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mercredi, 15 février 2012

REFLEXION SUR LA CITOYENNETE

Le 10 mars prochain se tiendront, à l’espace Charenton, Paris XII, les Assises de la Nationalité. L’affiche de l’événement est intitulée : « La France en danger – Nationalité, Citoyenneté et Identité en débat ». J’ai déjà écrit sur la nécessité de distinguer les concepts de Citoyenneté et de Nationalité. Ce colloque me donne l’occasion de revenir sur cette nécessaire distinction.

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Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut savoir que je m’appuie sur une théorie, le Civisme, qui propose un système social, la Cité, dépouillé de toute référence à la notion de valeur marchande (Largent) et qui fonctionne donc sans monnaie. Les droits y sont une question de statut, lequel est lié à l’accomplissement de devoirs. Ainsi, les droits du Citoyen, dont celui d’accéder au marché, sont attachés à la Citoyenneté qui s’obtient en participant à la vie de la Cité selon ce qu’elle considère comme une participation. Il en va de même pour la Nationalité, à laquelle sont liés les droits politiques (droit de cité), et qui est soumise au remplissage de critères (notamment identitaires) et s’obtient par l’accomplissement volontaire de devoirs particuliers qui témoignent d’un attachement viscéral au noyau dur de la Cité, c’est-à-dire à la Nation. Autrement dit, selon cette théorie, la Citoyenneté, d’ordre vital, relève des domaines économique et social et est le statut de base de tout membre de la Cité. La Nationalité, elle, d’ordre sentimental, relève des domaines identitaire et politique et est complémentaire et facultative. Par suite, la Cité, au sens large, est l’ensemble des Citoyens, et la Cité au sens strict, c'est-à-dire la Nation, le Peuple souverain, le corps politique, l’ensemble des Citoyens nationaux.

Dans ce système, cette distinction est facile à faire. Aujourd’hui, elle est impossible. Je suis heureux que l’idée de distinguer les notions actuellement confondues de citoyenneté et de nationalité commence à germer. Mais, malgré les aberrations et les inconvénients, ce n’est par hasard que la confusion entre ces deux notions est faite : c’est parce qu’il est impossible, dans un système monétaire, de les séparer. Le problème ne vient pas de la nationalité, notion qui serait assez facile à cerner et à corriger, mais de l’impossibilité de définir la citoyenneté de manière cohérente.

Dans un système monétaire, les individus travaillent pour eux, pour gagner de l’argent, et non par devoir envers la « Cité » en contrepartie des droits du Citoyen. Leurs droits économiques et sociaux passent par la monnaie qui les condamne à se débrouiller pour les obtenir (même si l’Etat providence essaye de pallier, par des prestations sociales, aux injustices les plus flagrantes). La « société » ne joue aucun rôle. Elle est pour ainsi dire spectatrice, alors que les droits les plus essentiels de ses citoyens sont jeu. En fait, il n’y a aucune dimension sociale, à aucun niveau, dans l’échange sur le mode monétaire. D’un côté, les objets et leur soi-disant valeur sont au cœur de ce mode d’échange individualiste, de l’autre, le fait que les protagonistes appartiennent objectivement à la société n’entre jamais en ligne de compte.

J’ai dit que, dans ce système, les individus travaillent pour gagner de l’argent. Mais ce n’est là que la théorie (dans la logique du troc dont la monnaie est une simple évolution). En réalité, l’argent (unité de valeur) n’a pas d’odeur et il est possible d’en gagner autrement qu’en travaillant et même de manière complètement illégale. Cela montre encore que la « société » cautionne un instrument qui, paradoxalement, lui ôte toute prise sur la réalité, un peu comme on se tire une balle dans le pied. Or quel est le rôle de la société si ce n’est de reconnaître et de garantir les droits de ses citoyens ? Et qui peut prétendre que la monnaie est autre chose que des droits, qu’elle incarne la plupart d’entre eux, dont les plus essentiels (manger, se loger, se vêtir) ? On ne peut pas, d’un côté, parler d’inégalité entre riches et pauvres et envisager de la réduire par des mesures financières (telles que hausse des salaires, baisse d’impôts, aides d’Etat, etc.) et, d’un autre, ne jamais faire le lien entre les droits et la monnaie ! Une analyse plus poussée permettrait de découvrir ce que l’expérience atteste, à savoir qu’un système monétaire est, de par les propriétés de la monnaie, individualiste, artificiel, arbitraire, inégalitaire, injuste, instable et antisocial, qu’il est la porte ouverte à tous les abus.

Le premier de ces abus est de rejeter dans le domaine privé les activités économiques et sociales (chacun étant livré à lui-même pour gagner son argent) et, ainsi, de nier leur dimension sociale. Le deuxième est de masquer le fait que les libertés conférées par la monnaie sont des questions de droit qui, par nature, relèvent de la société. La conséquence est qu’un Citoyen ne peut plus être défini comme un individu qui participe à la vie de la Cité, qu’il devient possible à la fois d’en être un sans participer et de ne pas en être un tout en participant objectivement. Dans ces conditions, la « citoyenneté » est fondamentalement vide de sens et réduite à une vague et insipide notion d’appartenance. C’est la raison pour laquelle elle est couplée à la nationalité, afin que le sens de cette dernière comble ou, plutôt, masque le vide de la première. Mais, dans ces conditions, la nationalité elle-même est un concept affaibli que cette mixture affaiblit davantage. Confondre deux choses distinctes dénature l’une et l’autre. On ne peut pas remplir deux bidons avec le contenu d’un seul !

Dans l’absolu, la citoyenneté devrait être la marque des individus qui participent à la vie de la cité, quelles que soient leurs origines, donc immigrés compris. Elle concernerait évidemment plus de monde que la nationalité que seuls pourraient revendiquer et obtenir par leur dévouement les citoyens attachés corps et âme à la cité. Dans les deux, ces statuts conférant des droits précis seraient conditionnés par l’accomplissement de devoirs spécifiques (ceux qui, de par leur nature, génèrent lesdits droits). Cela consacrerait le principe qui aujourd’hui n’est qu’un slogan : Pas de droits sans devoirs, pas de devoirs sans droits. Le problème est, d’une part, que cette conception de la citoyenneté est impossible dans un système monétaire, d’autre part, que l’adoption de cette conception de la nationalité, qui serait possible, laisserait un grand nombre de personnes sans statut. La seule façon d’éviter une telle situation est de faciliter l’accès à la nationalité — confondue avec la citoyenneté intrinsèquement vide de sens —, donc de supprimer tout devoir et d’abaisser les critères. Ainsi la nationalité ne se conquiert pas ; elle s’acquiert administrativement, le plus souvent par hasard, à la naissance.

Mais cette astuce a des limites car la « citoyenneté » confère les droits politiques qui caractérisent la nationalité. Il serait évidemment insensé et dangereux d’accorder ces droits aux immigrés non-naturalisés qui, du point de vue des Principes, devraient pourtant être considérés comme des citoyens, et cela d’autant plus que ces droits sont déjà accordés à nombre d’immigrés naturalisés dont l’attachement à la nation est douteux, vu les conditions d’acquisition de la nationalité. Mais si l’octroi des droits politiques aux immigrés non-naturalisés est un pas infranchissable (sauf pour la gaucherie et les partis de l’Etranger), il reste que la nationalité-citoyenneté est accordée et conservée à une multitude de personnes qui ne la méritent pas ou n’ont encore rien fait et ne feront peut-être jamais rien pour la mériter.

Une des rares aberrations qui ait été aperçue est celle concernant les enfants. Il a en effet paru absurde de leur reconnaître les droits politiques. Mais au lieu de réaliser que l’absurdité était dans l’inconsistance de la notion de nationalité et le ridicule de l’accorder à la naissance, le législateur a cru malin de fixer arbitrairement un âge soi-disant raisonnable pour jouir desdits droits. C’était tomber de Charybde en Sylla. En évitant une aberration, il en a créé une autre particulièrement révélatrice. L’âge ne justifie à lui seul aucun droit. Les droits doivent être le pendant de devoirs, car il faut bien que quelqu’un les génère et il est normal que ceux qui les génèrent individuellement ou collectivement en jouissent exclusivement (sauf à faire preuve de générosité dans une certaine mesure). Associer âge — quel qu’il soit — et les droits politiques est donc une violation des Principes. Cela ne fait qu’entériner l’idée que les droits tombent du ciel, qu’ils ne doivent être ni conquis ni défendus, que la société doit tout aux individus qui, eux, ne lui doivent rien. Quelle leçon ! Et c’est la loi qui la donne ! Mais le plus aberrant et révélateur dans cette affaire est le fait de conserver aux enfants un statut tout en leur déniant les droits qui vont avec. Ils ne méritent la nationalité sous aucun rapport (devoirs ou droits) et n’ont pas besoin d’elle pour être sous la protection de la société à la charge de laquelle ils sont. Leur reconnaître la nationalité est plus qu’inutile : cela dévalorise la notion même de nationalité.

Un autre exemple de cette dévalorisation est le fait que jamais l’accomplissement du service militaire n’a été la condition de l’acquisition de la nationalité et de la jouissance des droits politiques (comme cela était le cas dans les cités grecques). Jamais ceux qui ont servi la nation et prouvé leur fidélité n’ont retiré de leur dévouement plus de considération sociale que les planqués et les traîtres, au contraire. Jamais défendre la nation n’a été, au fond, considéré comme un devoir alors qu’il est le plus impérieux. Par suite, jamais la nationalité et les droits politiques n’ont été liés à des critères sérieux et probants. On comprend mieux pourquoi le service militaire a pu être aboli sans difficulté, quoique en aggravant un peu plus la situation. Et pourtant, il ne suffirait pas de rétablir un service national pour redresser moralement la nation.

Dans l’idéal, l’acquisition de la nationalité devrait être liée notamment à l’accomplissement volontaire d’un service militaire ou au moins national. Le rétablissement d’un tel service est parfois évoqué. Mais que la question du volontariat fasse débat indique que, volontaire ou obligatoire, un service n’ouvrirait aucun droit particulier, que sa raison d’être est ignorée et que la nationalité n’en dépendrait pas. Un service obligatoire n’attesterait pas les sentiments à l’égard de la nation. D’ailleurs y seraient obligés les individus ayant déjà la nationalité qui serait le critère de l’appel. Ceux qui s’arrangeraient pour y échapper ne perdraient donc pas le statut qu’ils auraient déjà, et ceux qui l’accompliraient de force ou avec enthousiasme n’y gagneraient rien sur le plan des droits. Un service, même dans de telles conditions, aurait quelques vertus, mais il ne satisferait pas son objet fondamental. D’un autre côté, tant que la citoyenneté et la nationalité sont confondues, et nous savons qu’elles ne peuvent être distinguées dans un système monétaire à moins de se résoudre à ôter tout statut aux individus ne jouissant pas des droits politiques attachés à la nationalité proprement dite, d’un autre côté, dis-je, un service même volontaire, proposé aux seuls nationaux, ne pourrait être regardé comme la porte incontournable de la nationalité, mais seulement comme une option, une aventure et un plaisir alors que, paradoxalement, l’absence de contrepartie ferait ressortir, dans bien des cas, le patriotisme des volontaires.

Ainsi, par quelque bout que l’on prenne le problème, il apparaît à la fois légitime et nécessaire de distinguer les notions de citoyenneté et de nationalité, distinctes par nature, et impossible de le faire dans le cadre d’un système monétaire dont la logique inhumaine et asociale s’impose aux hommes, les plonge dans l’ignorance des Principes, les oblige à tout mélanger et à se débattre dans un monde absurde. En dernière analyse, la critique des incohérences que, avec un peu de recul, on peut observer de toutes parts conduit à critiquer, donc à remettre en cause, la monnaie et plus encore Largent. Cette conclusion est tellement effrayante que nul n’arrive jusque-là. Au lieu de défier Largent — que tout le monde accuse tant qu’il ne s’agit pas de le dénoncer —, les hommes s’acharnent à faire avec. Dès lors, quand ils ne sont pas occultés, les problèmes sont toujours mal posés et ne peuvent jamais être résolus. Celui de la Citoyenneté bien comprise en est un parmi tant d’autres.

23:29 Écrit par Philippe Landeux dans 6. MON BLOG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

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