes existent pourtant, il faut aller les chercher en amazonie, en papouasie, etc. mais ils sont la démonstration vivante de notre régression totale. Je m'en tape qu'on soit des milliards sur cette planète, si il faut n'être qu'un million pour vivre heureux cela me va très bien ! »

Que peut-on répondre à ceux qui tiennent des discours d’une telle absurdité ? Pourquoi même s’en donner la peine ?

Ce commentaire était une réponse à un de mes commentaires :

« La notion de partage implique des individus qui produisent quelque chose... Cela implique par ailleurs de réunir les productions et de les partager, selon des critères arbitraires et sous une autorité potentiellement tyrannique. A grand échelle, l'idée basique "du partage" débouche sur le communisme tel qu'il a été pratiqué. L'échange sans monnaie à grande échelle, alors que plus personne ne produit rien seul, doit être autre chose. Les producteurs (et de manière générale les citoyens, c'est-à-dire les individus qui, aux yeux de la cité, ont rempli leurs devoirs et fait oeuvre utile) doivent simplement pouvoir accéder librement au marché, puiser pour ainsi dire dans le pot commun. Chacun met dans le pot commun ; chacun puise dedans (sans autre borne que la réalité des choses et, au besoin, la loi égale pour tous). La production est partagée de facto, mais je ne pense pas que ce soit là la conception à laquelle renvoie généralement le mot "partage". S'en tenir à ce mot donne l'impression de faire un pas en avant, alors qu'il conduit à faire deux pas en arrière. »

Ainsi, la réponse n’aura tenu aucun compte de mes arguments et aura consisté à tout balayer d’un revers de main, à nier toutes les évidences, à soutenir les pires contradictions, les pires inepties, à compter sur la nature et les petits oiseaux et à ne voir de salut pour l’avenir que dans le retour à une situation à jamais révolue, nécessitant l’éradication ou tout du moins la disparition de la quasi totalité de l’Humanité. Bien vu camarade !

16:20 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer |

dimanche, 08 octobre 2017

ENTRETIEN AVEC PH. LANDEUX - JUILLET 2017 (vidéo)

Exotriks interroge Philippe Landeux sur le Civisme, sa théorie de la Cité, et ses postulats.

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Pour voir la vidéo, CLIQUEZ ICI ou sur l'image

MENU :

0 h 00 mn 30 s – Les choses n’ont pas de prix
0 h 03 mn 02 s – La monnaie représente du droit
0 h 05 mn 37 s – Principes de fonctionnement de la monnaie
0 h 08 mn 52 s – Différence entre Largent et la monnaie
0 h 10 mn 34 s – Comment est née la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger (Largent)
0 h 13 mn 20 s – Le système monétaire est intrinsèquement oligarchique
0 h 16 mn 30 s – Le revenu universel peut-il résoudre l’inégalité ?
0 h 21 mn 21 s – Comment échanger sans monnaie, sans valeur marchande ?
0 h 30 mn 28 s – L’Égalité est-elle incompatible avec la hiérarchie ?
0 h 38 mn 53 s – Que se passe-t-il si un producteur ne vend pas assez ?
0 h 46 mn 46 s – Que se passe-t-il si un producteur produit de la mauvaise qualité ?
0 h 50 mn 00 s – Un ingénieur doit-il avoir plus de droits qu’un agriculteur ?
0 h 54 mn 11 s – L’accès libre au marché ne présente-t-il pas risque de pollution ?
0 h 59 mn 32 s – Quelles formes peut pendre le devoir de participer à la vie de la Cité ?
1 h 04 mn 05 s – Qu’en est-il des métiers pénibles ?
1 h 08 mn 14 s – Je produis un seul légume… Que se passe-t-il ?
1 h 15 mn 06 s – Accès libre impossible dans les petites communautés
1 h 18 mn 50 s – Le Civisme est-il un projet mondial ?
1 h 25 mn 33 s – Nous payons avec notre travail
1 h 31 mn 57 s – Un droit est généré par un devoir
1 h 36 mn 23 s – Les contradictions du système monétaire
1 h 47 mn 08 s – Le Civisme en 3 mots
1 h 49 mn 23 s – Comment en savoir plus ?

20:54 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

dimanche, 27 août 2017

NATION CAPITALISTE VS NATION TOUT COURT

Le capitalisme n'a jamais créé que des nations illusoires, qu'il cherche aujourd'hui à détruire pour aller vers le mondialisme. Ces deux projets ont le même ressort : Largent (croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger), plus exactement, l'individualisme inhérent à Largent. Le capitalisme a détruit les frontières ancestrales pour étendre le champ de l'individualisme (et surtout la zone d'influence des riches), et de cette première phase sont nées ce que nous appelons abusivement "les nations". Le mondialisme n'est que le prolongement de ce processus tendant à réduire les hommes à des individus pour faire du monde entier le terrain de jeu des riches.

Il ne s'agit donc pas aujourd'hui de défendre la nation qui n'a jamais existé réellement, mais de la bâtir, c'est-à-dire de construire un projet social à une échelle réaliste et viable que le capitalisme (Largent) nous a bon gré mal gré imposée... le capitalisme et la technologie moderne. Ce projet devra nécessairement avoir des bases (philosophiques) et un but radicalement différents. La "nation" capitaliste est monétaire, individualiste et inégalitaire (donc oligarchique) ; ce n'est en rien une société. La véritable nation, la Cité, devra être non-monétaire, civique ou patriotique et égalitaire (donc démocratique). Lutter pour ce projet, c'est s'opposer radicalement au capitalisme. S'y opposer ou n'en prendre qu'une partie (patrie sans égalité, ou égalité sans patrie), c'est soit être un capitaliste revendiqué, soit se réduire soi-même à l'impuissance face à Largent et en être de facto le complice.

Ce n'est pas combattre le capitalisme que de rejeter comme lui, fut-ce pour d'autres raisons en apparence, l'échelle nationale ; c'est lui emboîter le pas et le servir en dernière analyse. Il n'y a rien au-delà de la nation, sinon l'empire de Largent ; il n'y a rien non plus en-deçà, sinon des utopies (des niaiseries) vouées à l'échec dont le seul succès sera d'avoir sapé la Révolution. Seule la nation est révolutionnaire.

18:09 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

lundi, 22 mai 2017

NOUVEAU PLAN D’ATTAQUE POUR LE CAMP NATIONAL

Aussi légitimes que soient les dénonciations de l’ « Europe » et de l’immigration, force est de constater qu’elles ne portent pas suffisamment dans l’opinion publique et qu’elles exposent aux accusations de « xénophobie » et de « racisme » qui, pour être ridicules, n’en sont pas moins redoutables.

Le camp national doit trouver autre chose, une autre approche qui, tout en conduisant au salut de la France, ne l’expose plus à ces anathèmes ; une approche porteuse d’un projet qui suscite la mobilisation générale et fasse tomber le masque des traîtres.

INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE TOTALE DANS LES 10 ANS

Voilà un projet qui, tout en étant politiquement correct, remplirait tous les objectifs du camp national.

Il ne s’agirait pas de proposer des solutions pour parvenir à ladite indépendance, mais, une fois au pouvoir, de faire de cette indépendance la priorité absolue, de favoriser toutes les recherches en faveur des énergies renouvelables ou de substitution, d’en appeler au génie du peuple français pour trouver des solutions, de soutenir les inventeurs, de constituer un centre de recherche et d’essai où toutes les bonnes volontés seraient les bienvenues. Le but : plus de pétrole, plus de nucléaire, en France, dans 10 ans.

Qui pourrait décemment être contre sans passer immédiatement pour un traître ou un crétin ?

Voyez-vous les avantages d’un tel projet pour le camp national ?

 

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18:11 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer |

jeudi, 18 mai 2017

UNE DOCTRINE RÉVOLUTIONNAIRE POUR LE CAMP NATIONAL : LE CIVISME

UNE DOCTRINE RÉVOLUTIONNAIRE
POUR LE CAMP NATIONAL :

LE CIVISME

 

Sauver la France vaut bien que vous preniez une heure s’il le faut pour lire jusqu’au bout ce qui suit. Vous n’avez rien à perdre, si ce n’est un peu de temps, et tout à gagner, si le salut est bien là.

LE PROBLÈME

La patrie est en danger. Jamais, dans son histoire, le peuple français n’a couru plus grand péril. Il n’est pas menacé d’une défaite militaire ou d’une occupation temporaire ; il est menacé d’une lente dissolution morale et physique. Le mal est déjà fort avancé. Mais il n’est pas trop tard pour réagir. Encore faut-il agir avec efficacité.

Le camp national souffre d’être divisé ; et il est divisé parce qu’il n’y a pas de doctrine globale et puissante capable de rallier tous les patriotes. Jusqu’à présent, chacun y est allé de sa sensibilité, focalisant sur tel ou tel problème, mettant en avant telle ou telle tradition, n’ayant au mieux que des réponses partielles, tenant ainsi un discours bancal incapable de faire l’unanimité. Pire ! Nous allons voir que les patriotes luttent depuis toujours sur le terrain de l’ennemi et avec les armes fournies par lui. Le moyen de l’emporter dans ces conditions ? 

Une chose dont les patriotes ou nationalistes doivent avoir conscience et prendre acte sans protester, c’est que, à ce jour, ils n’ont pas la solution, sans quoi ils auraient déjà vaincu et la France ne serait pas à l’agonie. Or, s’ils n’ont pas la solution, c’est qu’elle ne leur est pas venue à l’esprit. La solution, qui ne peut-être que radicale, sera donc une nouveauté pour eux et va les étonner de prime abord. Mais s’il est naturel qu’ils soient surpris, la surprise ne doit pas être en soi un motif de rejet de leur part.

LE MAL

Quels sont donc les maux mortels dont la France est affligée ?

Le premier, le plus frappant pour qui n’est pas aveugle, et le plus urgent, est bien sûr celui de l’immigration massive qui, sans parler des problèmes quotidiens qu’elle draine ou suscite, constitue une invasion, une colonisation de fait, et un génocide à terme. Tous les autres problèmes sont secondaires en regard de celui-là. Le peuple français peut se remettre de toutes les crises morales ; il ne pourra pas se relever de sa disparition physique. Les morts ne reviennent pas.

Le second est celui de l’européisme, étape du mondialisme, qui, pour faire entrer les Français dans un moule supranational, nie leur existence en tant que peuple afin de délégitimer toute résistance, et les dépouille de toute souveraineté afin de les réduire à l’impuissance. L’Union soi-disant européenne encourage bien sûr l’immigration qui favorise son projet.

Le troisième est la mentalité de nos contemporains : universaliste, humaniste, sans-frontiériste, immigrationniste, antiraciste, antifasciste, nihiliste, égalitariste, individualiste, moderniste, conformiste, consuméristes, court-termiste, mentalité de tocards prêts à croire n’importe quoi (pour peu que cela soi politiquement correct), à dire tout et son contraire et à se rebeller au sifflet contre les ennemis désignés par le système qui ne leur veut pas du bien.

Mais tous ces problèmes sont des branches de la même souche : le capitalisme. L’immigration a été mise en œuvre par le patronat ; l’Union économique dite « européenne », par et pour les riches ; et la mentalité en question n’est jamais que le fruit de la propagande qui a servi à couvrir ces deux entreprises. On pourrait développer, soulever d’autres problèmes (délocalisations, ploutocratie, théorie du genre, etc.), on arriverait à la même conclusion. Comment pourrait-il en être autrement ? Le capitalisme est le cadre général qui façonne tout et auquel tout s’adapte par la force des choses.

Rares sont ceux qui arrivent à cette conclusion indéniable, qui n’est pourtant qu’un début de réponse. Le terme « capitalisme » est vague ; il semble ne renvoyer qu’à une certaine organisation économico-financière. L’expression « ultra-libéralisme » est plus précise mais noie tout autant le poisson. On commence à mieux cerner le problème avec « l’argent roi ». Mais que désigne réellement cette expression dans la bouche de ceux qui l’utilisent, alors que tout le monde l’emploie à l’occasion ? En fait, cette expression pointe moins l’argent en lui-même que les riches, les banques, les grandes entreprises, la spéculation, la manie de tout juger à l’aune de la fortune et, de manière générale, tous les vices du système monétaire, autant de choses qui méritent d’être dénoncées, mais qui ne sont elles-mêmes que des conséquences.

Il est temps d’arrêter de tourner autour du pot et d’aller au fond des choses. L’ultra-libéralisme et le capitalisme sont inséparables du système monétaire, dont l’existence repose sur la monnaie. Mais s’il semble audacieux de remonter jusqu’à la monnaie, dans le but évident de la remettre en cause, il ne s’agit, là encore, que d’une étape. Nous n’avons pas recours à la monnaie par hasard, mais parce qu’elle répond à une certaine logique, à une certaine conception de l’échange. Au cœur de cette conception : la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger, c’est-à-dire ce que la théorie du Civisme appelle, par commodité, « Largent ». Largent, voilà le plus petit dénominateur commun, la base de tout. Sans la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger, pas d’unité de valeur, pas de monnaie comme moyen d’échange, pas de système monétaire, pas de capitalisme et ses conséquences.

Largent, cette croyance, est tellement enracinée en nous, qu’elle nous semble naturelle. Que dis-je ? Nous n’en avons pas même conscience ! Elle véhicule une conception de l’échange, avec des conséquences pour la société, et nous ne l’interrogeons jamais ! Nous ne savons donc ni d’où elle vient ni ce qu’elle induit.

LARGENT

La croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger vient de la pratique du troc ou, du moins, en véhicule le schéma. Le troc est un échange d’objets entre individus. Des individus échangent les uns contre les autres des objets dont ils sont propriétaires et, ce faisant, les mettent en équivalence, d’où la notion de valeur (marchande). La notion de valeur marchande — qui n’est en réalité que l’expression d’un rapport de force — implique donc un mode d’échange qui place les objets et leur soi-disant valeur au centre des considérations, et dans lequel les individus doivent être propriétaires de ce qu’ils échangent. On notera tout de suite le caractère intrinsèquement matérialiste de ce mode d’échange, caractère qui se trouve décuplé dans le système monétaire et dont il ne faut pas chercher ailleurs l’origine. Par ailleurs, le fait de devoir être propriétaires de ce qu’ils échangent, donc de ce qu’ils produisent, implique que les individus travaillent pour eux-mêmes au lieu que leur activité soit un devoir envers la société. En fait, dans ce mode d’échange, il n’y a pas de citoyens, ayant des devoirs envers la cité et des droits en raison de leur citoyenneté, seulement des individus livrés à eux-mêmes pour se ménager des droits, ce qui est encore plus évident dans le système monétaire où les individus n’ont de droits qu’en proportion de la quantité de monnaie dont ils disposent et qu’ils ont gagnée on ne sait comment. La logique monétaire est totalement étrangère et contraire à la logique sociale. Enfin, la notion de valeur, qui suppose des différences de valeurs, donc de prix, au niveau des produits, donc des productions, donc du travail, donc des salaires, donc des droits des travailleurs, est intrinsèquement porteuse d’inégalités en droits ; et les principes de fonctionnement de la monnaie — vases communicants et attraction — créent eux aussi, mécaniquement, l’inégalité.

Même si tous ces sujets mériteraient des explications approfondies, nul ne peut contester le caractère matérialiste, individualiste et inégalitaire du système monétaire, et le peu que je viens de dire montre que la monnaie, le matérialisme, l’individualisme et l’inégalité sont des conséquences naturelles, logiques, inséparables de Largent. Dès lors, quiconque dénonce des maux qui se rapportent à l’un ou l’autre de ces « principes » ne peut, sans incohérence, s’abstenir de dénoncer Largent lui-même. Or tous les maux s’y rapportent pour peu que l’on y réfléchisse.

Au lieu de prendre des exemples de problèmes et de remonter à leur source pour montrer le rôle premier de Largent, je vais exposer quelques-unes des conséquences de chacun de ces « principes », pris séparément, pour donner un aperçu de leurs ramifications et laisser imaginer ce que peut donner leur combinaison.

Le matérialisme, inhérent à la notion de valeur marchande, puisque elle-même procède du troc qui focalise sur les objets, a pour conséquence de pousser à n’avoir de considération que pour les biens, à n’avoir donc aucun égard pour les hommes ou la nature, d’insuffler le désir de posséder plus que de raison, d’amasser, de sacraliser la propriété, de favoriser l’Avoir sur l’Être, c’est-à-dire le paraître, d’encourager à la superficialité, etc.

L’individualisme, inhérent à la notion de valeur marchande, puisque elle-même procède du troc qui consiste en un échange entre individus, a pour conséquence d’étouffer la nature sociable des hommes, de leur faire oublier qu’ils ne seraient rien sans la « société », sans leurs « concitoyens », de les pousser à ne voir et à ne servir avant tout et surtout que leurs intérêts particuliers, à faire de l’individu la mesure de tout à leurs yeux, à se désintéresser du collectif comme quelque chose d’étranger ou à vouloir détruire la nation comme une chose artificielle ou une entrave à leur jouissance du monde, c’est-à-dire à basculer soit dans un égoïsme étroit, soit dans mondialisme surréaliste.

L’inégalité, inhérente à la notion de valeur marchande, puisqu’il n’y a de valeurs que dans la différence de valeurs, lesquelles sont, en dernière analyse,  les droits des gens, a pour conséquence d’instaurer, de manière structurelle, donc incorrigible, la misère, l’exploitation, l’oppression, l’injustice pour le plus grand nombre, et une oligarchie au profit d’une minorité, sachant par ailleurs qu’il est dans la nature des inégalités procédant d’un système intrinsèquement inégalitaire de s’accroître, et non de tendre vers l’Égalité et de se résorber d’elles-mêmes.

La monnaie, qui est en premier lieu un étalon de la valeur, qui passe de main en main à l’instar des objets échangés sous le troc, et qui incarne les droits dont chacun a besoin, a pour conséquence d’obliger les hommes (comme les personnes morales) à en avoir, à s’en procurer en permanence par tous les moyens, et toujours aux dépens d’autrui, à faire des choix dans leurs dépenses, à sacrifier tel poste plutôt que tel autre, à courir après le profit, à essayer d’en tirer de tout et n’importe quoi, à se vendre eux-mêmes, etc.

Et ce ne sont là que quelques-unes des conséquences de Largent ! Cette esquisse à grands traits permet néanmoins de reconnaître le monde qui est le nôtre, et d’admettre que Largent en est bien le ressort. Le ressort à briser. 

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LA CLÉ

Il n’y a qu’une façon d’anéantir Largent et d’échapper ainsi à toutes ses conséquences (système monétaire, capitalisme, européisme, immigrationnisme, etc.), c’est d’adopter et de mettre en œuvre une conception de l’échange qui ne rappelle en rien celle du troc, qui n’ait pas pour but d’établir de soi-disant valeurs pour les objets, mais de garantir les droits du citoyen, une conception qui, au lieu d’insuffler l’individualisme (et l’universalisme), inspire le civisme, le patriotisme, le sentiment d’appartenir à la communauté que l’on forme avec ses concitoyens, et la volonté de la défendre, et qui, au lieu d’imposer l’inégalité, assure l’Égalité. Et le moyen est simple.

Au lieu que le droit d’accéder au marché, par lequel passe la plupart des droits, soit incarné et conféré par la monnaie, il suffit qu’il soit reconnu comme un droit du citoyen et, de ce fait, conféré par la citoyenneté. Comme la citoyenneté ne se mesure pas (elle est ou n’est pas), le droit d’accéder au marché serait de même indéfini, autrement dit illimité (en théorie) et de facto égal pour tous les citoyens, et non plus différent d’un individu à un autre et d’un moment à l’autre. Entendons bien ! Il s’agirait de reconnaître à tous les citoyens le droit d’accéder librement au marché (dans la mesure du possible et des lois) et non d’attribuer à chacun une part égale du produit commun, mesure aussi arbitraire qu’impraticable et liberticide. L’égalité matérielle n’est ni possible ni souhaitable. La désirer est un réflexe capitaliste conditionné par le matérialisme inhérent à Largent. Des citoyens doivent être égaux en droits mais ne sont pas identiques en tant qu’individus ; ils n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes envies. (Et qui les définirait ? comment ?) L’Égalité n’est pas l’uniformité. Cela dit, le droit pour tous d’accéder librement au marché provoquerait bien, en théorie, de par la loi des grands nombres, un partage « égal » du produit commun, même si, en pratique, il réduirait seulement — mais autant que possible — les différences matérielles, proscrivant, au passage, les grandes iniquités et permettant d’atteindre naturellement les équilibres optimums.

Il va sans dire qu’attacher à la citoyenneté un droit d’accéder librement au marché implique une nouvelle conception de la citoyenneté elle-même. Si ce mot est aujourd’hui vide de sens, dans un système où elle confèrerait un tel droit, elle supposerait nécessairement un devoir qui le justifierait et équilibrerait les choses. Or quel devoir peut justifier d’accéder librement au marché sinon d’avoir contribué soi-même à approvisionner ce marché ? Ceci étant, les produits et services disponibles sur le marché ne sont qu’une partie, certes importante, des bienfaits de la cité. Il ne faut pas faire l’erreur, à laquelle pousse Largent, de ne voir que l’aspect matériel et économique des choses, d’être obnubilé par la production et, son pendant, le travail. Une conception plus large s’impose pour ne pas exclure de la cité tout qui en fait évidemment et légitimement partie. Pour faire court : la citoyenneté consiste à remplir tous les devoirs du citoyen, dont celui de participer à la vie de la cité, selon ce que celle-ci considère comme une participation, et à jouir en retour de tous les bienfaits de la cité, à l’instar de ses concitoyens, notamment en ayant le droit d’accéder librement au marché. Sans ce droit-là pour tous les citoyens, il n’y a aucune égalité.

Ainsi, la citoyenneté, les droits du citoyen, se mérite en s’acquittant des devoirs du citoyen. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans une infinité de question pratiques. Observons simplement que les enfants, qui sont à la charge de leur parents et, au-delà, de la cité, ne seraient pas encore citoyens, à l’inverse des retraités qui, ayant acquis le droit de cesser de travailler ou de participer, le seraient toujours et sans rien perdre de leurs droits. Remarquons également que si, dans ce système, il n’y a pas de monnaie, pas de prix, rien ne serait pour autant gratuit. Les citoyens ne payeraient pas en détail ce qu’ils retirent du marché mais s’acquitteraient globalement, par leurs devoirs, du droit d’y accéder librement, formule que nous qualifierions aujourd’hui de « forfait ». Il ne s’agirait plus d’un échange d’objets entre individus, mais d’un échange de devoirs et de droits entre le citoyen et la cité.

Cette conception révolutionnaire de l’échange n’est concevable, précisément, qu’à l’époque actuelle, après que la révolution industrielle ait rendu possible la production de masse, et envisageable un droit d’accéder librement au marché, et que la révolution informatique ait rendu possible d’attester sans effort et avec certitude la citoyenneté, à laquelle ledit droit doit logiquement (d’un point de vue social) être attaché. En clair, cette conception avait besoin, pour voir le jour, de la technologie des cartes à puce qui permettra à la cité de doter ses citoyens d’un moyen sûr d’attester leur citoyenneté auprès des commerçants et, par suite, d’accéder librement au marché. Encore une fois, il n’est pas possible d’entrer ici dans toutes les questions pratiques, traitées en détail dans la théorie du Civisme. Mais s’il fallait encore prouver que cette théorie est bien la solution d’avenir, que l’on se demande vers quoi tend un système monétaire au bord de l’implosion, dans lequel la monnaie ne se manipule plus que par des cartes qui lui ôtent toute réalité, sinon vers un système où la monnaie n’existera plus, même de manière virtuelle, parce que les cartes serviront à vérifier une autre information, une information non mesurable, la citoyenneté en l’occurrence. Les cartes civiques et la logique sociale qui va avec seront, sans conteste, l’évolution révolutionnaire des cartes de crédit et de la logique monétaire.

Voilà le projet, dans ses grandes lignes. C’est le projet clair, cohérent, radical et inattaquable que doivent porter et par lequel doivent s’unir tous les défenseurs de la nation. C’est du moins le projet qu’ils doivent ambitionner pour le futur et prendre comme boussole dans le présent. Il implique, évidemment, de réviser voire d’abandonner certains discours, qui, on le devine, sont influencés par Largent ou biaisés par lui. Et le premier discours à rafraîchir est celui qui concerne l’Égalité, Principe fondamental de l’ordre social, sur laquelle l’opinion de ceux qui la prônent est aussi absurde que celle de ceux qui la rejettent. Ce long préambule avait pour objet de mettre tout le monde d’accord en montrant ce qu’elle doit être, et comment il est possible qu’elle soit. Je vais maintenant indiquer, comme je l’ai fait pour Largent, les notions qui en découlent.

L’ÉGALITÉ

Il n’y a qu’une Égalité, l’égalité sociale, l’égalité en devoirs et en droits entre citoyens. Il s’ensuit que l’Égalité bien comprise, outre qu’elle suppose un système non-monétaire (le système monétaire étant inégalitaire par nature), va de pair avec les notions de :

> Cité, peuple, nation, patrie
> Patriotisme
> Souveraineté du peuple (démocratie)
> Souveraineté nationale (indépendance)
> Respect des peuples, non-ingérence

Reprenons point par point.

Cité, peuple, nation, patrie. S’il n’y a d’Égalité qu’entre citoyens, elle ne peut exister que dans le cadre d’une cité, d’une société, formée par lesdits citoyens. On peut dire la même chose et des devoirs, qui n’existent que dans la réciprocité et entre individus étant de facto concitoyens, et des droits, qui n’existent que s’ils sont générés par des devoirs. Il n’y a pas plus de devoirs hors Égalité que de droits hors société. Or qu’est-ce que la société, la cité, sinon un peuple, une nation, une patrie ?

Patriotisme. Si l’Égalité implique l’idée de patrie, elle inspire fatalement le patriotisme, c’est-à-dire l’amour des siens, la volonté de les défendre. Ce sentiment ne peut jamais être aussi fort que parmi des égaux, remplissant les mêmes devoirs les uns envers les autres et jouissant des mêmes droits. Il n’en a d’ailleurs pas encore été question, mais le tout premier devoir du citoyen est de défendre la cité et ses concitoyens, car c’est ainsi que la société procure à ses membres la sécurité qui est sa raison d’être. L’Égalité est donc intrinsèquement patriotique. A l’inverse, le patriotisme inégalitaire est un non-sens. On n’aime pas les siens quand on les voue, par calcul ou par bêtise, à l’exploitation et à l’oppression qui sont le lot de la majorité dans l’inégalité.

Souveraineté du peuple (démocratie). Si l’inégalité induit une forme d’oligarchie, l’Égalité, elle, amène et garantit la démocratie par la force des choses. Des citoyens égaux ne connaissent pas de maîtres et ne reçoivent de lois que d’eux-mêmes. C’est cela la souveraineté du peuple. Non qu’il n’y ait pas de chefs, d’intermédiaires ou de hiérarchie dans les fonctions, mais rien de ce qui engage le peuple ne peut être fait sans qu’il ait d’une manière ou d’une autre le dernier mot.

Souveraineté nationale (indépendance). L’Égalité concerne des citoyens qui, par l’acquittement des devoirs et la jouissance des droits du citoyen — sans même parler du territoire, de l’histoire, des traditions et des lois —, ont conscience de former une cité, distincte du reste de l’humanité, malgré les relations qu’ils ont nécessairement avec des étrangers, dans ou hors de la cité. Les citoyens se conçoivent comme une nation indépendante et souveraine, dont les intérêts ne peuvent et ne doivent être gérés que par eux.

Respect des peuples, non-ingérence. Les raisons qui portent les citoyens à dénier à toute puissance étrangère le droit de s’ingérer dans leurs affaires, donc à proclamer le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à être seuls maîtres chez eux, les inclinent à reconnaître ces mêmes droits aux autres peuples. Le principe de non-ingérence découle de l’Égalité et n’est jamais violé que par calcul, sous couvert de sophismes.  

Toutes ces notions puisent leur source dans l’Égalité. Ceux qui les adoptent sans aller jusqu’à prôner l’Égalité elle-même le font donc par instinct. Mais quel instinct ? Celui d’hommes. Or les hommes sont de nature sociable ; ils savent, au plus profond d’eux-mêmes, que l’Égalité est le principe de l’ordre social. Mais le système monétaire, dans lequel la véritable Égalité est impossible, leur commande de la renier ou de la travestir. En réalité, tous continuent d’y aspirer, mais sans plus savoir ni en quoi elle consiste vraiment, ni a fortiori comment l’atteindre. Chacun espère malgré tout l’approcher en empruntant des chemins différents qui, tous, au final, ramènent à Largent.

LA CITÉ

Ce qui a été dit jusqu’à présent éclaire déjà beaucoup. Mais les hommes sont comme Saint Thomas ; il leur faut toucher du doigt. J’ai développé les Principes dans les grandes lignes et renvoyé, pour les questions pratiques, à la lecture de la théorie du Civisme. Mais peu iront lire et resteraient incrédules si je n’apportais certaines informations importantes, concernant le fonctionnement de la cité, que je n’ai pu glisser dans mon exposé.

L’Égalité n’est pas l’ennemie de la Liberté ; elle en est la mère. On a vu que, d’après le Principe d’Égalité, tous les citoyens doivent jouir du droit d’accéder librement au marché, cette liberté n’étant bornée que par la nature des choses et éventuellement par la loi (formée de manière démocratique). Combien, dans le système monétaire, ont une telle liberté ? Comment la liberté pourrait-elle être plus étendue ? Les citoyens seraient libres de consommer autant qu’il est possible de l’être. La conséquence directe serait une situation permanente de plein emploi, puisque la Demande, en théorie illimitée, seriat fatalement supérieure à l’Offre, réelle et limitée. On pourrait objecter qu’une partie importante des produits provient de l’étranger. Cela est vrai aujourd’hui. Mais outre que toutes les productions ne sont pas délocalisables, les entreprises auraient intérêt, si ce n’est le devoir, de relocaliser, puisque le coût du travail serait nul dans la cité, financièrement parlant — ce qui, au passage, rendrait également inutile de recourir à une main d’œuvre immigrée (la question des salaires ne se posant plus) et absurde, ou ouvertement criminel, d’encourager l’immigration. Certains se demanderont encore pourquoi les citoyens, libres d’accéder au marché, travailleraient. C’est oublier que la citoyenneté s’obtiendrait et se conserverait en participant à la vie de la cité. Les citoyens auraient le droit de consommer parce qu’ils seraient aussi les producteurs. Et, comme on le voit, dans la cité, ce n’est pas le travail qui manquerait. Mais pourquoi feraient-ils bien leur travail ? Parce qu’il ne suffirait pas, aux yeux de la cité, de faire quelque chose, il faudait faire « ce qu’elle considère comme une participation », c’est-à-dire ce qu’elle exige ; c’est elle qui fixerait les règles. Autrement dit, les entreprises, individuelles ou collectives, auraient des résultats à atteindre, en terme de clients, pour que leur activité soit reconnue et la citoyenneté de leurs employés validée (je schématise), et s’exposeraient à des sanctions (sanctions collectives, touchant tous les employés) pouvant aller jusqu’à la liquidation si elles ne les atteignent pas. Première raison pour elles de faire ce qu’elles sont censées faire. Par ailleurs, les entreprises serient en concurrence, face à des citoyens libres de consommer et désirant généralement le meilleur. Elles devraient donc offrir en permanence de bons produits, ce qui signifierait produire correctement, avoir un personnel consciencieux, innover sans cesse, ce qui, dans tous les cas, leur interdirait de se reposer sur leurs lauriers. Quoiqu’elles remplissent une mission publique (approvisionner le marché de la cité), la gestion de leur activité et de leur personnel leur appartiendrait, condition pour qu’elles soient responsables devant la cité. Elles seraient libres d’embaucher comme de licencier. La création d’entreprise elle-même serait libre, dans le cadre des lois, bien sûr. Bref… Le Civisme n’est pas du tout du communisme, comme l’invocation de l’Égalité pourrait le faire croire de prime abord ; ce n’est pas du capitalisme d’état, mais du libéralisme sans capitalisme.

Une question qui revient souvent et semble soulever un problème insurmontable est celle des échanges entre une société qui aurait renoncé à la monnaie et les autres pays restés monétaires. La réponse est simple dans son principe. La cité produirait ; la cité exporterait et vendrait ses produits ; la cité aurait un budget avec lequel elle règlerait ses importations. Que les entreprises de la cité exportent de leur propre volonté (pour avoir des clients et non pour faire de l’argent dont elles n’ont pas besoin) ou à sa demande (sans inconvénients pour elles et leurs employés), l’essentiel des bénéfices entrerait dans le trésor national. (La cité aurait aussi la possibilité de faire du troc, matières premières contre produits finis.) La cité serait d’ailleurs redoutable sur le plan international. Une économie solide et dynamique, une production de la meilleure qualité qui soit, des produits quasi gratuits si l’on veut : personne ne pourrait rivaliser, à moins d’adopter son modèle. La cité aurait les moyens d’importer. Il faudrait bien sûr mettre en place des structures et des procédures pour qu’entreprises et particuliers puissent commander des produits étrangers, soit directement, soit en passant par des centrales, mais, si ces détails sont complexes, ils ne présentent aucune impossibilité. Il en est de même pour la circulation des personnes, que ce soit des citoyens à l’étranger ou des étrangers dans la cité, qui serait financée d’une manière ou d’une autre par leurs États respectifs suivant des conventions.

Enfin, un point essentiel. Il n’a été question, jusqu’ici, que de « citoyens ». Mais il faut savoir que le Civisme distingue la citoyenneté de la nationalité. La citoyenneté serait le statut général des individus qui feraient partie de la cité au sens large, qui rempliraient des devoirs sur le plan économique ou social, et jouiraient des droits économiques et sociaux. La nationalité serait un statut supplémentaire et facultatif, qui exigerait de satisfaire des critères (notamment identitaires), qui s’obtiendrait en remplissant volontairement des devoirs particuliers, notamment un service national (contribuant à la défense de la nation), et qui confèrerait les droits politiques. Les exigences pour obtenir et conserver la nationalité auraient pour but d’assurer autant que possible la cité de l’attachement et de la fidélité des citoyens à son égard, car les droits politiques seraient bien plus étendus qu’aujourd’hui (démocratie oblige !) et devraient être l’apanage des citoyens ayant à cœur de défendre son existence et ses intérêts. Les citoyens nationaux formeraient le corps politique, la cité au sens strict, la nation. Les droits particuliers dont ils jouiraient pour avoir volontairement consenti à des devoirs particuliers n’entreraient pas dans la balance de l’Égalité. Les citoyens ordinaires ne pourraient prétendre aux droits qui récompensent les devoirs qu’ils auraient déclinés en connaissance de cause ; ils pourraient d’autant moins prétendre au droit de cité que le fait de ne pas avoir la nationalité témoignerait de leur indifférence ou de leur hostilité à égard l’égard de la cité : juste retour des choses. Ainsi, la nationalité, pas plus que la citoyenneté, ne s’hériteraient ; elle se mériteraient.

S’il en est autrement aujourd’hui, si les deux notions sont confondues, c’est parce que, dans un système monétaire, elles sont insipides séparément. La citoyenneté seule ne peut pas exister, sauf à n’avoir ouvertement aucun sens, puisque les droits qu’elle devrait conférer ne sont pas garantis par la société mais passent par la monnaie qu’il appartient à chacun de gagner. La nationalité, elle, confère bien les droits politiques, mais des droits si dérisoires qu’il n’a jamais paru utile de les assujettir à des devoirs, de sorte qu’elle peut être accordée sur de vagues critères d’appartenance communautaire signifiant à peine plus que la présence sur le territoire. Ainsi, le mot creux de « citoyenneté » a pu aisément être confondu avec celui de « nationalité » qui ne veut rien dire ou presque. Toutefois le peu de droits politiques que cette « nationalité-citoyenneté » confère justifie de ne pas accorder ce statut bâtard aux immigrés (du moins tant qu’ils ne sont pas naturalisés), auxquels est donc également refusé le statut de citoyen qu’ils méritent peut-être (et qu’ils mériteraient dans la cité qui maîtriserait l’immigration et ne regarderait comme immigrés que des travailleurs.) Les suppôts du capital cherchent à rectifier cette incohérence, non pas en redonnant du sens à la nationalité, mais en essayant d’étendre le droit de cité à tout le monde au nom des « droits de l’homme ». Et que peuvent leur opposer les patriotes s’ils pataugent eux-mêmes dans le système monétaire qui les condamne à composer avec la monnaie et à dénaturer les Principes ?

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LES ATOUTS

Largent (qui est une croyance) nous plonge dans un marasme intellectuel et nous prive autant des mots pour le mesurer que des concepts pour nous en arracher, puisque les uns et les autres intègrent ses contraintes. Ce sont tous ces verrous que le Civisme fait sauter. En envisageant un système non-monétaire réaliste, axé autour de l’Égalité bien comprise, totalement affranchi de Largent, il découvre un « monde » nouveau et de nouveaux concepts que les anciens mots ne peuvent exprimer à moins d’être dépoussiérés et redéfinis. Ce faisant, il révèle, par contraste, toutes les absurdités du monde actuel, toutes les faiblesses conceptuelles, toutes les soumissions à Largent. Il rencontre donc deux difficultés : la première qui est de se faire comprendre, la deuxième qui est d’être compris. Une fois levée la première difficulté, qui consiste à faire comprendre le sens des mots dans le cadre de la cité, ce qui exige d’exposer longuement le système pour en montrer la cohérence, reste la seconde qui réside dans l’attachement des hommes à leurs préjugés, dans leur incapacité à admettre leur ignorance ou leurs erreurs, et dans leur peur de l’inconnu. Le Civisme, qui brise le plus grand tabou, qui demande la plus grande audace, ne se heurte pas à la raison mais à des réactions irrationnelles. Qui pestait contre Largent roi vole à son secours quand il est question de le renverser ! Qui prônait l’Égalité lui tourne le dos quand il s’agit de l’instaurer ! O vanas hominum mentes, o pectora cæca ! 

Je connais les différentes réactions que suscite le Civisme chez ceux qui le découvrent. Qu’ils soient intéressés, narquois ou sourds, de nombreuses explications sont nécessaires dans tous les cas, que ce soit pour devancer les questions ou y répondre. Il est impossible de se contenter de trois mots avec des gens qui n’en connaissent pas le sens et ne peuvent pas le deviner, même s’ils le croient. Et c’est l’exercice auquel je viens de me livrer pour pouvoir en arriver enfin à mon véritable propos.

Je propose à tous ceux qui se disent patriotes, nationalistes, souverainistes, populistes, identitaires, etc., à tous ceux qui composent le camp national, face aux capitalo-mondialistes, d’adopter le Civisme comme projet et grille de lecture, et ainsi de s’unir autour de cette théorie révolutionnaire, synthèse de toutes les aspirations légitimes, ayant le sens des priorités, le sens du devoir et, tout simplement, du bon sens. J’en ai posé les principes ; je vais maintenant en montrer les avantages et l’absolue nécessité pour le camp national.

Unité. Le Civisme ne procède pas d’une culture, d’une tradition, d’une sensibilité, mais d’un Principe, l’Égalité, dont toutes les conséquences sont tirées avec une logique implacable. Il ne varie pas au gré du temps et des humeurs ; il est un absolu invariable, attaquable mais invincible ; c’est un roc. Comme on a pu le constater, et comme la lecture de la théorie le confirmerait, il va plus loin que tous les courants politiques, dans les domaines que ceux-ci considèrent comme leurs monopoles respectifs et dont ils se croient les champions ; il est plus radical qu’eux tous réunis, que ce soit sur le terrain de l’anticapitalisme, du libéralisme, du patriotisme, de la démocratie, de la souveraineté, de l’identité, de la subsidiarité, de l’immigration, de la justice sociale, de l’innovation technologique, du pouvoir d’achat, des conditions de travail, du respect des femmes, de la paix des familles, de la préservation du patrimoine, de la défense de l’environnement, de l’épanouissement personnelle, de la fraternité entre les peuples, etc. C’est sans fin. La raison est simple : il est affranchi Largent ; il vogue vers des horizons nouveaux quand les autres n’ont pas rompu les amarres et sont coincés au port. Tout ce qu’il propose serait en effet insensé, utopique et démagogique dans le cadre du système monétaire, mais devient naturel, souhaitable et faisable dans un système non-monétaire. A l’inverse, aussi mesurées que soient les ambitions des autres, elles n’en sont pas moins réduites à des vœux pieux par Largent. A quoi tous leurs efforts, tous leurs beaux discours nous ont-ils conduit ? Au triomphe de Largent. Précisément. Ha ! ils dénoncent « l’argent roi » ! Mais quand envisageront-ils de l’exécuter ? Quand comprendront-ils que Largent existe grâce à nous et que son existence atteste notre soumission ; que Largent ne peut exister sans régner ; qu’il doit donc régner ou mourir ; que nous devons donc le tuer de nos propres mains ? Ils n’échouent pas depuis toujours en raison d’erreurs de stratégie, de communication ou autre peccadille ; ils ont toujours échoué parce qu’ils n’ont jamais fait la guerre au véritable ennemi. Pire ! En ne s’attaquant pas à Largent lui-même, ils en sont les victimes mais aussi les complices. Cela peut continuer encore longtemps ou s’arrêter aujourd’hui, là, maintenant. Plus personne n’a l’excuse d’ignorer ce qu’est Largent, pourquoi il règne et comment l’abattre. Plus personne n’a même l’excuse d’être impuissant et d’entretenir des divisions stériles, suicidaires et criminelles. Le Civisme permet à tous de réaliser leur vœux le plus cher ; il peut unir tous les patriotes, tous les Français, pour peu que ceux-ci mettent de côté leur ego, qu’ils aient plus à cœur de sauver la France que ménager leurs préjugés et protéger leurs « boutiques » — jusqu’à ce que tout soit perdu et eux avec.

« Celui dont les troupes sont unies autour d’un objectif commun sera victorieux. » (Sun Tzu, L’art de la guerre, III. 27)

Cohérence et clarté. Le Civisme a l’avantage de reposer sur des Principes justes et irréfragables, de fixer une ligne claire, de proposer des solutions inédites, mais simples et réalisables, d’ouvrir des perspectives incroyables, de fournir une grille de lecture du passé et du présent pertinente, bref de « tenir la route » de bout en bout. C’est un vrai projet de société, appuyé sur une philosophie, pas une accumulation de mesures. C’est une doctrine implacable, une idéologie de combat, la seule redoutable pour le capitalisme, la seule capable de le vaincre, la seule qui le défie. En ralliant les patriotes sans concession, en formant le camp de l’Égalité et de la nation, elle forme du même coup, et malgré lui, celui de Largent et du mondialisme qui, jusque-là, s’enveloppait de brouillard. Ainsi, qui s’y oppose, pour quelque raison que ce soit, se déclare lui-même et est aussitôt identifié, à juste tire et malgré ses protestations, comme un défenseur du système monétaire et de Largent, donc comme un partisan ou un agent du capitalisme et du mondialisme.

« Dans les temps anciens les guerriers habiles commençaient par se rendre invincibles, puis ils attendaient que l’ennemi soit vulnérable. » (Sun Tzu, L’art de la guerre, IV. 1)

Mieux encore ! Égalité et Liberté sont le logiciel français. Le Civisme est en adéquation avec la France ; il répond à ses aspirations profondes. Il est la théorie, la doctrine française par excellence, l’idéologie qui seule pourra ranimer le peuple français et lui insuffler un enthousiasme irrésistible, grâce auquel il accomplira une fois de plus « l’impossible » et redeviendra le plus grand peuple du monde. Oui, Égalité et Liberté sont aujourd’hui tronquées et prônées séparément par des charlatans à coup de sophismes ! Oui, l’une et l’autre ont des défenseurs pathétiques, réduits à se mentir à eux-mêmes pour combattre les mensonges de ceux d’en face. Mais tous ces bas-de-plafond ont le même plafond : Largent. Tous piétinent dans les limites du système monétaire et produisent une bouillie qui laisse chacun sur sa faim et ne donnera jamais à personne l’énergie de vaincre l’ennemi devant lequel ils ont capitulé sans même en avoir conscience. Ils perdent parce qu’ils s’interdisent la victoire.

« Celui qui n’a pas clairement conscience de ses objectifs ne sait pas riposter à l’ennemi. » (Sun Tzu, L’art de la guerre, III, 23)

Le grand inconvénient du Civisme est d’être révolutionnaire. Il révolutionne tous les concepts, renverse toutes les idées reçues, froisse tous les amours-propres, gêne tous les intérêts mesquins. Il devrait tout emporter par la raison, mais il s’adresse à des gens hypnotisés par Largent. Il n’a aucune base dans l’opinion et prend tout le monde à contre-poil. Un jour ses slogans feront mouche ; en attendant, il exige des trésors de pédagogie. Il peut toucher des individus, des lecteurs, mais pas séduire d’emblée les masses, ne serait-ce que parce qu’elles en ignorent l’existence. Les médias du système n’en feront d’ailleurs jamais la promotion. Il faut donc que ceux qui le découvrent le propagent et provoquent un effet boule de neige. Plus il sera répandu, moins il sera marginal, moins il paraîtra chimérique, moins y adhérer exigera de courage intellectuel, plus il se répandra. Mais ce processus est lent. L’idéal serait qu’une impulsion vienne d’en haut et confère au Civisme une autorité morale. Il faut espérer que les leaders, les penseurs, les figures, les porte-voix du camp national, las d’échouer, et vue l’urgence de la situation, lui prêtent l’oreille, en reconnaissent les vertus et l’adoptent personnellement, non pour prôner ouvertement et du jour au lendemain la sortie du système monétaire et l’instauration de la cité, mais pour qu’il y ait entre eux une unité de pensée, que tous visent au même but pour la France et que, par suite, tous aperçoivent et suivent le chemin qui y conduit. Quelles que soient les raisons des uns et des autres d’y adhérer, ils disposeraient de la même boussole, tiendraient le même cap, produiraient les mêmes analyses, parviendraient aux mêmes conclusion et prescriraient les mêmes solutions pour franchir les étapes. Ils pousseraient tous dans le même sens. Leur division n’y résisterait pas.

« La confusion dans l’armée aboutit à la victoire de l’adversaire. » (Sun Tzu, L’art de la guerre, III. 23)

Vérité. Le Civisme défend la nation, la cité, parce que sans elle point de droits, point de démocratie, point d’indépendance. C’est une théorie éminemment patriotique. Selon les pseudo critères politiques actuels, elle est donc d’« extrême droite ». Si on ajoute qu’elle est éminemment sociale et nationale, n’en doutons plus, c’est une doctrine « nazie » ! Mais c’est oublier que l’indépendance, la démocratie et la nation sont des corollaires de la cité, de la citoyenneté et de l’Égalité ; que l’Égalité, dont le Civisme n’est que l’extension, est un principe éminemment « de gauche » ; que le terme même de « gauche » vient de la Révolution française qui s’est faite au cri de « Vive la Nation ! » ; que les pères fondateurs de la gauche d’alors étaient les champions de la Liberté, de l’Égalité et de la patrie (« Peuple, souviens-toi que si, dans la République, la justice ne règne pas avec un empire absolu, et si ce mot ne signifie pas l’amour de l’égalité et de la patrie, la liberté n’est qu’un vain nom. » Robespierre, Convention, 8 thermidor an II, deux jours avant son exécution.) ; qu’ils ont échoué, en dépit de leurs bonnes intentions, parce que leurs concepts avaient les limites techniques de leur temps, parce qu’ils ne pouvaient ni remettre en cause le système monétaire ni empêcher l’avènement de Largent. L’Égalité et le patriotisme sont historiquement et intrinsèquement de « gauche », et le Civisme, qui défend les Principes de l’ordre social à l’état pur, est la « gauche absolue ». Il s’ensuit que tout ce qui s’en éloigne est plus ou moins de « droite » et que ce qui n’a rien de commun avec lui est « d’extrême droite ». Ainsi, quand aucun parti ne remet en cause le système monétaire et ne cherche à instaurer l’Égalité bien comprise, aucun n’est absolument de « gauche ». Le parti le plus à « gauche » est alors celui qui, par défaut, lutte pour moins d’inégalités financières et défend d’instinct les notions consubstantielles à l’Égalité : nation, patriotisme, démocratie, indépendance, non-ingérence, toutes choses présentées par la « gauche actuelle » comme « d’extrême droite ». Le Civisme permet ainsi de saisir la vraie nature des partis au-delà des étiquettes qu’ils se donnent ou qu’ils reçoivent et d’appréhender différemment l’échiquier politique. Il invite même patriotes et nationalistes à se revendiquer de « gauche » et à ne plus se laisser diffamer par la « gaucherie » qui, pour renverser les rôles et se donner le beau, leur colle l’étiquette infamante « d’extrême droite ». Les patriotes ne sont pas plus « d’extrême droite » que les traîtres à leur peuple ne peuvent être de « gauche ». Selon le Civisme, les marqueurs de « droite » sont : le capitalisme décomplexé, le sans-fontiérisme (universalisme, mondialisme), l’individualisme,  l’anti-populisme, l’européisme, l’ingérence. Ne peuvent donc se réclamer de « gauche » les « anticapitalistes sans-fontiéristes » qui, non contents de ne pas même dénoncer Largent, marchent main dans la main avec les capitalo-mondialistes ; les « droits de l’hommistes » qui ne donnent un visage humain au capitalisme que pour mieux détruire la cité et l’état de droit ; les « antiracistes » qui couvrent de moraline l’immigration massive voulue par le grand capital pour briser les luttes sociales, fausser le jeu démocratique et détruire la nation ; les « égalitaristes » qui font une fausse application de l’Égalité par vraie soumission au capitalisme ; etc. Le Civisme tantôt défend mieux qu’eux les principes dont ils se réclament pour mieux les souiller, tantôt dévoile leurs impostures. Il appelle donc à ne plus s’en laisser conter, à ne plus laisser aux traîtres à la nation et à son histoire l’initiative du vocabulaire et des étiquettes, à ne plus les laisser déployer leur stratégie, à ne plus être dans une posture défensive mais, au contraire, à passer à l’offensive, en commençant par se réapproprier les mots et à dire à chacun, amis et ennemis, ses quatre vérités. 

« Ce qui est de la plus haute importance dans la guerre, c’est de s’attaquer à la stratégie de l’ennemi. » (Sun Tzu, L’art de la guerre, III. 4)

Pour être plus précis sur les sujets pressants, le Civisme est anti-Europe et anti-immigration au nom de l’Égalité bien comprise, qui contient la notion de nation, et de la Révolution, qui se fera pour et par la nation. La prochaine révolution française, pour l’Égalité, contre Largent, ne se fera pas sans France et sans Français. Le Civisme ajoute donc aux motifs ordinaires et légitimes d’hostilité envers l’Europe et l’immigration, des raisons supérieures et imposantes de l’être, qui ne sont plus exposées aux accusations grotesques et le plus souvent infondées de « racisme » et de « xénophobie », ou qu’il peut du moins aisément balayer en montrant la bêtise et la mauvaise foi des accusateurs. Ces accusations sont nécessairement proférées soit par des capitalistes convaincus soit par des anticapitalistes de pacotille qui se pensent néanmoins comme des anticapistalistes. Or il est aisé de montrer que les capitalistes, qui sont les satellites de Largent et les ennemis de l’Égalité, n’ont que faire des peuples, tant des autres que du leur, qu’ils ne voient le monde et les hommes que comme des ressources pour leur profit personnel, et n’invoquent la xénophobie et le racisme contre les révolutionnaires que pour faire oublier leur mépris de l’humanité et achever la destruction de la France afin d’empêcher la révolution. Quant aux anticapitalistes, qui se targuent d’être « antifascistes » et « antiracistes », ils sont d’évidence moins anticapitalistes que les partisans du Civisme (appelés « Patriciens »), mais tout aussi immigrationnistes que les capitalistes ; ils se donnent des airs de révolutionnaires alors qu’ils ne maîtrisent visiblement pas le B. A.-Ba de la révolution. Ce sont des malades qui prétendent enseigner la médecine et qui, ce faisant, rejettent le remède pour perpétuer bon gré mal gré le capitalisme. Le Civisme fait tomber sans effort le masque des uns et des autres.

« Notre invincibilité dépend de nous, la vulnérabilité de l’ennemi, de lui. » (Sun Tzu, L’art de la guerre, IV. 2)

Initiative. Enfin, et c’est le point le plus essentiel, le Civisme suit d’un pas ferme sa propre route. Il a un but clair, l’Égalité, parce qu’il a clairement identifié l’ennemi, Largent. Il ne se laisse plus piéger. Il ne lutte pas sur le terrain du capitalisme, mais sur le sien, celui des Principes. Au lieu de se débattre dans les contradictions imposées par le système monétaire et inégalitaire à ceux qui veulent le bien du peuple (l’Égalité en dernière analyse), c’est lui qui mettrait les capitalistes face aux leurs. Quand il soutient la logique sociale, eux soutiendraient la logique monétaire. Quand il invoque les Principes pour défendre le peuple, eux invoqueraient les impératifs financiers pour rester dans le système dont le Civisme indique comment il est possible et pourquoi il est nécessaire de sortir. Quand il dénonce l’immigration comme génocidaire et contre-révolutionnaire, eux la justifieraient au nom des « droits de l’homme » qui sont notoirement le masque du capitalisme et des traîtres congénitaux. Quand il appelle tous les citoyens à l’Égalité et à la Liberté, eux voudraient le maintien des inégalités, au nom de Largent, et voueraient ouvertement la plupart de leurs « concitoyens » au mépris, à l’exploitation et à la misère. Quand il résout tous les problèmes, eux proposeraient de s’y résigner pour ménager une poignée de profiteurs. En fin de compte, il sauterait aux yeux de tous que les capitalistes tournent en rond, qu’ils défendent Largent au nom de Largent et de quelques intérêts privés, et que leur position est indéfendable moralement. Poussés ainsi dans leurs retranchements, ils ne pourraient plus parer les coups avec leurs sophismes éventés ; ils en seraient réduits à recourir au cynisme qui ne fait pas recette auprès du peuple. Et sans le peuple, ils ne seraient plus rien, malgré leurs milliards. Alors, tout deviendrait possible. Le camp national, après avoir repris l’initiative, grâce au Civisme, après avoir usé l’ennemi et conquis le peuple, pourrait passer à l’offensive et vaincre à coup sûr.

Mais aujourd’hui, la configuration est inverse. Nous sommes dans un Monopoly grandeur nature. Personne n’envisage sérieusement de jouer à autre chose. Les capitalistes ont le vent dans le dos ; ils n’ont qu’à se laisser porter par Largent où Largent nous mène : à la destruction. Le camp national — qui n’est ni vraiment un camp, puisqu’il est divisé, ni vraiment national, puisqu’il est composé de capitalistes qui s’ignorent — joue sur le terrain de l’ennemi, avec les cartes distribuées par lui. Chacune de ses composantes potentielles déplore les conséquences d’un système monétaire dont elle accepte la cause première et les lois intrinsèques. Les patriotes ne se battent pas ; ils protestent, ils gesticulent, ils s’enlisent dans leurs incohérences idéologiques générales et particulières, ils se noient dans leurs contradictions, ils étalent leur impuissance, ils tendent le bâton pour se faire battre ; ils résistent dans la maison d’un autre ; ils se barricadent dans leur cellule comme si cela pouvait aider à franchir les murs de la prison. Loin de remettre en question leurs lignes respectives, qui les ont menés de défaite en défaite, ils s’entêtent à tenir le même discours, à proposer pour demain la même chose qu’hier. Mais « on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ». Des idées en partie légitimes mais limitées, qui, de ce fait, n’ont jamais séduit massivement le peuple, ne le séduiront jamais. Pour l’emporter, il faut du neuf et du fulgurant.

« Ceux qui sont experts dans l’art militaire font venir l’ennemi sur le champ de bataille et ne s’y laisse pas emmener par lui. » (Sun Tzu, L’art de la guerre, VI. 2)

Voilà ! Tout est dit.

 

CONCLUSION

Face à l’anéantissement en cours de leur patrie, les patriotes n’ont pas le droit de baisser les bras. Mais, pour sauver la France, ils auront besoin de bien plus que des incantations. Ils devront faire mieux, beaucoup mieux, que ce qu’ils ont fait jusqu’à présent. Et ils le peuvent. Ils disposent maintenant d’une théorie qui corrige les erreurs des uns et des autres, comble leurs lacunes et surarme leurs bonnes intuitions. Il leur fallait pour le XXIe siècle un projet et une idéologie du XXIe siècle, un projet irréprochable sur le plan des Principes et réaliste d’un point de vue pratique ; ils l’ont. Ils avaient besoin d’un point de ralliement pour concentrer leurs forces ; ils l’ont. Ils espéraient un prodige ; il se nomme « Civisme ».

La Révolution à faire est précisément celle à laquelle on n’a pas encore pensé, sans quoi elle serait déjà faite. Les patriotes ont toujours regardé le capitalisme comme l’ennemi. Chacun le voyait comme une hydre à mille têtes et, ne pouvant faire face à toutes, focalisaient sur telle ou telle. D’où les divisions et l’impuissance. Le Civisme, lui, enseigne que le capitalisme n’est point une hydre, mais une pieuvre ; que s’il a des milliers de tentacules, il n’a qu’une seule tête : Largent. Et c’est à la tête qu’il propose de frapper, en indiquant comment.

Dénoncer Largent sérieusement conduit fatalement à vouloir sortir du système monétaire… Et sortir du système monétaire n'a aucun sens s'il s'agit de reproduire l'inégalité. Il n'y a donc qu'une alternative à Largent : l'Égalité, l'égalité des citoyens en devoirs et en droits, dont celui d’accéder librement au marché, droit qui ne passerait plus alors par la monnaie puisqu’il serait conféré directement par la citoyenneté. Quiconque ne parvient pas à cette conclusion préalable pense en capitaliste ; il ne peut rien contre le capitalisme qu’il dénonce et fera tout contre la révolution qu’il appelle de ses vœux.

Bien sûr que cette idée de s’attaquer à Largent et au système monétaire est sidérante ! Mais notre monde ne tourne-t-il pas autour de Largent ? Comment le changer sans remettre en cause son moteur ? Il ne peut pas y avoir de révolution sans révolution. La véritable utopie n’est pas de s’attaquer à Largent pour changer le "monde", mais de croire que l’on peut changer le "monde" sans s’attaquer à Largent.

C’est dans cette utopie que les hommes se complaisent tout en se lamentant. Largent les entraîne manifestement à leur perte, mais ils s’obstinent à regarder ailleurs. Les uns veulent plus de social, les autres plus de national ; tous feignent d’ignorer que le système monétaire est intrinsèquement inégalitaire et individualiste, donc antisocial et antinational... mais aussi antidémocratique et faussement libéral. En fait, Largent contrarie toutes leurs aspirations légitimes, parce qu’il a sa logique, et eux la leur, combinée à la sienne, prépondérante. Ils ne peuvent pas penser et agir au-delà de ce qu’il permet ; ils sont condamnés à courber l’échine ou à se briser les ailes.

Tous tendent au bien commun mais aucun ne voit que Largent leur barre la route, quelle qu’elle soit. Ils conçoivent l’unité dans le « chacun pour soi », et la communauté sans Égalité ! Les « nationalistes » doivent aller vers l’Égalité pour avoir enfin un discours national et anticapitaliste cohérent ; les « gauchistes » doivent aller vers la nation pour avoir enfin un discours social et anticapitaliste cohérent. Les uns doivent regarder leurs concitoyens comme leurs égaux ; les autres doivent arrêter de voir les étrangers comme leur priorité ; tous doivent comprendre que l’on ne peut faire échec au capitalisme qu’en anéantissant Largent, et que l’on ne peut anéantir ce dernier qu’au nom de l’Égalité bien comprise, c’est-à-dire de l’Égalité et de la Patrie. Il n’y a pas de milieu.

Social et le National, Égalité et Patrie, vont de pair. Négliger l’un ou l’autre, l’une ou l’autre, ce n’est pas marcher sur une seule jambe : c’est n’avoir qu’une jambe de bois. Réussir à combiner les deux, les quatre, est la condition pour bousculer les clivages, apporter un souffle nouveau et soulever l’enthousiasme. C’est la voie du Civisme. Si cette doctrine est incapable de réunir les Français, alors rien ne le peut, la France est perdue et eux avec.

Il y a urgence. L’union des patriotes est désormais une question de vie ou de mort. Je le dis donc avec franchise : tous ceux qui ne se rallient pas au Civisme, qui rechignent à anéantir Largent au nom de l’Égalité et de la Patrie, sont des idiots utiles du capitalisme, de faux amis du peuple et, pour le moins, des traîtres à la nation par lâcheté intellectuelle.

 

Ceux qui épargnent Largent périront par Largent.

 

Largent est un Tyran !
L’Égalité ou la Mort !

Vive la Révolution !
Vive la France !

Philippe Landeux
18 mai 2017

Lien vers la théorie du Civisme (PDF gratuit)

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mardi, 25 avril 2017

ES-TU AUSSI CON QUE POUTOU ? (LE TEST)

Un rêve vient de me tirer de mon lit.

J’étais assis par terre. J’allais expliquer quelque chose à Mélenchon. Celui-ci me dit. « Attends, je t’envoie Poutou. » Et Poutou arrive et s’assied en face de moi.

Dans quelques années, lui dis-je, nous n’utiliserons plus que des cartes de crédit. C’est l’évolution inéluctable et irréversible des choses. Hé bien ! la technologie des cartes peut servir à autre chose qu’à manipuler des crédits. Elle peut servir à attester la citoyenneté, c’est-à-dire le fait d’avoir participé à la vie de la cité selon ce qu’elle considère comme une participation, laquelle citoyenneté serait LA condition pour accéder librement au marché dans la mesure du possible et des lois. Aujourd’hui, LA condition pour avoir le droit d’accéder au marché et jouir en même temps de tous les droits qui passent par celui-là, c’est-à-dire presque tous, dont les plus vitaux, est de disposer de monnaie, gagnée on ne sait comment. Et on n’y accède d’ailleurs qu’en proportion des unités dont on dispose à l’instant « T ». Nous n’avons pas le même droit par rapport aux autres et nous ne sommes même pas constamment égaux à nous-mêmes. Les propriétés de la monnaie génèrent à elles seules l’inégalité. Mais si le droit d’accéder au marché, qui plus est librement, était conféré par la citoyenneté, elle-même attestée par une carte à puce, si ce droit était le pendant logique d’avoir participé à la vie de la cité, si ce droit était indéfini ou illimité, puisque la citoyenneté ne se mesure pas (On est citoyen ou on ne l’est pas), alors ce droit ne serait plus incarné et conféré par de la monnaie : il n’y aurait pas de monnaie, pas de prix, pas de salaires (au sens monétaire du terme), pas d’impôts, pas de taxes, en un mot plus de valeur marchande (Largent), plus de capitalisme, plus de moyen d’exploitation et d’oppression, plus de riches, plus de pauvres. Égaux dans le droit d’accéder au marché, et tenus de participer à la vie de la cité pour jouir de ce droit, les citoyens seraient égaux en devoirs et en droits.

Poutou : Mais.. Mais….

Je continue. Faire de la citoyenneté, dûment attestée, LA condition pour accéder librement au marché, de la même manière, d’un point de vue technique, dont on le fait aujourd’hui avec les cartes de crédit, n’a non seulement rien d’impossible — puisque cette technologie a déjà bien d’autres applications —, mais est à la fois la proposition la plus réaliste au vu de l’évolution des choses et la seule cohérente d’un point de vue social.

L’usage bientôt exclusif de cartes de crédit fera atteindre à la monnaie le terme de son évolution : elle n’existera plus que de manière virtuelle, dans nos têtes. Son existence ne tiendra plus qu’à notre croyance en la nécessité de la notion de valeur marchande pour échanger (Largent). Elle aura disparue du réel et ne survivra que par nos préjugés. Mais cet état de choses ne pourra durer longtemps. Seules les cartes ou du moins leur technologie sont appelées à rester. La monnaie virtuelle, elle, et donc le concept même de monnaie, est appelée à disparaître. Mais pour qu’elle disparaisse vraiment, il faut que ce par quoi elle survit encore serve une autre cause que la sienne. Mais quelle cause, sinon celle des Principes de l’ordre social et de l’Égalité ? La monnaie confère un pouvoir d’achat limité et inégal. Tout système qui perpétuerait des limites artificielles et inégales ne serait, en fait, qu’une déclinaison du système monétaire et n’aurait rien de révolutionnaire. Rompre avec la monnaie, c’est évidemment rompre avec la logique monétaire, avec l’individualisme et l’inégalité ; c’est renouer avec le civisme, le patriotisme, et l’Égalité bien comprise.

Poutou : Mais… Mais…

Moi : Il n’y a pas de mémé ! L’Égalité n’est pas universelle ! Il n’y a pas d’autre Égalité que l’égalité en droits, et il n’y a pas de droits sans devoirs. Or c’est dans le cadre d’une société, d’une nation, que les individus, les citoyens, ont des devoirs et des droits. Les droits ne tombent pas du ciel ! Il faut que quelqu’un les génère, et seuls ceux qui contribuent à les générer méritent d’en jouir. L’Égalité universelle, donc sans devoirs, sans cité, sans nation, comme l’Égalité formelle, sur le papier, c’est-à-dire sans que les droits, dont celui d’accéder au marché, ne soient attachés à la citoyenneté, sont des sophismes et débouchent sur une oppression des citoyens dans l’un et l’autre cas. Mieux ! ces deux conceptions sont typiquement capitalistes. L’Égalité universelle et sans-frontiériste n’est qu’une extension de l’individualisme inhérent à Largent et va d’ailleurs dans le même sens que le capitalo-mondialisme. L’Égalité formelle, elle, proclame le Principe sans l’appliquer au seul champ qui compte, c’est-à-dire en acceptant toutes les égalités sauf sur le plan du pouvoir d’achat ; elle ne conteste pas le système monétaire ; elle accepte la logique de la monnaie malgré ses évidentes contradictions avec la logique sociale ; elle fait Largent roi et s’empresse de se soumettre à lui.

Bref, « l’Égalité » est un mot usé, galvaudé, dénaturé tant par ceux qui l’ont invoqué sans savoir comment sortir du système monétaire que par ceux qui cherchent précisément à le perpétuer, et avec lui l’inégalité, mais n’en est pas moins le Principe fondamental de l’ordre social, le Principe à défendre : il s’agit donc moins de renoncer au mot que de lui redonner tout son sens. Mais pour que l’Égalité ait un nouveau sens, pour qu’elle renoue, plus exactement, avec son sens originel, encore faut-il qu’il soit possible de le lui donner concrètement. Et c’est le cas aujourd’hui. La technologie moderne est en train de tuer, sans le savoir, la monnaie et le système monétaire, et permet, en même temps, d’appliquer de manière inédite le Principe d’Égalité, en offrant un moyen simple et efficace d’attester la citoyenneté.

Le capitalisme s’axe autour de Largent (croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger), de la monnaie et d’un mode d’échange ; la Révolution s’axera, elle aussi, autour d’un nouveau moyen d’échange (ou moyen d’accès au marché), véhiculant de nouveaux concepts, de nouveaux Principes. Ceci est à la fois dialectique et pratique. La dialectique pure qui n’entrevoit aucun moyen pratique est sans doute bien jolie mais inutile et fausse à la base ; elle projette sur l’avenir les impossibilités du passé qui n’ont pas permis de voir ce qui était depuis toujours en négatif sous les yeux.

Ainsi, je vous le dis, la prochaine révolution ne doit pas focaliser sur la propriété des moyens de production ; elle ne doit pas prôner le collectivisme, toujours désastreux ; elle ne doit pas compter sur un prétendu « génie du prolétariat » ; elle n’aura pas les immigrés pour fer de lance, au contraire ; et il n’y a pas besoin qu’elle arrive pour savoir en quoi elle consistera. Car je vous l’annonce dès aujourd’hui : elle aura pour but d’instaurer la « carte civique » et ainsi d’anéantir Largent (donc l’idée de valeur marchande, la monnaie, le capitalisme et toutes leurs séquelles), au nom de l’Égalité (bien comprise) et de la Patrie.

Poutou : Heu ! … Heu ! … Fasciste !!! ! !



Je fais parfois de ces rêves ! Mais le vrai cauchemar, c’est d’avoir en face de soi des gens qui ne comprennent rien.

Philippe Landeux
25 avril 2017

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lundi, 24 avril 2017

LA CLÉ DE LA VICTOIRE

Le Front National, autrement dit le camp "national", vient de connaître une victoire à la Pyrrhus. Encore une victoire comme celle-là et il n'y aura plus de France. Est-ce à dire qu'il n'y a plus de Français en France, de Français prêts à défendre leur pays ? Je ne le crois pas. Je pense surtout qu'ils sont divisés, notamment par la question de l'immigration, et qu'il n'y a pas, dans l'offre politique actuelle, de projet à long terme capable de les rassembler tout de suite et de les unir en un faisceau invincible. Si chacun des camps s'entête dans sa vision étriquée et bancale, aucun ne gagnera et la France disparaîtra.
 
Tous les patriotes savent que l'ennemi est le capitalisme. Mais l'ennemi ainsi désigné est protéiforme et chacun le combat à sa manière, de sorte que les forces d'opposition sont divisées et individuellement minoritaires, alors que, unies, elles seraient majoritaires. Le temps est venu d'être précis. L'ennemi, c'est Largent lui-même, c'est la nature monétaire du système, dont procèdent tant le capitalisme que le capitalo-mondialisme ou le capitalo-libéralisme dit ultra-libéralisme.
 
Largent (la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger) va de pair avec l'individualisme (> sans-frontiérisme, mondialisme) et l'inégalité (exploitation, oligarchie, ploutocratie). Il engendre le système monétaire où les droits sont incarnés et conférés par la monnaie et dans lequel les individus ont un pouvoir d'achat limité et inégal. Ce système a sa propre logique, dont Largent est la clé de voûte. En accepter une partie, c'est valider le tout. Or telle est la situation dans laquelle sont aujourd'hui les partis qui se veulent en pointe de l'opposition : ils dénoncent des aspects de ce système, des effets de Largent, mais ils conservent Largent et valident le système en général. Il s'ensuit que tout ce qu'ils veulent est contre-nature (contre la nature du système), que leurs efforts pour ramer sans but à contrecourant sont voués à l'échec.
 
L'urgence, pour les patriotes, n'est pas d'affiner leurs stratégies mais d'élaborer une véritable alternative au système actuel, ou plutôt d'y adhérer, car elle existe déjà : le Civisme. Sans entrer ici dans le détail de ce projet, force est d'admettre qu'il doit être l'exact contre-pied du système actuel. Il doit proscrire la notion de valeur marchande et la monnaie. A un pouvoir d'achat limité et inégal conféré par la monnaie, gagnée on ne sait comment, il doit proposer un pouvoir d'achat indéfini et donc égal pour tous les citoyens et conféré par la citoyenneté elle-même, étant entendu que la citoyenneté se mérite en remplissant les devoirs du citoyen, notamment celui de participer à la vie de la cité, selon ce que celle-ci considère comme une participation. Ainsi, à l'individualisme et à l'inégalité, il pourra substituer le civisme (ou patriotisme) et l'Égalité (bien comprise).
 
Ce qu'il manque aujourd'hui au Front dit National, dans sa lutte contre le capitalo-mondialisme, c'est, outre un discours radical contre Largent, une conception juste de l'Égalité (des citoyens en devoirs et en droits) qui peut justifier de défendre la Nation. Car pourquoi défendre la "nation" si celle-ci est, pour la grande majorité, synonyme d'exploitation ? Le Front National défend déjà toutes les notions consubstantielles à l'Égalité : nation, patriotisme, souveraineté populaire (démocratie), souveraineté nationale (indépendance), non-ingérence. Il ne lui reste plus qu'à dénoncer Largent pour avoir une conception cohérente de l'Égalité et aller ainsi au bout de sa propre logique.
 
Ce qu'il manque aujourd'hui au Front dit de Gauche, dans sa lutte contre le capitalisme, c'est à la fois une idée moins naïve de l'Égalité, qui ne peut concerner que les citoyens sous peine d'être non seulement un mot creux mais un sophisme capitaliste, et, partant, une idée plus solide de la nation, seul levier pour renverser le capitalisme. Il doit comprendre que l'immigration est l'arme du capital contre la nation et contre la seule égalité possible ; que défendre sa nation, son peuple, c'est défendre le monde entier et la véritable humanité ; bref, que l'Égalité passe par la lutte contre Largent et pour la nation.
 
Voilà mon message. Lutter contre Largent au nom de l'Égalité et de la Nation. Telle est la seule voie pour réconcilier tous les patriotes et stopper notre descente aux Enfers.
 

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jeudi, 20 avril 2017

GAUCHE ABSOLUE et PATRIOTISME INTÉGRAL

Le Principe d'ÉGALITÉ est éminemment de Gauche.

Il n'y a qu'une ÉGALITÉ souhaitable, possible et nécessaire : celle des citoyens en devoirs et en droits.

Cette ÉGALITÉ va de pair avec les notions de cité ou nation, de patriotisme, de souveraineté populaire (démocratie), de souveraineté nationale (indépendance) et de non-ingérence.

Mais l'égalité en droits est impossible dans un système monétaire où la monnaie, de par sa nature, incarne les droits qui, de par son fonctionnement, se répartissent fatalement inégalement ; où le pouvoir appartient aux riches par la force des choses (ploutocratie) ; où la citoyenneté, ne conférant pas les droits du citoyen, est un mot creux ; où il n'y a pas de citoyens, mais seulement des individus livrés à eux-mêmes et en conflit permanent.

Il n'y a d'égalité en droits, et partant en devoirs, que si tous les citoyens, tous les individus ayant rempli leurs devoirs, dont celui de participer à la vie de la cité (selon ce que celle-ci considère comme une participation), profitent en effet des bienfaits de leur cité, donc si tous sont libres d'accéder au marché. Et si le droit d'accéder librement au marché, dans la mesure du possible et des lois, est conféré par la citoyenneté (ce qu'une carte à puce permet facilement d'attester), alors il n'y a plus de prix, plus de monnaie, plus de notion de valeur marchande (Largent), plus de marchandisation, plus de capitalisme.

La prochaine Révolution consistera à anéantir Largent au nom de l'Egalité (bien comprise) et de la Patrie.

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Pour voir la vidéo, cliquez ICI ou sur l'image

samedi, 01 avril 2017

LA RÉVOLUTION ET SES LEÇONS

Nous nous heurtons aujourd’hui au même problème que les révolutionnaires, les vrais révolutionnaires (Robespierre, Marat, Saint-Just), en leur temps : la puissance des riches, l’hégémonie du capital (individualiste, inégalitaire, apatride, mondialiste), en un mot Largent. Et la plupart de nos contemporains sont aussi aveugles qu’ils l’étaient eux-mêmes sur la véritable nature de l’ennemi, à la différence qu’eux avaient des excuses que nous n’avons plus. La technologie moderne (production de masse, informatique, cartes à puce) permet en effet d’instaurer l’Égalité (bien comprise : l’égalité des citoyens en devoirs, dont celui de participer à la vie de la cité, et en droits, dont celui d’accéder librement au marché) et d’anéantir Largent, c’est-à-dire d’instaurer un mode d’échange fondé sur les Principes de l’ordre social et non plus sur la notion de valeur marchande, où le droit d’accéder au marché serait conféré par la citoyenneté, elle-même attestée grâce à une carte à puce, et non plus par des unités monétaires (incarnant les droits) gagnées on ne sait comment et se répartissant fatalement de manière inégalitaire (voir « Le Civisme »). Que l’on admette ou non la possibilité d’un pareil système, mon but n’est pas ici de l’exposer, de l’expliquer, mais de faire comprendre mon point de vue.

Je pars du postulat que, quoique cela demandera encore une « révolution » ou une « évolution révolutionnaire », il est possible aujourd’hui d’appliquer les Principes invoqués par les révolutionnaires, notamment celui d’Égalité, qui est la condition de la démocratie au vrai sens du terme, au sens de souveraineté du peuple (un système inégalitaire étant par définition oligarchique). Mais si ce à quoi les révolutionnaires aspiraient fondamentalement n’est réalisable qu’aujourd’hui, il s’ensuit :

1) que cela était hors de leur portée en leur temps,

2) que n’ayant pas la possibilité technique d’anéantir Largent et d’abolir la monnaie (au nom de l’Égalité et de la Patrie), cette idée ne leur effleurait pas même l’esprit,

3) que ne pouvant rayer Largent de l’équation, ils le conservaient sans en avoir conscience et sans voir les contradictions théoriques et pratiques avec les principes qu’ils professaient,

4) que, étant obligés de conserver la monnaie, par laquelle passe la plupart des droits, tout en aspirant à l’égalité en droits, ils ne pouvaient admettre que « la monnaie n’est autre chose que du droit » (quoique les mesures financières visant à réduire les inégalités monétaires en soient la démonstration), que sa seule existence est garante de l’inégalité, puisqu’elle ne peut se répartir également, et que l’Égalité est donc une vue de l’esprit dans un système monétaire,

5) qu’ils avaient de ce fait une conception de l’Égalité dénaturée par Largent,

6) qu’ils cherchaient moins à atteindre l’Égalité, aussi inaccessible qu’inconcevable pour eux, qu’à contenir ou contrer les effets inégalitaires de Largent, autrement dit qu’ils ne visaient pas l’Égalité mais seulement moins d’inégalités, moins de disparité entre les fortunes,

7) que ne pouvant ni remonter à la source de l’inégalité, ni la tarir, ils en voyaient la cause ailleurs (dans certains hommes, dans les lois, dans l’organisation politique, dans l’éducation, etc.), se lançaient sur tous les fronts qui étaient autant de leurres et multipliaient les mesures aussi légitimes en apparence que vouées à l’échec,

8) que, ne pouvant triompher de Largent, ils devaient fatalement en être les victimes.

 

Voilà ce que l’analyse permet de comprendre et ce que l’étude des faits permet de constater et de valider.

Le XVIIIe siècle vit monter en puissance la bourgeoisie, c’est-à-dire les riches ou, comme on disait aussi, « l’aristocratie de l’argent ». Cette montée en puissance s’accompagna d’une philosophie, celle des Lumières, prônant la souveraineté et la liberté des riches (des « propriétaires »), proclamant sans le dire Largent roi. La liberté absolue pour les riches d’exploiter les hommes et de spéculer sur les marchandises pour s’enrichir davantage fut érigée en doctrine que nous appellerions « libérale ». Ce courant avait vu le jour bien avant la Révolution ; il sembla s’imposer en 1789, sous la Constituante, mais rencontra une vive opposition et ne triompha incontestablement, et jusqu’à nos jours, qu’à partir de 1794, après l’exécution de Robespierre. Ainsi, ce qui caractérise la Révolution, ce n’est pas la mise en place de l’ordre bourgeois, c’est-à-dire l’avènement de Largent, mais au contraire la montée en puissance d’un mouvement opposé, d’un mouvement anti-bourgeois, « anti-libéral », plus exactement « anti-capitaliste », un mouvement en faveur du peuple, un mouvement démocratique et égalitaire. Ce mouvement fut incarné au plus haut point par Robespierre.

En 1788, le royaume est endetté dangereusement. Les Ordres privilégiés (Clergé, Noblesse) ont jusque-là refusé de payer. Louis XVI en est réduit à convoquer les États Généraux, c’est-à-dire à réunir des représentants des trois Ordres (Clergé, Noblesse, Tiers États), qui seuls peuvent créer de nouveaux impôts. La Révolution est amenée par un problème d’argent. Les bourgeois, qui avaient le vent en poupe, trouvent là l’occasion d’accélérer le processus qui doit faire tomber le pouvoir dans leurs mains. Tout se passe d’abord à merveille. La Constituante uniformise le royaume, abolit les privilèges des provinces, supprime les frontières intérieures, décrète la liberté du commerce (libéralisme), prive les pauvres du droit de cité, abolit les corporations, interdit les grèves et les pétitions, constitue une garde bourgeoise et adopte la loi martiale pour réprimer affamés et mécontents. Mais en son sein, un député s’oppose de toutes ses forces à cette politique : Robespierre. Lui veut la souveraineté du peuple (démocratie) et la justice sociale (moins d’inégalités). Il est seul ou presque et ne pèse donc rien à l’Assemblée. Mais il a derrière lui l’opinion publique. On l’appelle « l’Incorruptible ».

Une Assemblée législative succède à la Constituante. Que des bourgeois. Une faction domine : les Girondins. Ce sont les champions de la « propriété », les défenseurs inconditionnels du libéralisme (Largent). Ils veulent aussi la guerre à tout prix, tant pour détourner le peuple des souffrances qu’occasionne leur politique que pour remplir les caisses de l’État, toujours vides (malgré la confiscation des biens du clergé et la création des assignats). C’est au club des Jacobins, dont ils font alors partie, qu’ils trouvent dans Robespierre, qui n’est plus député, un détracteur acharné. La guerre, voulue aussi bien par les Girondins que par la Cour, est un piège ; elle donnera aux puissances étrangères l’occasion d’entrer en France et d’écraser les révolutionnaires. Il faut s’y préparer, mais pas la rechercher. Rien à faire. La guerre est déclarée, alors que la France n’est pas en état de la faire. Les armées désorganisées se débandent au premier contact. Les armées austro-prussiennes temporisent mais sont prêtes à envahir le territoire et à fondre sur Paris. C’est alors que tout ce que la France compte d’énergique se soulève et renverse la monarchie (10 août 1792), à la barbe de la Législative, elle-même contrainte de se dissoudre.

Pendant que les volontaires courent au devant de l’ennemi, la nouvelle Assemblée, appelée « Convention », élue au suffrage universel, se réunit (21 septembre 1792). Mais si Paris, au contact des événements, a élu des Jacobins (Robespierre, Marat, Danton), les départements ont renvoyé les Girondins qui, d’entrée, monopolisent toutes les places. Et les Girondins détestent Paris et ses élus qui leur ont fait échec. Au lieu de gagner une guerre qu’ils ont provoquée, ils persécutent Marat et Robespierre, ils calomnient Paris pour la faire haïr des départements, ils tergiversent pour sauver un roi aux dépens de la République… et, bien sûr, ils sont plus que jamais les champions des « propriétaires ». Au printemps 1793, les armées, un moment victorieuses, sont à nouveau en déroute, des départements sont en révolte ouverte, le peuple partout a faim : il faut agir. La 2 juin 1793, la commune de Paris, d’accord avec les Jacobins, fait cerner la Convention qui décrète d’arrestation les meneurs Girondins. Gardés à domicile, ceux-ci en profitent pour s’échapper et prêcher de vive voix la révolte dans les départements.

S’ouvre alors la deuxième période de la Convention, dominée cette fois par les Montagnards, dont les Jacobins sont le noyau dur, et Robespierre le leader. Mais dans quel état la France est-elle, après 4 ans d’agitation politique et un an et demie de guerre ? L’économie est en lambeaux. Toutes les frontières extérieures sont assiégées. Les deux tiers des départements sont en révolte, quoique le plus souvent de manière superficielle (des révoltes de notables, d’administrateurs, favorables aux Girondins). La « Vendée » tend les bras à l’Angleterre, à qui Toulon s’est livrée. Il ne s’agit pas d’administrer un pays en paix, mais de parer milles coups. Aux grands maux les grands remèdes. Il faut lever, armer, équiper et approvisionner 2 millions d’hommes. Tout cela coûte. Le moins cher sera le mieux. Il faut calmer la rapacité des fournisseurs, l’avidité des marchands (établissement du maximum des prix et de comités aux accaparements). Il faut déjouer les traîtres qui, d’indulgence en indulgence, ont conduit la France au bord du gouffre. Il faut tendre tous les ressorts pour sauver la République, qui se veut en faveur du peuple ou le sera quand les conditions le permettront. Pour l’heure, c’est la guerre, qui accapare toutes les ressources et toutes les pensées.

Mais la tension est source de divisions. Les hommes qui ont éjecté les Girondins n’avaient ni les mêmes raisons ni le même caractère ni le même projet. Les querelles de personnes se mêlent aux désaccords politiques. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. La « Terreur », pourtant nécessaire, ne va pas sans abus. Danton (soupçonné d’avoir été un agent anglais) invoque ces abus pour faire cesser la Terreur (en réalité pour sauver ses amis arrêtés pour corruption). Il veut signer une paix de compromis (au désavantage de la France) et instaurer un régime bourgeois. Il rallie sous sa bannière Girondins et royalistes. D’autres veulent au contraire que la Terreur soit portée à tous les excès. Ce sont Hébert et les Cordeliers, qui essayent d’entraîner à leur suite le peuple de Paris. Robespierre se garde de ces deux extrémités. Le Comité de salut public, dont il fait partie depuis le 27 juillet 1793, est sur la même ligne (quoique composé d’hommes de tendances différentes). Dans cette lutte à mort, le Comité frappe le premier. D’abord Hébert, ensuite Danton. Ce danger passé, ce sont les membres des comités eux-mêmes (comités de salut public et de sûreté générale) qui se divisent et qui surtout attaquent sournoisement Robespierre, qui parce qu’il s’est opposé à la déchristianisation, qui parce qu’il abhorre les représentants en mission sanguinaires, qui parce qu’il veut un régime social et démocratique, qui parce qu’il s’oppose à la guerre de conquête, qui parce qu’il le jalouse tout simplement. Mais Robespierre incarne la Révolution. Pour l’abattre, il faut d’abord le déconsidérer, le calomnier, le ridiculiser, le faire craindre, le faire haïr, l’affaiblir, le paralyser ; il faut mentir et le faire taire. Un complot se trame. Le 8 thermidor (26 juillet 1794), Robespierre, qui ne participe plus au comité depuis un mois, tente de le déjouer. Il expose à la Convention toutes les manœuvres dont il est l’objet et tout ce qui compromet selon lui la chose publique. Son discours est décrété d’impression, mais ses ennemis en font renvoyer l’examen aux comités qu’il vient de dénoncer ; ils gagnent la première manche. La journée du lendemain va être chaude. L’appui du Marais (la masse des députés du centre) sera décisif. Les fausses listes de proscription qui circulent, attribuées à Robespierre, n’ont pas eu l’effet escompté. On sait que Robespierre n’est pas un sanguinaire, lui qui a protégé les « 73 » députés girondins et a contre lui les furieux de la Terreur. Dans la nuit, les conspirateurs promettent aux uns d’arrêter la Terreur, dont ils sont eux-mêmes les auteurs, aux autres, de revenir sur les mesures sociales adoptées depuis un an (maximum, lois de ventôse, etc.). Marché conclu. Le 9 thermidor (27 juillet 1794), Robespierre (ainsi que Saint-Just, Couthon, Lebas et Robespierre jeune) est décrété d’arrestation par une meute en furie, sous des accusations diverses et contradictoires. L’insurrection improvisée de la Commune ne change rien. Robespierre n’y croit plus. Il est exécuté le lendemain.

Mais, en frappant Robespierre, sous des accusations délirantes, en faisant un crime de toute aspiration sociale et de toute fermeté (en faveur du peuple), ses ennemis (plus personnels que politiques) ont ouvert un boulevard à la réaction bourgeoise, qui balaye tout. Les suspects sont relâchés en masse. Le club des Jacobins est fermé au bout de 3 mois (12 novembre 1794). Les membres des comités de salut public et de sûreté général sont, pour la plupart, proscrits dans les mois qui suivent. Ceux qui redoutaient tant Robespierre en raison de leurs crimes ou de leur corruption ont retourné leur veste et sont des vedettes : Fouché, Fréron, Tallien, Barras, etc. (Carrier, Lebon et Fouquier-Tinville sont toutefois irrécupérables et paieront pour les autres.) Les Girondins détenus sont réintégrés (tandis que les ex-Montagnards sont envoyés petit à petit en prison). Le suffrage censitaire est rétabli, ainsi que la liberté du commerce (le libéralisme). Le maximum (qui du reste était une mesure provisoire) est supprimé. Les prix s’envolent. La guerre de rapine devient la norme (Napoléon s’en fera un devoir.). C’est le règne des fournisseurs, des spéculateurs, des apparatchiks, des anciens et nouveaux riches. Au printemps 1795, les Parisiens affamés se soulèvent, deux fois (12 germinal, 1er prairial), au cri de « du pain et la constitution de 1793 ». Ils sont réprimés. Les quartiers populaires sont désarmés. En octobre (4 vendémiaire), ce sont les royalistes, à qui les conventionnels ont volé l’élection, qui se soulèvent et sont réprimés à leur tour. L’ordre bourgeois est établi ; plus rien ne le menacera. Le roi n’est plus. Vive Largent !

 

J’ai brossé à grands traits l’histoire de la Révolution. J’aurais pu entrer dans mille détails qui n’apportent rien à la compréhension du mouvement de fond et brouillent au contraire la perception des choses ; qui, surtout, détournent l’attention des bonnes leçons à tirer.

Dans cette histoire, je vois Largent et sa marque du début à la fin, depuis les causes de la Révolution à la nature de ses fossoyeurs ; je vois une lutte permanente entre ceux qui veulent le faire roi, avec tout ce que cela implique économiquement, politiquement, idéologiquement, et les révolutionnaires qui veulent l’Égalité ou du moins défendent les notions qui lui sont consubstantielles : nation, peuple, patriotisme, démocratie (lois faites ou ratifiées par le peuple), solidarité nationale, droit des citoyens à être armés, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, non-ingérence (autant de combats qui furent ceux de Robespierre).

Mais je vois aussi des révolutionnaires qui n’opposent à Largent que des mesurettes  incapables de renverser la force des choses (impôts universels et progressifs, garantie d’un revenu, augmentation des salaires, gel des prix, etc.), qui coupent des têtes pour en voir repousser dix, qui s’épuisent, qui désespèrent et qui sont finalement vaincus. La puissance politique qu’ils parviennent miraculeusement à avoir ne leur sert qu’à contenir les riches, jusqu’à ce qu’ils soient anéantis au premier faux pas. Sans doute auraient-ils pu demeurer au pouvoir un peu plus longtemps s’ils avaient été aussi sanguinaires que le dit leur légende (écrite par qui ?) ; ils auraient alors prolongé leur existence, mais trahi tous leurs idéaux et péri quand même sous le poids de leurs contradictions.

J’en tire la leçon qu’il est dans la nature des choses que Largent et les riches, ses valets, dominent dans un système monétaire ; que, dans la mesure où il y aura toujours des riches dans un tel système (de par l’origine et le fonctionnement de la monnaie), il est vain de les comprimer si le but n’est pas d’anéantir Largent lui-même, car, comme on dit : « Chassez le naturel, il revient au galop ». On pourrait aussi citer cette phrase de Saint-Just, qui n’imaginait sans doute pas cette application : « Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. »

La Révolution fut un grain de sable dans la montée en puissance de la bourgeoise, dans la marche au trône de Largent. Sans la Révolution, Largent serait arrivé au pouvoir sans encombre ; il serait devenu roi au-dessus du roi et notre situation serait aujourd’hui exactement la même (comme dans les pays qui sont actuellement des monarchies), car elle ne découle pas de ce qu’ont fait ou simplement voulu faire les révolutionnaires il y a de cela 200 ans, mais de la force des choses insufflée par Largent. Accabler les révolutionnaires des maux qui nous désolent et qu’ils déploreraient eux-mêmes, c’est disculper Largent sans même prendre en compte son existence ; c’est faire à sa manière –– et il y a mille manières possibles –– la même erreur que les révolutionnaires ; c’est forger notre impuissance et préparer de nouveaux échecs. Mais, à l’heure où la patrie est plus que jamais en danger, nous n’avons pas le droit d’échouer.

Largent — qui porte en lui les principes matérialiste, inégalitaire, oligarchique, individualiste et mondialiste — doit être combattu et anéanti au nom de l’Égalité et de la Patrie. Sous ce rapport, les révolutionnaires ne s’étaient pas trompés d’étendard. Ceux qui ne rallient pas cet étendard sont de facto sous celui de Largent. Mais l’expérience démontre qu’il ne suffit pas d’aspirer à l’Égalité et d’être un patriote intelligent et énergique pour ne pas être dupe de Largent. Encore faut-il identifier ce dernier, savoir comment l’écraser et, surtout, en avoir les moyens. Or ces trois choses sont liées. Ce que ma théorie du « Civisme » permet de comprendre, c’est que, à leur époque, les révolutionnaires n’avaient pas les moyens de mettre en œuvre l’Égalité et ne pouvaient donc pas la concevoir correctement, étant obligés de conserver la monnaie tant sur le plan pratique qu’intellectuel ; de sorte que, ne pouvant renverser Largent, il n’était pas même utile pour eux de l’identifier formellement. Ils ont donc agi par intuition ; ils ont « bricolé ». Tout ce qu’ils voulaient était juste en soi mais pas dans l’absolu, et allait bien souvent à l’encontre de la nature du système monétaire. Par suite, le système a résisté ; les révolutionnaires ont insisté ; la machine s’est emballée ; tout a dégénéré. Mais tout jouait, au fond, contre les révolutionnaires. Et bientôt les tenants du système ont repris les rênes.

Tout système se maintient par la violence sous une forme ou une autre. Les révolutionnaires ont été violents. Mais le système qui permet aux uns d’affamer les autres, qui donne tout le pouvoir aux riches, qui couvre un traître et tire sur les mécontents, qui déclare des guerres pour détourner l’attention de ses turpitude, n’est-il pas violent ? Ne mérite-t-il pas d’être combattu ? Comment, sinon par la force, puisqu’il est sourd aux protestations pacifiques ? Les révolutionnaires n’usèrent, en somme, que du droit de légitime défense. Ne peuvent être invoqués contre eux que des sophismes du genre de ceux qui annihilent aujourd’hui la légitime défense, qui font que celui qui se défend avec succès est présenté comme un coupable, et le vrai coupable comme une victime. (Bien sûr, certains ont profité de cette période troublée pour commettre des crimes, mis sur le compte de la Révolution ou de la République. Mais je n’appelle pas « révolutionnaires » tous les contemporains de cette époque, et ceux que je désigne ainsi font l’objet de vagues anathèmes, jamais d’accusations précises.)

Les révolutionnaires devraient être révérés par tous ceux qui, aujourd’hui, savent la France au bord du gouffre et connaissent les traîtres et les idiots qui l’y ont mené ; ils sont dans la même position qu’eux, face aux mêmes ennemis et pour la même raison ; comme eux, ils ont des choix terribles à faire, ils doivent trancher dans le vif. S’ils suivent leur exemple, ils peuvent espérer sauver la patrie. S’ils minaudent, nous sommes morts. La patrie ou la mort ! Voilà où nous en sommes rendus. Nous pouvons nous laisser mourir pour n’encourir aucun reproche. Nous pouvons réagir à la hauteur des circonstances, et alors nous aurons, comme les révolutionnaires, des morts sur la conscience et du sang sur les mains ; alors nous devrons assumer devant l’Histoire ce que nous aurons fait et même ce qui se sera fait malgré nous ; alors nous montrerons la France sauvée à ceux qui, confis de moraline, nous poursuivront de leur haine pour avoir eu le cran et le bon sens qu’ils n’auront pas eu. 

Héritiers authentiques de la Révolution et tenants de la tradition contre-révolutionnaire (catholique et aristocratique) devraient oublier les querelles dépassées de leurs ancêtres, pour ne songer qu’aux combats qui les réunissent aujourd’hui et qui tous, en dernière analyse, leur sont imposés par Largent.

J’ai déjà montré que le combat pour l’Égalité et la Patrie ne peut être remporté qu’en anéantissant Largent, qu’en instaurant un système d’échange autre que monétaire. Mais les chantres de la contre-révolution ne tiennent-ils pas eux aussi en exécration les bourgeois, l’aristocratie de Largent ? Ne parlent-ils pas avec nostalgie de l’aspect social et protecteur de la monarchie, détruit par la bourgeoisie au nom de Largent ? N’abhorrent-ils pas le matérialisme, le mercantilisme, la course au profit, le capitalisme et la ploutocratie, conséquences de la monnaie, donc de Largent ? Ne dénoncent-ils pas, par exemple, l’immigration-invasion et la destruction de la famille, qui sont l’une et l’autre dans la logique de l’individualisme, inhérent à Largent, et de son revers le sans-frontiérisme (mondialisme, universalisme) ? On pourrait multiplier encore longtemps les exemples.

Notre monde tourne autour de Largent ; il est façonné par lui, jamais pour le meilleur, toujours pour le pire. Il est aisé d’apercevoir sa responsabilité dans les maux qui nous submergent, pour peu que l’on sorte la tête du guidon, que l’on prenne un peu de hauteur. Les « contre-révolutionnaires » doivent arrêter de ne voir que des questions morales dans les politiques destructrices qui ont manifestement Largent pour moteur et pour but. Ils doivent enfin décider s’ils veulent remplacer une oligarchie par une autre, sachant que toute oligarchie est fondée sur l’inégalité et l’oppression du peuple dont ils prétendent se soucier ; et s’ils veulent se contenter encore longtemps de postures face au système ou le vaincre pour de bon. S’ils sont conséquents avec eux-mêmes, s’ils veulent servir le peuple et renverser le système, c’est-à-dire terrasser Largent, il n’y a pas d’autre voie que celle de l’Égalité (bien comprise) et de la Patrie.

Les révolutionnaires empruntèrent d’instinct cette voie et, avec eux, tout le peuple français, à l’exception des nobles, du haut clergé et des bourgeois (les oligarques de l’époque), lesquels, à force de manigances pour défendre leurs intérêts, et de propagande pour couvrir leurs trahisons, ont brouillé les pistes et allumé le feu. Des gens ordinaires qui aspiraient tous grosso modo à la même chose se sont retrouvés, sur des malentendus, dans des camps opposés, à se livrer une guerre à mort. L’oligarchie voudrait encore que ces camps hérités du passé soient irréconciliables pour être à jamais manipulables. Raison de plus de les réconcilier. Et c’est en cela, aussi, qu’est utile une connaissance approfondie de la Révolution : pour désarmer les passions. Que chacun reconnaisse les limites et les contradictions de la ligne de sa famille politique, à l’origine des dissensions fratricides. Que les uns et les autres ne commettent plus leurs erreurs respectives qui toutes conduisent à l’échec. Qu’enfin le véritable ennemi soit démasqué, ou plutôt reconnu, car il règne depuis longtemps et aujourd’hui à visage découvert : Largent.

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Il n’y a qu’une révolution : celle qui vise au bien du peuple, donc à l’Égalité (bien comprise). La contre-révolution, elle, est, consciemment ou non, le camp de l’inégalité et de Largent. C’est à la lumière de ces définitions qu’il faut apprécier les mouvements historiques et qualifier les mouvements politiques. Révolutionnaires et contre-révolutionnaires ne sont pas toujours ceux qui revendiquent l’un ou l’autre de ces qualificatifs. Nos ancêtres se sont déchirés en pure perte pour des chimères. Aujourd’hui, il doit être clair pour tous que la contre-révolution n’est pas seulement le parti des riches, des banques et de la finance mais plus largement celui du système monétaire et de Largent (donc du capitalisme, de l’inégalité, de l’individualisme et du mondialisme), et que celui de la Révolution est, à l’opposé, celui de l’Égalité (donc d’un système non-monétaire) et de la Patrie. S’interroger sur la façon ou les moyens de mettre en œuvre l’Égalité, c’est-à-dire d’anéantir Largent, est une chose ; mais tirer prétexte de cette difficulté (résolue par le Civisme) pour conserver le système monétaire, l’inégalité, le capitalisme et tout ce qui va avec, en est une autre. On n’est pas un révolutionnaire ou un opposant sérieux au système quand on n’en remet pas en cause la base et que, de fait, on tourne en rond à l’intérieur.

 

Pas de national sans social ;
Pas de social sans Égalité ;
Pas d’Égalité sous Largent.

Largent est un Tyran !
L’Égalité ou la Mort !

Vive la Révolution !
Vive la France !

Philippe Landeux

1er avril 2017

Largent et la seule Révolution.jpg

08:32 Écrit par Philippe Landeux dans - REVOLUTION 1789-1794, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

vendredi, 27 janvier 2017

LA GUERRE DE L'OUEST dite de Vendée (livre) (PDF gratuit)

Guerre de l'Ouest - couv verso présentation.jpg

 

Guerre de l'Ouest - couv verso et tranche.jpg

La Vendée, un fratricide, un drame national ! Ce n’est pas assez ! Certains y voient un génocide, le premier génocide de l’histoire moderne, perpétré par des idéologues au nom de la Révolution, matrice de tous les totalitarismes. Pas moins !

Il est vrai qu’au mois de mars 1793, alors que la jeune République française (née le 22 septembre 1792) s’apprête à entamer sa première campagne de guerre — une guerre contre toute l’Europe, dans laquelle la France a été plongée au mois d’avril de l’année précédente par les Girondins et la Cour —, il est vrai que c’est alors qu’une large part de la population des départements de l’Ouest, en majorité paysanne, se soulève ; elle refuse de marcher à l’ennemi commun ; elle s’oppose au recrutement ; elle s’arme contre les villes, contre les gens des bourgs, contre les républicains ; elle massacre les patriotes locaux. Pour que sa jeunesse n’aille pas à la guerre, elle allume la guerre chez elle.

Que cette fureur soit justifiée ou non, la République n’a pas le choix, elle doit faire face, comme le ferait n’importe quel régime dans pareille situation. Mais comment réagit-elle ? A-t-elle fait son devoir ou est-elle allée bien au-delà ? Pragmatisme ou fanatisme ? C’est là toute la question, tout le débat. Et la réponse est dans les décrets de la Convention nationale, dans les arrêtés du Comité de salut public, dans la correspondance des représentants en mission.

Ce livre n’apporte pas une réponse toute faite, sujette à caution ; il ne propose pas davantage un récit ou une analyse ; il ne brandit pas des documents isolés comme la preuve absolue de telle ou telle thèse ; il fournit simplement au lecteur tous les éléments (des centaines) pour qu’il en retire une impression générale et une opinion fondée.

898 pages, dont 800 pages de documents (tous les arrêtés du Comité de salut public, tous les décrets importants, un nombre incalculable de lettres de représentants en mission, toutes les lettres du général Turreau au Comité de salut public, le tout recoupé pour un accès direct aux informations).

Version papier : 27 € + frais de port

Version PDF gratuite

Cliquez ici ou sur la couverture pour commander. (Attention, ce livre est chargé et écrit en petit caractères, 9 et souvent 8. Le PDF, moins pratique, permet cependant de grossir le texte et de l'ajuster à chaque vue.)

TABLE DES MATIERES

Tableau des informations               1
Notes                                              75
Récapitulatif des missions         805
Notes                                            818
Table des notes                           839
Index sommaire                           853

Exemples :

Tableau des informations

 Guerre de l'Ouest - Exemple d'une page de tableau des informations.jpg

Notes

Guerre de l'Ouest - Exemple d'une page de notes.jpg

Récapitulatif des missions

Guerre de l'Ouest - Exemple du Tabelau récapitulatif des missions.jpg

Guerre de l'Ouest - Exemple du Tabelau récapitulatif des missions 2.jpg

 

20:46 Écrit par Philippe Landeux dans - MES LIVRES, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer |

mercredi, 11 janvier 2017

ÉVOLUTION RÉVOLUTIONNAIRE - Les origines du futur (vidéo)

Montage vidéo, réalisé par un ami, présentant, sans le dire, les bases philosophiques du Civisme. Ca commence tranquillement et ça finit en apothéose.

A voir absolument et à partager sans modération.

Dauphins 2.jpg

Pour accéder à la vidéo, cliquez ICI ou sur l'image

Visionnez cette vidéo sur ma propre chaine Youtube en cliquant sur le présent lien.

00’35 - Survivre
01’40 - Principe fondamental de l’ordre social
02’40 - Sécurité : du sens strict au sens large
04’00 - Précisions importantes
06’00 - Communauté, partage & accès
08’00 - Troc, monnaie & désordre social
10’20 - Fonctionnement de la monnaie
12’30 - Contradictions annonciatrices
14’20 - Autre contradiction et fuites en avant
17’20 - L’exemple des retraites
21’00 - Informatique & carte civique
23’35 - Conclusion : Égalité réelle & harmonie sociale à portée de main

05:21 Écrit par Philippe Landeux dans - ACTUALITE & VIDEOS PERSO, 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |